mardi 30 juin 2009

La Mort - 13e partie

Nos vies coulent de formes sans existence. Des existences sans les forgés des formes de nos traits personnels. Des existences aux formes de la religieuse des idées de nos soi mais, rarement selon nos propres forgés spirituels ou temporels. La vie coule difficilement. Nos vies passent en saccades, selon une volonté rare, issue, émise de soi. Aux rythmes des systèmes politiques et économiques, des ambivalences religieuses, des oui-dire envahissants.

Oh! La chrétienne
Souvent morte de honte

Aux rythmes des coutumes, déjà perdues, dans les mythes récents venus d’hier. Nous perdons souvent l’essence de nos vies, de nos existences, parce que nous n’avons jamais acquis la notion principale de nos fins : la mort. La mort, là, dans notre première urine. La mort, là, dans notre première tétée. On manque la vie à étouffer les réalités mortelles de nos existences. On passe à côté de nos nous-mêmes choses : se voir en décès. Nos vies, nos existences, doivent servir de liens entre nos naissances et nos mortalités. Sinon!

Désunie de ta naissance

Nous poursuivons les rituels de nos adolescences en adultes. Aux rêves, nous ajoutons les caresses des corps, voluptés souvent en de ces volutes sans pareils d’oublis. Je t’aime, dit-on, sans penser que l’amour meurt aussi. Un verre à la main, une Mercedes au bout des doigts, une piscine noie la présence de nos morts. La vie coule luxueuse sans se rendre compte de la mort parce que la vie n’existe, - souvent, que parce que camoufflée par l’enseignement-, que pour la voiler. L’érotisme de la vie n’est pas, n’a rarement été, n’est plus. Absence, par refus de ce contenu, qu’en est la mort, en nous inscrit

Jusqu’à surprise de ma fosse
Par vécu d’une tristesse morte


La misère, les souffrances, les labeurs qui cachent l’existence

Souvent une tâche

qu’en mourir il faut

* à suivre *

samedi 27 juin 2009

La Mort - 12e partie

Comment interprétez-vous la mort, selon qu’on la situe;
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?

Comment un humain du 25ième siècle, (drôle d’anthropologue il ferait celui-là), fouillant nos décombres du 20ième, tombes et caveaux funéraires, interpréterait-il notre culture occidentale et nord-américaine?
La mort étant une intimité, parce que la naissance l’est, en parler comme du beau temps ou presque, dans quelle atmosphère psychologique vous a jeté cette réflexion?

* à suivre *

vendredi 26 juin 2009

La Mort - 11e partie

Nous avons construit ce questionnaire en créant le scénario suivant : Une personne mourante, qui meurt et qui laisse des biens.

Les questions :

Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit lorsque vous apprenez qu’une personne de votre entourage, (un(e) ami(e), un(e) ennemi(e)), est mourante? Que veut dire mourir pour vous en ce moment là?

Y a-t-il une perception différente selon que l’on considère la mort :
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?

Lors du décès d’un individu, est-ce que les causes du décès, peuvent donner, un goût différent, une perception différente de la mort? Ex. : une maladie, un accident, la guerre, la vieillesse.

Y a-t-il une perception différente selon que l’on considère la mort :
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?


Durant la période funéraire (d’un à trois jours de durée), comment mentalement, psychologiquement, percevez-vous la mort?

Durant la période funéraire, dans les salons des résidences – ceux d’il y a cinquante, quarante ans – , dans les salons funéraires d’aujourd’hui, quels genres d’ambiance y régnaient-ils? Ex. : amicale, familiale, officielle.

L’ambiance varie-t-elle selon que l’on considère la mort :
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?

Pour vous, devant la mort, est-ce que les rites coutumiers, religieux, ont une grande importance? Désiriez-vous que l’on exerce ces rituels advenant votre mort? L’incinération, nouveau rituel, dérange-t-il vos coutumes, habitudes et pourquoi? La mort, prend quel sens, devant tous ces rites?

Comment voyez-vous ces rites selon qu’on les considère;
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?


Une mort, apporte toujours une succession. Une succession, une visite notariale. Si l’expérience a été vécue, que signifie-t-elle pour vous, dans un contexte de perte, de séparation? Être successeur, (lecture testamentaire) donne-t-il, une image différente de la mort?

Comment voyez-vous la succession selon qu’on la voit :
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?


Lorsqu’advient la liquidation des biens du décédé, la mort prend quelle dimension pour vous?

Comment voyez-vous cette dimension selon qu’on la voit;
Au niveau familial
Au niveau régional
Au niveau national?

Des individus de votre connaissance ont quitté ce monde, des étrangers (ères) aussi. Des amis (es), des ennemis (es). Est-ce que leurs morts ont déclenché chez vous une définition différente de leurs personnalités? Qu’advient-il de la « mémoire du défunt »? Qu’advient-il, chez vous, de la notion mort? Que veut dire mourir, une fois décanté, l’acte « mourir », le « funéraire », le « post-funéraire » immédiat?

