vendredi 30 novembre 2007

DU CONCEPT DE CLASSE SOCIALE


Dans la plupart des théories sociologiques, il est admis que la société contemporaine est caractérisée par des différences et/ou des inégalités. Ainsi, peut-on parler d’une certaine unanimité quant au principe de l’existence des classes sociales. Cependant de grandes divergences opposent les sociologues.

Elles se manifestent, principalement, à trois niveaux :

-d’abord au niveau de l’acception même du concept de classe : suivant leur orientation théorique, les auteurs tendent à privilégier le culturel ou l’économique, le psychologique, le social ou le politique;

-ensuite, au niveau de l’importance des classes en tant que réalité sociale : nombre de penseurs les considèrent comme un phénomène secondaire -voire isolé- alors que d’autres y voient l’armature même de la société;

-enfin, au niveau de la nature des rapports liant les différentes classes : les dits rapports sont conçus en termes ou bien de conflits sérieux, sinon antagoniques, ou bien d’alternance et/ou de concomitance d’une harmonie quasi-totale et de conflits mineurs(1) ou bien d’harmonie totale(2).

Après une revue de ces trois types de divergences, nous tenterons d’élaborer un cadre d’analyse.

I- L’ESSENTIEL DES THEORIES SE RAPPORTANT
AUX CLASSES SOCIALES


Que ce soit sur le plan de l’importance des classes, de leur définition, de leur structure et de leur interaction, les théories sociologiques se ramènent généralement à deux catégories : le fonctionnalisme et le matérialisme historique.

A. De l’importance des classes sociales

Commençons par le fonctionnalisme. Nombreux sont les théoriciens qui postulent la nécessité fonctionnelle des classes. C’est notamment le cas de Davis et Moore(3). Pour eux, les classes sociales qui se caractérisent par leur éternité et leur ubiquité(4) reviennent en fin de compte à une différence de statut entre individus; et cette différence n’a pas plus de poids dans la balance sociale que les intérêts complémentaires communs auxdits individus; du reste, c’est le mérite personnel de chacun qui détermine sa place dans la hiérarchie sociale.

En revanche, les tenants du matérialisme historique considèrent que les classes sont intimement liées à la propriété des moyens de production et, à ce titre, constituent une catégorie historique découlant de l’évolution de la société, de l’état, des forces productives(5). Pour ces théoriciens, les classes sociales sont dynamiques; car, non seulement elles n’ont pas toujours existé, mais encore elles sont, au fil des temps, objet de modification, de développement et de remplacement(6). Plus : elles sont appelées à disparaître(7). Dans la théorie du matérialisme historique, les classes sont un des éléments essentiels de la structure sociale puisqu’elles constituent l’expression immédiate des rapports sociaux de production d’une société à une époque donnée. La combinaison de ces rapports avec les moyens de production constitue le mode de production.

Le mode de production capitaliste(8) présente les caractéristiques spécifiques suivantes :

-Premièrement, une unité dialectique entre celui qui possède les moyens de production et celui qui en est dépourvu(9). Le propriétaire des moyens de production est contraint d’engager des travailleurs pour la mise en œuvre du processus productif. Le travailleur, de son côté, pour faire face à ses besoins, doit vendre à celui-là sa force de travail.

-Deuxièmement, la force de travail est devenue une marchandise(10).

-Troisièmement : « Le Capital » doit produire « essentiellement du capital »(11). D’où la nécessité d’obtenir un profit(12). Profit réalisable à partir de la plus-value est, la plupart du temps, maximisée grâce à la prolongation de la durée du travail; à l’accélération de la cadence du travail; à l’augmentation de la productivité du travail(14).

B. De la définition des classes sociales

Il est clair que la façon d’aborder la division de la société en classes varie d’une catégorie de penseurs à l’autre. Cette divergence s’accentue quand on pénètre sur le terrain de la définition du concept de classe sociale. Aussi, même entre auteurs de même appartenance théorique, manque-t-il de consensus.

C’est le cas principalement pour les sociologues non marxistes(15). En effet, de Weber à Coser and Rosenberg en passant par Lipset and Zetterberg, Reissman, Kriesberg, Laroque, etc(16), les principaux critères retenus peuvent être, indifféremment, le genre de vie ou la profession, l’instruction ou la richesse, le prestige ou l’hérédité, les valeurs ou le pouvoir… La proposition de Mack and Pease selon laquelle les critères de classes sont vagues et changeants(17) constitue-t-elle une circonstance atténuante à ce manque de consensus entre les auteurs?

Dans tous les cas, cette diversification n’est-elle pas, à posteriori, une garantie de cohérence théorique?

D’après Gurvitch, elle constitue, au contraire, un obstacle à l’avancement de la théorie des classes sociales(18). Cet obstacle ne viendrait-il pas en premier lieu du fait de la confusion par beaucoup de sociologues, entre classes (« éléments d’un système de contradiction » ou groupes déterminés par leur place dans le procès de production ») et strate ou couche (« ensemble des individus comparables du point de vue d’un ou plusieurs critères de classement »)?
Telle que relevée ici par Alain Touraine(19), une telle confusion est néanmoins absente chez les tenants du matérialisme historique.

Gurvitch dira qu’ils « ont donné des définitions variées et nuancées des classes sociales tout en se soumettant réciproquement à des critiques souvent justifiées »(20). Mais, à la suite de Marx, ils privilégient, tous, un critère unique : les rapports avec la propriété des moyens de production.

Il est généralement admis que le concept de classe, peu importe le facteur privilégié dans sa définition, doit beaucoup à Marx. En effet, tout en ne prétendant pas avoir inventé ledit concept, Marx affirme avoir contribué à la compréhension des rapports entre les classes(21). Cependant, bien qu’il ait à plusieurs reprises parlé du mot classe, Marx n’en a jamais donné une définition formelle
-Apparemment, il allait le faire dans le dernier chapître du Capital quand la mort le surprit(22). Il reste cependant qu’une définition (ou même des définitions) des classes sociales apparaît en filigrane dans plusieurs de ses écrits(23). Mais la définition la plus couramment utilisée est celle de Lénine(24) dans laquelle tout se passe comme si le politique reflétait le social, le social l’économique et que ce dernier fut un système de rapports découlant du statut de propriété(25).
Sur la définition du concept de classe, d’importantes différences séparent fonctionnalistes et marxistes. Ces différences ne sont pas moins sérieuses quand il s’agit de déterminer le nombre des classes sociales, leur devenir et la nature des rapports qui les unissent.
C. Nombre et dynamisme des classes sociales

Dans la plupart des analyses fonctionnalistes, la société est présentée comme une hiérarchie objective composée de strates(26). Des auteurs comme Davis et Moore postulent que la stratification est une nécessité fonctionnelle(27) puisqu’elle sert à motiver les individus dans le sens du progrès économique et social. Plus on lutte pour s’élever dans l’échelle sociale mieux c’est pour le bien-être de la collectivité. Tout en reconnaissant une certaine valeur à cette approche, Maurice Duverger qualifie de simpliste la terminologie qui lui donne forme(28) : classes supérieure-supérieure, supérieure, supérieure-inférieure, moyenne, etc.

La sociologie fonctionnaliste accorde une aussi grande importance à la mobilité sociale qu’à la hiérarchie sociale.

Des variations intervenues dans la pyramide sociale – grâce à des facteurs internes et des facteurs externes(29) – permettent à l’individu de changer facilement de classe. Ainsi même si persistent certaines inégalités, les contradictions de classes, et voire même le concept de classe, sont frappées de caducité(30).

La théorie de la mobilité sociale réfère surtout à des individus, rarement à des strates et jamais à des classes. Par ailleurs, elle s’intéresse plus particulièrement au moment vertical ascendant. Dans des sociétés aussi mouvantes que les nôtres, la mobilité verticale est-elle concevable sans l’horizontale et l’ascendante sans la descendante?

Tout en reconnaissant les inégalités qui divisent les différentes classes de la société contemporaine, sur le plan du prestige, de la fortune, du mode de vie et du pouvoir, les tenants de cette approche prétendent que de telles inégalités disparaissent de plus en plus. C’est pourquoi d’après eux les rapports sociaux n’ont aucun caractère antagonique ni aucune portée déterminante dans l’évolution historique.

Les écrits d’auteurs comme Marx ou Lukacs présentent des divergences remarquables avec une telle conception.

