samedi 28 février 2009

Toxicomanie Regard Anthropologique 1e partie

Les Anglophones s’interrogent d’une manière beaucoup plus réaliste : « pourquoi y a-t-il dans un certain nombre de cas usage abusif (abuse) ou mésusages (misuse) de psychotropes, et comment éviter ces comportements? » sur ce point, une comparaison est fort éloquente, les titres d’ouvrages publiés respectivement en France et aux USA. Aux best-sellers français « il n’y a pas de drogués heureux, » ou « la drogue ou la vie », on peut opposer aux U.S.A. « The facts about drug abuse » ou encore « the substance abuse problems ».

Mais comment distinguer entre usage et abus ou mésusage de drogues? Chez les anciens Grecs, médicament et poison ne constituaient qu’un seul concept, celui de « pharmakon’, qualifiant toute substance dotée d’effets simultanément positifs et négatifs pour l’usager. Les psychotropes sont des pharmakon, des substances à la fois gratifiants et toxiques.

Dès lors, tout usage de substances psychoactives peut se définir comme un rapport des effets positifs sur les effets négatifs. Il y aura abus ou mésusage dans la mesure où les effets négatifs l’emporteront sur les effets positifs. Un tel rapport variera d’un cas d’usage à l’autre, et de nombreux paramètres doivent intervenir dans son calcul : caractérisitques du produit (toxicité, addictivité…), doses, modalité d’administration, fréquence d’usage, caractéristiques psychologiques et physiologiques de l’usager, contexte social, psychologique, social et culturel….

Dans une telle optique, on attache plus d’importance au type d’usage qu’au type de produit, on parlera davantage d’usages durs que de drogues durs, mais sans négliger le fait que certaines catégories de psychotropes induisent beaucoup plus rapidement que d’autres une utilisation abusive, dure.

Deux approches préventives découlent d’une telle conception : « la première est d’apprendre aux gens, surtout aux jeunes, comment satisfaire leurs pulsions et désirs sans recourir aux drogues. La seconde est d’apprendre aux gens comment nouer de bonnes relations avec les psychotropes, de telle sorte que s’ils choisissent d’y recourir, ils soient capables d’en user sans jamais en abuser. »

* à suivre *

vendredi 27 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 9e partie

Regard Anthropologique

Pour Ronald Verbeke, parler de toxicomanie c’est pouvoir poser les vraies questions : « Face aux comportements d’usage de drogues illicites, on en est toujours, dans nos sociétés francophones, à se poser la question : « pourquoi ces usages? » et à chercher une pathologie sous-jacente à ces comportements. La réponse est pourtant claire. Ces usages ne s’expliquent-ils pas tous, en fin de compte, du moins en occident, par la recherche d’états de conscience plus gratifiants, donc par la quête d’un peu plus de bonheur ou d’un peu moins de malheur? Certains parleront de plaisir plutôt que de bonheur de stress ou dépression plutôt que de malheur. Mais est-ce tellement différent? Dès 1929, dans « Das Unbehageninder Kultur », Sigmund Freud écrivait « l’action des drogues est à ce point appréciée et reconnue comme un tel bienfait dans la lutte pour assurer le bonheur ou éloigner la misère que des individus et même des peuples entiers leur ont réservé une place permanente dans l’économie de leur libido. On ne leur doit pas seulement une jouissance immédiate mais aussi un degré d’indépendance ardemment souhaité à l’égard du monde extérieur ».

Des Amérindiens aux pigmées d’Afrique Centrale, à travers toute l’histoire de l’humanité, existe-t-il une société qui n’ait pas recouru apparemment : les Eskimos, jusqu’à l’arrivée des Blancs, parce que rien ne poussait sur leur sol. Dans « The natural mind », que beaucoup considèrent comme l’ouvrage le plus lucide et le plus serein jamais écrit sur la problématique des drogues, Andrew Weil fait remarquer que l’usage des psychotropes est à ce point universel qu’il doit correspondre à un besoin inné, chez l’être humain, de variations périodiques des états de conscience.

* à suivre *

jeudi 26 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 8e partie

Fénichel (1945) a introduit la notion de toxicomane sans toxiques et a ainsi individualisé la personnalité toxicomane dominée par la dépendance orale. Le trait caractéristique de la toxicomanie avec ou sans drogue est l’impulsivité. Cette impulsivité irrésistible se traduit par le désir impérieux d’une satisfaction urgente. Cette impulsivité spéciale du toxicomane témoigne de l’insuffisance de l’adaptation à la réalité. Le désir est si fort que le toxicomane est incapable d’en retarder la satisfaction. C’est par conséquent le passage à l’acte qui se substitue à la réflexion.

Charles-Nicolas dira que « ce qui caractérise le passage du désir au plaisir du toxicomane est son immaturité, immaturité qui se spécifie dans la régression du moi à l’oralité ».

L’homme consiste en un réseau d’interactions entre les variables physiologiques, psychologiques et socio-culturelles. Deux systèmes de force sont en présence : la personnalité et le milieu environnement. La plupart du temps, il existe un équilibre entre ces champs de force et on retrouve alors une certaine adaptation aux changements à l’intérieur et à l’extérieur de la personne. Si cet équilibre est rompu, l’anxiété apparaît, une anxiété qui, à un degré suffisamment élevé, peut engendrer un comportement répétitif tel l’abus d’un toxique. La drogue vient alors agir comme réducteur d’anxiété. Soumis à des conditions sociales et psychologiques particulières, l’individu peut développer une dépendance à un toxique.

Après ce bref tour d’horizon sur les diverses perceptions de la toxicomanie, il nous apparaît important de nous situer dès maintenant quant à notre coopération de ce phénomène. Nous sommes d’abord redevables à l’approche psychologique qui s’est penchée sur la personne du toxicomane dans son dynamisme interne. Nous pensons en effet qu’une action doit toujours être le résultat d’une bonne compréhension d’un phénomène ou d’un problème. Or, en ce qui regarde à la base d’une consommation abusive de toxiques nous paraît important pour mieux saisir le vécu et pour mieux nous utiliser avec la personne toxicomane. Nous sommes aussi d’avis que la personne est un carrefour d’interactions et qu’en ceci, elle est en constant échange avec la famille, le milieu dans lequel elle vit, et inversement le milieu influence le vécu et le comportement d’un individu. Nous rejoignons ici l’approche transactionnelle et la théorie des systèmes.

* à suivre *

mercredi 25 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 7e partie

Une autre enquête, menée auprès de 1,636 étudiants de trente-huit écoles du niveau Secondaire de la région métropolitaine de Montréal, cette fois, démontre que 68,7% de l’ensemble des répondants consomment occasionnellement, régulièrement, ou très souvent de l’alcool. L’alcool est, selon cette enquête, la drogue la plus populaire, plus populaire que la cigarette et le cannabis.

Les jeunes alcooliques ont peu de résistance face aux exigences de la réalité, que ce soit aux plans conjugal, familial, professionnel, ou même devant certaines exigences personnelles telle la vie sexuelle, des sentiments d’agressivité, des besoins de sécurité, de valorisation de soi. Selon Cahn et Krimmel (voir Brochu et Duplessis 1980), l’alcoolique désire retourner au stade de passivité de l’enfance. Devenu adulte et devant se confronter inévitablement aux frustrations, l’alcoolique découvre dans l’alcool une double solution magique qui lui permet d’éloigner des difficultés et de s’octroyer un plaisir narcissique semblable à celui de son enfance, là où il retrouve le sentiment de toute-puissance.

* à suivre *

mardi 24 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 6e partie

« Au bout de ses études, il croira, néanmoins, pouvoir trouver un job. Ça ne marchera pas. Alors, il boira un peu plus pendant les weekends, il se mettra à boire durant la semaine et il finira par boire une caisse de bières par jour. Au bout d’un certain temps, il quittera son foyer parce qu’il ne s’y sent plus à son aise pour boire, il ne lui restera plus que les brasseries et les tavernes. Enfin, il se sentira diminué physiquement, il aggravera ses conflits familiaux et sociaux, il manquera d’argent… Il arrivera au bout de son rouleau en moins de deux ans. Il aura alors 22, 23 ans.