* à suivre *

jeudi 25 juin 2009

La Mort - 10e partie

La spiritualité : une notion. Disons la spiritualité comme boomerang.

Une spiritualité lancée d’un Univers. S’approchant de l’extrémité de son ellipse, un morceau de chair s’y accroche. Elle croîtra sur l’âme comme une mousse, comme le gène. « S’ossera » pour la forme. Elle dépérira une fois dépassé le grand axe de la vie : la maturité. La chair se dégagera de la spiritualité marquée par la vie de la matière. Une expérience. La spiritualité continuera l’Éternité. Une chair terrienne fait place. Une chair terrienne dégage. Une chair terrienne fait la morte. Une vie à voyager dans l’espoir d’Éternité. Elle en est morte! Elle en meurt toujours. La vie avec le corps, un essai d’éternité par côtoiement.


*****

Perception théorique de la mort
Mort considéré comme fin par l’humain qui lutte et évite la mort qu’il considère, également, être anéantissement. Un vide qui pousse toujours les êtres à transgresser la mort par des croyances « religieuses » de résurrection.

Autres formes de transgression : la reproduction, la réincarnation.


********


La mort

Définition personnelle de la mort

La fin d’un état animé, apparent, amorçant un état inconnu et indescriptible vers un ailleurs.

Outre cet état, la mort d’un être fait prendre conscience, au proche du transfert énergisant des valeurs du mort (continuité). L’héritage par excellence de ce que recelait le disparu s’ajoutant au potentiel (intégré plus ou moins) du demeurant qui s’enrichit ainsi de la « vivance » du « défunt ».

Perception théorique de la mort et perception de la mort par côtoiement.

Claude Levi-Strauss ayant observé les coutumes funéraires des Bororos en 1937, conclut que leurs efforts ne peuvent que confirmer : « cette vérité : que les images que les Hommes se font des relations entre les Vivants. » Il faut comprendre que cette vérité est la vérité de Levi-Strauss.

Il est certain que la plupart des civilisations, anciennes et actuelles, ont eu et ont encore des croyances en une forme d’existence, de ceux qui nous ont précédé. Ils existent en nous du moins.

Que veut dire adéquat? Que veut dire expertise ici? Doutons donc!

Les valeurs individuelles et personnelles entrent en ligne de compte, dans la préhension de la mort, qu’il est difficile de parler d’adéquation. De plus, les vécus des individus diffèrent par leurs intensités, leurs ampleurs et leurs longueurs.

La mort comme la naissance est une différence. Chaque mort comme chaque naissance devrait être d’approche différente et non d’approche systémique.

La mort (rituels, rites, sacralités, grâces aux morts), vue au niveau d’une culture, d’une société, d’une civilité, d’une civilisation passée comme présente, ordonne très souvent à l’actuel, la connaissance de l’autre. Ne dit-on pas très souvent et à titre postume : ah! Je ne savais pas qu’il était auteur de ceci, de cela.

Tentons d’être anthropologue. Suspectons les pensées, les gestes de autres, (des actuels, des passés), ici par l’événement qu’est la mort et ensuite, pesons-les!

Imaginons qu’à connaître, on aime, qu’à comprendre on se rit souvent de soi. C’est la richesse du vécu de la vie qui enlève la crainte de la mort,- - la liberté . - C’est la « misérabilité » de la vie qui en fait fuir la réalité, - l’esclavage, - la soumission à un système.
Le questionnaire qui suit n’exprimera qu’une réalité, celui d’être inclus et entendu dans un essai dont l’attache première s’allie au vaste objet ou notion : la créativité.

* à suivre *

mercredi 24 juin 2009

La Mort - 9e partie

La spiritualité : une notion. Disons la spiritualité comme boomerang.

Une spiritualité lancée d’un Univers. S’approchant de l’extrémité de son ellipse, un morceau de chair s’y accroche. Elle croîtra sur l’âme comme une mousse, comme le gène. « S’ossera » pour la forme. Elle dépérira une fois dépassé le grand axe de la vie : la maturité. La chair se dégagera de la spiritualité marquée par la vie de la matière. Une expérience. La spiritualité continuera l’Éternité. Une chair terrienne fait place. Une chair terrienne dégage. Une chair terrienne fait la morte. Une vie à voyager dans l’espoir d’Éternité. Elle en est morte! Elle en meurt toujours. La vie avec le corps, un essai d’éternité par côtoiement.


*****

Perception théorique de la mort
Mort considéré comme fin par l’humain qui lutte et évite la mort qu’il considère, également, être anéantissement. Un vide qui pousse toujours les êtres à transgresser la mort par des croyances « religieuses » de résurrection.

Autres formes de transgression : la reproduction, la réincarnation.


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La mort

Définition personnelle de la mort

La fin d’un état animé, apparent, amorçant un état inconnu et indescriptible vers un ailleurs.

