lundi 30 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 19e partie

Ce tableau que nous venons de présenter mérite quelques brefs commentaires.

Étape 1 : confiance ou méfiance
-ou encore non confiance fondamentale
-l’enfant passe du mode de recevoir au mode de prendre

Étape 2 : autonomie ou doute
-certaine maîtrise musculaire
-capacité de dire oui ou non
-l’enfant commence à prendre plus de place à la maison. Il apprend que la famille n’a pas à se plier à tous ses caprices.

Étape très importante qui prépare ou non les bases d’une véritable liberté intérieure, exempte de contrainte intense indue et assez forte pour affronter victorieusement les pressions du monde extérieur.

Étape 3 : initiative ou culpabilité
-possibilité d’exprimer par toutes ses capacités nouvelles, ce qu’il sera plus tard.

Les suites de la solution favorable ou défavorable peuvent exercer une influence considérable sur le choix de l’avenir.
Pour choisir et exercer un rôle propre, le MOI doit être libre de tout conflit intériorisé.

Étape 4 : diligence ou infériorité
-conquête de la tolérance d’autrui grâce à leur capacité de produire quelque chose.
La réussite ou l’échec de cette étape inscrit dans la personne un sentiment de valeur ou de non-valeur. Ce sentiment de valeur ou de non-valeur facilite ou entrave l’acquisition d’un sentiment d’identité à l’étape suivante.

Étape 5 : Identité ou confusion
-la conquête de l’identité marque le point tournant du développement humain.
-l’achèvement de sa personnalité prend une signification dans sa culture.

L’entourage a donc la possibilité inespérée qui ne se renouvellera plus par la suite, d’influencer une fois encore les modes prégénitaux et les modes propres aux sexes masculins et féminins.
Cette constatation est de première importance pour la mise en place d’une des dimensions essentielles de l’identité sexuelle.

Étape 6 : Générativité ou stagnation
-capacité d’accueillir l’autre parce que accueil de soi.

Pour s’engager vraiment quelqu’un doit avoir résolu sa crise d’identité. La véritable intimité avec autrui suppose donc l’équilibre entre la solitude et la relation avec autrui. La conquête de l’intimité prépare directement au véritable don de soi, à la générosité adulte.

Étape 7 : Générativité ou stagnation
-Étape du cycle de la vie humaine où il est temps de donner vie à un être.

La personnalité continue de croître à la présente étape en se donnant à condition que ce don ne soit pas une recherche égocentrique, ni une perte de soi dans la dispersion des activités.

Étape 8 : Intégrité ou désespoir
S’accepter tel qu’il est
L’homme sait que sa vie a un sens
Il réalise un cycle de vie unique

L’intégrité finale suppose donc un développement suffisant de toutes les qualités du moi, aux étapes antérieures. La maturité se prolonge dans le détachement. La sagesse du vieillard marque le point d’aboutissement de l’homme mûr.



* à suivre *

dimanche 29 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 18e partie

LES HUIT ÉTAPES DE L’HOMME

Érikson caractérise chez l’individu huit étapes importantes qui jalonnent son cheminement vers la maturité.

Nous présenterons dans le tableau qui suit, les relations importantes que ces étapes privilégient, l’ordre social dans lequel elles se déroulent, les attitudes qu’elles développent, à quel stade psycho-sexuel qu’elles s’effectuent, et les vertus exigées par chacune de ces étapes.

Ce tableau contient plus que le simple alignement de huit crises psycho-sociales définissant les étapes de l’individu. Il faut voir aussi les liens qui existent entre chacune des crises de la personne, où chaque élément est systématiquement relié à tous les autres.

Mais en outre, chaque crise en particulier, à quelque moment de l’évolution qu’on la choisisse, dépend non seulement des étapes qui précèdent mais anticipe déjà aussi celles qui suivent.

On pourrait les caractériser simplement comme suit :

-Je suis ce qu’on me donne
-Je suis ce que je veux
-Je suis ce que je serai
-Je suis ce que j’apprends
-Je suis cet ami
-Je suis amoureux
-Je suis parent ou responsable
-je suis devenu sage

* à suivre *

samedi 28 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 17e partie

L’IDENTITÉ DANS L’ENSEMBLE DE LA VIE HUMAINE

Un développement intégré.

Dans la psychologie ériksonnienne, tout est lié. Aucun aspect apte à éclairer l’identité ne doit être négligé.

Même si le développement psycho-social attire surtout l’attention, cela ne signifie pas qu’il soit le seul dont il faut tenir compte. Il ne supprime pas la nécessité des autres points psycho-sexuel et affectif et psycho-organique, base de l’harmonie.

Tout au long de sa vie, l’homme se construit en affrontant des crises qui représentent des moments critiques, des points tournants, qui une fois franchis, laissent en chacun des traces durables. Une crise résolue à l’âge adulte constitue les critères de la personnalité.

Il est donc important de préciser que chaque étape comporte son propre risque. C’est pourquoi, l’on parle de crise. L’être humain qui croît, se tient entre deux extrêmes. L’équilibre qui n’est jamais réalisé une fois pour toutes, consiste à se maintenir à chaque étape, davantage du côté positif.

Ainsi, à chaque fois que le MOI est confronté, il fait face à une tâche de vie qui se traduit par la mise en place d’une attitude de base à la fois consciente et inconsciente.



* à suivre *

vendredi 27 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 16e partie

Ces trois grands processus nous introduisent aux lignes de force d’Erikson

Le principe épigénétique du développement
L’importance donnée aux relations humaines
Le rôle de la réalité sociale.

LE PRINCIPE ÉPIGÉNÉTIQUE

Ce principe épigénétique est un concept analogique qui tire son origine de l’embry-ologie. Le fœtus, en effet croît d’une manière progressive. Chaque organe vital naît à une époque déterminée à l’endroit qui lui est assigné, d’où l’idée d’un ordre d’apparition et d’un ordre de succession.

L’épigénèse du développement psycho-sexuel et affectif guide aussi les développements ultérieurs de l’enfant après sa naissance. Selon un rythme et un ordre de succession préétablis. Chaque élément doit se mettre en place au bon moment et continuer de se développer normalement dans l’ensemble. Telle est la condition de l’équilibre affectif.

L’épigénèse du développement psycho-social relève également de ce principe. C’est lui qui fait germer l’identité. Le plan de base du développement humain prépare à rencontrer non seulement un milieu psycho-physique, mais toute une série de milieux psycho-sociaux.

Étape par étape, le moi est affronté à des tâches de vie pour lesquelles il est normalement préparé. L’ordre d’apparition, de succession de chacun des éléments de chacune des étapes assure la normalité, l’équilibre, l’harmonie de la personne.

L’ASPECT RELATIONNEL
L’individu ne vit pas dans un monde clos, mais se développe dans un monde ouvert, à travers un réseau de plus en plus complexe de relations humaines. Le MOI de l’homme naît et croît dans une relation. Et cette croissance sera harmonieuse si cette relation possède une qualité suffisante, condition indispensable pour le succès du développement épigénétique.

1) La relation dans le développement psycho-sexuel
Importance de l’existence d’une régulation entre sa mère et l’enfant.
Une mutualité dans la relation entre l’enfant et le monde extérieur

Une bonne relation est donc nécessaire pour un développement humain normal psycho-affectif. Mais cela est vrai aussi de l’épigénèse du moi à travers les entourages psycho-successifs.

2) La relation dans le développement psycho-social
La relation mutuelle doit exister sur deux plans pour que le développement du MOI se poursuive normalement au plan des générations qui se suivent et au plan des relations entre le MOI et son entourage.

Porteuse de la culture et des valeurs d’une société, la relation mutuelle entre le MOI et son entourage humain se révèle à chaque étape du développement, comme le facteur essentiel de l’équilibre psycho-social.

Car si la mutualité est absente des relations, les points critiques de l’évolution au sein d’un cycle de vie individuel se soldent par une solution négative. Au lieu de favoriser l’établissement d’attitudes de base positives la mauvaise relation provoque des attitudes de base négatives, allant même finalement à la désintégration du MOI.

3) Le rôle de la réalité sociale et de la culture.
La société et la culture qu’elle véhicule est présente au développement de la personnalité. Elle se manifeste dès les premières minutes : relation mère-enfants; par son appartenance à sa génération et aux générations qui la précèdent, par son insertion dans une génération nouvelle, de type donné.