« Quelques-uns d’entre eux aboutissent chez nous, ils sont rares. Nous les traiterons. Mais, le taux de réussite pour l’alcoolisme est faible : autour de dix pour cent… ».

Alors qu’est-ce qu’il faut faire? « En parler, Ah! Ça oui, il faut en parler. Et, déjà, au niveau Secondaire, il commence à être un peu tard pour en parler, puisque nous avons affaire à un bon pourcentage de consommateurs ».

Là-dessus, au moins trois enquêtes font concordance :

Une enquête, menée auprès de 916 filles et 760 gars de quinze, seize et dix-sept ans de la région métropolitaine de Québec nous apprend que 94.3% des interviewés avaient déjà fait l’expérience de l’alcool au moment de l’interview. L’âge moyen de la première consommation se situe entre 11 ans et 15 ans. L’enquête nous révèle également que 21.1% des jeunes de 15 à 20 ans consomment, occasionnellement, quatre bière et plus, que 6.4% boivent quatre verres de vin et plus et que 20,5% d’entre eux consomment quatre verres de spiritueux.

* à suivre*

lundi 23 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 5e partie

Les jeunes et l’alcool

Difficile d’en tracer un portrait-type, mais, plus souvent autrement, nous remarquons qu’il est de ceux qui ont pris leur premier verre en cachette à la maison, à l’occasion d’un party des parents. C’était quand il avait dix ou douze ans. Deux ou trois ans plus tard, il commence à boire en compagnie d’amis. Pendant tout le temps qu’il fait son Secondaire, selon qu’il réussit dans ses études et selon qu’il se sent accepté chez lui, il se servira de l’alcool comme moyen d’évasion. D’une occasion pour boire deux, trois bières une fois par mois à une fois par semaine, il arrivera à la fin de son Secondaire V à consommer plus d’une dizaine de bouteilles de bière par semaine. Puis, au Cégep, où il est beaucoup plus laissé à lui-même qu’au Secondaire, où il vivra le stress des difficultés d’admission à l’université ou sur le marché du travail, il sombrera encore un peu plus dans l’alcool.

* à suivre *

dimanche 22 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 4e partie

Le paradigme de l’anomie sociale de Durkheim-Merton

L’anomie selon Durkheim : Des études en sociologie sur la déviance des drogues et de l’alcool s’en tiennent avant tout sur
1) des compilations statistiques sur la proportion des diverses populations nationales atteintes où elles retracent l’évolution des modèles de consommation.
2) des simples corrélations linéaires entre deux variables telles que le genre, le revenu et la strate sociale.

La sociologie recherche dans les systèmes sociaux et dans les structures qui les composent la source principale du comportement humain sous toutes ses formes. Le comportement toxicomane est donc ainsi une conséquence du système du genre d’organisation des structures sociales qui président aux échanges entre les humains.

Selon Merton : Sorte de typologie des comportements ou de modes d’adaptation individuelle.
1) Conformiste : attribut de la personnalité que le signe de l’accord existant sur le plan comportement entre la personne et les rôles qu’elle doit remplir dans une situation spécifique - pas de toxicomanie ni déviance.
2) L’innovation : but prescrit est accepté et les normes sociales sont rejetées.
3) Le ritualisme : Abaissement des aspirations personnelles dans une société afin d’échapper aux frustrations. C’est l’automate complètement aliéné par la société.
4) L’évasion : L’alcool et les drogues sont des modes d’évasion au moyen desquels la personne échappe aux angoisses des obligations sociales et à la menace des frustrations devant ces obligations.
5) La rébellion : L’individu rejette les structures sociales établies pour tenter de les remplacer par de nouvelles.


Des études plus récentes démontrent que le niveau de déviances alcooliques, plus que le taux de suicide, augmente à mesure que l’intégration de la société basée sur l’interdépendance des unités du système social s’intensifie et que l’intégration normative basée sur la tradition antérieure à l’urbanisation décroît. Les sentiments de privation, de frustration et d’anomie étant alors nettement accrus, la situation mène davantage à la toxicomanie.

* à suivre *

samedi 21 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 3e partie

Le prototype de la recherche sociologique

Pour la sociologie, le comportement n’est déterminé ni par l’histoire individuelle de la personne, ni par son mode immédiat d’interaction avec l’entourage, mais par l’organisation de la société dans laquelle elle prend place. Toute déviance provient d’une situation où se trouve la personne ou un groupe de personnes car l’intérêt ne porte pas d’abord sir la personne comme tel.

On s’occupe des structures plus larges :
Le chômage
Les conditions de vie
Les conditions de travail

Structures sociales :
Famille
Quartier
Ville
Nation

L’accent est placé sur les qualités de situation
les éléments structuraux
à leur hiérarchisation
aux échanges interactionnels.
Deux catégories de devis expérimentaux sont ainsi privilégiées par cette approche (Cohen 1966)
a) le modèle situationniste : la dimension prédominante est la situation elle-même c’est-à-dire ses caractéristiques, ses qualités, ses propriétés.
b) le modèle interactionniste : amalgame des variables de la situation, dans la détermination d’un phénomène de déviance comme la toxicomanie. C’est le modèle utilisé quand on veut étudier la relation entre certaines variables situationnelles en toxicomanie.



* à suivre *

jeudi 19 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 2e partie

Au plan sociologique, les soldats sont placés dans une situation particulière incohérente : combattre dans des conditions pénibles, mal préparés mentalement. Ils se retrouvaient dans une situation de brassage d’opinions contradictoires.

Dans ces considérations, il était difficile de départager les motifs d’intérêts économiques et de lutte de pouvoir, des arguments proprement idéologiques toujours mis de l’avant par les porte-parole proches de Pentagone.

Le verdict était souvent quasi unanime d’immoralité pour les Américains.
Une situation propice à la désorganisation sociale et personnelle subséquente.
Une situation psychosociale dans laquelle la fidélité à la loi de la nation exigée est, par ailleurs, décriée comme étant illégale et ne servant pas les meilleurs intérêts de la nation même.
Une situation de conflit existentiel et d’anomie pour les soldats qui étaient dans des conditions pénibles et intolérables.
Voilà ce que nous retrouvions.

Alors des fanatiques d’Alkaïda offraient des stupéfiants. Ils offraient des moments paradisiaques où il n’y avait plus d’incohérence ni de souffrance. Hors de cette situation de conflit la consommation tombe ou disparaît.

C’est une solution à l’anomie présente par la désorganisation sociale.
Nombre d’événements qui sont signes de désorganisation.
Ex : le chômage
les mauvaises conditions de vie
la pauvreté
l’insalubrité du logement
le déracinement par l’urbanisation rapide

Il s’agit de toute situation sociale qui brise l’équilibre. Cela oblige à des réaménagements de société qui tuent l’espoir, l’enthousiasme et l’élan. Autant pour les nantis que pour les défavorisés qui adoptent des solutions déviantes (toxicomanie).

Il n’y a pas de doute que dans l’anomie, il se tient entre les structures sociales des discours aptes à influencer l’activité dans un sens ou dans l’autre et à présider, pour certains, au choix de la solution psychotropes.

* à suivre *

mercredi 18 février 2009

Toxicomanie Regard Sociologique 1e partie (suite de Toxicomanie et la Femme 26e partie)

Le fait historique concernant l’usage des psychotropes s’avère intéressant en ce qui a trait en particulier à l’explication sociologique de la toxicomanie, nommément la participation américaine à la guerre d’Irak.

Deux événements particulièrement malheureux ont marqué cette participation :
1. Le phénomène de désaffectation pour la « cause nationale » d’une large proportion de la jeunesse à servir sous les drapeaux et sa désertion vers des pays limitrophes plus tolérants.
2. La constatation d’une forte consommation de drogues chez ceux qui combattaient à l’Irak.