Pour Marx, et ses successeurs, une classe n’est jamais isolée, mais fait toujours partie d’un système renfermant deux classes fondamentales; suivant la loi de l’unité des contraires, ces classes s’unissent et s’opposent en même temps. Dans la société contemporaine, elles s’appellent la Bourgeoisie et le Prolétariat(31)

Interprétant ce point de vue, Ossowski parle d’une « dichotomie fondamentale » dans la théorie de Marx(32). Mais, il y décèle aussi une « double conception trichotomique »(33). A juste titre, car : premièrement, dans Les luttes de classes en France, Marx parle de « la masse de la nation placée entre le prolétariat et la bourgeoisie »(34); deuxièmement, dans le dernier chapitre du Capital, il présente « les salariés, les capitalistes et les propriétaires fonciers » comme « les trois grandes classes de la société moderne »(35). Néanmoins, ce que Ossowski qualifie de schéma trichotomique fonctionnel(36) – en référence à la dernière classification – ne constitue en fait, pour les tenants du matérialisme historique, qu’une dichotomie entre la totalité des propriétaires des moyens de production et d’échange et la totalité des propriétaires de la simple force du travail. Cette dichotomie prend son importance surtout dans le cadre du procès de production où, suivant Marx, se développent « un rapport économique de domination et de subordination…, une grande continuité et une intensité accrue du travail… »(37). Cette situation créerait des intérêts communs entre les travailleurs qui constituent une « classe en soi »; mais, ces intérêts ne deviendront des « intérêts de classe » qu’ à partir du moment où les travailleurs prendront collectivement conscience de leurs conditions. Alors, ils constitueront une « classe pour soi »(38).

L’approche marxiste des classes sociales a été critiquée à plusieurs reprises par des sociologues comme Maurice Duverger, Ralf Darendorf, Georges Gurvitch, Raymond Aron, entre autres(39).
Somme toute, peut-on dire avec Maurice Duverger que les conceptions marxiste et non marxiste des classes sociales ne sont pas contradictoires(40)?

Assez souvent, des regroupements accessoires se font entre les deux approches. Cependant, que ce soit sur le plan de la définition du concept de classe, sur celui des rapports entre les classes ou du rôle des classes dans l’évolution sociale, les deux conceptions s’entrechoquent à tout moment. Cette situation nous permet de comprendre que, malgré l’optimisme de penseurs comme Daniel Bell(41), l’idéologie (partie intégrante de la réalité socio-économico-politico-historique) est bien vivante. Pourrait-il en être autrement? Dans toute société les rapports sociaux n’influent-ils pas sur les comportements cognitifs des hommes et des femmes? C’est ce que Maurice Duverger appelle le « coefficient de déformation personnelle »(42). Mais, une telle influence ne s’exerce-t-elle pas en tout premier lieu sur la pensée des individus dont la profession est d’étudier lesdits rapports?

Tout de même, cet « enracinement social » du sociologue(43) ne saurait réduire la sociologie à une pratique idéologique. En effet, le sociologue ne peut-il pas, tout en prenant la défense d’une classe, faire avancer la science? Karl Jaspers ira plus loin. Il écrit, en effet :
« Elle (la science) peut me montrer que, si je veux vivre, je ne peux éviter de prendre réellement parti dans l’affrontement des forces, si je ne veux pas être entraîné au néant et au désordre ». Car, « … quiconque veut vivre dans la liberté doit mettre de la clarté dans la lutte des puissances existentielles qui s’opposent »(44).

Ainsi, la « désubjectivisation » complète préconisée par Bachelard ne sera-t-elle jamais applicable à la sociologie?

II- NOTRE CADRE D’ANALYSE

A partir des précédentes considérations sur les classes sociales, nous allons essayer de mettre en œuvre un cadre d’analyse. Il comportera les propositions suivantes :

1- Reconnaissant avec Maurice Duverger «la supériorité des théories objectivistes»(45), nous postulons que la division de la société en classes distinctes référe avant tout aux rapports sociaux de production, d’échange et de distribution. D’où, pour nous, l’importance des sources de revenu des individus, de leur rôle dans la division du travail, de leur degré de maîtrise du processus de travail, de leurs rapports aux institutions et de leur famille. Autant de facteurs qui, la plupart du temps, conditionnent le degré de fortune, le pouvoir politique et les pratiques culturelles.

2- Nous établissons une nette différence entre couche (strate) et classe, tout en privilégiant la deuxième à la fois en tant que concept et comme réalité objective. C’est pourquoi nous n’adoptons qu’accessoirement le concept de stratification sociale. A notre avis, il est vraiment opératoire non pas dans la délimitation des classes mais dans celle de certaines couches sociales. Il remplit cette fonction notamment dans la différenciation entre diverses couches moyennes qu’il est souvent malaisé de ranger dans une seule et même classe. Nous estimons que la stratification en tant que réalité sociale renvoie surtout au degré de prestige lié au statut socio-professionnel qu’aux rapports sociaux. Nous admettons, cependant, qu’elle est le reflet (psychologique, juridique, social…) de ces rapports. A ce titre, elle est dynamique.

3- Ni les classes ni les couches (ou strates) ne sont statiques. Elles peuvent, toutes, se modifier, se diversifier, voire même disparaître. N’empêche que des oppositions peuvent naître à tout moment entre couches, entre classes, ou entre couche(s) et classe(s).

4- L’état moderne assure la reproduction des rapports sociaux ; mais, il n’est pas au-dessus des classes : sa neutralité n’est qu’apparente.


REFERENCES

(1) A ce sujet, voir – entre autres- Gerhard and Jean Lenski, Human Society, Mcgraw-Hill, 1974, p. 384-385.

(2) C’est notamment le point de vue d’un auteur comme Talcott Parsons dans Social Systems and Evolution of Action Theory, The Free Press and Collar Macmillan, New York-London, 1977, p. 327 et 332.

(3) Davis and Moore, “Some Principales of Stratification” in Lewis A. Coser and Bernard Rosenberg, Sociological theory: a book of readings, 3rd edition, the Macmillan Company, 1969, p. 403.
A ce sujet, voir aussi la critique qu’a fait Melvin W. Tumin de ces auteurs in « Some Principles of Stratification : a critical analysis », in Lewis and Rosenberg, Ibid, p. 515-426.

(4) Critiquant cette approche, Jarvie déplore que « les sociologues soient eux-mêmes prisonniers des mythes naturalistes de la sociologie spontanée ». cf. I.C. Jarvie, Concepts and Society, Routledge and Kegan Paul, London and Boston, 1972, p. 93 et 94.

(5) Dans l’Introduction a la critique de l’économie politique, Marx écrit : « La population est une abstraction si l’on néglige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont à leur tour un mot creux si l’on ignore les éléments sur lesquels elles se reposent, par exemple le travail salarie, le capital, etc. Ceux-ci supposent l’échange, la division du travail, les prix, etc. Si donc on commençait ainsi par la population, on aurait une représentation chaotique du tout (mais …) par l’analyse, on aboutirait a des concepts de plus en plus simples ». (Éditions sociales, Paris, 1969, p. 164-165).

(6) Voir a ce sujet Karl Marx, « Lettre a J. Weydemeyer » in Marx et Engels Lettres sur le capital, Éditions sociales, Paris, 1969, p.58-59.
Voir aussi Marx et Engels, L’idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1982, p. 155.

(7) Dans Misère de la philosophie, Marx écrit : « La classe laborieuse substituera, dans le cours de son développement, a l’ancienne société civile une association qui exclura les classes … » (Cf. K. Marx, Oeuvres I, Gallimard, 1965, p. 135).

(8) L’épithète capitaliste servant a designer les sociétés contemporaines n’est pas pleinement acceptée par certains auteurs. C’est le cas, par exemple, de R. Darendorf. Selon lui, « parler de société capitaliste revient en somme à extrapoler des relations économiques aux relations sociales. C’est, sinon admettre la thèse qui fait des institutions et valeurs sociales une simple superstructure sur la base réelle des conditions économiques, du moins accorder aux structures économiques un certain pouvoir sur la formation des structures sociales » (Ralf Darendorf, Classes et conflits de classes dans la société industrielle, Mouton, Paris-La Haye, 1972, p.38).

(9) Voir a cet égard Karl Marx, Le Capital, Livre III, Tome III, Éditions sociales, Paris, 1974, p.252-253.

(10) Ibid, p.254.

(11) Ibid, p.255.

(12) Ibid, p.257.

(13) Ibid, p.255-256.

(14) Karl Marx, Le Capital, Tome II, Éditions sociales, Paris, 1973, p.192-201.

(15) A cet égard Darendorf parle de « dilution du concept de classe » et note que « l’histoire de ce concept (…) en sociologie est assurément une des illustrations les plus brillantes de l’incapacité des sociologues a se mettre d’accord sur un simple point de terminologie » (Ralf Darendorf, op. cit., p.76).