Outre cet état, la mort d’un être fait prendre conscience, au proche du transfert énergisant des valeurs du mort (continuité). L’héritage par excellence de ce que recelait le disparu s’ajoutant au potentiel (intégré plus ou moins) du demeurant qui s’enrichit ainsi de la « vivance » du « défunt ».

mardi 23 juin 2009

La Mort - 8e partie

La spiritualité. On la dit éternelle. Si la connaissance peut devenir matière, l’éternité, elle, demeure une notion. Voilà pourquoi la spiritualité se glisse si facilement dans cette notion, pour nous Humain. Voilà pourquoi l’âme ne meurt jamais. L’âme, la notion qui se glisse dans un corps, qui lui prend place dans une Humanité. Corps qui jouera tantôt du coude. Ame, à l’étroit dans les limites d’un monde conçu de matières. L’âme : spiritualité, éternité. Sans commencement, sans fin.

On ne dit pas :
Une Ame est née,

On dit :
Un Homme est né.

La notion d’éternité provient d’une discussion humaine. Elle s’attache surtout au rêve humain d’un corps éternel, d’une vie, matière éternelle, d’une puissance éternelle, d’un gain éternel. D’un Humain : dieu. L’âme, l’esprit, l’idée sont des successions de l’avant, les suites des après. Sans commencement, sans fin. Sans éternité puisqu’ils sont (âme, esprit, idée) : qu’elle, l’âme, est notion d’éternité.

* à suivre *

lundi 22 juin 2009

La Mort - 7e partie

La mort : un affaissement, le retrait d’un regard, L’abandon du maintenir, par l’exigence de la quatrième dimension, - dite souvent le double, ou dédoublement -, de l’existence de la troisième dimension, la mort du corps, le corps, comme le double corporo-spirituel de la spriritualité, c’est-à-dire, seulement l’idée qu’a encore l’Humain, de son état spirituel : l’âme, l’esprit, la pensée, quelquefois, la connaissance.

La mort est temporelle parce qu’elle prend naissance. Parce qu’elle prend naissance dans le quotidien. Parce qu’elle naît dans la chair. Elle commence, débute une vie. Naître dans la chair. Elle commence, début une vie. Naître implique une fin et la fin corporelle n’a d’éternité que l’os et encore là, sous forme poussière, sous forme terreuse. Vivre devrait nous dire : unir. Un trait-d’union entre le naître et le mourir.

* à suivre *

dimanche 21 juin 2009

La Mort - 6e partie

Vie et mort sont indissociables, s’entre-nourrissent et pourtant sont irréductiblement ennemies. La riposte à la mort est elle-même source de nouvelles morts qui, à leur tour, sont nourricières de nouvelles vies. Une partie de la vie est mort, une partie de la mort est vie. Vie et mort forment un couple intense de lutteurs/amants, se vidant l’un dans l’autre jusqu’à épuisement de leur étreinte. Mais le caractère primaire de la vie est de subir la mort, le second de l’utiliser. C’est dire que la vie est non seulement dialectique, mais tragique : l’existence n’a pas de happy end.

On peut certes noyer la mort en noyant l’individu-sujet dans l’espèce, dans le cycle des générations, dans l’éco-système, dans la biosphère. Mais des millions d’espèces sont mortes, des milliards de cycles ont été brisés, et la biosphère elle-même subira la mort dans sa totalité lorsque le soleil tiédira, s’echauffera ou explosera. La mort opère une brèche irrationnlisable dans la vie, et sa bouche d’ombre constitue un aspect radical de la complexité vivante.

* à suivre *

samedi 20 juin 2009

La Mort - 5e partie

Mais la mort intériorisée ne cesse pas pour autant d’être le cancer qui ronge justement l’intérieur du vivre. La mort intégrée ne cesse d’être désintégrante.

Tout instant de vie porte en lui désorganisation/réorganisation et, dans ce sens, « le vivant vit à la limite de lui-même, sur sa limite » (SIC) « la vie est toujours au bord du désastre » (SIC). Toute vie est à l’articulation à l’article de la mort (SIC). »

Parce qu’elle meurt sans cesse, la vie est renaissance permanente. Parce qu’elle renaît sans cesse, la vie est nature, au sens littéral du terme : ce qui est toujours en train de naître.

Elle participe à la nature régénératrice de la nature. Ainsi, chaque moment de vie est plus qu’un sursis. Qui n’est pas en train de naître est en train de mourir. Inversement, qui n’est pas en train de mourir est en train de renaître. De fait, nous sommes à la fois en train de naître et de mourir.

Alors que la vie nous étonne si nous nous mettons du point de vue de la physique, c’est la mort qui nous scandalise si nous nous mettons du point de vue de l’être vivant, car la mort, quoique naturelle, frappe d’absurdité l’existence égocentrique.

La mort à la fois simplifie tout et complexifie tout. Elle simplifie en réduisant le complexe vivant en ses éléments constitutifs, et par là le détruit, mais elle complexifie davantage la vie qui n’a pu développer sa complexité qu’en intégrant et recyclant une mort qui, pourtant, ne cesse de la désintégrer et décycler.

* à suivre *

vendredi 19 juin 2009

La Mort - 4e partie

Atlan reprenant Bichat, formule le principe complémentaire et antagoniste du principe de Bichat : « la vie est l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort ».