Ce deuxième phénomène apporte une influence de la dimension sociale sur le problème de la toxicomanie. Plus de 80% des soldats américains se sont adonnés à la consommation des psychotropes. Plus de 30% de la population totale des combattants faisaient usage d’opiacés.

Une fois revenue d’Irak, la grande majorité d’entre eux ont cessé toute consommation sans aucune intervention extérieure particulière. Environ 7% ont été estimés pour un traitement et 2/3 de ces derniers ont occasionnellement fait usage d’opiacés sans retomber dans la dépendance.

* à suivre *

mardi 17 février 2009

Toxicomanie et la Femme 26e partie

La femme et la vie sexuelle.

Ce fléau de l’alcoolisme s’infiltre aussi dans un autre domaine de la vie féminine.

Plusieurs femmes vivent une attitude négative face à la vie sexuelle. Depuis quelques années la société a évolué en ce domaine. Il reste encore beaucoup de tabous sur le sujet.

Combien de femmes ont peur de dire à leur homme ce qu’elles désirent vivre dans leurs relations sexuelles. Elles ont peur de blesser leur orgueil de mâle, peur d’un manque de compréhension, peur de paraître une femme dégradée, peur d’être accusée d’infidélité, peur de se faire juger, peur de se sentir coupable sur le plan religieux et peur de n’être pas « normale ».

D’autres sont aux prises avec un homme exigeant qui ne les respecte pas et ne leur donne aucun répit d’où s’ensuit parfois la frigidité.

D’un côté comme de l’autre elles cherchent à s’évader et à vivre sans trop sans rendre compte des moments qui pour elles sont pénibles. Elles recourent à l’alcool. La consommation devenant de plus en plus fréquente constitue un obstacle majeur à l’intimité du couple.

D’autres phénomènes peuvent aussi amener les femmes à consommer de plus en plus d’alcool. Signalons le divorce, le manque d’argent, le sentiment de rejet pour ne mentionner que ceux-là. « La bouteille d’alcool devient une sécurité spécialement dans le cas d’alcoolisme féminin. Il n’est pas étonnant que les femmes stressées par le sentiment de culpabilité, la frustration, le rejet, les traumatismes de toutes sortes boivent de plus en plus.

« Parce que surconsommer de l’alcool est socialement inacceptable et plus inacceptable encore s’il s’agit d’une femme, les femmes alcooliques expérimentent de la honte en regard de leur relation à l’alcool, mettent en doute leur féminité et retournent contre elles leur culpabilité. Selon Johnson et Garson, cette stigmatisation culpabilité/honte constitue d’ailleurs un des obstacles majeurs à la réadaptation.

* à suivre *
* dans Toxicomanie Regard Sociologique 1e partie*

lundi 16 février 2009

Toxicomanie et la Femme 25e partie

La femme au foyer

Le danger de l’alcoolisme guette aussi la femme demeurant au foyer. Après quelques années de mariage, la routine s’installe. La femme qui a coupé avec ses amitiés pour s’attacher à son mari et à ses enfants se retrouve seule avec un homme de plus en plus grugé par son travail, ses loisirs ou autres activités. Les enfants grandissent, ils ont moins besoin de son aide et souvent ils deviennent une source de problèmes. À cela s’ajoutent les questions d’argent.

Solitude, tension, routine, problèmes d’insécurité…Comment échapper? Comment réussir à ne pas y laisser sa peau? Elle commence à boire question de relaxer. Puis un jour, les difficultés s’accumulant, elle consomme davantage et s’enivre pour oublier. Honteuse de s’être laissée aller, elle cherche de nouveau à fuir en rechutant et c’est l’engrenage.

Peu à peu, elle néglige sa maison, ses enfants, son mari et sa propre personne. Elle perd le goût de créer, de cuisiner, de s’occuper. Elle désire s’en sortir mais ne le veut pas vraiment parce que sous l’effet de l’alcool oublie ses problèmes. Elle se coupe de plus en plus de tout ce qui l’entoure. Des problèmes de santé apparaissent, avec eux, les médicaments. Elle en viendra même à combiner alcool et médicaments, ce qui dans bien des cas est plus que néfaste.

« En combinant l’alcool et les drogues, les femmes savent qu’elles se jouent un jeu et cette double trahison de soi consolide les images de mauvaise mère, de mauvaise épouse et de mauvaise personne qui les habitent déjà ».



* à suivre *

dimanche 15 février 2009

Toxicomanie et la Femme 24e partie

Le phénomène de l’alcoolisme chez la femme.

Le phénomène de l’alcoolisme chez la femme est un fait. De plus en plus de femmes incapables de supporter le stress inhérent à la vie moderne cherchent à oublier ou à alléger leurs problèmes dans la consommation de l’alcool.

« L’alcool, dans notre civilisation est un moyen pour dissiper l’appréhension, l’anxiété et les tensions, pour établir et maintenir certaines relations sociales, familiales et économiques. Il est aussi très souvent associé à une fête, à une célébration, à des vacances. Il est facile à obtenir et constitue un modèle de comportement des parents, des amis. »

Il n’est donc pas étonnant que de plus en plus de femmes y succombent.

Dans ce texte nous traiterons des points suivants :
La femme dans ses relations sociales
La femme au foyer
La femme et la vie sexuelle

La femme dans ses relations sociales

La société demande beaucoup à la femme. La publicité nous la montre belle, sans cheveux gris, sans rides, dotée d’un silhouette idéale. Femme-objet qui plaît en tout temps.

Il lui faut aussi être une épouse fidèle, une mère aimante une amie compréhensive et une ménagère hors pair.

Elle doit savoir affronter les difficultés sans flancher, garder son sang froid, sa gaîté et son sens de l’humour en tout temps.

Pour être complète, la femme moderne doit être sportive, instruite, au courant de l’actualité et de la dernière mode.

Que d’exigences pour une simple femme!

Si un bon nombre d’entre elles ont pris leurs distances et vivent comme bon leur semble, plusieurs par contre, influencées par l’environnement étouffent dans un stress insupportable. Elles se croient obligées de suivre ces courants et se laissent entraîner dans un tourbillon qui les détruit.

Un de ces tourbillons est celui de la consommation de l’alcool. Le moindre prétexte devient bon pour boire : party de bureau, anniversaires, célébrations, réceptions privées ou publiques…

Au début elles consomment avec modération pour faire comme tout le monde, pour s’amuser, pour se dégêner, parce que ça fait bien.

Petit à petit elles se passent de « buveuses occasionnelles » à « buveuses régulières » Appéritif avant chaque repas, un verre au retour du travail pour se détendre.

« La tension est un phénomène dont l’intensité est propre aux temps modernes. L’état de détente que procure l’alcool peut jouer de mauvais tours au consommateur non averti.

* à suivre *

samedi 14 février 2009

Toxicomanie et la Femme 23e partie

Syndrome alcoolique fœtal.

On a constaté que la consommation d’alcool pour une femme durant sa grossesse risque d’avoir des effets néfastes sur le fœtus. Chez les enfants, le profil de malformations caractéristiques, appel syndrome alcoolique fœtal (S.A.F.), se présente ainsi : une dysfonction du système nerveux central, une déficience dans la croissance physique, une apparence faciale caractéristique du syndrome. Le S.A.F. n’est pas un phénomène du tout ou rien mais se manifeste le long d’un continuum, les symptômes étant plus ou moins exhibés chez un même individu. Parmi les travaux qui rapportent des cas de S.A.F., dans presque tous les cas, les mères étaient de fortes consommatrices d’alcool durant la grossesse. La fréquence de manifestation du syndrome au Canada ne nous est pas connue mais certains avancent prudemment les chiffres de un cas pour 257 naissances à un cas pour 900 naissances. Sans doute faut-il penser que les effets alcooliques fœtaux ont une prévalence plus élevée que celle du syndrome lui-même.