(16) « On peut parler de classe, écrit Weber, lorsque (1) un certain nombre d’individus ont en commun une composante causale spécifique quant a leur chance de vie (2) composante se manifestant d’une part exclusivement par des intérêts économiques concernant la possession de biens et les possibilités d’obtention de revenus (3) et se manifestant d’autre part sur le marche des biens ou sur le marche du travail » (Max Weber, « Class, status and party » in Gerth and Mills, From Max Weber, Oxford University Press, 1958, p.181).

Quant à Coser et Rosenberg, ils postulent que le concept de « classe refere à une certaine position dans la hiérarchie sociale et un certain degré de prestige base sur cette position ». (A. Coser and Bernard Rosenberg, Sociological Theory 3rd edition, The Macmillan Company, 1969, p.377).

Pour Reissman, les trios facteurs déterminants sont la profession, le revenu et l’instruction. (L. Reissman, Class, Leisure and Participation, « AS.R », 1954, p.69).

Kriesberg, lui, établissant sa définition sur des critères objectifs, se refere a des différences basées sur la possession des biens matériels : revenu, propiete et/ou contrôle des moyens de production. (Louis Kriesberg, Social Ineguality, Prentice Hall Inc., Englewood Cliffs, N.J., 1979, p.24).
Ces critères, on le verra, rappellent partiellement ceux retenus par les penseurs du matérialisme historique.

Enfin, Laroque est d’avis que « Les distinctions entre les classes s’expriment par une inégalité. Cette inégalité parait se trouver dans a conjonction d’éléments multiples et dont les principaux sont : 1. Le rôle joue dans la société, 2. le style de vie, 3. le comportement psychologique et la conscience collective ». (Pierre Laroque, Les classes sociales, P.U.F., Paris, 1970, p.9).

(17) Raymond W. Mack and John Pease, Sociology and Social Life, D. Van Nostrand Company, 1973, p.279).

(18) Georges Gurvitch, La vocation actuelle de la sociologie, Tome I, P.U.F., 1968, p.359).
Mais, les définitions (« préalable » et exhaustive ») de Gurvitch lui-même ne nous paraissent pas satisfaisantes non plus en raison de leur caractère abstrait et trop limitatif. (Voir ces définitions in George Gurvitch, Ibid, p.401-402).
(19) Voir Alain Touraine in « Communication », Association Internationale de Sociologie, Congres de Liege, 1953, p.1 et 25.
Une telle confusion a été relevée aussi par Bottomore, notamment chez des sociologues comme W.L. Warner et P.S. Lunt (cf. T.B. Bottomore, Sociology, George Allen and Unwin LTD, 1972, p.196).

(20) George Gurvitch, op. cit., p.359.

(21) Karl Marx, « Lettre a J. Weydemeyer », op. cit., p.59.

(22) Karl Marx, Le Capital, op. cit., p.259-260.

(23) Ibid, p.259-260, voir aussi Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Éditions sociales, Paris, 1969, p.126-127, Les luttes de classes en France, Éditions sociales, 1970, p.51.

(24) « On appelle classes sociales, écrit Lénine, de vastes groupements d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixe par des lois) vis-à-vis des moyens de production par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc, par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d’hommes dont l’un peut s’approprier le travail de l’autre, à cause de la place différente qu’ils occupent dans une structure déterminée, l’économie sociale. » (V.I. Lénine, « La grande initiative » in Oeuvres, Tome 29, Éditions sociales, Paris, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1961, p.425.)

Bien que recoupant la définition de Lénine, celle de Boukharine est plus limitée : « …Par classe on entend un ensemble de personnes jouant un rôle analogue dans la production des rapports identiques avec d’autres personnes, ces rapports étant exprimes aussi dans les choses (moyens de travail) » (Nicolas Boukharine, La théorie du matérialisme historique, Anthropos, 1971, p.300).

Ces acceptions du concept de classe ont été sévèrement critiquées par des auteurs comme Bottomore, Darendorf et Gurvitch. Ce dernier leur reproche « l’excès d’importance » qu’y prend le rôle joue dans la production…, le peu d’attention accorde au fait que les classes sociales sont distinctes de tous les autres groupes uni-fonctionnels et multi-fonctionnels » (G. Gurvitch, op. cit., p.361-362). Bottomore, quant a lui, considère que Marx néglige des relations sociales importantes, telles celles entre individus dans la communauté nationale » (T.B. Bottomore, Class in Modern Society, George Allen and Unwin LTD, 1965, p.22).

(25) Au sujet du rapport entre le social et le politique, Marx écrit : « Il n’y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en même temps. Ce n’est que dans un ordre de chose où il n’y aura plus de classes et d’antagonismes, que les évolutions sociales cesseront d’être des révolutions politiques. » (Karl Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p.135). Dans le même ordre d’idée, Althusser parle d’instance économique, politique et idéologique (Louis Althusser, Pour Marx, Maspero, 1965, p.238). Quant a Poulantzas, il écrit : « Les analyses de Marx concernant les classes sociales se rapportent toujours, non pas simplement a la structure économique – rapports de production-, mais a l’ensemble des structures d’un mode de production et d’une formation sociale, et aux rapports qu’y entretiennent les divers niveaux … une classe sociale peut bien être identifiée soit au niveau économique, soit au niveau politique, soit au niveau idéologique, elle peut donc bien être localisée par rapport a une instance particulière. Cependant, la définition d’une classe en tant que telle et sa saisie en son concept se rapporte à l’ensemble des niveaux dont elle constitue l’effet. » (Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, François Maspero, 1982, p.64-65).

(26) Néanmoins un sociologue comme Arsons considère qu’un système social consiste en une pluralité d’individus en interaction. Cette importance attribuée a l’entité (unit) individuelle reflète bien le psychologisme qui caractérise la plupart des écrits de Parsons dont le système d’action fait la part belle aux sous-systèmes culturel, biologique et psychologique. (A cet égard, voir notamment, Talcott Parsons, The social system, Glencoe, The Free Press, New York, 1951, p.17 et 332).

(27) Davis and Moore in Coser and Rosenberg, op. cit., p.404.

(28) Maurice Duverger, Sociologie Politique, P.U.F., 1968, p. 197.

(29) Voir à ce sujet Davis and Moore, in Coser and Rosenberg, op. cit., p. 412-414.

(30) Que des auteurs adoptent une telle approche, rien d’étonnant : certaines populations ne tendent-elles pas en fait a accréditer l’idée d’un nivellement progressif des situations sociales? Or, privilégiant le facteur subjectifs, ces mêmes auteurs de réduisent-ils pas les classes a des ensembles d’entités (units) individuelles qui, d’après elles-mêmes et aussi d’après les autres membres de la communauté, occupent telle ou telle position dans la hiérarchie sociale? Et cette position correspond approximativement au statut social de chacun. A propos des status, Maurice Halbuwachs dira qu’une « classe doit occuper un rang d’autant plus élevé que ses membres participent davantage a la vie sociale ». (M. Halbwachs, La classe ouvrière et le niveau de vie, Alcan, Paris, 1913, p.VIII).

A ce sujet, Ossowski critiquera : « Les études de terrain consacrées a la structure des classes aux Etat-Unis, surtout celles qui admettent au départ comme hypothèse de travail l’existence du critère psychologique de la classe sociale, et qui se proposent d’étudier l’opinion des individus sur le système de classes auxquelles ils participent ». (Stanislaw Ossowski, La structure de classe dans la conscience sociale, Anthropos, 1971, p.170).

De plus, en s’en tenant a l’opinion du sujet, a celle d’autrui et a la sienne propre, le sociologue ne s’aliene-t-il pas la possibilité de vraiment saisir l’essence de cette réalité complexe que constituent les classes sociales? Peut-on en effet étudier efficacement ladite réalité sans prendre en compte les rapports qu’entretiennent les groupes d’une part entre eux et, d’autre part, avec l’ensemble de la société?

(31) Karl Marx et Friederich Engelo, Le manifeste du parti communiste, 10118, Paris, 1962, p. 19.
Gurvitch note que le nombre des classes sociales a toujours constitue un problème pour Marx et les marxistes. D’après lui, l’auteur du Capital conçoit la société parfois comme une unité contradictoire « entre deux classes, ou au moins entre deux blocs de classes », parfois comme le siège d’une multiplicité de classes… (cf George Gurvitch, op. cit., p. 364).

Ossowski est, en revanche, d’un avis différent. Il postule, en effet que, malgré leur différence, les schémas construits par Marx quant au nombre des classes sociales ne sont pas contradictoires. (Voir à ce sujet, Stanislaw Ossowski, op. cit., p. 139).