La mère porte en elle et transmet les caractéristiques de sa culture. La régulation mutuelle s’en trouve grandement influencée.

Cette influence de la société et de la culture se fera sentir fortement tout au long du développement humain. C’est ainsi que se forge non seulement son identité individuelle, mais aussi l’identité collective de la société à laquelle il appartient.

* à suivre *

jeudi 26 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 15e partie

APPROCHE PSYCHO-SOCIALE DE H. ERIKSON

Cette recherche ne se veut pas une étude exhaustive de ces deux auteurs, mais une tentative d’approfondissement de leurs réflexions sur le développement humain.

Ce qui nous frappe chez eux, c’est leur conception dynamique de la formation de l’individu, qui, à l’intérieur de son cheminement personnel, s’intègre et assume son rôle dans la société. Ils nous semblent être l’envers et l’endroit d’un même gant.

L’un, Erikson, intéressé beaucoup plus par l’étude des racines du moi dans l’organisation sociale que par les conditions qui affectent et dénaturent le moi, privilégie les relations du moi avec la société. L’individu est en perpétuel équilibre, prenant des risques, mais faisant face à des tâches de vie. C’est la crise constante de l’identité.

Si Erikson attache beaucoup d’importance à l’identité et à la relation sociale, Kohlberg, s’interroge sur les motivations qui poussent un individu à agir, le pourquoi. C’est la mise en situation qui caractérise le degré d’évolution de l’individu. Il nous fait voir ce cheminement de la maturation psychologique par l’élaboration des stades de développement.

Évidemment, à notre humble avis, ce travail est bien incomplet et bien imparfait. Il s’agit avant tout d’un exercice que nous nous sommes imposé, un exercice de « grammaire psychologique » qui, malgré toutes les lacunes qu’il comporte, peut nous aider à mieux être et à mieux vivre.

Toute la théorie d’Erikson semble reposer sur l’étude systématique de l’identité. Le concept qu’il a approfondi se retrouve dans tous ses principaux ouvrages.

Ses nombreux contacts avec les anthropologues lui ont permis d’élaborer une synthèse organique de l’homme vivant en société. Cette vision dynamique de l’homme, nous allons mieux la comprendre en la replaçant dans l’ensemble de sa psychologie.

LA PSYCHOLOGIE DU MOI

Intéressé non pas par ces conditions qui affectent et dénaturent le MOI, mais par l’étude des racines du MOI dans l’organisation sociale, Erikson privilégie les relations du moi avec la société. Cela ne signifie pas qu’il refuse les autres dimensions de la personne définies par Freud, le ID et le SUPER EGO.

Un individu en santé n’est-il pas pour lui, beaucoup plus celui qui révèle une certaine unité, maîtrise son entourage, perçoit correctement et sa personne et son environnement? Ce MOI, centre organisateur de la personne assure ces tâches d’unité et de synthèse, d’échage. Ce concept se rapproche de celui qu’on a en psychologie expérimentale, où l’on étudie l’activité du moi du point de vue de l’apprentissage, de la perception et de la motivation.

Ce MOI qui occupe une place centrale au sein de la personnalité, perçoit la réalité extérieure et le monde intérieur. Il devient le moteur individuel de l’expérience organisée et du projet raisonnable; il est l’organe qui éprouve la réalité et assure la synthèse de la personnalité.

Le MOI maintient l’harmonie entre les différentes structures de la personnalité, en vue de l’adaptation en réel. Cette adaptation suppose en effet que l’équilibre soit maintenu entre les pulsions du ID, les dictées du SURMOI, les exigences de la réalité extérieure et les valeurs poursuivies…..Affirmer que la psychologie d’Erikson est une psychologie de MOI, c’est découvrir qu’il donne au moi toute son importance. Si le MOI est suffisamment fort, il est capable de régler sa conduite en accord avec sa connaissance de toute la réalité, puisqu’il intègre les deux autres éléments de la structure de la personnalité : le ID et le SURMOI.

Ce ID, le MOI et le SURMOI reflètent en effet trois processus majeurs relatifs les uns autres, et qui déterminent la forme du comportement :

Le développement organismique du corps à l’intérieur du cycle de vie (l’évolution, épigénèse, libido, etc….)
L’organisation de l’expérience grâce à la synthèse du MOI
Le processus d’organisation sociale.

Ce sont ces trois processus qui, reliées entre eux contribuent au développement harmonieux, à l’équilibre. Mais chaque faille dans l’un implique une menace pour les autres.



* à suivre *

mercredi 25 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 14e partie

APPROCHE ANALYTIQUE (SIGMUND FREUD)



mardi 24 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 13e partie

L’IDENTITÉ SEXUELLE JUVENILE
Cette identité devrait être la résultante harmonieuse.
-de l’image corporelle que l’enfant a de lui-même.
-du comportement des autres (parents) face au sexe réel.
-du comportement « apprentissage cognitif – affectif – (behavior) de son rôle futur ».

Broderick (a) confirme dans sa recherche sur l’apprentissage; il donne une pyramide des étapes chez un enfant de dix ans.
désir de se marier un jour
avoir un ami de sexe opposé
etc.

(1) Broderick, C.B., 1968, Sexual Behavior among pre-adolescents, The Journal of Social Issues.

L’IDENTITÉ SEXUELLE ET LES HORMONES DE LA PUBERTÉ
Les hormones de la puberté vont apporter les changements importants :
Fille : menstruation, formation des seins.
Garçon : éjaculation nocturne, caractères sexuels secondaires.

Les hormones pubertaires vont provoquer un désir érotique.

N.B. Les problèmes d’identité sexuelle vont apparaître quelques fois d’une façon dramatique. (ex. maladie de Turner).

L’IDENTITÉ ADULTE
Ce serait la résultante harmonieuse de tous ces multiples inter-actions au cours du développement et de ses difficultés de parcours.

Ce serait l’actualisation de sa propre identité, d’une façon heureuse, et dans son corps, et dans son comportement.

CONCLUSION
Money affirme que devant tout ce long développement de l’identité sexuelle,
-sexe génétique
-sexe gonadal
-sexe morphologique
-sexe hormonal
-sexe nerveux
-sexe juvénile

Celui qui aura la suprématie chez l’humain demeure encore le sexe assigné et appris.

Money note l’importance de faire le réassignement sexuel d’un enfant très tôt, et pour l’avantage de celui-ci, et pour ses parents.

Money fait une distinction très nette entre transexualité (confusion de l’identité) homosexualité (choix de l’objet).

Les termes « hermaphrodisme » et « intersexualité » sont souvent confondus dans les écrits.

L’hermaphrodisme véritable est la présence chez un individu, à la fois de deux ovaires et deux testicules, phénomène extrêmement rare.

Le pseudo-hermaphrodite est la présence chez un individu, à la fois d’un ovaire et d’un testicule. Certains auteurs le définissent comme une ambiguïté du développement sexuel interne et externe, ce qui serait synonyme de intersexualisme.

La théorie de Money peut être développée beaucoup plus en détail, mais nous retiendrons que présentement elle est une des seules théories dévelopementales qui fait le pont entre le physique et le psychologique, entre le corps et le comportement, entre l’identité sexuelle et le rôle sexuel d’un individu.

Souhaitons que cette théorie nous apportera lumière, tolérance, pour mieux nous comprendre nous-mêmes, pour mieux saisir les autres dans leur recherche de leur propre identité et dans leur comportement. Peut-être les aiderons-nous ainsi à vivre harmonieusement comme ils sont.



* à suivre *

lundi 23 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 12e partie

MORPHOLOGIE GÉNITALE
Elle résulte de l’aspect chromosomique, des gonades fœtales et des hormones fœtales. Les parents répondent à cette morphologie par l’assignation du sexe, amplifié par l’attente de neuf mois de grossesses.

Ils ajusteront par la suite leur propre comportement : choix des couleurs, habillement, décor de la chambre, jouets….premiers jalons d’une communication interpersonnelle, premier investissement d’une réponse, selon qu’il s’agit d’un bébé garçon ou fille. Cette image que lui offre les autres, lui renverra par la suite, sa propre image.

Mais en général, aucun parent ne s’interroge sur le dimorphisme possible de leurs enfants. Sont-ils le dimorphisme possible de leurs enfants. Sont-ils véritablement garçons ou filles? Il serait hautement souhaitable qu’un examen génétique s’effectue à la naissance pour éviter les problèmes multiples qu’occasionne une réassignation de sexe ultérieurement :

-langage, timbre, de voix,
-comportement avec le sexe complémentaire
-habillement, cosmétique
-participation aux sports
-réaction face à la nudité
-etc….

