dimanche 28 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 112e partie

L’accompagnement du mourant

L’aidant a un rôle de défenseur des droits et besoins du mourant et de ses proches. Il se fait témoins du mourant et revendique ce dont il a besoin, parfois à contre-courant du mouvement administratif du milieu, particulièrement dans certains hôpitaux d’ici et certains hospices américains.
À l’intérieur de ces derniers, son rôle est placé à l’avant-scène en tant qu’intervenant crucial vis-à-vis les améliorations à apporter au nom du bien-être maximal du mourant. Il aide, entre autres, les proches du mourant et celui-ci à se préoccuper des questions ou préoccupations spirituelles, mais il aide aussi les soignants à comprendre les peurs, espoirs et désirs du mourant et à gérer leurs sentiments vis-à-vis les expériences de mort qu’ils côtoient (Bern-Klug, Gessert, Forbes, 2001 : 45).

* à suivre *

samedi 27 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 111e partie

L’approche systémique auprès du mourant

L’aidant est spécialisé dans l’approche systémique, très valorisée en soins pallatifs, où les intervenants travaillent avec le mourant sur tous les plans (physique, psychologique, émotionnel et spirituel), en considérant son environnement et ses systèmes. En effet, il est le spécialiste du système global du patient, de ses interactions avec son environnement, avec sa famille, avec ses proches, etc. Dans ses valeurs fondamentales professionnelles, ce dernier valorise l’empowerment de son client. Cela revient dire de redonner du pouvoir au malade sur sa maladie et les aspects qu’il contrôle encore. Bien souvent, cela se réduit à ce qu’il eut dire à ce qu’il exprime quant au sens ultime de sa vie. Pour certains, le malade qui découvre sa spiritualité reprend du pouvoir sur sa vie et ce rôle d’empowerment revient en partie à l’aidant (Aguilar, 1997 : 83-84). Lloyd dit à ce sujet que l’aidant, dans son rôle et ses compétences, devrait passer de la tradition psychosociale aux concepts d’empowerment, d’abord sur sa propre spiritualité, sur les contenus existentiel et religieux qui lui font sens et qui sont à se réapproprier pour mieux se situer à l’égard du mourant et de ses proches. L’évaluation psychosociale des malades, faite par l’aidant, doit inclure des questions qui identifient les dimensions spirituelles de la personne avec ses forces et ses mécanismes d’adaptation (Aguilar, 1997 : 84). Aguilar ajoute que la théorie transpersonnelle utilisée par les aidants comme approche dans la pratique en santé inclut la spiritualité (1997 : 84).


* à suivre *

vendredi 26 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 110e partie

L'Accompagnement du mourant

Le rôle de l’aidant en soins palliatifs est : d’écoute, de soutien, d’information, de support aux soignants, d’outils psychosociaux d’intervention, comme la communication à offrir à la famille, l’accompagnement, faire dénouer les situations, éclairer les soignants sur la situation des malades, apporter une vision familiale et sociale des proches, avec une image globale du patient, jouer un rôle d’enseignement, même à l’extérieur, préparer à la mort, suivre le deuil, être médiateur, (défendre les besoins du patient), être agent d’adaptation, référer les patients à la bonne personne (compétente), démystifier le mourant et sa personne. On perçoit deux mouvements présents, à savoir le côté passif et le côté actif. Celui qui accompagne, davantage dans « l’être-là », l’ici et maintenant, et celui qui intervient au besoin. Aux États-Unis, le rôle de l’aidant en soins palliatifs est davantage actif (Richman, dans Encyclopedia of Social Work, 1995 : 1358-1362 et Bern-Klug, Gessert, Forbes, 2001 :44-45), ce qui peut compromettre l’accompagnement plus passif, dans « l’être-là » dans sa simplicité, malgré tout fort utile.