(32) Ibid, p. 134.

(34) Karl Marx, Les luttes de classes en France, Éditions sociales, Paris, 1970, p. 51.

(35) Karl Marx, Le Capital, tome III, livre III, op cit., p. 259.

Le classement effectue dans Le Capital inspirera des sociologues comme Bottomore. (Cf T.B. Bottomore, Sociology, op. cit., p. 194-195).

(36) Stanislaw Ossowski, op cit., p. 134.

(37) Karl Marx, Un chapitre inédit du capital, Union générale d’édition, 10/18, Paris, 1971, p.203.

(38) Voir a ce sujet Karl Marx « Misère de la philosophie », Oeuvres I, op. cit., p. 134-136.
Quoiqu’il en soit, Gurvitch pourra écrire : « Le problème de la conscience de classe n’a jamais été éclaire » dans le marxisme, en raison de « l’absence de psychologie de classes ». (George Gurvitch, op cit., p. 363.

(39) Après avoir vante le mérite de Marx qui, selon lui est « de montrer que la lutte de classe est un facteur essentiel des antagonismes politiques, Duverger déplore que « ce facteur » soit « toujours et partout prédominant ». (Maurice Duverger, op. cit., p. 204).

Quant a Darendorf, tout en concevant que « les concepts de classe et de lutte de classes sont inséparablement lies », il déplore que les postulats de Marx sur les conflits entre classes manquent de subtilité et ne s’appuient pas suffisamment sur des études empiriques. (Voir Ralf Darendorf, op. cit., p. 135-137).

Gurvitch, lui, reproche a Marx et aux marxistes d’avoir « néglige d’étudier le fait frappant des rapports inverses qu’on peut observer entre la lutte de classes et la lutte de groupements a l’intérieur des classes ». (George Gurvitch, op. cit., p. 362).

Enfin, de l’analyse marxiste de la lutte de classe, Raymond Aron tire la conclusion suivante : «… la lutte réformiste pour l’amélioration des conditions d’existence est inséparable de la société capitaliste, mais (…) la lutte politico-revolutionnaire pour la transformation de la société, possible en fonction de la structure de la société capitaliste, n’est pas inévitable ». (Raymond Aron, La lutte des classes, Gallimard/Idées, Paris, 1964, p. 125).

(40) Voir, à cet égard, Maurice Duverger, op cit., p. 197-198.

(41) Dans son ouvrage The end of Ideology, The Free Press, New York, collier Macmillan, London, 1965, p. 370-372, Daniel Bell proclame la disparition des ideologies.

(42) Maurice Duverger, op. cit., p.12.

(43) Nous avons emprunte l’expression entre guillemets a Bourdieu. Voir a ce sujet : Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron et Jean-Claude Chamborderon, Le métier de sociologie, Mouton, La Haye, Paris, 1968, p. 107.

(44) Karl Jaspers, Initiation à la méthode philosophique, Payot, Paris, 1966, p. 76 et 81.

(45) Maurice Duverger, op. cit., p. 197.

mercredi 28 novembre 2007

VOYAGE D'EUROPE






mercredi 14 novembre 2007

VOYAGE D'ÉTUDES

L'Asie.


Les amis en Asie.

Des amis de Hong Kong novembre 2007.





Des amis de Hong Kong novembre 2007.

samedi 10 novembre 2007

RAPPORT ENTRE L’EDUCATION ET LE POUVOIR DANS LES SOCIETES DEPENDANTES


INTRODUCTION

Le vieux dicton « Qui dit savoir, dit pouvoir », traduit, de façon
évidente, l’existence d’une relation entre la notion d’éducation
et celle de pouvoir. Cette relation, nous ne voulons pas la
considérer sous un angle simpliste où l’on tend à lier la faculté
de faire certaines choses aux capacités intellectuelles d’un
individu. Nous ne voulons apprécier les rapports entre l’éducation et le pouvoir dans les sociétés dépendantes, particulièrement dans un contexte de pouvoir d’État qui tient son sens dans l’existence d’un gouvernement que Julien Freud définit comme étant « le pouvoir réglementé et organisé ». Vue sous cet angle, l’éducation est alors considérée en tant que processus de socialisation de l’individu qui conditionne le rôle et la place que celui-ci aura à emplir et à occuper dans la société. Ainsi, Marcel Mauss la définira-t-il comme étant « les efforts consciemment faits par les générations pour transmettre leurs traditions à une autre. Il attribue aussi ce nom à l’action que les anciens exercent sur les générations qui montent chaque année pour les façonner par rapport à eux-mêmes et secondairement, pour les adapter, elles, à leurs milieux social et physique ».

Dans le système capitaliste mondial, la société étant constituée de groupes à intérêts opposés, nous comprenons donc que la fonction de l’éducation doit être en relation avec l’orientation que lui donne le pouvoir. Une orientation qui n’est pas sans commune mesure avec les intérêts des classes dominantes de la société. Dans les sociétés dépendantes ou les oppositions entre les classes sont encore plus manifestes, le pouvoir d’État ne saurait rester indifférent à l’endroit de l’éducation. Aussi, nous demandons-nous quel est le rôle dominant que joue l’école dans ces pays qui n’ont pas les mêmes réalités sociales, ni connu le même processus historique d’évolution que ceux du centre? En d’autres termes, l’école sert-elle au développement socio-économique des sociétés dépendantes? Ou encore, contribue-t-elle à assurer la perpétuation des classes dominantes au pouvoir?

Pour répondre à ces interrogations, nous axerons notre analyse sur les objectifs du pouvoir d’État dans ses rapports avec l’éducation. À ce compte, nous suivrons le cheminement suivant :

Tout d’abord, nous chercherons, à travers des considérations autour de la notion d’État, à apprécier les bases du pouvoir d’État. Ces appréciations nous permettrons de mieux comprendre les forces qui régissent l’État et les mobiles qui le portent à exercer un certain contrôle sur les appareils culturels.

Une fois que nous aurons déterminé les mobiles qui portent l’État à exercer son contrôle sur les appareils culturels, il nous sera alors aisé d’identifier le rôle et la fonction que joue et exerce l’éducation dans la société.

Ensuite, nous pourrons analyser les effets récurrents du colonialisme dans les sociétés dépendantes, particulièrement en ce qui a trait aux comportements des classes dirigeantes dans l’organisation et l’orientation des systèmes éducatifs de leurs pays.

Enfin, nous insisterons notamment sur l’influence et le rôle des classes dominantes dans l’organisation et l’orientation des systèmes éducatifs et leurs conséquences pour l’ensemble de la société. Ce qui nous permettra alors de nous fixer quant au rôle et à la fonction effectifs de l’éducation dans les sociétés dépendantes.

Commençons tout de suite par apprécier les bases du pouvoir d’État :

1- LES BASES DU POUVOIR D’ETAT
Pour apprécier les bases du pouvoir d’État, nous chercherons à nous arrêter particulièrement sur des considérations autour de la notion d’État dont les mécanismes de fonctionnement expliquent les bases mêmes de son pouvoir. Nous éviterons donc de concentrer notre attention sur une définition du concept de pouvoir qui va nous renvoyer à la notion d’autorité et de commandement; ce qui est loin d’être l’objet de notre étude ici.

En effet, dans « l’État et la révolution », Lénine critique les idéologues bourgeois et petits-bourgeois qui, tout en reconnaissant que l’État n’existe que là où « existent les contradictions de classes et la lutte des classes », transforment la pensée de Marx en faisant passer l’État pour un organisme de conciliation de classes. Alors que pour Marx, l’État n’est autre chose qu’un organisme de domination et d’oppression d’une classe par une autre. Ce que, d’après Lénine, les idéologues bourgeois et petits-bourgeois refusent d’admettre. Pour ceux-ci, l’État est un organisme qui cherche à garantir l’ordre social par la conciliation des classes. Toutefois, Lénine pense qu’on ne peut concilier des classes sociales dont les intérêts sont opposés et contradictoires. Aussi, cet ordre social est-il un ordre social bourgeois qui raffermit les privilèges et la domination de la bourgeoisie au détriment des masses populaires. Les classes dominantes utilisent donc les services de l’État pour exploiter au maximum les masses populaires. Ainsi, les véritables centres du pouvoir d’État se trouvent-ils en dehors de l’État lui-même. Ils se concentrent particulièrement aux mains de ceux qui contrôlent et organisent les rapports de production à la base de l’accumulation du capital. Pour Lénine et les tenants du marxisme, l’État se révèle donc un instrument au service des classes dominantes de la société.