Cette ambiguïté involontaire rendra surtout dramatique le passage au stade adulte.

LE COMPORTEMENT DES AUTRES face à l’enfant
Les parents donnent un « sexe assigné ».
En général, ceux-ci répondent à la morphologie génitale de l’enfant en disant :
« J’ai un garçon…j’ai une fille… » Ils ajustent donc leur propre comportement qui différera selon qu’il s’agira d’un garçon ou d’une fille.

Comme nous avons vu antérieurement que le sexe génétique ne correspond pas toujours aux apparences génitales extérieures, il est donc difficile dans certains cas, de déterminer à la naissance le sexe précis de l’enfant.

Par conséquent, l’enfant restera très marqué par le « sexe » qui lui aura été assigné, c’est-à-dire, celui que les parents lui ont donné.

Pour Money, le sexe « assigné » est celui qui influencera le plus l’identité, parce que l’enfant conceptualisera : « je suis un garçon…. Je suis une fille »…..
Cet étiquetage restera la pierre angulaire de l’identité.

Le désir qu’ont les parents d’avoir une fille ou un garçon, est fondamental selon Money. Il croit que les parents retardent ou accélère, inhibe ou favorise l’identité sexuelle de l’enfant.

Ex. : un père désire à tout prix un garçon. Il élèvera sa fille comme tel. L’enfant aura tendance à répondre au désir parental.

Résultat : L’enfant saisira difficilement qui il est, puisque être fidèle à lui-même serait décevoir ses parents. Adulte, il ressentira beaucoup d’angoisse à accepter son identité et son comportement hétérosexuel.

L’IMAGE DU SCHÉMA CORPOREL

Il est très important qu’un individu puisse se reconnaître dans son corps, à travers la perception des autres.

Exemple :
Si à chaque fois qu’une fille répond au téléphone on lui dit « Bonjour Monsieur » à cause de sa voix grave, à l’âge adulte, cette femme affirmera plus difficilement son identité sexuelle. Elle jouera un rôle féminin, parce que les autres lui renvoient une image qui ne correspond pas à celle qu’elle se fait d’elle-même.



* à suivre *

dimanche 22 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 11e partie

Les HORMONES FŒTALES et le développement du système nerveux et du comportement

À cette période de vie fœtale, on ne peut parler de système nerveux mais plutôt de formation de sentiers neurologiques.

Les hormones fœtales androgénisantes influenceraient la région postérieure de l’hypothalamus.
« fœtal androgue has also an action on the central nervous system in the posterior region et hypothalamus.

La masculinisation d’un foetus feminin influencera son comportement plus tard
« Today’s information is not, therefore, final or absolute…. With the safeguard of this proviso, one may sum up current findings by saying that genetic females masculinized in utero and reared as girls have a high chance of being tomboys in their behaviour.

Les elements du “tomboyisme” dans le comportement ultérieur du foetus androgénisé, se manifesteraient comme suit:

Leur réserve d’énergie s’orientera davantage vers les sports violents, surtout extérieurs, auxquels participent principalement les garçons.

Elle rivalise facilement avec les garçons mais ne chercheront pas à prendre le leadership, puisque leur acceptation dans le groupe des garçons les conditionne à s’y abstenir. Elle aura toutefois tendance à conduire un groupe de jeunes qui l’accepteront et la suivront en « héros ».

Leur parure dénotera un vêtement fonctionnel et visera la simplicité et l’utilité dans l’ornementation, les cosmétiques. Les filles « tomboys préféreront les « slacks et les « jeans », même si en certaines occasions, elles ne dédaigneront pas le port d’une robe.

L’éveil de l’instinct maternel est à peine souligné. Les poupées resteront sur les tablettes. Elles ne seront pas très enthousiastes pour le « baby sitting ».
Quant à leur rôle futur de mère, elles prennent pour acquis que cela viendra en temps et lieu. Par anticipation, elles préféreront fonder une famille restreinte : 1 ou 2 enfants.

Le mariage et la « romance » passent bien après la carrière. Cette priorité à la carrière est typiquement fondée sur de bons succès scolaires et un excellent quotient intellectuel. (un taux anormalement élevé d’androgène semble augmenté le Q.I.). Une fois la vie sexuelle commencée, il ne semble pas y avoir un manque de réponse sexuelle, ni lien au lesbianisme.

Leur phantasme érotique se rapproche davantage de ceux des hommes (aspect visuel). Elles se projettent elles-mêmes dans l’image de la femme stimulée et se représentent et s’identifient elles-mêmes à une situation parallèle, mais avec un partenaire de leur choix.

* à suivre *

samedi 21 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 10e partie

LES GONADES FŒTALES et l’influence hormonale maternelle.

Définition :
Les gonades sont des glandes formées de cellules indifférenciées qui s’apparentent aux ovaires immatures. Les gonades, sous l’influence de la testostérone, deviendront testicules, sinon, elles deviendront ovaires.

Cellules cellules différenciées

O O + testostérone O O
gonades testicules

O O - hormones androgènes O O
gonades ovaires

Chez l’hommes :

NORMAL
Sexe génétique cellules karyotype
Indiffé. parfait
X Y -> corps masc. -> O O + testostérone - testicules, corps ext, int. Masc.
Gonades

ANORMAL
Sexe génétique cellules
Indiffé.
X Y -> corps masc. -> O O + testostérone - testicules absentes,
gonades malformation génitale, corps ext. Masc.

Stature fém. Difficulté de préciser le sexe à la naissance

Chez la femme :

NORMAL
Sexe génétique cellules
Indiffé.
X X -> corps ext. Fém. -> O O + - testostérone ->form. ovaires
gonades corps ext. int. fém.


ANOMALIES

Sexe génétique cellules
Indiffé.
X X -> corps ext. Fém. -> O O + - testostérone ->masculinisa.
gonades ovaires sec. and.
corps ext. fém.
malf. intern.

À la naissance, difficile de préciser le sexe (maintenant, c’est différent)

Conclusion
Chez le fœtus garçon :
Si il y a absence d’hormone androgénisante, il y aura manque de masculinisation

Chez le fœtus fille :
Si il y a présence d’hormone androgénisante, il y aura masculinisation.
Donc, dans les deux cas, présence d’un hermaphrodisme apparent, et difficulté, à la naissance, de bien assigner le sexe.


* à suivre *

vendredi 20 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 9e partie

LES CHROMOSOMES
Le nombre de chromosomes
L’être humain hérite de
-22 paires de chromosomes somatiques : 44 chrom.
- 1 paire de chromosomes sexuels : 2 chrom.
Totalisant 46 chrom.

La paire de chromosomes sexuels
Chez l’homme : XY chromosomes sexuels
Chez la femme : XX chromosomes sexuels

Les anomalies possibles
Chez l’homme : le syndrome de Klinefleter

XY XXY
Normal Klinefleter

Résultat : cela donne un corps d’homme mais phantasme de devenir enceinte
Problème d’identité : transexualité

Chez la femme : le syndrome Turner

XY homme
XX femme XO
Normal Turner

Résultat : cela donne un corps féminin apparent mais stérile.
Ce serait plutôt un corps d’homme masculinisé.

Autres anomalies : la mosaïque

44 + X X féminin 44 + X X / X 47 chrom.
44 + X Y masculin 44 + XX / XY 48 chrom.
Karyotype normal anomalies
Parfait

-anomalies en nombre 46
-anomalies en nombre 46
-anomalies en grosseur
-hermaphrodisme, intersexualité

Conclusion
Il y a une grande possibilité d’anomalies génétiques.
Le dossier du sexe génétique de quelqu’un ne correspond pas forcément à son apparence physique.
Problème possible d’identité sous l’influence de d’autres facteurs.



* à suivre *

jeudi 19 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 8e partie

Approche biologique (John Money – Anke Ehrhardt)

AUTEURS
John Money
Professeur en psychologie médicale et pédiâtrie à Johns Hopkins Hospital, un des plus importants centres en recherche sexologique au monde.
Il a publié au-delà de soixante articles de recherches scientifiques en vingt ans, ainsi que plusieurs ouvrages, dont l’un des principaux fut édité en 1972 : (MAN & WOMAN BOY & GIRL – differentiation and dimorphism of gender identity from conception to maturity (coédité avec A. Ehrhardt))

Ake Ehrhardt
Professeur de psychologie et de psychiâtrie à l’Université de New York, et responsable avec son mari du programme de psychoendocrinologie à l’hôpital d’enfants de Suny, Buffalo.