La prévention du syndrome constitue une mesure de santé publique. Identifier la quantité minimale au-delà de laquelle il y a danger pour le fœtus constitue la question au cœur du débat, mais ce seuil de sécurité n’est pas connu actuellement. Récemment, selon les auteurs, on recommande soit la limite supérieure de deux consommations par jour soit celle de cinq consommations par semaine. Les intoxications éthyliques subites sont à éviter.

Le S.A.F. comporte aussi une signification sociale, politique pour les femmes. On a exprimé l’inquiétude que, par sa montée populaire, le S.A.F. ne soit devenu le lieu d’expression de la colère et du mépris vis-à-vis des femmes, en les rendant seules et uniques responsables de la détérioration fœtale. En conséquence, il faudrait éviter de définir les femmes exclusivement par leur fonction maternelle et risquer de perpétuer la stigmatisation à l’endroit des femmes alcooliques.

Conclusion

Au milieu de leurs luttes pour l’égalité, les femmes revendiquent-elles un accès égal à l’alcool? Telle apparaît être la question sociale émergente sur le sujet de la femme et de l’alcool. Il est difficile de nier que l’accès au plaisir et, qui plus est, aux rituels sacrés a fait l’objet de contrôles pour les femmes, la consommation d’alcool appartenant au nombre de ces normes limitatives. On pourrait ajouter que le maintien de ces principes s’est appuyé sur la constatation que les effets pharmacologiques de l’alcool affaiblissent les facultés, diminuant ainsi le rendement pour les tâches de service qui définissent le rôle des femmes. Si surconsommer de l’alcool est souvent perçu comme un signe de virilité pour les hommes, ce même comportement apparaît comme indigne des femmes, et ce double standard fait partie du sexisme ordinaire qui, sans trop qu’on ne s’en aperçoive, se loge dans les têtes et les cœurs.

Devant pareille discrimination, la réponse serait-elle de revendiquer un accès égal à l’alcool? Reformulons la question. Force nous est de reconnaître que la principale stratégie préventive utilisée pour protéger les femmes de l’alcoolisme a été le double standard : la punition, associée à l’intoxication alcoolique, a empêché les femmes, par contrôle aversif, d’abuser d’alcool. Quoi qu’il en soit, la réponse à notre interrogation ne peut consister en une nouvelle norme, si égalitaire soit-elle. Au mieux, est-il possible d’examiner de quelle manière les préjugés affectent les attitudes et les attentes tout en cherchant une solution de remplacement valable à la stigmatisation sociale dont furent, et sont encore, victimes les femmes alcooliques.

* à suivre *

jeudi 12 février 2009

Toxicomanie et la Femme 22e partie

Certains indices font penser qu’on se trouve devant une augmentation de consommation abusive d’alcool chez les femmes et donc aussi des problèmes qui s’y apparentent (Russel, 1977, p. 275), Little, Schull et Mandell (1976) ont affirmé que deux pour cent des femmes enceintes de la classe moyenne consomment plus d’une once d’alcool (environ deux verres) par jour. Rosett, Ouellette, Weiner et Owens (1978) ont évalué un taux encore plus élevé de consommation chez les femmes enceintes de condition socio-économique inférieure (15% des 322 femmes ont été jugées comme étant de grandes consommatrices d’alcool, buvant en moyenne 5,8 onces d’alcool absolu par jour). Si la fréquence de la consommation d’alcool et la quantité d’alcool consommé sont à la hausse chez les femmes, on peut s’attendre à ce que l’incidence du syndrome alcoolique fœtal augmente à l’avenir. Les indices laissant penser que la consommation intermittente de grandes quantités d’alcool à des stades déterminés de la grossesse peut être aussi nocive pour le fœtus en cours de développement ont des répercussions importantes pour les mères enceintes.

Et, ce n’est qu’au cours des vingt dernières années que le syndrome alcoolique fœtal a été identifié et décrit officiellement.

* à suivre *

mercredi 11 février 2009

Toxicomanie et la Femme 21e partie

Déficience mentale.

Les études effectuées jusqu’à maintenant signalent que la déficience mentale, à des degrés variables, constitue probablement le handicap le plus frappant que l’on retrouve chez les enfants qui présentent le syndrome alcoolique fœtal (Streissguth, 1976, p.140). On a essayé de diverses façons d’évaluer le degré d’arriération mentale liée à l’affection. Une étude antérieure effectuée par Streissguth (1976) signalait qu’à sept ans, les enfants de 18 femmes choisies rétrospectivement pour avoir été alcooliques pendant la grossesse, présentent un QI beaucoup lus bas que les enfants du groupe témoin (QI moyen de 81 par rapport à 95 pour les témoins). Le rapport apparemment élevé de déficience mentale pour les sujets témoins s’explique probablement par les variables socio-économiques, étant donné que les sujets étaient appariés aux mères alcooliques pour un certain nombre de variables. Jones, Smith et Streissguth (1974) ont étudié 23 enfants de mères alcooliques chroniques avec deux témoins pour chacun. Ils ont signalé que 44% des enfants du groupe alcoolique avaient à l’âge de 7 ans un QI de 79 ou moins. Ils avaient fait une étude rétrospective, les dossiers avaient été passés en revue et le groupe alcoolique choisi « après coup ». Ce sont peut-être des soins maternels inadéquats qui ont grandement contribué aux plus faibles QI notés chez les enfants de sept ans du groupe alcoolique.


* à suivre *

mardi 10 février 2009

Toxicomanie et la Femme 20e partie

L’alcool est une petite molécule qui traverse les membranes cellulaires et se distribue dans tous les tissus de l’organisme. L’éthanol passe de la mère au fœtus par le placenta, et la concentration d’alcool dans le corps du fœtus est à peu près égale à celle de la mère (Abel, 1980; Hanson, Streissguth et Smith 1978; Randall, dans Blum, 1977). Le fœtus élimine cependant l’alcool à environ 50% du taux de l’adulte par diffusion passive à travers le placenta lorsqu’il lui renvoie (Abel 1980; Wagner, Wagner et Guerrero, 1970); le taux d’élimination de l’alcool par le fœtus dépend donc du taux d’élimination de la mère (Abel 1980). Si la mère consomme généralement beaucoup d’alcool, il est très possible qu’à certains moments le fœtus soit exposé à une concentration continue de l’alcool. D’autres chercheurs ont essayé de délimiter le mécanisme par lequel l’alcool affecte le fœtus. Ulleland 1972 a affirmé que « l’alcoolisme chronique peut être ajouté à juste titre à la liste des facteurs maternels qui créent un milieu ultra-utérin peu sain pour le fœtus en cours de développement et qui peuvent avoir des conséquences pour toute la vie ».

* à suivre *

lundi 9 février 2009

Toxicomanie et la Femme 19e partie

Syndrome alcoolique foetal

Le syndrome alcoolique fœtal serait causé par une exposition à l’alcool. Cependant, le mécanisme exact par lequel l’exposition à l’éthanol engendre des effets nocifs est encore largement inconnu et fait l’objet de nombreuses spéculations.

Clarren, Alvord, Sume, Streissguth et Smith (1978) ont fait l’autopsie de cerveaux de quatre nourissons, tous décédés au cours des dix premières semaines suivant leur naissance. Tous étaient des enfants de mères alcooliques et tous avaient été exposés à de grandes quantités d’éthanol à des intervalles fréquents au cours de la gestation. Ces auteurs ont noté une variété de malformations et émis l’hypothèse que l’exposition in utero à l’éthanol pouvait engendrer des anomalies structurales du cerveau. Ils ont aussi constaté qu’il y avait une corrélation entre les malformations cérébrales et le degré de consommation d’alcool par la mère. De là, ils ont postulé que la gravité du syndrome pouvait être lié à la quantité d’alcool consommé, au moment de la gestation où il était consommé, et à la réponse fœtale individuelle.