Dans le même ordre d’idées, Portelli, analysant le concept de société civile que Gramsci a interprétée comme étant le « complexe de la superstructure idéologique », signale que les rapports juridiques ainsi que les formes de l’État ont leurs racines dans les conditions d’existence matérielles. Il considère que les rapports économiques sont les véritables éléments décisifs dans une société. Pour appuyer ses réflexions, il cite Engels qui écrit que « l’État, l’ordre politique est l’élément subordonné, tandis que la société civile, le règne des rapports économiques, est l’élément décisif ». En ce qui a trait à la société civile, Portelli, à la lumière des considérations faites par Gramsci, l’apprécie sous trois aspects complémentaires:

D’abord, il considère la société civile en tant qu’idéologie de la classe dirigeante qui emorasse l’art, l’économie, le droit, la science et ensuite, en tant que conception du monde qui est diffusée à toutes les couches sociales. Enfin, comme direction idéologique de la société s’articulant en trois niveaux essentiels : l’idéologie proprement dite, la structure idéologique c’est-à-dire les organisations qui la créent et la diffusent et le matériel idéologique, c’est-à-dire les instruments techniques de diffusion de l’idéologie (système scolaire, mass media, bibliothèque etc.

Par ailleurs, Portelli considère que les différentes branches de l’idéologie, quoique d’apparence indépendante, constituent les diverses parties d’un même tout : la conception du monde de la classe fondamentale qu’il faut entendre comme étant la classe dominante de la société.

Poursuivant ses réflexions à la lumière des théories gramsciennes de la société civile, Portelli a trouve que Gramsci qui a oppose la société civile à la société politique au sein de la superstructure, a peu étudié cette dernière (la société politique) dans les QUADERNI. Toutefois, il a noté quelques définitions qui font considérer la société politique comme étant :
a) la fonction de domination directe ou de commandement qui s’exprime dans l’État ou le gouvernement juridique
b) un appareil coercitif pour amener les masses à se conformer au type de production et à l’économie d’un moment donné
c) un gouvernement politique considère en tant qu’appareil de coercition d’État qui assure « légalement » la discipline des groupes qui refusent leur accord tant actif que passif. Aussi, a-t-il constaté que la société politique regroupe l’ensemble des activités de la superstructure qui relèvent de la fonction de coercition. En ce sens, elle est considérée comme un prolongement de la société civile. Cette conception se retrouve dans le schéma gramscien où l’on peut relever que la conquête du pouvoir devient le parachèvement du contrôle de la société. La société politique ne joue alors qu’un rôle secondaire dans le système hégémonique, puisque l’appareil étatique qui assure la liaison entre la société politique et la société civile est organisée sur la base de l’orientation qui lui imprime la classe dominante. Ainsi, pouvons-nous considérer celle-ci comme étant les vrais centres du pouvoir de l’État.

O’Connor, pour sa part, ne croit pas que l’État soit au service d’une classe particulière. Il argumente sa position en alléguant que l’État capitaliste qui utilise sa force coercitive pour aider une classe à accumuler du capital aux dépens d’une autre, perd sa légitimité et mine ses bases de loyauté et d’appui. En même temps, il reconnaît qu’un État qui ignore l’importance de l’aide qu’il doit accorder au procès d’accumulation, risque d’assécher la source de son propre pouvoir, la capacité de l’économie à générer un surplus et des impôts, tirés de ce surplus et autres formes de capitaux.

L’argumentation de O’Connor ne peut être mieux explicite :
L’État de la société capitaliste doit son pouvoir grâce à l’aide qu’il accorde au procès d’accumulation. Ce qui implique que l’État agit particulièrement au bénéfice des classes dominantes de la société, puisque ce sont celles-ci qui organisent les mécanismes facilitant le procès d’accumulation du capital. Ces mécanismes mis en place dans la société, grâce à l’appui de l’État garant de l’ordre capitaliste, permettent, en effet, aux classes bourgeoises de mieux exploiter les classes populaires et d’exercer leur domination politique, économique, idéologique et culturelle.

Quant a Poulantzas, il reconnaît que l’État n’a pas à proprement parler du pouvoir. Toutefois, il constitue le centre du pouvoir de la classe dominante. Il affirme aussi que l’État n’est pas un instrument qui soit au service de la classe dominante. Il détient une autonomie relative qui lui permet d’assurer l’unité bourgeoise de la société. En abordant ainsi la question de l’État et du pouvoir d’État, Poulantzas semble rejoindre O’Connor qui, tout comme lui, reconnaît à l’État une certaine autonomie.

Toutefois, en admettant avec ces auteurs que, dans la société capitaliste moderne, l’État détient une certaine autonomie qui lui permet d’assurer l’unité bourgeoise de la société en atténuant les effets négatifs dus à des excès dans le procès d’accumulation du capital, nous sommes loin d’admettre que l’État capitaliste soit un organisme de conciliation sociale. En effet, dans les sociétés capitalistes avancés, l’État met en place des mécanismes pour atténuer les conflits de classes qui sont plus manifestes dans certaines sociétés dépendantes ou le pouvoir d’État s’identifie plus visiblement aux classes dominantes. Dans cet ordre d’idées, Jean-Pierre Cot et Jean-Pierre Mounier pensent que, pour mieux assurer le cadre d’un mode de production donné, l’appareil d’État fonctionne à la violence et à l’idéologie. Mais, notent les deux auteurs, l’appareil d’État ne peut se maintenir en s’appuyant uniquement sur la violence « Il doit donc camoufler sa nature, se poser en structure neutre, au-dessus des intérêts en présence, pour remplir avec efficacité sa fonction ».

L’expression de neutralité, utilisée par Cot et Mounier, traduit en quelque sorte, la notion d’autonomie relative de l’État que nous avons signalée un peu plus tôt. Mais, ceux-ci croient que cette autonomie relative n’est, en fait, qu’un masquage qui camoufle la réalité de la lutte des classes et, de ce fait, sert encore mieux les intérêts de la classe dominante. Cardoso et Faletto, analysant la situation de dépendance et la question de développement en Amérique latine, ne réfléchiront pas différemment. Ils affirment que « l’État exprime la domination d’une classe ou d’une alliance de classes sur d’autres. Mais, alors qu’il sert leurs intérêts sur lesquels il se fonde, il propose des mesures qui rendent vraisemblable la « généralité d’intérêts », et qu’il doit afficher s’il veut exister (peuple, égalité, nation) ».

Par ailleurs, Cardoso et Faletto notent que l’État des sociétés dépendantes, en dehors du fit qu’il sert les intérêts des classes dominantes nationales, ouvre aussi les portes des économies périphériques au capitalisme. Guillermo O’Donnell abonde dans le même sens. Il croit que si l’État, dans les sociétés dépendantes, a joué un rôle fondamental dans la création de la nation et l’unification de la société, il n’en demeure pas moins qu’il représente aussi un lien capital pour la diffusion interne de la domination néo-colonialiste et impérialiste. Une telle situation accentue la dépendance des pays périphériques vis-à-vis des pays du centre. Ce qui entraîne donc une aliénation du pouvoir de l’État ainsi que de son autonomie.

Enfin, nous pouvons dire que l’État, malgré sa relative autonomie, garantit un ordre social qui est celui de la bourgeoisie de la société capitaliste. De ce fait, il constitue le centre d’un pouvoir qui se situe en dehors de l’appareil étatique lui-même. Aussi, l’ensemble des appareils culturels sert-il à véhiculer l’idéologie des classes dominantes nationales qui se font les relais de la société capitaliste mondiale, de manière à maintenir et à perpétuer leur hégémonie culturelle, économique et politique.

Maintenant que nous venons d’apprécier les bases du pouvoir de l’État, nous allons, à présent, considérer pourquoi ce dernier cherche-t-il à exercer un certain contrôle sur les appareils culturels.

2-L’ETAT ET LE CONTRÔLE DES APPAREILS CULTURELS
Parler du contrôle des appareils culturels nous fait tout de suite penser aux mécanismes de reproduction sociale existant ou mis en place dans la société. Pour assurer celle-ci, il note que l’éducation ne saurait être neutre. L’école ne saurait donc assurer la mobilité sociale à tous.

Aussi, en dehors des mass media, l’école est-elle l’endroit tout désigné pour réaliser cette diffusion et aussi accomplir cette fonction de socialisation de l’individu. Dans cet ordre d’idées, nous pouvons comprendre la position de Cot et Mounier quand ils disent que « Pour durer, un système social doit former son personnel, pourvoir aux rôles sociaux qui le composent. Il doit inculquer aux individus les valeurs, attitudes et orientations qui leur permettront de tenir leur rôle politique ». D’où les intérêts que porte l’État à exercer son contrôle sur les appareils culturels et tout particulièrement sur le système éducatif qui assure la formation de nouveaux cadres dont les classes dominantes ont besoin pour perpétuer et maintenir leur domination sociale, culturelle, idéologique, économique et politique.