SYNOPSIS : de John Money sur l’identité sexuelle :
Chromosomal -> Fetal Gonadal -> Fetal Hormonal -> Genital Dimorphism -> Grain Dimorphism -> Others’ Behavior -> Body Image -> Juvenile Gender Identity -> Pubertal hormonal -> Pubertal Eroticism -> Pubertal Morphology -> Adult Gender Identity

LA THÉORIE : John Money

Pour Money, sa recherche sur le développement de la personne masculine ou féminine, (the gender identity) à partir de sa conception jusqu’à la maturité, repose sur l’INTÉGRATION des données et des concepts expérimentaux et cliniques auxquels peuvent contribuer de nombreuses spécialités, comme :
La génétique
L’embryologie
La neuroendocrinologie
L’endocrinologie
La neurochirurgie
La psychologie social, médical, clinique
L’anthropologie sociale

Son but est de structurer l’acquis traditionnel et les connaissances nouvelles en une THÉORIE, qui ne serait pas simplement celle d’un développement psycho-sexuel, mais également d’une différentiation psycho-sexuelle.

Money désire une théorie qui engloberait tous les déterminants du développement de l’identité sexuelle féminine ou masculine.

Sa théorie résulte de compilations et de recherches scientifiques accumulées depuis vingt ans : sur les problèmes suivants :
Absence de génitalité
Anomalies chromosomiques
Génicomastie
Hermaphrodisme
Puberté devancée et retardée
Déviations psycho-sexuelles

Ce qui suit représente les différentes étapes du développement de la personne dans son identité totale. On y voit également les multiples composants avec leur interaction.

DÉFINITIONS :
« gender identity » ou l’identification sexuelle
C’est, à un degré plus ou moins élevé, l’uniformité, l’unité et la persistance de sa propre individualité masculine, féminine ou ambivalente, confirmée par l’expérience vécue :
L’identité sexuelle est l’expérience intime de son rôle sexuel et le rôle sexuel est l’expression publique de son identité sexuelle.

« gender role » ou le rôle sexuel
Ce que toute personne dit ou fait, communique aux autres ou à elle-même, le degré de sa masculinité ou de sa féminité ou de son ambivalence.
Ceci comprend, mais n’est pas nécessairement exclusif à la demande ou à la réponse sexuelle.

Le rôle sexuel est l’expression manifeste de son identité sexuelle, et l’identité sexuelle est l’expérience intime de son propre rôle sexuel.

* à suivre *

mercredi 18 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 8e partie

Présentation d’une approche, dans l’étude de la personnalité et du développement humain à travers les sciences expérimentales, et avec un éclairage multidisciplinaire, en tenant toujours compte que l’humain EST UN ÊTRE ESSENTIELLEMENT UN ÊTRE RELATIONNEL.

Le progrès des connaissances scientifiques et les réflexions qu’elles ont sont suscitées ont abouti à une « remise en question » de l’homme. L’accent est tout particulièrement mis sur « l’être relationnel ».

« L’homme est vu comme un être de relations, un être en relations, qui se crée dans ses relations au monde et à autrui, qui dépend de son monde physique et psychosocial. » Volcher.

Les différentes THÉORIES présentées répondent aux principaux BESOINS HUMAINS.

Voici quelques théories qui expliquent comment l’être humain se développe et s’achemine vers son accomplissement.

Cet éclairage de la connaissance de l’homme présentera l’aspect multidisciplinaire suivant :

-approche biologique, théorie de Money
-approche analytique, théorie de Freud
-approche psycho-social, théorie d’Erikson
-approche anthropologique, démarche culturaliste de Margaret Mead
-approche existentielle, typologie des valeurs la théorie de Kohlberg

LES DIFFÉRENTES THÉORIES RÉPONDENT AUX OBJECTIFS DE MES ÉCRITS, OBJECTIFS QUI CONTRIBUENT À DÉVELOPPER LA FORMATION INTÉGRALE DE MES LECTEURS ET LES AIDENT AINSI À RÉPONDRE À LEURS BESOINS.

OBJECTIFS

PLANS –> biologique-> intellectuel-> culturel -> social -> métaphysique
APPRENDRE À-> VIVRE -> APPRENDRE -> COMMUNIQUER ->DEVENIR -> ÊTRE

LES BESOINS HUMAINS
Plan biologique
Intellectuel
Culturel
Social
Métaphysique

THÉORIES –> MONEY – FREUD – LEVISTRAUSS, MALINOWSKI, MEAD – ERIKSON – KOHLBERG

APPROCHES -> BIOLOGIE – PSYCHOLOGIE – ANTHROPOLOGIE -> SOCIOLOGIE -> PHILOSOPHIE

ÊTRE HUMAIN = ÊTRE RELATIONNEL
Organisme et environnement
Individu et univers

COMMUNICATION
HUMAIN VIVANT = ÉCHANGE
PERSONNE VIVANTE = RELATION


À RETENIR
Toutes les fois qu’un individu doute de son identité (ne sait pas qui il est) il aura de la difficulté à signaler au monde extérieur ses besoins.

Toutes les fois qu’un individu ignore la réalité extérieure, il aura de la difficulté à satisfaire ses besoins d’une façon harmonieuse.

Toutes les thérapies sont axées sur trois choses :
-elles sont centrées sur le patient pour lui faire retrouver qui il est et ce dont il a besoin (psychanalytique – existentielle)
-elles sont centrées sur l’ajustement à la réalité, c’est-à-dire, travailler un comportement adéquat (behavioral).
-elles sont centrées sur la relation inter-personnelle (ex. Sullivan)

* à suivre *

mardi 17 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 7e partie

Les extrémistes des deux écoles auront peut-être tendance à minimiser l’autre comme le dit si bien Jean Rostand : « chacun défend son territoire moral et surestime le « bien » dont il a la charge ».
Et d’ajouter avec une pointe d’ironie, « c’est la tradition depuis Bergson, de réclamer pour l’humanité un « supplément d’âme ». De vrai, elle (humanité) est moins menacée par l’indigence morale que par la pluralité de ses idéaux. Si elle périt, la faute n’en sera pas à son égoïsme, mais à l’antagonisme de ses dévouements ».

L’opinion de deux savants nous permet de conclure de sujet; Mounier précise ceci : « Les milles manières dont je puis le (homme) déterminer comme un exemplaire d’une classe m’aident à le comprendre et surtout à l’utiliser, à savoir comment me comporter avec lui. Mais ce ne sont que des coupes prises chaque fois sur un aspect de son existence, mille photographies échafaudées ne font pas un homme qui marche, qui pense, et qui veut ». Mounier réclame donc ici l’aspect ontologique en tant que philosophe.

Chose étonnante, certains psychologues tiennent également compte de l’aspect philosophique pour porter un jugement de valeur.

Carl Rogers, grand psychologue américain contemporain, consacre dans son livre On becoming a Person toute la quatrième partie à la philosophie de la personne.

« J’ai découvert, dit-il, certaines données philosophiques sur la vie et les buts vers lesquels l’individu progresse lorsqu’il est libre….. »… La plupart des psychologues se croient insultés lorsqu’on les accuse d’avoir des pensées de philosophie. Je ne partage pas cette réaction. Je ne puis m’empêcher de m’interroger sur le sens de tout ce que j’observe…. »

Et il poursuit en soulignant l’aspect complémentaire des sciences expérimentales et des sciences philosophiques, pour découvrir la personnalité de quelqu’un : …. »je crois avoir bien exprimé les observations qui se cristallisent pour moi en deux thèmes importants :

-ma confiance en l’organisme humain, lorsqu’il fonctionne librement (sciences expérimentales)
-et l’importance existentielle d’un mode de vie satisfaisant, thème qu’ont abordé quelques-uns de nos philosophes les plus modernes (sciences philosophiques).

Mais qui avait déjà été remarquablement énoncé il y a plus de vingt-cinq siècles par Lao-Tseu quand il disait : « La manière d’agir, c’est la manière d’être ».

* à suivre *

lundi 16 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 6e partie

On notera tout d’abord que contrairement au behaviorisme (homme-objet), la philosophie conservera jalousement à l’homme toute son entité ontologique, c’est-à-dire, cette entité spirituelle considérant l’homme capable de réflexion sur lui-même, d’introspection et d’acte de prise de conscience, donc de liberté (même si cette liberté s’avère quelque-fois bien relative).