Certaines études (Dunbar et al., 1998 : 144-154) menées auprès de femmes atteintes du SIDA et accompagnées par des aidants soulignent que ceux-ci, dans ce cas, sont aptes, entre autres, à anticiper, reconnaître et encourager la croissance, assister les patients avec les questions sur la mort et le mourir, identifier et faciliter l’affirmation de la vie, reconnaître l’importance du bien-être spirituel et de trouver un sens. L’aidant devrait examiner constamment ses préjugés, même envers la spiritualité. Les milieux de soins palliatifs qui évoluent le mieux, de façon assez harmonieuse, sont ceux qui optent pour une vision commune des soins et qui ont des valeurs similaires dans l’action. Il est crucial alors que l’administration ne doute pas du rôle multiple de l’aidant. Ce qui peut être fort différent dans un milieu où l’on attend que l’aidant soit productif, qu’il intervienne dans le mode du faire.


* à suivre *

jeudi 25 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 109e partie

Accompagner le mourant

L’approche holistique fait donc naître de l’ambiguïté autour des rôles des soignants, une certaine zone grise, que certains par contre voient comme une force. Cette zone grise part du fait que le patient est le guide de sa mort et que ses besoins, parfois spontanés, seront soulagés par quelqu’un d’autre que par le « spécialiste » désigné. Cette zone grise représente une délimitation parfois floue des rôles des différents intervenants en soins palliatifs. C’est cette ambiguïté qui permet la resocialisation du mourir, en permettant que les rôles soient interchangés, en faisant éclater les discours exclusifs de la science et des professionnels, afin que le sens du mourir soit réapproprié par les gens accompagnant le mourant, voire même, par extension, la société d’aujourd’hui (Renaud, 2002). La spiritualité même du malade est pleine d’ambiguïté et le cheminement qui peut éclairer émerge de lui-même, lorsqu’il se tourne vers la personne de confiance de son choix. Un autre exemple de cette ambiguïté est l’accompagnement psychosocial, qui peut être fait par l’infirmière, mais aussi par le psychologue ou le travailleur social. L’ambiguïté se dénote aussi dans la différence entre spiritualité et religion observée auprès des mourants (Dudley, Smith et Millison, 1995 :32).


* à suivre *

mercredi 24 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 108e partie

Accompagner le mourant

Céline Vanasse (1996 : 129) décrit l’accompagnement de la manière suivante : « Accompagner, c’est être là pour ouvrir un espace dans lequel il (le mourant) puisse faire ce dont il a besoin (…) il s’agit du drame de quelqu’un d’autre, et que vous n’êtes pas là pour le sauver ». Il s’agit de communiquer, de réconforter, de respecter l’autre dans son corps, ses convictions, son mystère, sa solitude, et d’être compétent. L’auteure cite J. Pillot à ce propos : « Accompagner quelqu’un (…) c’est savoir que l’on peut quelque chose dans la pire des souffrances, par la présence, les soins, la compétence, l’écoute, mais c’est aussi accepter la part d’inachevé, d’imperfection, d’insatisfaction de nos attentes (…) sans le vivre comme un échec personnel. »

(Lamau, 1994 : 85). Ce qui étonne, c’est qu’en théorie tous les intervenants sont appelés à faire de l’accompagnement dans l’intervention. Mais en contexte de soins palliatifs, l’intervention est au service de l’accompagnement, car c’est le mourant qui est notre guide, qui est expert de sa propre mort. Dans bon nombre de milieux toutefois, l’intervention techno-scientifique est prépondérante, ce qui évince considérablement l’aspect d’accompagnement.