De son côté, Jacky BEILLEROT, reprenant la vue d’Althusser sur la question des appareils idéologiques d’État, allègue que « l’État capitaliste utilise pour maintenir et perpétuer son pouvoir deux réseaux ou deux appareils : d’une part la répressif (police, justice, armée), d’autre part l’idéologique (le culturel, l’école) ». Il explicite son point de vue en insistant sur le rôle prépondérant joué par l’école dans le maintien, la reproduction de la domination de la bourgeoisie à travers tout en justificatif culturel, humaniste donc idéologique. Par ailleurs, Béillerot ne résiste pas à l’idée de considérer l’État comme étant le gestionnaire No 1 du savoir. Celui-ci ne le laisse pas accroître à son gré dans des horizons divers. Il dispose, en conséquence, de tout un ensemble de dispositifs pour « l’entretenir, l’orienter, le diffuser, le contrôler, le restreindre (le savoir est parcellisé, multiplié. À chacun son morceau de savoir utile, décidé par l’État ».

Karl Marx et Friedrich Engels, pour leur part, étudiant la question de l’éducation et de l’enseignement dans les sociétés capitalistes, allèguent que « tout le système d’enseignement de la société capitaliste repose sur le rationalisme bourgeois ». Ils croient, en effet, que l’éducation offre relativement peu de chance de mobilité sociale dans une société de classes ou le pouvoir politique est contrôlé par une bourgeoisie qui dicte ses normes et règles de conduite aux masses populaires. Pour Marx et Engels, l’origine sociale des individus joue un rôle important dans leur mobilité sociale que Claude Larivière définit comme étant « un changement fonctionnel dans la position sociale d’un individu (mobilité verticale) ou d’un groupe (mobilité collective). Elle opère soit à l’intérieur d’une génération ou entre générations. Dans ce dernier cas, elle peut se mesurer par la possibilité pour un individu d’avoir un statut différent de sa famille d’origine ou pour une partie d’un groupe de passer d’un métier, d’un secteur économique ou d’un niveau social à un autre ». Ceci nous fait donc comprendre qu’il peut exister à l’intérieur du système éducatif des mécanismes qui contrôlent cette mobilité de manière à ne pas mettre en cause la stabilité du système social. Ainsi, l’école remplit-elle une fonction idéologique assez importante et qui permet d’assurer le maintien et la perpétuation des classes dominantes au pouvoir. D’où le contrôle de l’État sur les activités éducatives de manière à garantir la légitimité de son pouvoir.

Dans les sociétés dépendantes où il existe une situation sociale plus tendue, le contrôle exercé par le pouvoir politique se révèle encore plus grand. Du fait d’un trop grand écart entre les conditions de vie des masses populaires et celles des classes dominantes qui risque de faire éclater à tout moment l’ordre social bourgeois, l’État des sociétés dépendantes, caractérisé généralement par son côté militariste et autoritaire, exerce son contrôle sur tout ce qui constitue des appareils de diffusion idéologique, particulièrement, l’école, les mass media etc. de manière à leur imprimer son orientation propre. Ces disparités entre les classes sociales et le rôle fondamental joué par l’État pour sauvegarder l’ordre économique capitaliste, ne semblent pas sans relation avec les effets récurrents du colonialisme sur les classes dirigeantes. En effet, celles-ci ont hérité du colonialisme certaines normes, des valeurs culturelles et des règles de conduite qu’elles semblent toujours garder, en dépit des divers processus historiques qui les ont marquées. Aussi, allons-nous apprécier, tout de suite, quels en sont les effets les plus manifestes du colonialisme sur les classes dirigeantes.

3-L’ÉDUCATION ET LES EFFETS RÉCURRENTS DU COLONIALISME
Pour maintenir l’ordre colonial dans les nations soumises, les peuples conquérants s’appuyaient particulièrement sur deux facteurs, la force des armes et l’éducation (plus spécialement l’éducation religieuse). Nous nous rappelons l’histoire de Christophe Colomb débarquant en Amérique, tenant une croix dans une main et son épée dans l’autre. Par la suite, les indigènes qui refusèrent de se laisser « civilisés » par les conquérants devaient mourir par milliers.

Après leur accession à l’indépendance, les pays en développement ont hérité d’une structure politico-administrative qu’ils n’auront pas grandement changée et qui rappelle « l’indirect rule » (*) des anglais. Pour reconstruire leurs pays, les nouveaux dirigeants ont dû faire appel aux anciens colons restés sur place et qui constituaient avec les quelques autochtones préalablement formés dans les écoles européennes, les cadres les mieux préparés. Alors bon nombre d’anciens colons s’étaient vu confier la tâche de préparer les nouveaux cadres dont les pays indépendants avaient besoin.
(*) « Indirect Rule » qui se traduit en français par l’administration indirecte consistait particulièrement à utiliser pour administrer les colonies des autochtones dont l’allégeance à la couronne d’Angleterre ne faisait aucun doute.

En Afrique francophone tout comme en Amérique latine, les nouvelles générations de dirigeants étaient particulièrement issues des écoles catholiques organisées par les diverses congrégations religieuses. Celles-ci ont donc joué et jouent de nos jours un rôle prépondérant dans l’organisation des systèmes éducatifs des pays dépendants. Il en ressort que les systèmes d’enseignements dans les sociétés en développement, sont le reflet des modèles d’enseignement européens. À ce propos Pierre Erny, analysant les systèmes d’enseignement dans les pays pauvres, a fait état de trois constatations qu’il présente en terme d’argumentation :
a) En premier lieu, il considère les systèmes d’enseignement actuel comme une sorte de dilatation des systèmes coloniaux. Pourvoyeurs de l’impérialisme culturel, ils constituent à l’égard des sociétés ou ils sont implantés, une forme d’agression provocant désorganisation et conflits.
b) En deuxième lieu, il pense que l’école organisée suivant des modèles étrangers, devient trop coûteuse pour les États pauvres. Ce qui entrave la généralisation de l’enseignement.
c) Enfin, il allègue que l’école favorise une promotion individuelle et la mise en place de classes privilégiées, de bourgeoisies administratives, voire de groupes nettement parasitaires.

En effet, les argumentations de Erny se révèlent, on ne peut plus, pertinentes. Les sociétés en développement portent encore l’empreinte du colonialisme. Dans leur grande majorité, elles évoluent toujours dans un contexte de domination étrangère. Leurs systèmes d’enseignement qui sont souvent le reflet des modèles étrangers, contribuent relativement peu à leur développement socio-économique. Aussi, assistons-nous d’une part à une acculturation de plus en plus grande des classes dominantes nationales qui se détachent petit à petit des valeurs autochtones jusqu’à manifester un certain mépris à leur égard, d’autre part à une augmentation chaque jour plus élevée du nombre des analphabètes restés attachés aux valeurs traditionelles; ceux-ci constituent souvent la majorité de la population. Alors est née une situation dichotomique qui met en relation des valeurs traditionnelles locales et des valeurs culturelles étrangères ayant acquis un statut privilégié par l’entremise des classes dominantes de la société. Celles-ci disposent, d’ailleurs, d’un ensemble de réseaux (l’école, les mass media etc.) pour imposer à l’ensemble de la population tout un système de valeurs qui sont à la base de leur domination culturelle appelée à justifier et à légitimer leur domination sociale, économique et politique.

Tout ceci montre que les classes dominantes locales jouent un rôle particulièrement important dans l’évolution des sociétés dépendantes. Ce rôle, nous allons l’apprécier de plus près.

4-L’INFLUENCE ET LE RÔLE DES CLASSES DOMINANTES
Nous venons de relater que le colonialisme a profondément marqué les sociétés dépendantes. En effet, celles-ci (à part de rares exceptions : Cuba en Amérique Latine et, très rarement, le Nicaragua, ou encore quelques rares pays en Afrique etc.), n’ont pas connu, à travers le temps, des transformations fondamentales. Leurs classes dirigeantes restent attachés aux valeurs culturelles étrangères et modèlent le développement social et économique de leur pays sur celui des États avancés de la société capitaliste mondiale. Celles-ci créent et assurent les conditions structucturelles à l’expansion du capitalisme au détriment de tout développement national. Les sociétés en développement subissent alors une double domination : une domination étrangère qui cherche à s’imposer soit directement ou indirectement par le truchement des organismes internationaux (Unesco, FMI, AID, BID, ONUDI, OCDE etc.) et une domination interne qui s’exerce à travers les structures nationales existantes et qui, souvent, prend la forme d’un véritable néo-colonialisme interne.