Pour arriver à notre étude de la personnalité, on verra que la philosophie nous offre un seul moyen d’accéder à la connaissance de l’étude de l’âme (sentiment, désir, souvenirs), c’est l’intuition l’introspection que l’on appellera conscience psychologique. Nous verrons les inconvénients de cette méthode.

Premièrement, « le connais-toi toi-même » de Socrate est bien joli mais qui peut se vanter de bien se connaître (ignorant tout de son inconscient).

Deuxièmement, si le cas s’avérait possible, a-t-on le droit de conclure de soi-même aux autres pour les connaître?

Il serait fort aléatoire de penser porter un jugement de valeur sur la personnalité de quelqu’un par l’unique moyen que la philosophie possède, soit l’introspection.

C’est ainsi que l’introspection, quoique possible et utile dans une certaine mesure, est nettement insuffisante pour entreprendre l’étude d’une personnalité et de porter un jugement.

Après avoir considéré l’apport du jugement de réalité en psychologie et du jugement de valeur en philosophie, essayons brièvement d’y voir clair et de répondre à la question posée :

« Le jugement de réalité est-il le seul type valable pour entreprendre l’étude de la personnalité. »

Quoique très précieux d’une façon concrète, le jugement de réalité est imparfait pour saisir une personnalité :

Par delà les différents types de vérité, entre autres « vérité expérimentale » que nous offre la science, n’existe-il pas d’autres modes de connaissances qui nous permettraient d’atteindre (ainsi qu’y prétend la métaphysique) la vérité absolue. La philosophie mentionne que l’être existe en dehors de la connaissance que nous en avons; Hussell proteste qu’il n’y a pas de « réalité absolue ».

La personnalité que nous découvrons par les sciences exactes peut se rapprocher de la vérité de ce qu’elle est, mais les preuves que j’en ai n’en demeurent pas moins relatives,

Si les sciences psychologiques se veulent hermétiquement fermées à la philosophie, il y a même danger qu’elle oublie l’entité ontologique de l’homme pour le réduire à un objet (Watson) et ce qui par la suite, risquerait de briser son unité (test pris comme valeur absolue).

De toute évidence, l’aspect complémentaire de la psychologie et de la philosophie s’avère plus juste.

* à suivre *

dimanche 15 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 5e partie

En plus des statistiques, la psychologie expérimentale utilise à son service des tests de toutes sortes. Tantôt on utilisera des tests de connaissance et aptitudes par une épreuve verbale ou non-verbale (ex. test de mémoire de caplarède). Tantôt des tests de caractère et personnalité ou des épreuves de projection (Jung emploie l’association libre de mots) Muray (T.A.T.) ou Rorschach avec ses célèbres taches d’encre, meilleur instrument d’analyse de la personnalité.

Ces épreuves standardisées dans leur administration et leur cotation, ont une valeur relative qui aide à connaître la personnalité de quelqu’un mais n’ont jamais de caractère absolu.

Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur d’autres moyens mis au service de la psychologie pour découvrir l’individu, comme la psychanalyse, qu’utilise Freud, Adler, Jung, ou encore le psychodrame de Moréno. Nous passerons sous silence ces aspects tout d’abord parce qu’ils s’éloignent beaucoup des lois rigoureuses de la science pour apporter notre jugement de réalité, et ensuite, parce que l’on utilise plus spécialement ces moyens pour découvrir la personnalité malade.

Avant de passer au jugement de valeur, nous pouvons reposer la question : « Est-ce que cette psychologie scientifique nous permet d’entreprendre l’étude de la personnalité et d’y apporter un seul type de jugement, celui de réalité? »

La tentation est grande de répondre oui en considérant jusqu’à quel point la psychologie scientifique a généreusement comblée le XXième siècle. Elle s’est évertuée à se vouloir une science avec des lois bien précises, à se rénover, se parfaire si on la compare à la psychologie des anciens. Elle a découvert et inventé tellement de moyens pour décortiquer l’homme, pour le mesurer, au risque même de l’assujettir à une dépersonnalisation (Watson).

Avec tout son arsenal pour explorer le comportement, la conduite, le conditionnement, étudier les structures intellectuelles, affectives, etc….., la psychologie moderne a-t-elle seulement pu se rapprocher d’une synthèse pour saisir l’homme dans son entité ou plus exactement, le mystère de chaque homme?

Ainsi, pour entreprendre l’étude de la personnalité, le jugement de valeur nous apportera peut-être une nouvelle dimension.

Les logiciens se placent exclusivement, pour le jugement de valeur, au sens abstrait et le considère comme la fonction essentielle de l’intelligence, c’est-à-dire, de la faculté de juger.

À la suite du jugement de réalité, le jugement de valeur nous permet d’apprécier ce que vaut tel procédé, ou telle forme de connaissance, ce que vaut tel ou tel acte, tel ou tel mode de conduite.

La théorie des valeurs se fondera sur l’axiologie qui englobe l’épistologie et la gnosiologie ainsi que la morale. On observera que ces disciplines n’énoncent plus des lois au sens scientifique du terme, mais bien des normes, des règles qui prescrivent ce qui doit être.

* à suivre *

samedi 14 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 4e partie

Disciple de Watson, Pierre Janet, français d’origine, a interprété d’une façon beaucoup plus large cette conception. Il a édité sur elle non pas une psychologie de comportement comme le fait Watson, mais une psychologie de conduite dans laquelle l’intervention de la conscience, loin d’être considérée comme un luxe inutile, caractérise au contraire un niveau élevé de l’action.
Piaget, psychologue de l’enfance, comme Watson, prônera la vocation expérimentale de la psychologie. Son premier mérite sera de découvrir comment l’individu appréhendait le monde. Quelles étapes, de la naissance au stade adulte, franchissait cette appréhension du monde première forme de connaissance pour l’individu. Comment se développait l’intelligence humaine?

Son deuxième mérite sera de réfuter l’épistémologie des philosophes entre autres, Kant, qui a posé la question fondamentale : « Comment la connaissance est-elle possible? », prenant la connaissance comme un fait.

Piaget y voit un processus et son épistémologie génétique est établie à partir de cette conception révolutionnaire. Piaget se rapproche donc du behaviorisme en rejetant la spéculation traditionnelle des philosophes pour s’appuyer de bout en bout sur la méthode expérimentale, et surtout en affirmant que « la représentation, ce sont des images, des opérations et en mettant l’accent sur les opérations qui sont les aspects formalisables de la représentation.


Définition : l’épistémologie est ce type de réflexion qui surgit d’une science lorsque du fait de la crise qu’elle traverse, apparaît la nécessité de redéfinir clairement son objet et ses procédures de recherches et délimiter le domaine de sa légitimité.

Avant de quitter nos amis Watson et Piaget qui ont vraiment tenté d’objectiver le jugement réalité dans l’étude de la personnalité, il serait peut-être bon de souligner que la psychologie moderne utilise un matériel et des moyens techniques à son service qui favorisent son objectivité (statistique, tests).

Les statistiques sont d’application limitée en psychologie, où tous les faits psychiques dépassent de nombreuses variables échappant généralement au contrôle de l’expérimentateur. La méthode statistique, qui fait appel au calcul des probabilités et à la loi des grands nombres, pallie heureusement à cet inconvénient.

Cette méthode de la statistique a conféré une assise solide aux tests psychométriques, permettant ainsi de classer des sujets par rapport à une population de référence (étalonnage) et de faire des pronostics (réussite ou échec professionnels dans le cas de l’orientation) et a même donné à Spearman le moyen d’aboutir à une théorie factorielle de l’intelligence. Cependant la statistique ne peut-être pour le psychologue qu’un moyen de contrôle et non un moyen de découverte.

* à suivre *

vendredi 13 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 3e partie

Voyons tout d’abord quelques aspects du jugement de réalité et ensuite du jugement de valeur pour entreprendre l’étude de la personnalité.

Le jugement de réalité ne signifie pas la fonction essentielle de l’intelligence : la faculté; mais il s’agit plutôt du résultat, du produit de cette faculté au sens concret.