Résumons ses idées (E.M.) la vie travaille la mort qui la travaille; les menaces de mort nourrissent les ripostes à la mort; les disséminations utilisent les dispersions physiques la réintégration utilise la désintégration. Tous les grands développements de la vie se sont effectués dans et par la récupération et, dans un sens, l’intégration de la mort. Les organismes se sont développés en vivant de la mort des cellules qui les constituent. Les espèces vivent de la mort des individus qui les constituent. Ces morts rajeunissent et rénovent leurs vies – toutes les morts végétales et animales nourrissent les cycles et boucles qui constituent l’éco-organisation, et par là même nourrissent toutes vies. Tout ce qui meurt fait vivre.

Et, dans l’intégration des cellules dans les organismes des individus polycellulaires dans les sociétés, de tous dans les éco-organisations, la mort est non seulement intégrée, mais intériorisée, et c’est dans ce sens que je lis l’étonnante formule de simmel : « la vie exige intérieurement la mort comme…l’autre dont l’adjonction lui procure l’être. »

* à suivre *

jeudi 18 juin 2009

La Mort - 3e partie

La mort, dans ce sens, est à la fois anéantissement et transformation : elle tue l’univers égocentrique du sujet vivant et en restitue les composants à l’univers physique, dont ils n’avaient jamais cessé de faire partie, tout en ayant acquis double appartenance.

Physiquement, la mort est moins que rien, puisque, avec la mort rien n’est perdu physiquement dans l’univers, même pas un électron.

Biologiquement (du point de vue de la biosphère ou d’un genos), il y a perte relative; une de perdu dix de retrouvés. Existentiellement, du point de vue de l’individu-sujet, l’être et le monde sombrent corps et biens dans le néant.

Son organisation, son être, son univers s’effondrent avec sa mort. C’est dire que chaque être qui naît devient un cosmos, assume en lui une tragédie cosmique qui est celle que vit au ralenti notre cosmos : la mort de son univers. Et l’homme, à peine a-t-il compris, appris ce qu’était la mort, sa mort, a aussitôt refusé de le croire, ses mythologies ont donc donné l’amortalité à l’égo, puis ses religions de salut mieux encore : l’immortalité.

* à suivre *

mercredi 17 juin 2009

La Mort - 2e partie

Suivant le principe de Bichat : « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort », exprime une trivialité, mais le caractère non trivial de la vie, qui est de recommencer à chaque instant une victoire sur la mort.

De cette phrase nous pouvons dégager deux idées : (E.M.)
Tout ce qui fait vivre fait survivre. Les qualités qui ont permis le développement et l’épanouissement de la vie ont toutes eu en même temps vertu de lutte contre la mort. C’est la même organisation qui à la fois nous fait « jouir » de la vie et combat la mort.

L’opposition de la vie à la mort recouvre très exactement l’opposition du biologique au physique – la mort est l’ensemble des contraintes et désordres proprement physiques qui ruinent l’organisation biologique et la réduisent en micro-organisations physico-chimiques dispersés. La mort ne concerne pas les constituants physiques de l’être vivant, qui se transforment, se déparent, se dispersent. La mort n’atteint pas la matérialité physique du vivant. Elle n’atteint que partiellement l’auto-éco- ré-organisation biologique. Ce qui est irrémédiablement frappé, c’est l’individu-sujet. La mort ne lui laisse aucun recours, aucun résidu (DIXIT).

* à suivre *

mardi 16 juin 2009

La Mort - 1e partie

Expérience Occidentale de l’Individu

« Il restera sans doute décisif pour notre culture que le premier discours scientifique tenu par elle sur l’individu ait dû passer par ce moment de la mort.

C’est que l’homme occidental n’a pu se constituer à ses propres yeux comme objet de science, il ne s’est pris à l’intérieur de son langage et ne s’est donné en lui et par lui une existence discursive qu’en référence à sa propre destruction :

De l’expérience de la déraison sont nées toutes les psychologies et la possibilité même de la psychologie;

De la mise en place de la mort dans la pensée médicale est née une médecine qui se donne comme science de l’individu.

Et d’une façon générale, l’expérience de l’individualité dans la culture moderne est peut-être liée à celle de la mort :

Des cadavres ouverts de Bichat à l’homme freudien, un rapport obstiné à la mort prescrit à l’universel son visage singulier et prête à la parole de chacun le pouvoir d’être indéfiniment entendue;

L’individu lui doit un sens qui ne s’arrête pas avec lui.

Le partage qu’elle trace et la finitude dont elle impose la marque nouent paradoxalement l’universalité du langage à la forme précaire et irremplaçable de l’individu. (Foucault 1963 :201).