* à suivre *

dimanche 8 février 2009

Toxicomanie et la Femme 18e partie

Traitement

La majorité des travaux qui abordent l’efficacité thérapeutique des programmes de traitement n’effectue aucune distinction entre les résultats des hommes et des femmes ou ne comporte que des échantillons masculins. Conséquemment, il demeure impossible de conclure quant à l’efficacité réelle des programmes de traitement et quant à l’impact relatif des diverses modalités de traitement auprès des clientèles de femmes.

Cependant, plusieurs auteurs estiment que l’inefficacité de certains programmes de traitement est liée à l’absence de modalités d’intervention élaborées selon les besoins spécifiques des femmes alcooliques. Parce que l’étiologie et les manifestations des problèmes reliés à l’alcool diffèrent chez les femmes et chez les hommes, les besoins de traitement seraient distincts. C’est ainsi que sont rapportées, dans la littérature, des initiatives et des idées nouvelles, telles des approches non sexistes ou féministes. Toutefois, bien que fournissant plusieurs recommandations, aucune des études recensées n’évalue les modalités de traitement proposé.

Transmission hériditaire

Depuis l’antiquité, la sagesse populaire affirme que l’alcoolisme se présente rarement seul. À l’exception d’une seule, toutes les études sur l’alcoolisme, quel que soit leur pays d’origine, ont indiqué des taux plus élevés d’alcoolisme parmi les lignées d’alcooliques que dans la population en général.

Trois possibilités permettent d’expliquer ces données : soit, cette généralisation du boire excessif constitue la conséquence de l’apprentissage social dans la famille et, particulièrement pour les femmes, l’effet de l’apprentissage par observation (modeling) des hommes alcooliques de la famille; soit, l’alcoolisme est déterminé à la conception par transmission génétique; soit, il s’agit d’une interaction, certaines conditions environnementales assurant l’expression du génotype.

Dans une étude de filles adoptées, on ne trouve aucune différence entre le taux de boire excessif chez les filles adoptées nées de parents alcooliques et chez les filles adoptées nées de parents non alcooliques. Cependant, l’échantillon et le groupe témoin s’avèrent trop restreints pour permettre des conclusions définitives. Dans une autre étude, on constate globalement un taux élevé d’abus d’alcool chez les femmes nées de mères alcooliques; et cette différence ne s’observe pas chez les femmes nées de pères alcooliques. Ainsi, la susceptibilité à l’alcoolisme peut être héritée, soit de l’un, soit de l’autre des parents biologiques mais la vulnérabilité semble davantage transmise par la mère que par le père. Comme la prévalence de l’alcoolisme reste peu élevée parmi ces femmes, les auteurs consultés estiment que les facteurs de l’environnement jouent un rôle plus important dans l’étiologie de l’alcoolisme des femmes que dans celles de l’alcoolisme des hommes.

Les résultats de plusieurs travaux de recherche ne permettent pas d’écarter la possibilité des facteurs héréditaires, au moins pour certains alcooliques. Peut-être doit-on en venir à diviser cette population en sous-groupes, dont la vulnérabilité constitutionnelle est variable.

* à suivre *

samedi 7 février 2009

Toxicomanie et la Femme 17e partie

Au regard des caractéristiques psycho-sociales, selon toutes nos sources, 43% à 75% de ces femmes admises en traitement pour alcoolisme vivent seules et la seule augmentation du taux de divorce dans la population générale ne suffit pas à couvrir cette surreprésentation de femmes seules par rapport à la population générale. Les femmes alcooliques de faible niveau socio-économique auraient davantage de visibilité publique tandis que celles de niveau moyen et élevé, une meilleure intégration sociale. Ce sont ces dernières qui appartiennent aux cohortes vraisemblablement les moins signalées et les moins étudiées. Concernant leur famille, plus que leurs homologues masculins, les femmes alcooliques ont un parent – père, sœur, frère, conjoint – qui est alcoolique : elles semblent « attraper » l’alcoolisme dans leur famille. Bien que le cycle menstruel des femmes ait été perçu comme un facteur précipitant la surconsommation d’alcool, ces observations doivent être relativisées par d’autres facteurs. Quant à la sexualité des femmes alcooliques, les écrits racontent davantage leur misère sexuelle que leur plaisir mais les hypothèques proposées pour rendre compte de ce phénomène sont prématurées dans l’état actuel des connaissances.

Chez les femmes alcooliques, on constate, plus fréquemment que chez les hommes alcooliques, la présence d’antécédents psychiatriques. Elles ont aussi commis plus de tentatives de suicide que leurs homologues masculins. Le taux de suicides réussis est plus élevé que parmi les hommes alcooliques, tendance qui est à l’inverse de celle de la population générale. Certains événements stressants ou des crises reliées à un passage difficile de la vie – des deuils, des séparations – précipiteraient la consommation abusive d’alcool chez plusieurs femmes. Elles ont une plus faible estime d’elles-mêmes que les hommes alcooliques et que les femmes non-alcooliques. Enfin, l’alcoolisme et la dépression ont une prévalence élevée chez ces femmes. Il se pourrait que les femmes déprimées soient particulièrement susceptibles de développer une dépendance vis-à-vis de l’alcool, et, a fortiori, vis-à-vis de l’alcool et des tranquillisants mineurs, et qu’elles soignent leur dépression avec ces psychotropes qui serviraient d’auto-médication.

Travail

L’examen de la situation des femmes en milieu de travail oblige à réévaluer la perception traditionnelle de la ménagère alcoolique qui boit seule, à la cachette. Un corps d’études confirme en effet l’hypothèse selon laquelle ce sont les femmes au travail qui, plus que les femmes au foyer, sont susceptibles de consommer de l’alcool et de devenir des buveuses à l’excès.

En nombre restreint, les études effectuées parmi les femmes occupant un emploi rémunéré signalent les jeunes femmes, les femmes mariées et celles vivant seules comme des groupes fragiles. Les problèmes de surconsommation des professionnelles, des ouvrières, des femmes ayant des antécédents d’alcoolisme dans la famille ou ayant des enfants on également été soulignés.

Étant donné l’importance croissante des femmes parmi la population active, il serait nécessaire d’établir plus clairement la situation des femmes alcooliques au travail, surtout dans les secteurs où la main-d’œuvre féminine est concentrée, afin d’élaborer des stratégies d’intervention et de prévention cohérentes.

* à suivre *

vendredi 6 février 2009

Toxicomanie et la Femme 16e partie

Mais certains indices empêchent de se réjouir de ce qui pourrait être perçu comme des signes encourageants et révélateurs d’une grande accessibilité au traitement pour les femmes dépendantes vis-à-vis de l’alcool.

Ces indices ont trait aux caractéristiques des populations à risque. Les femmes les plus jeunes, celles qui vivent seules, occupent un emploi rémunéré et habitent les grands centres, sont invariablement signalées comme les plus vulnérables à une consommation inappropriée d’alcool. Ceci correspond très exactement aux mouvements socio-démographiques de la population féminine générale : arrivée constante de nouvelles cohortes de femmes ayant atteint l’âge légal de la consommation, présence accrue des femmes dans la population active, choix ou nécessité pour un nombre de plus en plus grand d’entre elles de vivre seules, mouvement général de concentration des populations dans les grands centres. En d’autres termes, le nombre de nouveaux cas de femmes aux prises avec des problèmes de consommation excessive d’alcool devrait aller s’accroissant, puisque les groupes à risque représentent précisément des segments de la population féminine actuellement en expansion.

Bien que les données ne l’indiquent pas de façon absolument claire, il apparaît aussi que les groupes aux deux extrémités de l’échelle sociale sont plus vulnérables que les femmes des classes moyennes. On a observé des pourcentages plus élevés de grandes buveuses chez les chômeuses et les femmes ayant les revenus les plus faibles, en même temps que chez les femmes dont la scolarité et le statut professionnel (ou ceux du conjoint) sont les plus élevés.