Les sciences exactes (physique-chimie-biologie-mathématiques) se réclament d’une certaine objectivité dans leur méthode. Ivan Pétrovitch Pavlov nous apparaît comme le vrai prophète de toute psychologie scientifique.
Mais l’innovateur de ce désir d’objectivité appliquée à la psychologie pour découvrir la personnalité, serait le psychologue américain Watson. Par ses travaux il est arrivé à l’hypothèse suivante : l’homme est une mécanique extrêmement compliquée certes, mais parfaitement connaissable par le moyen exclusif des méthodes objectives. Cette machine organisée (sujet) placée en face du monde extérieur est obligée de réagir pour survivre, c’est-à-dire, que la stimulation entraîne inévitablement une réaction d’où le schéma S.R. Watsonnien. L’école behavioriste américaine (1930) est même allée jusqu’à proscrire tout recours à l’observation intérieure et toute prise en considération des états de conscience.

Donc sa théorie, quoique formidablement novatrice manque de nuances, de concessions. Elle s’avère un peu élémentaire car il est illusoire de prétendre analyser la personnalité en se limitant à l’observation du comportement surtout quand il ne laisse à l’individu aucune liberté (déterminisme absolu de Watson).

On lui a vite reproché de traiter l’homme comme un objet, de nier l’instinct et l’hérédité, la conscience etc….Quoique dépassées, ce sont ses méthodes et ses recherches qui aujourd’hui autorisent la psychologie à porter le nom de science.

* à suivre *

jeudi 12 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 2e partie

D’autre part, en psychologie, on a tendance à définir la personne d’une façon beaucoup plus concrète et complète. Elle est « l’expression totale d’un être réel tel qu’il apparaît aux autres et à lui-même dans son unité, sa singularité et sa continuité ».

« C’est une unité spécifique (Allport), un élément stable de la conduite d’une personne, sa manière d’être, c’est ce qui la différencie des autres tout en étant semblable à eux.

On se rend compte immédiatement en psychologie, de l’émergence de la personnalité sur l’individu. Tout en tenant compte de points communs entre individualité et personnalité, trois lois guideront notre étude :

1) chaque personne est unique
2) le développement de la personne est à considérer (génétique-chromosomique)
3) le comportement de chaque individu a ses propres lois.

Et à la lumière de l’énoncé de Murray : « chaque être humain est comme tous les hommes »…… « est comme un groupe d’être humains »…. « est un type unique »…..nous essaierons d’englober dans notre étude les deux aspects différents mais complémentaires de la philosophie et de la psychologie. Connaissant alors davantage la notion personnalité des philosophes et des psychologues, nous aborderons le jugement.

En pensant à jugement, inutile de mentionner que l’école de Socrate avec ses disciples contemporains du XXième siècle (Hussel-Bergson-Sartre) se réclame d’objectivité et de vérité, pour donner un jugement valable.

D’autre part, l’école de la psychologie scientifique (Watson-Piaget) se pique d’avoir inventé l’objectivité pour découvrir la personnalité de quelqu’un.

L’objectivité, « à la troisième personne », c’est-à-dire libérée de l’égocentrisme, n’est pas si simple, se gardant bien d’entreprendre une polémique entre l’exigence absolu d’objectivité radicale du behaviorisme et l’objectivité relativement subjective des philosophes du réalisme (phénoménologie-existentialisme) qui tous deux conduisent paradoxalement à la tentation du positivisme logique.

* à suivre *

mardi 10 novembre 2009

LA PERSONNALITÉ - 1e partie

LE CAHIER PHILOSOPHIQUE

Au début du XXième siècle, la psychologie prend une importance telle qu’elle remet en cause toute la psychologie philosophique ancienne. Ce succès de la psychologie expérimentale nous amène à nous poser la question suivante : Peut-on dire que l’étude de la personnalité ne relève que d’un seul type de jugement, le jugement de réalité? Une simple définition des termes nous oblige à aborder cette question à deux niveaux sensiblement différentes :

- psychologique (jugement de réalité)
- philosophique (jugemnet de valeur)

Après avoir parlé des notions de la personnalité et du jugement, nous aborderons les mérites du jugement de réalité dans l’étude de la personnalité, ce que nous apporte le jugement de valeur dans cette même analyse, et, enfin, jusqu’à quel point ces deux façons de juger comptent-elles dans l’étude de la personnalité. L’opinion d’un philosophe et d’un psychologue clorera la présentation de ce travail.

Il est bien entendu que ce travail ne se veut en rien être une polémique entre ces deux points de vue, qu’ils soient d’ordre philosophique ou psychologique; mais étant donné l’importance de la question, le problème mérite notre attention.

Comment expliquer ce sujet?

Avant d’essayer de porter un jugement sur une personnalité afin d’en mieux faire l’étude, il serait peut-être sage d’établir tout d’abord une notion du terme « personnalité ».

Qu’en pensent les philosophes? Qu’en pensent les psychologues? Piéron nous dit qu’un être vivant dans son indépendance biologique est désigné comme « individu » et la personnalité serait « cette psychologique totalité qui caractérise un homme particulier ».

On perçoit ici tout de suite cette tendance à voir la personnalité comme un individu émergeant d’un ensemble, d’un groupe, unique bien sûr, puisqu’il diffère des autres mais oubliant quelque peu la personne pour prôner l’individu.

C’est avec Ribot en 1885 que l’on verra apparaître dans le langage philosophique « la plus haute forme de l’individualité » : la personnalité.

On peut dire que Ribot a le mérite d’avoir voulu dégager la personne de sa conception métaphysique (être spirituel) mais malheureusement pour la réduire à une « fonction du corps ». Ce qui rejoint le behaviorisme de Watson.
Pour Mounier, représentant du personnalisme, « l’individu se réduirait à l’ensemble des propriétés matérielles distinctives, tandis que la personnalité serait une conduite impliquant des valeurs sociales et morales ». Si Mounier est louable dans sa conception ontologique de l’individu (Valeur suprême) et sa lutte contre la dépersonnalisation (envahissement par l’objet) il oublie néanmoins de redécouvrir la personne comme un être avant tout présent au monde.

* à suivre *

lundi 9 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 4e partie

Ramener tout l’intérêt de la pièce du dehors au dedans, du spectacle extérieur, si pittoresque soit-il, et tentant pour l’imagination, vers le monde intérieur, vers la conscience, par l’analyse des sentiments et la peinture des passions, ce n’est rien de moins qu’une révolution au théâtre. Corneille l’a faite, résolument. C’est par là qu’il est « inventeur », comme l’a dit Voltaire, et qu’il a créé la tragédie.

Il suit de là qu’il devait condenser et simplifier ce qui est épars et multiple dans la pièce de Castro, ce qui eût séduit aussi l’imagination d’un romantique. S’assujettissant avec peine aux unités, Corneille s’y est pourtant contraint, et son drame en devient plus pressant, plus fort; c’est une action haletante qui précipite les courages vers des actes héroïques où ils se surpassent eux-mêmes. Rodrigue, dirait un sportif, bat son propre record (comme le feront d’autres personnages cornéliens). Dans une atmosphère détendue où se mêleraient des scènes à demi comiques, l’effet s’évanouirait : c’est ce que n’a pas toujours vu Victor Hugo.

Par la même raison, Corneille sacrifie l’élément pittoresque de scènes étranges et brutales, qui choqueraient pas trop ses contemporains (le comte se lavant la joue avec le sang de son ennemi); loin de chercher à conserver ce qui fait primitif, farouche, les traits de race pas trop espagnols, Corneille ne veut assimiler que ce qui est le plus humain : le sentiment de l’honneur, l’ardente passion amoureuse pas dépaysés; c’est là, comme on disait alors, « une belle morale », qui honore l’humanité et qui s’apparente aux mœurs françaises héroïques et galantes de l’époque.

De même encore les personnages secondaires sont bien maintenus au second plan et à titre de repoussoirs : l’infante et son babil précieux, comparée à Chimène ardente et résolue; Don Sanche, pâle soupirant auprès de l’impétueux et triomphant Rodrigue.
Non, le Cid n’est pas véritablement un drame romantique : il n’en a ni le décousu, ni le pittoresque extérieur, ni la pauvreté psychologique, mais il garde pourtant du texte espagnol où il a pris naissance, du tempérament du jeune Corneille et de la génération hardie, passionnée et fringante qui l’inspira, comme un ton plus chaleureux et des couleurs plus vives qui font de cette pièce, classique dans ses caractères essentiels, un drame unique dans la carrière théâtrale de Corneille.

dimanche 8 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 3e partie

Comment Victor Hugo aurait-il traité le sujet du Cid?