Néron (1995 :9) situe l’accompagnement en soins palliatifs comme étant « l’art d’agir en témoin qui entend la solitude de l’autre (…) et la voix de cette douleur spirituelle ». Il ajoute que « l’accompagnement se distingue de la psychothérapie. Il (…) ne vise pas de manière absolue le changement ou la résolution de ce qui fait souffrir. » (Néron, 1995 :14). Pour Kemp (1997), l’accompagnement psychosocial porte sur le patient, la famille, la dimension spirituelle, les religions, la dimension socioculturelle, le deuil, les questions éthiques et le stress des soignants. Il affirme même que l’accompagnement spirituel est la base des soins palliatifs (Kemp, 1997 :47). L’auteur tente donc de faire ressortir l’importance de la dimension spirituelle dans l’intervention psychosociale. Les besoins spirituels du mourant se distinguent donc des besoins psychologiques et sociaux, comme je l’expliciterai plus loin. L’accompagnement requiert que la confiance soit au coeur de la relation soignant-soigné (ou soulagé) : « Le patient doit être sûr que le soignant lui dit toujours la vérité et est compétent. Avoir confiance et être honnête envers soi-même et envers le patient sont au centre du processus d’engagement » (Kemp, 1997 : 153).


* à suivre *

mardi 23 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 107e partie

Approche holistique dans le contexte des soins palliatifs.

Toutes les associations, groupes et équipes de soins palliatifs recensés, ici et à l’étranger, définissent à peu près de la même façon l’approche holistique de ces soins. Il est étonnant de constater à quel point l’approche holistique, au départ anglo-saxonne, a évolué à travers le monde occidental. Que l’on aborde la littérature québécoise, canadienne, américaine ou européenne, plusieurs similarités se profilent. Malgré certains points divergents ou accents différents, on dénote des efforts de recherche, d’amélioration et de normalisation des pratiques. Qu’on pense, entre autres, à l’Association québécoise des soins palliatifs (AQSP) où à l’Association canadienne des soins palliatifs (ACSP), aux manuels très complets sur le sujet, l’approche globale ou holistique des soins y est présentée comme étant le soulagement des besoins physiques, psychologiques, sociaux et spirituels des mourants (Aguilar, 1997; ACSP. 2001; AQSP, 2002; Chandler, 1999; Foucault, 1995; Gomas, 1993; Kemp, 1997; Kendall, 1999; Lamau, 1994; Saunders, 2001; SAunders et Baines, 1989; Small, 2001; Smith, 2000). La souffrance à tous les niveaux doit être entendue et apaisée, à l’aide de thérapies, de moyens d’intervention, de médicaments, etc. Le concept de soins globaux pour une douleur globale (« total care for total pain ») fut l’objectif visé par la création du St. Christopher’s Hospice en 1967 par Cicely Saunders en Angleterre (Saunders, 2001). Toutefois, certains hôpitaux et hospices, en Angleterre et aux Etats-Unis, avaient commencé à réfléchir à cette dimension de douleur globale dans les années 1940, 1950 et 1960 (Saunders, 2001; Small, 2001). L’expérience clinique d’Elizabeth Kübler-Ross, suissesse ayant œuvré aux Etats-Unis des années 1960 à 1990, a aussi grandement influencé le mouvemnet des soins palliatifs (Small, 2001 et consulter les nombreux ouvrages de Kübler-Ross sur le sujet).


* à suivre *

lundi 22 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 106e partie

Accompagnement des mourants

D'aucuns parlent de la spiritualité dans l'accompagnement du mourant et c'est le cas d'Éric Savoie.

La question de la spiritualité peut paraître pour certains inappropriée, ce qui serait justement le revers symptomatique d’une société qui a évacué le sens de la mort, du mourir, et qui véhicule une vision personnalisée et souvent même fantastique de la mort, qui n’est pas près de la réalité. La culture « hollywoodienne » peut biaiser la perception de la réalité sur la mort et les valeurs qui sont produites et qui éloignent de cette réalité. Lorsqu’on questionne des personnes ayant vécu dans des sociétés autres que la nôtre, comme dans les pays d’Amérique du Sud ou d’Afrique, on constate que le rapport à la mort d’une société est culturel et reflète les valeurs en présence. Qu’est-ce que signifie la mort aujourd’hui au Québec? Comment est-elle représentée? Comment la vivons-nous?

Au Québec, la mort survient la plupart du temps à l’hôpital. Les unités de soins palliatifs, que ce soit dans les hôpitaux ou dans les maisons d’hébergement, reçoivent les personnes atteintes de maladies dégénératives et irréversibles. Or, je crois qu’il est important de réfléchir à la situation actuelle de l’approche holistique en soins palliatifs en regard des besoins spirituels du mourant.