* à suivre *

lundi 15 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 8e partie

En conclusion, rappelons que l’Haïtien exprime se émotions par son corps, par la danse. Son émotion est rarement exprimée par la douleur morale. D’autant plus que la culpabilité individuelle semble être inexistante. En Haïti, la culpabilité est partagée par la famille, le quartier, la communauté, d’où l’efficacité des traitements de groupe offerts par les prêtres du vaudou.
Nous avons voulu décrire ici ce que, pour notre part, nous considérons être les formes les plus couramment retrouvées. Nous ne voudrions pas laisser croire que l’Haïtien ne peut être déprimé comme l’Européen ou le Nord-Américain de race blanche. Notre objectif était de décrire certains cas cliniques qui ne répondent pas aux critères internationaux, qui sont des formes particulières de la dépression et qui peuvent être prises pour un autre syndrome et traitées à tort avec des neuroleptiques plutôt qu’avec des antidépresseurs, la sismothérapie ou la thérapie du lithium.
Rappelons enfin que la pensée paranoïde n’est pas particulière à l’Haïtien. Nous l’avons observée chez des Italiens du Sud, des Vietnamiens et aussi chez des Canadiens français (pour ne pas citer que quelques exemples).

dimanche 14 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 7e partie

Vignette #6 (dépression avec manifestations somatiques)


Chez l’Haïtien, c’est la forme la plus commune. Elle est caractérisée par des troubles somatiques : sensation de faiblesse, brûlures d’estomac et autres troubles digestifs, météorisme abdominal, maux de tête, etc.
Bien sûr, il consultera différents médecins et se tournera vers des prêtres du vaudou pour trouver une solution à son ou à ses problèmes. Il pensera qu’il souffre d’une maladie que personne ne peut diagnostiquer, et encore moins traiter.
Même après avoir épuisé toutes les ressources médicales et autres, il se peut que son affect reste relativement inatteignable.


* à suivre *

samedi 13 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 6e partie

Vignette #4 (dépression avec espoir)
« Mwen sé pitite Bon Dié » : « je suis enfant de dieu ».
C’est la forme de la dépression situationnelle. Le malade vit des situations difficiles, les stresseurs sont nombreux mais il ne se laisse pas abattre. Il conclut comme Job dans les Écritures : « Vous m’avez tout donné, Vous m’avez tout enlevé, que Votre saint nom soit béni ». Attention cependant à l’écueil linguistique : si cette phrase de Job, en créole : « Mwen sé pitite Bon Dié », est traduite mot pour mot : « Je suis enfant de Dieu », on risque de conclure que ce malade se prend pour Jésus-Christ et de diagnostiquer une psychose paranoïde, ce qui serait une erreur diagnostique qui entraînerait un traitement aux neuroleptiques avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.
Le sujet s’exprimant ainsi n’est pas paranoïde. Il vit avec difficulté ses malheurs (perte d’objet d’amour, insécurité financière), mais il exprime un espoir : ses malheurs prendront bientôt fin.

Vignette #5 (dépression sans espoir)
C’est la forme clinique qui correspondrait le plus à la dépression psychotique. Elle est caractérisée par des plaintes témoignant de la souffrance morale, mais l’individu n’est pas nécessairement triste. Il est fatigué de lutter contre « le sort » et a adopté une attitude de résignation sachant qu’il est « condamné ». Cela se traduit même dans son discours objectif; il décrit ses malheurs, ses luttes inutiles menées pour s’en sortir et conclut avec logique qu’il n’y a plus rien à faire et que son sort ne changera jamais. Dans ce cas aussi, l’expression facile peut ne pas être affectée de façon apparente.

* à suivre *

jeudi 11 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 5e partie

Vignette #2
« Yo fè li mal » : « il a été « quimboisé », il est l’objet de maléfices ».
C’est le cas typique du malade qui se présente au médecin avec un délire paranoïde franc. Il dit qu’il est l’objet de persécutions, que son patron ou son voisin ou même son conjoint et sa famille complotent contre lui, que tout ce qu’il fait est connu de tous, que ses gestes sont épiés.

Son affect peut être triste, non parce qu’il se sent coupable ou se juge inadéquat mais parce qu’il s’estime incapable de lutter contre ses persécuteurs.

Vignette #3
« Ou se yon anvi mouri kap chèche yon anvi touye » : « tu as envie de mourir et tu cherches quelqu’un qui pourrait te tuer ».
Cette forme de dépression chez l’Haïtien par des troubles du comportement. Son activité psychomotrice est augmentée, son seuil de frustration est bas, l’humeur peut être exubérante. Il cherche à provoquer de façon évidente, comme quelqu’un qui voudrait trouver un adversaire capable de lui donner la mort. Jusqu’à un certain point, on pourrait parler d’une recherche « de suicide par procuration ».

C’est le patient qui va provoquer des bagarres et enfreindre ouvertement les lois et les forces de l’ordre, en particulier s’il repère un policier aux alentours. S’il est en Haïti, il cognera sur la voiture d’un officiel dans le but – peut-être inconscient – de se faire arrêter, bastonner ou même tuer. En quelque sorte, bien que son comportement évident ne traduise pas un état dépressif, tout se passe comme s’il recherchait une punition qui lui permettrait d’expier pour une présumée faute commise.

Son activité psychomotrice augmentée peut simuler un état maniaque.