Sans doute d’une façon bien différente. On sait que Corneille eut connaissance du romancero du Cid et s’inspira directement de la pièce de Guilhem de Castro : Los mocedades del Cid (les prouesses du Cid), pièce en trois journées (1618). Nul doute que le poète romantique n’eût recherché avant tout ce qui, soit dans le romancero, soit dans l’œuvre de Castro, est de la plus violente couleur moyenâgeuse et espagnole. Le Cid : un condottiere faiseur de rois, hautain et protecteur vis-à-vis de don Fernand, grand féodal indiscipliné, vainqueur des Maures et reconquistador du sol espagnol, pieux comme saint de vitrail (épisode du lépreux), enfin fils valeureux, amant passionné et brutal tout ensemble. Personnage complexe et fait de contrastes éclatants. L’abolition des règles eût facilité l’extension du drame comme chez Castro, où il s’étend sur trois années, et le dénouement heureux du mariage eût terminé la pièce.

Les grandes « scènes à spectacle » auraient toutes été faites : le Cid armé chevalier dans la chapelle de Burgos, et le coup de foudre qui fait de Chimène une amoureuse passionnée du beau seigneur, le soufflet infligé à Don Diègue par Don Gormas en plein conseil royal.

Dans la salle d’armes du château, Don Diègue essaye de décrocher sa trop lourde épée qui l’entraîne après elle, et voici l’épreuve que le vieillard fait subir à ses trois fils : il leur serre la main dans les siennes à les faire crier de douleur et il mord Rodrigue au doigt : « Lâchez-moi, s’écrie le jeune homme, si vous n’étiez pas mon père je vous donnerais un soufflet! » Le duel aurait lieu sur la place publique et les gentilshommes et les dames en seraient témoins; Gormas tomberait inanimé dans les bras de sa fille.

La bataille, comme dans Castro, serait connue par l’arrivé de prisonniers maures et racontée par un berger facétieux qui a vu la scène du haut d’un arbre. Ici, apparition du grotesque, car le berger est proche parent de Sancho Pança.

Des scènes galantes où Rodrigue s’entretient avec l’infante au balcon alterneraient avec des scènes de brutalité, comme celle où le jeune homme, qui rôde autour du jardin de Chimène, lui tue ses colombelles dont le sang rejaillit sur sa robe (souvenirs des cantilènes du romancero).

Tout cela serait, comme le dit Jules Lemaître, « singulier, magnifique et lointain ».

Bien différente est la conception de Corneille.

« Partout, a dit Sainte-Beuve, Corneille a rationalisé, intellectualisé la pièce espagnole, variée, amusante, éparse, bigarrée, il a mis les seuls sentiments aux prises. »

Que se propose-t-il, en effet? Il a dégagé du beau scénario de Guilhem de Castro l’élément rationnel, ou, ce qui revient ici au même, l’élément moral. « Faut-il punir le père de Chimène? » Voilà la question plantée au cœur de Rodrigue comme une épée, voilà le tragique essentiel : l’angoisse d’une âme devant un devoir terrible qui exige le sacrifice de ce qui vous est plus cher que la vie. Et cette angoisse va gagner le cœur de Chimène. « Que je sens de rudes combats…. ». Ces combats intérieurs, voilà qui est assez grand pour capter toute l’attention du spectateur, et les beaux coups d’épée des duels et des batailles ne sont que le symbole de la vaillance plus haute des héros, luttant contre eux-mêmes et remportant la plus belle victoire.

* à suivre *

vendredi 6 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 2e partie

Corneille ne s’interdit pas encore le mélange des genres. Nous avons bien affaire à une tragi-comédie, où parfois le langage s’abaisse jusqu’à la familiarité et la bonhomie, prend le tour galant et précieux de la comédie romanesque déjà employé par Corneille (rôle du roi, de l’infante).

Enfin nous trouvons dans le Cid le mélange des tons, suite du mélange des genres. Comme le souhaitera Victor Hugo dans la Préface de Cromwell, Corneille passe du ton dramatique le plus vif (dialogues coupés, admirables répliques des scènes du 1er acte (Rodrigue, as-tu du cœur? –À moi, comte, deux mots) au couplet lyrique (le désespoir de Don Diègue, les stances), et au récit épique (le combat des Maures).

Ici, la comparaison s’impose à l’esprit, du drame de Corneille et du drame de Victor Hugo, Hernani ne fut-il pas « le Cid du romantisme »? Le ténébreux Hernani n’a-t-il pas pour frère, plus juvénile et plus viril tout ensemble, Rodrigue, et le vieillard Ruy Gomez, qui ne peut souffrir de déchoir aux yeux de ses ancêtres, ne ressemble-t-il pas à Don Diègue, incapable de souffrir une tache sur son blason? Les épées ne sont-elles pas aussi promptes à sortir du fourreau pour le point d’honneur dans l’une et l’autre pièce? Dona Sol n’est-elle pas la sœur (ardente, mais plus instinctive et passive) de Chimène, par cette vive flamme d’amour qui caractérise leur race passionnée? Le roi Fernand n’est-il pas un roi « mal obéi », par ses vassaux toujours prêts à la révolte et qui courbent difficilement l’échine, de même que Don Carlos doit encore redouter dans son royaume des bandits et des conspirateurs?

* à suivre *

jeudi 5 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique?

Le Cid est-il un drame romantique? Voilà la question que pose Jules Lemaître :

Début : J. Lemaître, pour soutenir sa thèse, dégage bien les caractères romantiques de la pièce de Corneille, mais il néglige les autres, plus importants, somme toute, qui font néanmoins du Cid la première en date des tragédies classiques.

Ce qu’il y a de romantique dans le Cid :
a) Le sujet qui n’est pas pris à l’antiquité, mais au moyen âge espagnol.
b) La liberté relative vis-à-vis des règles : les trois unités comprises d’une manière large.
c) Le mélange des genres : ton, parfois familier, de la tragi-comédie, ou ton précieux de la comédie romanesque.
d) Introduction de la poésie lyrique (Stances) et de la poésie épique (combat de Maures).

Pourquoi le Cid n’est pas une pièce romantique :
Il suffit d’imaginer ce qu’aurait fait Victor Hugo de ce sujet :
a) un drame d’un réalisme brutal, selon les mœurs primitives du romancero;
b) un spectacle dégageant tout le pittoresque espagnol;
c) un duo d’amour où la passion aurait tenu l’honneur en échec et qui eût tourné au noir (dénouement sanglant).
Le Cid est la première de nos tragédies classiques.
Qu’a fait Corneille du scénario fourni par Guilhem de Castro?
a) un drame de conscience où les seuls sentiments sont aux prises;
b) il a concentré et simplifié l’action selon les exigences de la raison française;
c) il a sacrifié les richesses extérieures pour développer les richesses morales.

Conclusion :
Cette pièce, classique en ses caractères essentiels, reste pourtant un drame unique dans la carrière de Corneille.

DÉVELOPPEMENT
Cette comparaison de la pièce de Corneille avec un drame romantique semble au premier abord justifiée par certaines ressemblances. Très étroitement, Jules Lemaître en a dégagé les traits principaux les plus frappants, et il néglige les autres caractères. Il serait imprudent d’admettre sans examen cette assertion de l’auteur des Impressions de théâtre. Peut-être n’est-ce là qu’une « impression », et l’on pourrait soutenir, surtout si l’on songe à ce qu’un vrai romantique eût fait d’un tel sujet (Victor Hugo, par exemple), que Corneille, dans ce drame, hardi, d’ailleurs, et que son époque n’accepta pas sans résistance, s’avère, avec le Cid, le premier des classiques au théâtre et mérite d’être appelé « le père de la tragédie ».

Voyons d’abord ce qu’il y a de « romantique » dans le Cid. Si l’on entend par là une forme assez libre vis-à-vis des traditions et des règles, selon les revendications de la Préface de Cromwell, on est frappé de l’indépendance de Corneille et de la liberté d’allure de son drame.

Le sujet est pris au moyen âge espagnol et non à l’antiquité, ce moyen âge que chérira le romantisme et cette Espagne dont s’inspirera trois fois, au théâtre, Victor Hugo (Hermani, Ruy Blas, Torque-mada).