* à suivre *

samedi 20 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 105e partie

Certaines personnes seraient génétiquement programmées pour vieillir plus vite.

Découverte de variants génétiques

Des chercheurs ont identifié des variants génétiques associés au vieillissement biologique de l’homme, une découverte qui pourrait avoir des implications dans la compréhension des maladies liées à l’âge.

« Ce que suggère cette étude, c’est que certaines personnes sont génétiquement programmées pour vieillir plus vite », a indiqué un des chercheurs du King’s College de Londres, Tim Spector.

Les chercheurs font la distinction entre deux types de vieillissement, le premier « chronologique », lié à l’âge d’un individu, et le second « biologique », lié au vieillissement de ses cellules. L’horloge qui contrôle le vieillissement des cellules est le raccourcissement des télomères, des structures d’ADN situées à l’extrémité de chromosomes.

« Les individus naissent avec des télomères d’une certaine longueur, et dans de nombreuses cellules, les télomères raccourcissent lorsque les cellules se divisent et vieillissent », a expliqué le professeur de cardiologie Nilesh Samani. « La longueur des télomères est de ce fait considérée comme un marqueur de l’âge biologique ».

« Ils ont trouvé que les individus porteurs d’une variation génétique particulière ont des télomères plus courts, c’est-à-dire qu’ils apparaissent biologiquement plus vieux », a indiqué M. Samani.

« D’un autre côté, des personnes présentant une susceptibilité génétique peuvent vieillir encore plus vite si elles sont exposées à un mauvais environnement pour les télomères, comme le tabagisme, l’obésité ou la sédentarité », a déclaré M. Spector.

Découverte de variants génétiques

Des chercheurs ont identifié des variants génétiques associés au vieillissement biologique de l’homme, une découverte qui pourrait avoir des implications dans la compréhension des maladies liées à l’âge.

« Ce que suggère cette étude, c’est que certaines personnes sont génétiquement programmées pour vieillir plus vite », a indiqué un des chercheurs du King’s College de Londres, Tim Spector.

Les chercheurs font la distinction entre deux types de vieillissement, le premier « chronologique », lié à l’âge d’un individu, et le second « biologique », lié au vieillissement de ses cellules. L’horloge qui contrôle le vieillissement des cellules est le raccourcissement des télomères, des structures d’ADN situées à l’extrémité de chromosomes.

« Les individus naissent avec des télomères d’une certaine longueur, et dans de nombreuses cellules, les télomères raccourcissent lorsque les cellules se divisent et vieillissent », a expliqué le professeur de cardiologie Nilesh Samani. « La longueur des télomères est de ce fait considérée comme un marqueur de l’âge biologique ».

« Ils ont trouvé que les individus porteurs d’une variation génétique particulière ont des télomères plus courts, c’est-à-dire qu’ils apparaissent biologiquement plus vieux », a indiqué M. Samani.

« D’un autre côté, des personnes présentant une susceptibilité génétique peuvent vieillir encore plus vite si elles sont exposées à un mauvais environnement pour les télomères, comme le tabagisme, l’obésité ou la sédentarité », a déclaré M. Spector.

Certaines personnes seraient génétiquement programmées pour vieillir plus vite.

Découverte de variants génétiques

Des chercheurs ont identifié des variants génétiques associés au vieillissement biologique de l’homme, une découverte qui pourrait avoir des implications dans la compréhension des maladies liées à l’âge.

« Ce que suggère cette étude, c’est que certaines personnes sont génétiquement programmées pour vieillir plus vite », a indiqué un des chercheurs du King’s College de Londres, Tim Spector.

Les chercheurs font la distinction entre deux types de vieillissement, le premier « chronologique », lié à l’âge d’un individu, et le second « biologique », lié au vieillissement de ses cellules. L’horloge qui contrôle le vieillissement des cellules est le raccourcissement des télomères, des structures d’ADN situées à l’extrémité de chromosomes.