* à suivre *

mercredi 10 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 4e partie

Rappel des critères de la dépression selon le DSM-III

Dans le manuel révisé (DSM-III-R), les critères diagnostiques de la dépression peuvent se résumer comme suit :
-tristesse de l’affect;
-présence de quatre des huit éléments suivants pendant environ deux semaines :
-baisse de l’appétit,
-insomnie ou hypersomnie,
-augmentation ou retard de l’activité psychomotrice,
-perte d’intérêt ou de plaisir dans les activités courantes ou baisse du désir sexuel (ou les deux),
-perte de l’estime de soi avec sentiment de culpabilité,
-perte d’énergie,
-impression que la capacité de penser ou de se concentrer a diminuée,
-pensées récurrentes de mort, idées suicidaires, désir de mourir.

Quelques formes de dépression chez l’Haïtien

Nous décrirons ici six vignettes correspondant à six formes de dépression chez l’Haïtien. Cette liste n’est exhaustive, ce sont les six formes que nous avons rencontrées le plus souvent.


Vignette #1
« Ou sanble moun mô pete sou li » : « tu ressembles à quelqu’un sur qui le vent de la mort a soufflé ».
C’est un déprimé profond, dont l’humeur n’est pas nécessairement triste. Le caractère principal de ce tableau clinique est l’indifférence. Le sujet est capable de sourire, mais c’est un sourire béat, sans relation avec l’humeur. Il peut vaquer à ses occupations habituelles, mais tout se fait avec un détachement affectif, il paraît absent. Cet état d’indifférence peut atteindre une profondeur pouvant être assimilée à un état catatonique.

* à suivre *

mardi 9 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 3e partie

Après la déportation, l’esclavage et la glorieuse épopée de l’indépendance de ce peuple, Haïti, loin de connaître enfin la liberté, commença l’apprentissage de la division, de l’oppression, des dictatures sanglantes sous toutes les formes (royautés, empires, présidence à vie, régimes militaires, etc.).

Quand de plus on connaît l’importance que revêt l’autorité des parents (et de tout adulte) dans l’éducation de l’Haïtien, l’utilisation à outrance des sévices corporels, du fouet (du point de vue psychanalytique, l’utilisation du fouet par les parents, c’est, chez l’Haïtien, une forme d’identification à l’agresseur du temps de l’esclavage), on peut saisir davantage le mélange de sentiments de méfiance ou de toute puissance (ou les deux) que l’on peut retrouver dans certaines expressions de la maladie chez l’Haïtien. Le jeune apprend vite, pour éviter les sévices corporels, à utiliser le mécanisme de la projection, précurseur de la pensée paranoïde.

Mentionnons enfin que la deuxième « déportation » des Haïtiens, soit l’émigration vers l’Europe et l’Amérique du Nord, n’a pas été sans leur réserver de nombreuses difficultés d’adaptation avec de nouvelles cultures qui, très souvent, entraîneront des frustrations dans les pays hôtes (difficultés avec les services d’immigration, problèmes de racisme ouvert ou camouflé dans le logement et les milieux de travail, rapports avec les corps policiers et la justice, même avec les corporations professionnelles).



* à suivre *

lundi 8 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 2e partie

Formation de la « pensée paranoïde » chez l’Haïtien

Dès l’an 1503, la colonisation espagnole ayant décimé rapidement les Indiens caraïbes, premiers habitants de l’île, le gouverneur Ovando eut l’idée de faire venir d’Afrique de la main-d’œuvre noire.

Des milliers d’Africains, arrachés des côtes d’Afrique, enchaînés dans les cales des bateaux appelés « négriers », pendant de longues traversées jusqu’en Amérique, furent vendus sur les marchés publics comme esclaves. Ce n’est qu’après trois siècles d’esclavage, en 1804, que ces « damnés de la terre » (considérés sans âme par un religieux du nom de Las Casas) gagnèrent leur indépendance en battant les troupes du général Leclerc. Cette épopée put être réalisée grâce à la conjoncture de deux événements :
- la cérémonie vaudou du Bois Caïman, où eut lieu une rencontre qui devait rassembler, cimenter les troupes dispersées et démunies des esclaves révoltés;
- une épidémie de fièvre jaune qui annihila les troupes de Leclerc, fièvre contre laquelle le Noir a une immunité naturelle.


* à suivre *

dimanche 7 juin 2009

Dépression chez l'Haïtien - 1e partie

Dépression chez l'Haïtien vous dites?
Laissons-parler certains experts sur la question : tels que : Carlo Sterlin et Cie.
Malgré les efforts consacrés depuis les dernières décennies pour essayer de définir les grands symptômes psychiatriques de façon à en universaliser les critères, les classifications internationales (CIM, DSM-I, DSM-II, DSM-III et DSM-III-R) restent des outils correspondant aux syndromes que l’on retrouve dans le monde occidental blanc.