Les statistiques sur les problèmes de santé (mortalité, morbidité) témoignent des comportements de consommation d’hier, alors que les données des enquêtes épidémiologiques d’aujourd’hui préfigurent les données de mortalité et de morbidité de demain. Or, on observe une progression des indices quant à leur convergence sur le continuum mortalité, morbidité, enquêtes sur échantillons et, à l’intérieur de la population, des groupes les plus âgés aux groupes les plus jeunes.

Modèles de consommation et caractéristiques psycho-sociales.

Une majorité de femmes admises en traitement pour alcoolisme présente le tableau clinique suivant. Au regard des modèles de consommation, c’est presque toujours au début de la trentaine et plus tardivement que pour leurs homologues masculins, que les femmes commencent à manifester des problèmes reliés à l’alcool. Ces femmes boivent surtout à la maison, mais les différences observées au Québec rendent difficiles les affirmations à ce sujet. Une bonne proportion de ces femmes consomme à la fois de l’alcool et des tranquillisants mineurs et ce type de consommation les caractérise par rapport aux hommes. Si les pourcentages rapportés dans le reste de l’Amérique du Nord vont de 24% à 48%, ceux qui sont déclarés au Québec se chiffrent de 40% à 70%. Ce phénomène, dont la prévalence est particulièrement élevée au Québec, mériterait une attention particulière.

* à suivre*

jeudi 5 février 2009

Toxicomanie et la Femme 15e partie

LES FEMMES ET L’ALCOOL : LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE ET DONNÉES QUÉBÉCOISES (P.U.Q.)

L’idée qu’il est plus honteux, pour une femme que pour un homme, de surconsommer de l’alcool date du XIXe siècle. Au siècle précédent, l’ébriété était perçue comme un état de choses fréquent et normal pour les hommes et les femmes. Le silence, encore persistant, autour des femmes alcooliques porte à croire que l’image d’une femme saoule est incompatible avec celle, pure et vertueuse, que les hommes de la classe moyenne entretenaient et souhaitaient préserver pour les femmes de leur classe. Aujourd’hui, au Québec comme aux États-Unis, on continue de croire qu’une femme ne devrait pas être en état d’ébriété.

Données épidémiologiques

Prétendre faire « l’état de la question » concernant les femmes alcooliques au Québec représente un projet assez ambitieux. En effet, il semble que les données recensées ne représentent que le minimum de la population consommatrice. Les chiffres publiés ne constituent donc que le fragment émergé de l’iceberg, dont il reste à révéler la partie encore submergée. Si la pointe réussit à émerger malgré les problèmes de validité des indices, de biais sexiste et de stigmatisation sociale, on a tout intérêt à leur attacher beaucoup d’importance.

Toutes les données relatives aux problèmes consécutifs à une consommation abusive d’alcool font état d’une surreprésentativité des hommes par rapport aux femmes, qu’il s’agisse des problèmes de santé, d’infractions au code de la route, d’offenses criminelles ou d’accidents. Ces problèmes néanmoins touchent aussi les femmes et on s’interroge pour savoir si les changements de leur condition de vis n’entraînent pas un accroissement de la surconsommation chez elles.

Les données sur la mortalité sont plutôt rassurantes. Après avoir été en hausse jusqu’en 1976, le nombre absolu le décès et les taux de mortalité par cirrhose du foie, alcoolisme et psychose alcoolique, tendent depuis à s’abaisser. Pour aucune de ces causes de décès, on n’observe de façon évidente une convergence dans les ratios hommes-femmes. La mortalité par cirrhose du foie a cependant connu une hausse de 11% au Québec, ces huit dernières années.
Par ailleurs, en six ans, le taux des premières admissions pour alcoolisme a pratiquement doublé au Québec chez les femmes. Les taux de sortie après hospitalisation pour cirrhose du foie sont aussi en augmentation. Pour toutes ces statistiques, les ratios hommes-femmes baissent et il y a effectivement convergence. Est-ce à dire que les femmes ont désormais un meilleur accès au traitement ou que, la stigmatisation sociale étant moins forte, les femmes utilisent en plus grand nombre des services qui leur sont plus ouverts? Peut-être.

* à suivre *

mercredi 4 février 2009

Toxicomanie et la Femme 14e partie

Pourtant ce phénomène qui peut être source de progrès peut aussi devenir source de déception profonde, de déviation, de confusion.

Le petit hôtel du milieu rural (seul centre de loisirs) fréquenté par les adultes et les personnes affranchies de la tutelle parentale, conservait tout un attrait pour nos sujets. L’attirance provenait du statut d’adulte reconnu en ce milieu, du plaisir éprouvé par ceux qui y allaient, finalement de la possibilité de rencontre avec le sexe opposé. Nos femmes n’y avaient jamais eu accès avant de venir vivre en centre urbain ; aussi leur curiosité n’en était que plus accrue. Arrivées en milieu urbain, elles étaient prêtes à répondre à la première occasion qui s’offrirait en ce sens. Inconsciemment elles n’attendaient que cela.

L’atmosphère rencontrée dans les boîtes de nuit était bien différente des préjugés entendus dans leur milieu rural : on ne les montrait pas du doigt, elles conservaient leur réputation. Le fait de passer des heures à s’amuser sans souci, sans préoccupation, l’attitude tolérante des gens en face de la consommation, l’hétérogénéité et l’anonymat trouvèrent donc chez elles sympathie. Cela devint même leur lieu de prédilection, et elles ne manquèrent pas une invitation pour s’y rendre.

… de ces emplois et à quelques valeurs fondamentales transmises par ces milieux. Nous ne nions pas pour autant l’influence du milieu de travail dans la poursuite de la socialisation. Cependant, nous savons qu’il est important par la durée et par l’insertion dans un secteur précis ; or, la majorité de nos sujets n’ont pas travaillé longtemps. Il tient aussi son importance du fait qu’il est habituellement le prolongement du processus de socialisation familiale et scolaire. Malheureusement, nous n’avons pu que souligner ces aspects dans l’analyse de nos données.

Malgré les limites et les faiblesses de ce travail de recherche, je tiens à souligner quelques uns des jalons qu’il peut laisser à notre réflexion.

La famille est vue comme contribuant à l’étiologie de l’alcoolisme mais on ne peut lui en imputer toute la responsabilité. Certes, elle a fourni un mauvais départ à nos sujets… et il en fut de même pour les enfants de cette famille et pourtant tous ne sont pas devenus alcooliques ou déviants de quelqu’autre façon. Le hasard a-t-il mieux favorisé ces derniers en leur permettant de se retrouver dans des milieux qui ont pu compenser les déficiences socialisatrices de leur famille ? Ou nos sujets offraient-ils psychologiquement un terrain plus favorable ?

Si c’est l’effet du hasard notre société peut-elle encore quelque chose pour limiter le jeu du destin ?... L’utilisation des média d’information est-elle suffisamment exploitée dans le sens d’une prévention de l’alcoolisme ?

Après tout, c’est la société qui met en marche les instruments de la socialisation… C’est elle qui socialise !...

Enfin, une dernière interrogation : il existe des individus alcooliques (hommes et femmes) mais existe-t-il un alcoolisme spécifiquement féminin ou masculin dans ces causes ?

Ainsi je peux appuyer mon hypothèse sur laquelle le processus de socialisation est la variable indépendante dans la formation de la personnalité sociale. Si la femme adopte un comportement déviant, telles les substances toxiques pour pouvoir fonctionner, je crois qu’une ou des déficiences au niveau de processus de socialisation pourraient alors être un facteur logique de ce comportement.