Les classes dirigeantes des sociétés dépendantes pour n’avoir pas su rompre les circuits coloniaux en vue de permettre à leurs pays de trouver leurs propres voies de développement, deviennent ainsi les vassales de la société capitaliste mondiale. Cette dernière trouve en l’école et les mass média qui servent à la diffusion de l’idéologie des classes dominantes des instruments tout désignés pour exercer sa domination culturelle.

Pour Martin Carnoy, les ex-pays colonisés, en modelant leurs systèmes éducatifs sur ceux des européens ou des États-Unis d’Amérique, ont eux-mêmes crées une situation qui entrave leur auto-développement. Selon lui, une fois indépendants, ces pays auraient dû organiser et orienter leurs systèmes éducatifs de manière à assurer une revalorisation de leur culture nationale ainsi que leur développement social et économique. Malheureusement les classes dominantes nationales restées grandement attachées aux normes et valeurs culturelles européennes ou nord-américaines, n’ont pas jugé nécessaire d’apporter des changements significatifs dans les systèmes d’enseignement. Aussi, les livres d’histoire, après l’indépendance, n’ont-ils fait que traduire leurs propres interprétations des divers faits historiques. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la formation des générations montantes.

Par ailleurs, Carnoy, analysant la fonction de l’école dans le cadre de la théorie de dépendance, affirme que l’école ne peut apporter des transformations notables dans un système social qui évolue toujours dans un contexte de dépendance par rapport à d’autres. Toutefois, en attribuant à l’école une certaine autonomie, il croit que celle-ci, malgré ses fonctions premières de sélection et de socialisation, peut produire des individus qui ne sont pas seulement des agents de changement à l’intérieur du système éducatif, mais aussi des agents qui désirent briser la situation de dépendance dans laquelle vit l’ensemble de la population. Souvent ces agents de changement viennent particulièrement des classes moyennes dont les stratégies consistent notamment à s’appuyer sur la défense de la culture nationale ou endogène pour élaborer leur projet de société.

Pour réussir à briser cette situation de dépendance, les classes moyennes en alliance avec les masses populaires sont toutefois obligées de sortir du cadre de l’éducation en vue de mener leur combat sur un terrain plus vaste qui est celui de la politique. Car le système éducatif n’est que le reflet d’un système social tel que désiré par le pouvoir politique. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’État des sociétés dépendantes, gardien de l’ordre économique de la société capitaliste, met-il en place les structures nécessaires pour faciliter cette double fonction de l’éducation qui est celle de contribuer au maintien et à la reproduction des classes dominantes ainsi qu’à la diffusion de l’idéologie capitaliste à l’ensemble de la société.

CONCLUSION

Les classes dominantes des sociétés dépendantes exercent, par l’entremise du pouvoir d’État un rôle important dans l’organisation et l’orientation des systèmes éducatifs, de même que dans la pénétration des idéologies des normes et valeurs culturelles des sociétés capitalistes dans leurs pays. Dans les pays dépendants ou les conditions socio-économiques sont particulièrement critiques pour la majorité de la population, l’éducation devrait être organisée de manière à y apporter des changements sociaux, économiques et politiques. Malheureusement, elle sert, de préférence, à accélérer le processus de capitalisation qui assure l’hégémonie des classes dominantes nationales et de celles des sociétés capitalistes mondiales. De plus, les modèles d’enseignement adoptés par les classes dominantes nationales, en se révélant peu appropriés aux besoins de développement social et économique des sociétés dépendantes, créent une situation préoccupante pour ces dernières qui sont censés préparer des cadres particulièrement pour les pays du centre qui se voient pourvus en personnels formés sans avoir à investir dans leur formation.

Dans les sociétés dépendantes ou les intérêts des classes dominantes par rapport à ceux des masses populaires sont manifestement opposés, l’éducation apparaît donc comme un véritable enjeu social. Aussi y existe-t-il une véritable lutte ouverte ou larvée pour le contrôle des appareils culturels de manière à les orienter suivant les intérêts particuliers de l’une ou l’autre des classes sociales qui sont en confrontation. Cette bataille engagée pour le savoir est une bataille engagée contre l’État pense Béillerot qui croit «qu’il ne s’agit pas du seul contenu apparent, objectif du savoir : il s’agit indissociablement du savoir, procès et contenu ». En effet, l’éducation joue un rôle important dans toute formation sociale. C’est pourquoi, l’une des premières mesures prises par tout gouvernement révolutionnaire est la restructuration complète du système éducatif de manière à l’adapter à leurs projets de société.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

BEILLEROT, Jacky, Idéologie du Savoir, Militants Politiques et Enseignants, Casterman, Belgique, 1979, 189p.

CARDUSO et FALETTO, Dépendance et Développement en Amérique Latine, Paris, PUF, 1978.

CARNOY, Martin, Education as Cultural Imperialism, New York, D. McKay Company Inc., 1974.

COT, Jean-Pierre et MOUNIER, Jean-Pierre, Pour une Sociologie Politique, Tome 2, Éditions du Seuil, Paris VIe, 1974, 187p.

ERNY, Pierre, L’enseignement dans les Pays Pauvres, Modèles et Propositions, Éditions L’Harmattan, Paris Vie, 1977, 211p.

FREUD, Julien, L’essence du Politique, Éditions Sirey, Parie Ve, 1965, 764p.

LARIVIERE, Claude, dans le texte « La Mobilité Sociale » in « Le Système Social » paru sous la direction de Francis BALLE, Librairie Larousse, Paris, 1977, 127p.

LENINE, Vladimir, L’État et la Révolution, Éditions Gonthier, Genève, Suisse, 1963, 160p.

MARX, Karl et Engels, F, Critique de l’Éducation et de l’enseignement, FM/Petite Col., F. Maspero, Paris Ve, 1976, 285p.

MAUSS, Marcel, Essais de Sociologie, Col. Points, Éditions de Minuit, Paris, 1968-1969, 152p.

O’CONNOR, James, The Fiscal Crisis of the State (1973).

PORTELLI, H. Gramsci et le Bloc Historique, Paris, PUF, 1972.

mercredi 7 novembre 2007

DOSSIER SUR LA PROBLÉMATIQUE SUICIDAIRE


Comportement suicidaire
→ Message → Personne significative
Direct → demande d’aide
Indirect → désespoir

Dynamique du comportement suicidaire

· Approche traditionnelle (Freud) [1910]

ETAT → IDEATION PARADIGME
DEPRESSIF SUICIDAIRE FONDAMENTAL

ETAT ← ETAT → IDEATION DEPRESSIF
D’EXCITATION HOMEOSTATIQUE
SUICIDAIRE

(PARADIGME ETENDU A UNE PMD)
INTRODUCTION


· Approche « Loi du talion (Stekel) [1967]
A. Un individu (qui va devenir suicidaire) mijote le projet de tuer quelqu’un de significatif pour lui inconsciemment.

B. Le désir/projet ne peut pas s’exprimer.

C. Un tel projet/désir est un crime et doit être puni.

D. L’individu qui a mijoté un tel projet doit être puni.

E. La punition ne peut que viser l’individu qui a ce projet et cette personne doit payer de sa vie selon la loi du talion

DESIR DE → IMPULSION → SENTIMENT DE → SUCIDAIRE
TUER REPRIMEE PUNITION HONTE

· Ambivalence par rapport à la vie et a la mort

*10% des personnes suicidaires vont réussir avec succès leur tentative (approximativement).

*Donc, la plupart des autres personnes suicidaires sont
davantage « ambivalentes » par rapport à leurs désirs
de vivre ou de mourir.

*Ce qui est un sentiment tout à fait humain et non pas une faiblesse.

*Ce qui aussi assure à l’intervention de crise des bonnes chances de réussir.

· Impact du comportement suicidaire sur les autres personnes significatives

*Importance de comprendre le comportement suicidaire en termes de communication (message) qui est émis mais aussi reçu.

*Impact possible considérable par rapport à l’intervention de crise :

A. Pression très forte pour imposer un rôle de « tout-puissant sauveur ».

B. Tentative pour déstabiliser l’intervenant en questionnant subtilement de l’anxiété et le doute sur sa compétence.

C. Possibilité de transferts « d’ondes » qui peuvent être néfastes de part et d’autre.
_________________________________________↑
ANXIETE ANXIETE ESPERANCE DE L’AIDE DE PAR RAPPORT
L’INTERVENANT A L’AIDE
_______________________


La personne survivante est obligée de prendre conscience de sa propre mort et le spectre du suicide de la personne va la hanter dans les efforts pour résoudre cette énigme.