Ces critères ne peuvent s’appliquer stricto sensu à certaines cultures qui ont connu l’esclavage, le despotisme, l’oppression et la dictature. L’objet de cet article est de décrire certaines formes cliniques de la dépression particulière à l’Haïtien. Nous pensons que la préhistoire et l’histoire de l’Haïtien, de même que sa culture et le mode d’éducation reçue, contribuent à donner un aspect particulier à la dépression de ce dernier, ce qui explique que sa dépression ne ressemble pas à celle de l’Européen ou du Nord-Américain de race blanche.

Après une tentative d’explication socio-historico-génétique de ce que l’un de nous a appelé la « pensée paranoïde » chez l’Haïtien et un rappel des critères de la dépression majeure, selon le DSM-III-R, nous décrirons six formes de dépression rencontrées chez l’individu d’origine haïtienne.

* à suivre *

samedi 6 juin 2009

La Déduction - 6e partie

Il faut dont apporter un important correctif à la distinction classique : les mathématiques sont des sciences déductives; les autres sciences se fondent sur l’induction. Il n’y a, en réalité, qu’un mode d’explication rationnel : la déduction. Aussi c’est par déduction que le physicien cherche à vérifier son hypothèse; les grands systèmes scientifiques ou philosophiques ne sont qu’un exposé déductif ou logiquement lié de lois et d’hypothèses.

Nous pourrions donc conclure par cette définition encore plus brève : déduire, c’est mettre un ordre logique dans sa pensée.

vendredi 5 juin 2009

La Déduction - 5e partie

On pourrait dire que nous venons de parler des mathématiques appliquées. Le processus de la pensée n’est-il pas différent dans les mathématiques pures?

Sans doute, si nous prenons les mathématiques faites – par exemple le premier livre de la géométrie – nous voyons les théorèmes se succéder dans un ordre parfaitement logique, chacun servant à la démonstration de ceux qui suivent. Mais ce n’est pas dans cet ordre qu’ont été trouvées les propriétés des figures étudiées. L’ordre et la logique on tété mis après coup, par des tâtonnements analogues à ceux de l’ingénieur qui retouche et refait son projet.

D’ailleurs, dans la présentation des théorèmes elle-même, il est facile de retrouver la démarche naturelle de l’esprit. Ce qui est formulé en premier, lieu, c’est la conclusion, l’énoncé du théorème; ensuite seulement on se reporte à celles des propositions antérieures qui justifient le nouveau pas qui vient d’être effectué.

La déduction mathématique procède donc comme la déduction philosophique ou la déduction pratique : déduire consiste toujours à justifier la vérité d’une proposition en montrant qu’elle découle nécessairement d’une ou plusieurs autres propositions certaines ou admises comme vraies.


* à suivre *

jeudi 4 juin 2009

La Déduction - 4e partie

Si donc nous voulions donner de la déduction une définition qui englobe les diverses opérations mentales qu’elle comporte, nous pourrions dire la déduction est l’opération mentale par laquelle on établit la vérité d’une proposition en la rattachant à d’autres propositions évidentes ou déjà démontrées.

Cette définition, qui décrit d’une manière satisfaisante le processus du raisonnement vulgaire, vaut aussi de la déduction scientifique et en particulier de la démonstration mathématique.

En effet, le travail le plus ordinaire du mathématicien n’est pas de déterminer les conséquences qui résultent de certaines conditions données. Ce qui est fixé au départ de la recherche, c’est la conclusion, ou plutôt le but à atteindre : trouver la forme de véhicule offrant le moins de résistance au vent, le mode de suspension grâce auquel un pont résistera à une charge de 20 tonnes réparties sur deux ou sur quatre roues…L’ingénieur, ensuite, cherche les moyens qui conditionnent ce résultat : il fait des hypothèses, c’est-à-dire esquisse des projets; il les étudie un à un, c’est-à-dire déduit, par le calcul, les propriétés des constructions projetées; ceux-là seulement sont retenus qui sont trouvés assurer le résultat demandé. Ici encore, au lieu de partir des données pour aboutir à la conclusion, c’est la conclusion qui constitue la véritable donnée primitive.

* à suivre *

mercredi 3 juin 2009

La Déduction - 3e partie

Le psychologue étudie non pas le mode de pensée rigoureusement enchaînée dont le logicien établit les règles, mais la pensée concrète, réelle, par laquelle nous nous efforçons, par d’incessants tâtonnements de connaître et de comprendre un peu mieux les objets de connaissance qui se présentent à l’esprit.

Définir la déduction : l’opération par laquelle on montre que certaines propositions étant données, il en résulte d’autres propositions, c’est ne voir que la déduction faite : la déduction qui se fait est sensiblement différente.

Si nous réfléchissons un peu sur la façon dont nous raisonnons habituellement, il nous sera facile de nous en rendre compte. Supposons que je veuille prouver aussi rigoureusement que possible que le meilleur des gouvernements est la république, ou que la formation scientifique l’emporte sur la formation littéraire, vais-je d’abord considérer les données d’où la conclusion découlera nécessairement? Au contraire, c’est de la thèse à démontrer que je pars, et c’est elle qui me dirige dans la recherche et le choix des arguments qui la fondent. Un juge d’instruction ne procède pas autrement : il commence par affirmer, à titre d’hypothèse de travail, que tel individu présent sur les lieux du crime est le coupable; puis, aidé par ce fil conducteur, il rassemble tous les faits susceptibles de confirmer son hypothèse. La pensée vulgaire procède donc de la conséquence aux principes qui la justifient, non des principes aux conséquences qui en découlent.