Il use encore d’une liberté relative quant aux unités. L’unité d’action est entendue au sens large, mais il se greffe sur l’action essentielle des épisodes parasites : romanesque amour de l’infante, récit épique de la bataille des Maures. Le lieu des scènes n’est pas unique, Corneille s’en excuse dans son Examen de la pièce (palais du roi, maison de Chimène, rue ou place publique).
Quant au temps, les vingt-quatre heures sont observées, mais au prix de la vraisemblance, les héros « travaillent la montre à la main », et visiblement Corneille eût souhaité que le spectateur ne s’aperçût pas que l’heure tourne.

* à suivre *

mardi 3 novembre 2009

FORUM DE DISCUSSION SUR LA PENSÉE DESCARTES

CONCLUSION AVEC DESCARTES

Les problèmes métaphysiques

– LE MONDE (DesCartes)

Quelles sont tes raisons qui peuvent conduire le philosophe à mettre en doute l’existence du monde extérieur?

Pyrrhon, à ce qu’on raconte, était parvenu à un tel degré de scepticisme que si ses disciples, plus confiants que lui dans les données de leurs sens, ne l’eussent accompagné, il se fût heurté aux arbres ou laissé choir dans quelque rivière. A de tels récits l’homme de la rue sourit de malice ou de pitié et se félicite de n’avoir pas, à l’école des philosophes, perdu le sens commun.

Pour le sens commun, en effet, la question de l’existence du monde extérieur ne se pose même pas, et le monde extérieur est la réalité la plus certaine qui puisse être : nous sommes renseignés sur lui de tant de façons par nos organes sensoriels, par les yeux en particulier, et les sensations, surtout les sensations tactiles, nous donnent un sentiment si incoercible d’atteindre le réel! Au contraire, dès que nous nous éloignons de ce qui se voit ou de ce qui se touche, quand on nous parle d’esprit ou de pensée, nous perdons notre belle assurance et souvent terminons notre enquête par un point d’interrogation. Que si, parfois, dans ce domaine de l’immatériel, nous ne trouvons rien de mieux, pour montrer qu’il ne saurait y avoir le moindre doute, que de comparer cette vue de l’esprit à une perception sensible : « cela crève les yeux », disons-nous : « C’est palpable »; « on le touche du doigt »…L’idéal de la certitude est donc celle que donne la sensation, celle de l’existence du monde extérieur.

Cette existence du monde extérieur, si évidente pour le sens commun, comment le philosophe peut-il être amené à la mettre en doute et sur quelles raisons se fondent sa négation ou son scepticisme?

I. La philosophie n’est, dans une grande mesure, qu’un approfondissement du sens commun. Aussi pendant longtemps les philosophes ont-ils eu, dans la question qui nous occupe, une attitude peu différente de celle de l’homme de la rue : il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour qu’une école philosophique, l’école écossaise, adoptait la dénomination de « philosophie du sens commun », mais de tout temps des penseurs, comme l’homme de la rue, firent de la certitude de la perception sensible l’idéal de toute certitude. La conception opposée ne remonte qu’à Descartes.

Sans doute, avec Socrate, la philosophie, occupée jusque là à des recherches cosmologiques comme l’origine du monde et la nature de la matière, s’intériorisera : la connaissance de soi-même, c’est-à-dire de son âme, passa au premier plan des préoccupations du penseur. Platon va plus loin : il demande au sage de détourner les yeux du monde sensible pour s’élever à la contemplation du monde intelligible, des Idées. Mais ni Socrate ni Platon n’ont le moindre doute sur l’existence du monde extérieur. Au contraire, c’est parce qu’ils savent combien ce monde s’impose à nos sens qu’ils demandent à leurs disciples un long effort et même toute une ascèse, pour arriver à comprendre que ce que voient les yeux du corps n’est pas tout.

Comment donc, dans un esprit en qui est ancrée une si forte tendance à ne tenir compte que de ce qui se voit et de ce qui se touche, peut germer le moindre doute sur l’existence du monde extérieur?

Sans doute – les sceptiques se sont complu à les relever - , il y a de nombreuses illusions des sens. Le même objet produit sur différents individus des impressions différentes. Chez le même individu, les impressions varient suivant les circonstances. Enfin, les impressions dépendent toujours de l’organe impressionné : l’univers visible des daltonistes paraîtrait étrange à celui dont la vision est normale, et là où nous jouissons du silence le plus absolu, celui dont l’oreille serait sensible aux ondes hertziennes percevrait une horrible cacophonie. Pouvons-nous prétendre, nous fondant sur ces seules impressions sensibles, connaître vraiment le monde tel qu’il est?

Nous ne connaissons pas le monde extérieur tel qu’il est : ces observations le montrent bien. Nous n’en connaissons, peut-être, que des apparences, et des êtres constitués autrement que nous se feraient de ce monde des représentations bien différentes des nôtres. Mais on ne prouve nullement par là que le monde extérieur n’existe pas. Notre connaissance du monde peut n’avoir qu’une valeur relative, nous n’en atteignons pas moins quelque chose de réel, une existence distincte de notre propre existence.

Comment le philosophe a-t-il pu donc être amené à douter de l’existence même du monde extérieur?

II. Pour que ce doute pût germer, il fallait se faire de la nature humaine une conception nouvelle différente de la conception du sens commun pour qui l’homme est, non pas un pur esprit, mais aussi, et peut-être même avant tout, un corps. Cette conception fut élaborée par Descartes.

On sait le jugement que Descartes, à la fin de ses études, porta sur la philosophie ; « Il ne s’y trouve encore, écrit-il, aucune chose dont on ne dispute, et par conséquent qui n’y soit douteuse »? Et comme il prétend mettre en toutes ses idées cette rigueur qu’il a appréciée dans les mathématiques. Descartes se résout, dans le dessein de rebâtir plus tard sur des fondements d’une solidité éprouvée, à mettre bas tout l’ensemble des vérités qu’il a admises jusqu’ici. Il considérera « comme absolument faux » non seulement ce qui lui paraît douteux, mais encore ce en quoi il pourraît « imaginer quelque doute ». Et ainsi, comme nos sens nous trompent souvent, il décide de ne plus leur accorder le moindre crédit; comme on est parfois induit en erreur par de faux raisonnements.

lundi 2 novembre 2009

FORUM DE DISCUSSION SUR LA PENSÉE DE KANT - 2e partie

PLAN

L’expérience est-elle la condition nécessaire, est-elle la condition suffisante au plein exercice de notre pensée rationnelle?

INTRODUCTION. – L’expérience, nom souvent donné à la connaissance sensible, est le premier échelon de notre vie cognitive, et nous met en contact avec la réalité concrète, soit externe, par la perception, soit interne, par la conscience. Elle est suivie d’actes plus élevés qu’on désigne sous le nom de pensée, d’activité rationnelle – formation des idées abstraites et générales, énoncé de rapports sous forme de jugements et raisonnements, enfin élaboration des principes de raison.

Entre ces deux ordres, existe-t-il des rapports et quels sont-ils? Ces deux questions ont divisé de tout temps les écoles philosophiques en deux groupes, lorsqu’elles ont voulu expliquer l’origine de la connaissance supérieure qui est l’apanage et fait la noblesse de l’homme :

- les unes refusant à l’expérience toute part vraiment active et efficace : ce sont les Rationalistes;
- les autres y ramenant au contraire toute la vie intellectuelle : ce sont les Empiristes.

Que faut-il en penser? L’expérience est-elle nécessaire et suffit-elle pour expliquer la vie intellectuelle dans ses opérations les plus élevées?

I. – L’EXPÉRIENCE, CONDITION NÉCESSAIRE DE LA PENSÉE RATIONNELLE (Contre les Rationalistes purs.)

La nécessité de l’expérience dans la formulation des idées et des principes découle tout naturellement de l’insuffisance des explications purement rationalistes, et des impossibilités auxquelles se heurtent les hypothèses des théoriciens de cette école.
En effet, si on laisse de côté les formes les plus invraisemblables affirmant que nous puisons nos idées dans la contemplation des « idées – types » dans une existence antérieure (Platon) ou de Dieu dans la vie présente (Malebranche), toutes les explications données peuvent se ramener à deux :

a) Existence d’idées innées (Descartes, Leibniz) (1). Cette existence porte : ;
1e soit sur les idées elles-mêmes; or, comme le fit justement remarquer Locke, cette thèse implique un non-sens en admettant une pensée existante, mais non encore pensée;

(1) Des citations caractéristiques de ces divers systèmes se trouvent dans P. Foulquié, Le problème de la connaissance.

* à suivre *