* à suivre *

mardi 3 février 2009

Toxicomanie et la Femme 13e partie

Tout d’abord le père de Madame A. était alcoolique et il vivait de peur panique et d’insécurité. Le danger est alors grand pour que, par la suite, ayant expérimenté le pouvoir de l’alcool de diminuer ces sentiments d’angoisse et d’insécurité, l’individu y ait recours de plus en plus, jusqu’à devenir alcoolique à son tour ». Ensuite, Madame A. avait déjà éprouvé personnellement l’effet d’évasion provoqué par l’alcool : lors de ses sorties dans les boîtes de nuit pendant les fréquentations et au début du mariage ; aussi lors de sa première consommation excessive. De plus, elle était à même de constater l’effet d’indifférence qui était provoqué chez son mari en période d’ébriété. Ajoutons à cela que les ami(es) qu’elle avait conservé faisaient un usage abusif de l’alcool (cf. 2e partie, p.73). Toute cette étape est caractérisée par la manifestation d’un conflit de dépendance affective infantile et une confusion dans l’accomplissement des rôles sociaux.

À la suite des considérations nous partageons partiellement l’énoncé qui affirme en parlant des causes de l’alcoolisme « que dans presque tous les cas d’alcoolisme il y a un concours de dispositions individuelles et de facteurs sociaux ». Pour nous l’insistance semble devoir porter surtout sur les facteurs sociaux entendus en termes d’influences extérieures à l’individu.

« C’est la famille qui est d’abord et avant tout le milieu porteur d’influences. Elle réalise la plupart des situations fondamentales ; elle donne les premières habitudes, les plus profondes, les plus solides. L’importance du milieu familial tient d’abord à ce qu’il est le premier à agir : les habitudes qu’il fait naître formeront entre elles un système qui exercera une sorte de sélection à l’égard des influences ultérieures ».

Disons tout de suite qu’en établissant un parallèle entre la famille d’orientation et la famille de procréation cela nous permettait de mieux saisir les points de ressemblance et de différence de l’une par rapport à l’autre. De plus cela permettait de mieux percevoir comment une perturbation au niveau de la première projette ses conséquences au niveau de la deuxième, mais plus encore la famille étant une société en miniature, il est normal qu’une perturbation de la vie familiale projette ses conséquences sur toute la vie sociale des individus.

Nous avons parlé de « standard » économique offert à nos sujets dans leur milieu familial ainsi que de l’oscillation constante de privations et de satisfactions provoquées à ce niveau à l’intérieur des autres milieux qu’ils ont connu. Cependant les périodes de satisfactions furent moins intenses et moins longues que les périodes de privations. La majorité des femmes que nous avons rencontrées demeurèrent si fortement attachées à la première période de satisfaction, que les périodes de privations subséquentes augmentaient considérablement la frustration. Ces femmes ont fourni un effort acharné pour lutter contre leurs origines économiques modestes, mais avec un succès très relatif.

Dans leur famille de procréation la situation économique se trouvait beaucoup plus détériorée que dans la famille d’origine. La plupart des femmes adoptaient une attitude de négation devant les carences économiques subies, en ce sens qu’elles sur-valorisaient les gratifications provenant d’une période économique plus favorable. Elles attribuaient à leur père et/ou à leur époux les échecs économiques. Elles prétendaient avoir fait leur part pour enrayer ou diminuer ces échecs dans la mesure du possible. Nous leur concédons partiellement cette prétention. Quand elles ont dû pourvoir à leur propre subsistance elles ne connurent ni l’endettement, ni le chômage ; plus encore elles se satisfaisaient de ce qu’elles pouvaient obtenir par leur gain personnel et elles se tiraient bien d’affaire. Cependant, elles n’évaluent pas la portée de leurs exigences personnelles comme n’étant pas ajustées à la situation économique réelle de leur milieu. Ces exigences (telles que se payer du luxe, des fantaisies au niveau du vêtement, des sorties, de la boisson, des bijoux, etc.) nous ne les considérons pas comme exagérées mais non-conformes à leur situation économique.

Nous constatons cependant que ces exigences ressenties vivement à la période adulte sont directement reliées aux privations supportées dans la famille d’orientation. Elles portent à peu de différence près sur les mêmes objets. Cette situation n’était pas acceptée par la famille d’origine puisqu’elle provoquait les querelles du père. Elle n’a pas non plus été assumée par la femme issue de ce milieu. Nous croyons qu’elle l’a toujours ressentie comme pénible, défavorisée et marginale. Le fait de n’avoir pas réussi à s’en sortir constituait pour nos sujets une première source d’échec social, de déviation sociale.

Un autre facteur qui nous apparaît important dans la socialisation de nos sujets c’est la caractéristique écologique et sociologique de leur milieu familial. Le transfert du milieu rural au milieu urbain s’est effectué de façon trop brusque, trop radicale. Nos sujets n’avaient pas suffisamment intégrées les valeurs du milieu rural pour les confronter avec celles du milieu urbain.

Ils étaient relativement jeunes (18 ans) et complètement laissés à eux-mêmes pour effectuer le choix et l’évaluation des unes et des autres. Les moyens personnels dont ces femmes disposaient étaient très limités si on considère leur bas niveau de culture et de scolarisation. Elles possédaient certes le courage, la débrouillardise, l’honnêteté, la ténacité, un certain sens pratique qui sont des attitudes véhiculées dans les milieux ruraux, mais elles avaient aussi la naïveté et l’immaturité de l’enthousiasme juvénile et l’esprit de dépendance qui durent plus longtemps dans les milieux ruraux. Elles désiraient aussi expérimenter des situations nouvelles, vivre en pleine liberté ; existe-t-il un phénomène plus légitime pour les jeunes ? Je ne le crois pas.

* à suivre *

lundi 2 février 2009

Toxicomanie et la Femme 12e partie

L’arrivée des enfants va-t-elle provoquer des changements et réorienter les interactions du couple. Pour Madame A. sa tendance dominatrice s’est trouvée accrue quant à Monsieur il s’enlisa dans sa passivité. Une étude effectuée auprès de femmes alcooliques a déjà relevé ces traits à l’intérieur du couple où la femme est alcoolique, en même temps que l’anxiété des partenaires.

Monsieur qui est déjà alcoolique adoptera de plus en plus des comportements d’indifférence face aux préoccupations de son épouse et de démission devant ses responsabilités globales. Monsieur est de moins en moins présent à la maison. Lorsqu’il s’y trouvait son attitude envers les enfants oscillait constamment du paternalisme faible à la sévérité brutale.

Nos données révèlent que pour 75% des cas le père achetait des jouets aux enfants, jouait avec eux durant ses périodes de sobriété. Mais dans les périodes d’ébriété, pour 70% des cas, il battait les enfants et les repoussait durement. De plus, il s’informait des résultats scolaires pour haranguer devant les échecs.

Nous retrouvons là une manifestation du « bas degré de tolérance à la tension » éprouvée par l’alcool ainsi que son sentiment de culpabilité.

Devant cela Madame A. verra sa tendance dominatrice s’accentuer. Elle tentera de faire réagir son mari en le chargeant de reproches et de remords. « L’ajustement entre les partenaires se détériore et la tension s’élève ». Les mésententes et les conflits augmentent (cf. 2e partie, p.49) Madame ressent fortement le désintéressement et elle cherchera à y palier en exerçant une forme d’autorité absolue (cf. 2e partie, p.46 Tableau VIII). Mais nous avons tout lieu de croire que cette forme d’évasion n’a pu compenser ses besoins fondamentaux d’affectivité, de compréhension, de contacts sociaux. Les enfants deviennent alors des instruments qu’elle utilise tantôt pour exercer sa domination, tantôt pour satisfaire ses besoins effectifs (cf. 2e partie, p.60, fin du deuxième paragraphe). La valeur du lien émotif qu’elle établit avec ses enfants semble si fortement liée à celui qu’elle a établie avec son conjoint que la présence des enfants devient plutôt un handicap et une restriction qu’un moyen d’épanouissement. Différemment de sa mère, pour Madame A. le pôle d’attraction sera le mari plutôt que les enfants. Elle ne réussira pas à concilier les deux.