Par conséquent, l’acte suicidaire est un renversement involontaire des rôles :
Le projet secret du suicidaire crée chez le survivant le rôle mythique du meurtrier.

Personnes a risque

· Les adolescents en crise ; consommation abusive de médicaments
· Jeunes adolescents ; plus fréquents mutilation
Comportement suicidaire est davantage le résultat de sentiments d’être rejetée et pas aimée.

Comportement suicidaire est du davantage à un sentiment de doute par rapport à leur masculinité, à leur adéquation en fonction de leur rôle.

Donc,


Expression des sentiments de désespoir

Importance


Rétablir communication dans la famille
Trouver un milieu substitut si difficultés persistent

· Adolescent
Jeunes adultes
Comportement suicidaire est le résultat de sentiments d’ennui du milieu familial/anxiété de la séparation (qui s’exprime davantage lors de périodes d’examen)

QUELQU’UN PAR SURMOI CULPABILITE

· Approche dyadique (Shneidman) [1969]
(interactionniste)

COMPORTEMENT
SUICIDAIRE MESSAGE → PERSONNE EXPEDIE SIGNIFICATIVE

DESIR DE TUER
QUELQU’UN DE ________↑
SIGNIFICATIF

Paradoxe du talion

JE VEUX TUER JE VEUX
LA PERSONNE X ME TUER

1. Le comportement suicidaire est un événement qui doit être compris comme étant un message visant une personne précise (qui est significative).

2. Il y a généralement une personne bien identifiée qui doit recevoir le message : par cette personne, l’acte suicidaire prend un sens.

3. Le contenu fondamental du message est de la colère.

4. La représentation symbolique de l’ »acting out » est essentiellement d’en arriver à tuer « vivant » la personne significative qui va avoir à survire.

- processus de stigmatisation (direct, délibéré et hostile) en victime de la personne qui va devoir survivre qui a comme objectif :
- s’assurer que la personne significative qui va survivre va vivre en ayant constamment à l’esprit la tragédie et le sentiment d’être responsable de cette tragédie (« sentiment d’être diminué »).

Syndrome du « survivant-victime »

INTERVENTION DE CRISE AUPRES DES SUICIDAIRES

Évaluation du risque (potentiel) et urgence suicidaires

· Les attitudes personnelles de l’intervenant par rapport au suicide / à la mort influencent le processus d’évaluation.
· L’aide de l’intervenant représente la vie par rapport au syndrome de l’ambivalence et va constituer un plan de prévention.
· L’évaluation du risque n’est pas le résultat d’une science exacte.
· La qualité de l’évaluation dépend de la quantité et la précision des informations recueillies
· Facteurs influençant le risque :
· Les femmes font plus de tentatives manquées.
· Les hommes font davantage de tentatives réussies. (davantage dues aux méthodes utilisées)
· Le risque augmente avec l’age; donc les hommes plus agés présentent plus de risque que les jeunes femmes.
· Se rappeler que les jeunes femmes et hommes peuvent faire un « acting out » même s’ils/elles désirent manipuler une personne significative.

Le plan suicidaire

· Dans quelle mesure la méthode retenue peut être mortelle? Ex. : arme a feu/médicament.

· Dans quelle mesure la méthode retenue donne du sens à la tentative?
Ex. : arme a feu/sans arme.

· Dans quelle mesure la méthode est spécifique et précise?
Ex. : plan détaillé/plan confus/plan distorsionné

Auxquels peuvent s’ajouter des sentiments de honte et d’embarras.

· Jeunes adultes

*Syndrome « Je ne peux vivre sans toi »
Relie à la rupture d’une relation amoureuse significative.

Importance du réseau social .
*La dépression du milieu de vie
*Syndromes habituels :
-insomnie
-perte d’appétit
-perte d’intérêt
-tristesse
-dévalorisation
-isolement
*Deux types

-Réactive : Résultat d’une situation de crise suite à un déséquilibre provoqué par un stresseur situationnel (perte).

-Endogène : Pas résultat d’une relation de cause à effet mais d’un ensemble de variables (importance de l’état de santé/facteur biochimique).

· La personne âgée

*Syndrome « Down and out » du à une perte réelle ou appréhendée de ses ressources intellectuelles et psycho-sociales.

-désorientation

Potentiel
· Le réseau social
· La qualité des relations dans le réseau (ouvert/fermé)
· Le support possible

Style de vie
· Dans quelle mesure son style de vie est stable/instable?
· Dans quelle mesure le comportement est aigu ou chronique?
Stresseur aigu crise aigue risque élevé
Chronocité crises répétées risque élevé

Relations interpersonnelles
· Existe-il des relations significatives avec des personnes de son réseau social?

Non, les possibilités de risques augmentent.
Oui, le risque diminue ou augmente dans la mesure ou les relations sont clairement définies.

Le comportement de la personne significative.
· Aidante
· Non aidante
· Manipulée

L’état de santé
· Dans quelle mesure l’individu est affecté plus ou moins par des problèmes de santé physique?

Le stresseur
· Importance du stresseur +-
Risque +- important
· Importance de la perception +-

Symptômes
Habituellement, comportement suicidaire est relié à un état dépressif.
· Symptômes généraux de dépression :
-perte d’appétit
-insomnie
-perte de poids
-perte d’intérêt
-isolement social
-désespoir
-dépendance
· Symptômes spécifiques, agitation :
-tension
-anxiété
-culpabilité
-manque de contrôle
-agitation
-colère/hostilité
(Si on ajoute l’usage de drogue et homosexualité et alcool) risque plus élevé

· Symptômes dépression + agitation : risque plus élevé
· Symptômes psychotiques :
-délires
-hallucinations
-perte de sensibilité
-perte de contact avec réalité

Règle générale : Ne pas forcer une entrée tant et aussi longtemps que la personne est consciente et est en mesure de parler malgré le fait que la personne est fermée.

Considérer que la personne suicidaire armée présente un potentiel homicidaire plus ou moins important.

Règle générale : Être sur ses gardes et ne rien faire qui puisse effrayer et/ou rendre soupçonneux et ne pas mettre sa vie en danger inutilement sous prétexte d’héroïsme.

Identifier le plus rapidement possible une personne significative pour la personne en difficulté et l’impliquer dans l’intervention rapidement.
Si une personne est trouvée inconsciente, appelez une ambulance ou tout autre moyen de transport d’urgence.

Réaliser une brève entrevue de crise dans le but d’évaluer les conditions particulières de la situation et de déterminer ce qui va se passer par la suite.

Règles générales :

· Réaliser les principales étapes d’une entrevue de crise sur place :
1. Se concentrer sur la prise de contact.
2. Évaluer le potentiel (risque suicidaire)
3. Élaborer des alternatives de solution
4. Identifier les ressources institutionnelles/
communautaires susceptibles d’être mises à contribution.

*Se rappeler que le but ultime de l’intervention est d’offrir de l’aide à la personne en difficulté.
*Être patient, intéresse, rassurant, confiant et intelligent dans ses propos et gestes.
*Être conscient que le temps est un allie précieux (ceci s’applique tout particulièrement à une situation de consommation abusive de drogues ou l’individu n’est pas dans un état comateux).

Évaluer le risque suicidaire selon les neufs facteurs d’évaluation. Règle générale : S’en tenir à la situation actuelle lors de l’évaluation.

Évaluer le potentiel de l’individu suicidaire et celui de son réseau social immédiat.
Règle générale : Axer et pousser l’attention sur les aspects positifs.
Se rappeler que si l’individu a tendance à accepter certaines directions que vous donnez à l’intervention, cela constitue un signe encourageant. Il en est de même pour certaines suggestions que vous pourrez faire.

Porter une attention spéciale en évaluant le risque suicidaire aux personnes qui ont consommé plus ou moins abusivement de l’alcool/drogues.
Règle générale : Se rappeler que les personnes sous influence de l’alcool/drogues sont moins en contrôle sur elles-mêmes donc plus sujettes à l’ « acting out ».

Si les résultats de l’évaluation du risque suicidaire présentent un risque élevé, les interventions suivantes doivent être faites :
· Faire en sorte qu’il y ait toujours quelqu’un auprès de la personne.
· Faire appel à un intervenant de deuxième ligne.
Règle générale : Le seul moment ou un individu suicidaire à haut risque ne doit pas être hospitalisé est celui ou la tentative et/ou le comportement suicidaire ne fait pas appel à une méthode dangereuse (armes) et quand les ressources du réseau social immédiat et élargi peuvent être mobilisées rapidement et efficacement.