Mais, objectera-t-on, si c’est bien là notre façon habituelle de penser, on ne saurait y voir une déduction. Sans doute, répondrons-nous, nous n’avons observé jusqu’ici que la déduction qui se fait. La déduction est faite lorsque l’esprit, partant des données recueillies à la lumière de la conclusion, constate qu’il y a entre les deux un rapport essentiel, que les faits observés sont inexplicables si la conclusion est fausse. Mais c’est dans les tâtonnements par lesquels on recherche des données qu’elle se fait.

* à suivre *

mardi 2 juin 2009

La Déduction - 2e partie

Pour répondre à cette difficulté, nous pourrions peut-être définir ainsi la déduction : l’opération de l’esprit par laquelle de propositions données on tire une proposition qui s’y trouve implicitement contenue. Tandis que l’induction dépasse les données sur lesquelles elle se fonde, la déduction reste rigoureusement dans les limites de ces données que l’esprit se contente d’analyser pour découvrir ce qu’elles impliquent.

Cette conception schématise bien assez exactement ce qui se passe dans tous les raisonnements que nous avons donnés jusqu’ici comme exemple. Mais il est une forme de déduction qui ne peut pas se ramener à ce schéma : la démonstration mathématique.

Dans la démonstration mathématique, la conclusion suit rigoureusement des propositions sur lesquelles elle se fonde – c’est pour cela qu’elle est un raisonnement déductif – mais elle n’est pas implicitement contenue dans ces propositions. Ainsi, il n’est pas implicitement contenu dans le théorème énonçant que les trois angles du triangle sont équivalents à deux droits que la somme des angles du polygone équivaut à autant de fois deux droits qu’il y a de côtés moins deux. De la première de ces propositions, je ne puis, par simple réflexion ou par analyse, tirer la seconde. Pour ramener le cas de tout polygone à celui du triangle, je suis obligé de trouver une construction grâce à laquelle les angles du polygone deviennent des angles de figures triangulaires. Une fois cette construction faite, cet intermédiaire trouvé, je vois qu’étant donné le premier théorème le second suit nécessairement : je n’ai pas découvert le second par le simple examen du premier.

Nous pourrions donc, du point de vue du logicien, définir la déduction : l’opération mentale par laquelle on montre que certaines propositions étant données il en résulte d’autres propositions.

Le psychologue ne trouvera-t-il rien à redire à cette définition et est-ce bien ainsi que nous procédons, en fait, quand il nous arrive de déduire?

* à suivre *

lundi 1 juin 2009

La Déduction - 1e partie

Qu’est-ce que déduire?

Tandis que la connaissance animale se réduit aux données immédiates de la sensation et aux associations qui en résultent automatiquement, l’homme peut, réfléchissant sur ce qu’il connaît déjà, augmenter son savoir : il a la faculté de raisonner.

Il y a déjà une ébauche de raisonnement dans l’analogie par laquelle on conclut d’un cas donné à un autre cas semblable; le raisonnement est plus explicite dans l’induction par laquelle de quelques cas on tire la loi générale de tous les cas de la même espèce; mais il n’y a de raisonnement logique que la déduction. C’est cette forme de raisonnement que nous avons à étudier en cherchant à préciser ce que c’est que déduire.

Dans cette étude, nous nous placerons successivement au point de vue du logicien et au point de vue du psychologue.

Le logicien ne s’occupe que de la pensée faite, nettement formulée en proposition : la pensée qui se fait, mêlée encore d’imprécisions et de virtualités, ne l’intéresse pas. Aussi donne-t-il de la déduction des définitions très nettes, encore qu’assez diverses.

Il est – ou il était – classique de définir la déduction le raisonnement qui conclut du général au particulier. On opposait ainsi la déduction à l’induction, qui consiste, au contraire, à conclure du particulier au général.
Mais on a fait remarquer avec raison que cette définition ne convient pas à tous les raisonnements déductifs. Elle est vraie, sans doute, si l’on s’en tient aux exemples classiques que l’on donne pour faire l’analyse du syllogisme : L’homme est mortel; or, Socrate est homme; donc, Socrate est mortel. Mais elle n’est pas vraie de la déduction mathématique : lorsque je dis : A= B; or B = C; Donc A = C, la généralité ou la particularité des termes n’entre point en considération. Bien plus, cette définition ne convient même pas à tous les syllogismes. En disant : Les vaniteux sont menteurs; Or, les philosophes ne sont pas menteurs; Donc, ils ne sont pas vaniteux, je ne conclus pas du général au particulier, mais de deux propositions générales j’en tire une troisième également générale.

* à suivre *