Cette situation de déséquilibre aura pour effet d’augmenter son anxiété et de lui rendre pénible la confrontation de ses rôles d’épouse et de mère. Aussi sa première consommation excessive sera prise à l’extérieur du foyer en compagnie d’autres personnes (cf. 2e partie, p.69, Tableau XVI). Les boîtes de nuit lui étaient un milieu connu ; de plus l’anonymat et l’hétérogénéité pouvait faciliter l’évasion. Par contre son besoin de relation interpersonnelle avec son mari semble avoir été plus impérieux quand on constate les causes qui l’ont amené à poursuivre sa consommation excessive (cf. 2e partie, Tableau XVII, p.71). L’accentuation de l’échec au plan conjugal devenait impossible à supporter pour Madame A. La réalité détruisait l’image idéale qu’elle avait de son mari et sapait progressivement ses attentes. En guise de soulagement et d’évasion elle trouvera refuge dans l’alcool. Pourquoi l’alcool ?

* à suivre *

dimanche 1 février 2009

Toxicomanie et la Femme 11e partie

LA VIE ADULTE

Nous concentrons sous ce titre la période de fréquentation et l’expérience de sa vie maritale. Ces deux aspects sont si intimement imbriqués que nous les concilierons tout au long de cette dernière phase.

Nous fournissons d’abord quelques informations générales qui nous aident à mieux comprendre la dynamique familiale…

...Un indice intéressant concernant le mari nous le présente comme ayant 4 ans de plus que son épouse. L’ensemble de nos données nous fournissait cette moyenne avec des extrêmes de 1 et 10 ans ; dans tous les cas le mari était plus âgé que son épouse. Cette affirmation n’est pas confirmée par la seule étude dans laquelle nous avons retrouvé cet indice, alors que 15% seulement des maris étaient plus âgés que leurs épouses alcooliques.

Au plan de l’instruction Monsieur possédait l’équivalent de son épouse soit le niveau élémentaire. Cependant il travaillait à l’intérieur d’un corps de métier (cf. 2e partie, p.36, Tableau II).

Quant à la durée de la période de fréquentation du couple elle s’élève à 12 mois. L’ensemble de nos sujets nous donne cette moyenne avec des écarts de 3 et 36 mois. Cinq seulement de nos sujets dépassaient la moyenne de 12 mois. Au moment où nous avons rencontré Madame A. elle vivait toujours sous le statut de femme mariée lequel durait depuis 18 ans déjà. À cet effet elle rencontrait la norme de nos sujets puisque sur les 17 sujets interrogés 5 seulement affichaient le statut de femme séparée.

Notre dernière information sera en regard du nombre d’enfants de Madame A. Il est reconnu que les alcooliques ont généralement des familles nombreuses. On attribue ce fait à leur indifférence à l’égard de leurs responsabilités. Notre observation ne confirme pas cette opinion. La moyenne d’enfants par famille de nos sujets est de 3.2 avec des extrêmes de 0 et 7. Cette moyenne demeure faible en regard de la majorité des familles alcooliques.

Maintenant essayons de saisir toute la dynamique qui s’est produite autour de Madame A. durant la phase que nous voulons décrire et analyser ici. Tout d’abord, quel genre de réponse trouvera-t-elle à sa recherche de confort et de sécurité matérielle et économique ? Signalons tout de suite que les sorties plus fréquentes, les cadeaux reçus durant la période des fréquentations lui laissaient pressentir une possibilité de réalisation de ses rêves. Elle croyait que le mariage comblerait ses désirs à ce niveau. Au début du mariage Madame A. poursuit partiellement son travail à l’extérieur pour se payer du luxe. Moins d’une année s’écoule avant qu’elle ne soit forcée de restreindre ces gratifications. Elle doit partager avec son mari la responsabilité des dettes contractées à l’occasion du mariage. Le revenu du mari est moyen et stable (cf. 2e partie, p.37, Tableau III), mais insuffisant pour assumer les besoins financiers auxquels le couple s’est déjà habitué : vêtements, sorties, boisson, etc… Le couple se croit temporairement dans une situation budgétaire déficitaire et constamment réemprunte pour payer un compte échu. La naissance des enfants accroît le déséquilibre ; d’une part, Madame n’apporte plus de revenu, d’autre part il n’y a pas de transfert suffisant au niveau des items de dépenses. Le mari qui utilisait une part de ses revenus pour la boisson et les loisirs ne diminue pas à ces items.

Madame A. réprime ses besoins au profil de ses enfants et tente ainsi de combler les déficits budgétaires. Elle y arrive tant bien que mal mais la famille connaît l’inquiétude réelle des paiements à rencontrer, des dépenses à éviter et des biens les plus élémentaires à se procurer (cf. 2e partie, p.38). La situation économique qui conduisait Madame A. de désillusion en désillusion était de nature à favoriser chez elle la recherche de compensations illusoires.

Il demeure en deçà de la situation économique tout le domaine des relations interpersonnelles avec le conjoint, les enfants et l’entourage. Examinons quel degré de satisfaction lui réserve ce champ ?

Quel type d’homme était Monsieur ? Au début de la période de fréquentation il se comportait comme un amant désirable : attentif, comblant Madame de cadeaux, favorisant de nombreuses et dispendieuses sorties particulièrement dans les boîtes de nuit (cf. 2e partie, p.39) où danse et boisson faisaient bon ménage, très fidèle aux rendez-vous fixées avec Madame. Madame A. répondait bien à ce type d’approche. Quelques mois avant le mariage Monsieur manifesta un peu d’hésitation prétextant que financièrement il n’était pas prêt à meubler un logement, ensuite il prétendait que la vie était belle ainsi. Mais Madame se sentait tellement heureuse et insista pour se marier au plus tôt. Alors Monsieur … à cette pression ce qui pour Madame confirmait l’amour qu’il lui portait. Elle s’était sentie entourée affectivement.

Au moment du mariage le couple alla vivre chez les beaux-parents (cf. 2e partie, p.36) Madame était réjouie de cette idée ; peut-être qu’inconsciemment elle avait besoin de vivre en clan familial comme en milieu rural. Nous l’ignorons mais une chose est certaine, elle désirait une vie rangée, sécurisante, intime. La belle intimité à laquelle Madame A. avait cru se retrouva déformée par la réalité. Monsieur se trouvait partagé entre l’affection et l’attention à apporter à ses parents et sa femme. De plus, Monsieur demeurait dans un cadre connu et ses habitudes de vie ne pouvaient que difficilement s’adapter à sa vie de couple. Madame A. affirme avoir éprouvé des frustrations à ce sujet. Aussi c’est elle qui prit l’initiative de suggérer à son mari un déménagement. Ils allèrent donc vivre en chambre. En soi, le conditionnement physique semble avoir été plus favorable à l’éclosion d’intimité chaleureuse mais il a beaucoup plus servi à nourrir l’égocentrisme de Madame A. qu’à créer un climat de confiance mutuelle, de dialogue, d’appui réciproque. Monsieur s’accommodait de la situation et s’ancrait progressivement dans une certaine indifférence vis-à-vis Madame. Il trouve plus d’intérêts dans des sorties en compagnie d’autres personnes : ses parents par exemple, ses amis à la taverne. Une telle attitude de fuite devant les réalités quotidiennes n’est pas loin de mener Monsieur vers un état d’alcoolisme reconnu (cf. 2e partie, p.65, dernier paragraphe). Il est écrit « que le recours d’un individu à l’alcool comme moyen de fuite dépend de sa capacité ou de son incapacité de supporter un état affectif pénible, un déboire ou un espoir déçu ». On n’ignore pas non plus que les tavernes sont des milieux provocateurs pour le développement de l’alcoolisme. Monsieur fréquente de plus en plus ces lieux (cf. 2e partie, 51). Une étude indiquait « que les comportements au sujet de la consommation sont plus liés aux patterns de consommation de l’environnement, du milieu qu’à ceux du conjoint ou des parents ».

* à suivre *