« Les individus naissent avec des télomères d’une certaine longueur, et dans de nombreuses cellules, les télomères raccourcissent lorsque les cellules se divisent et vieillissent », a expliqué le professeur de cardiologie Nilesh Samani. « La longueur des télomères est de ce fait considérée comme un marqueur de l’âge biologique ».

« Ils ont trouvé que les individus porteurs d’une variation génétique particulière ont des télomères plus courts, c’est-à-dire qu’ils apparaissent biologiquement plus vieux », a indiqué M. Samani.

« D’un autre côté, des personnes présentant une susceptibilité génétique peuvent vieillir encore plus vite si elles sont exposées à un mauvais environnement pour les télomères, comme le tabagisme, l’obésité ou la sédentarité », a déclaré M. Spector.

* à suivre *

vendredi 19 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 104e partie

Redéfinir son appartenance sociale

Considérons maintenant le deuxième grand défi à relever au troisième âge, la seconde tâche développementale propre à cette étape du cycle de vie : maintenir un système d’appartenance sociale toujours aussi fort malgré les obstacles qui s’y opposent.

La retraite dont il est ici question concerne toutes les personnes vieillissantes, et pas seulement celles qui sont sur le marché du travail : prise dans son sens général, elle désigne l’obligation d’abandonner graduellement ses activités dans la société à cause du vieillissement. Chacun vit sa retraite particulière et surtout avec sa mentalité bien à lui. Il y a autant de styles de retraite qu’il y a de retraités. Mais quand on y regarde de près, on se rend compte qu’on peut ramener tous les retraités à deux grandes catégories : il y a ceux qui, en prenant leur retraite, sont descendus du train, et il y a ceux qui ont simplement changé de siège à l’intérieur du train. En d’autres termes, il y a la retraite de type retrait social et il y a la retraite de type adaptation de la participation sociale.

La retraite de type retrait social peut être néfaste, du fait qu’elle risque fort de compromettre notre appartenance sociale. En effet, lorsqu’elle est prise dans une mentalité de retrait social, la retraite affecte bien plus que notre relation au marché du travail. La diminution du sentiment d’appartenance qui en résulte est ressentie comme un retrait du courant de la vie de notre groupe d’appartenance. Plus profondément que sa dimension sociale, l’enjeu de la retraite recèle en réalité une dimension existentielle. Au-delà d’une redéfinition des rapports de l’individu avec la société, la retraite nécessite une redéfinition de ses rapports avec le courant même de la vie.

On voit immédiatement l’importance d’accomplir la seconde tâche développementale du troisième âge pour apprivoiser la vieillesse et bien vieillir. La perte de l’appartenance sociale débouche en effet sur les deux aspects les plus pénibles du vécu des personnes âgées : l’ennui et la solitude. Le mot d’ordre ne devrait-il pas être : « si vous voulez bien vivre votre retraite, ne vous retirez jamais ! »

Mais comment faire? La solution n’est pas de continuer à être actifs dans la société, mais de continuer à s’intéresser à la vie de la société.

Il faut, bien sûr, encourager les activités des personnes âgées. Mais ces activités tirent leur valeur de stimulation non pas du fait qu’elles sont des activités, mais du fait qu’elles ont du sens pour la personne qui les accomplit. Ce sens peut prendre toutes sortes de physionomies d’un individu à l’autre, mais il correspond toujours à un même dénominateur commun : c’est une forme de communion au courant de la vie. La plupart des gens du troisième âge se plaisent à décrire leurs nombreuses activités comme s’il suffisait d’être actif pour réussir cette étape du cycle de la vie… et par conséquent pour apprivoiser la vieillesse. Pour éviter de se faire illusion, il leur suffirait de se poser une très simple question : « est-ce que je suis actif pour tuer le temps, ou pour le remplir? » Il pourrait même arriver que le vieillissement de l’organisme ou la maladie rende impossible toute forme d’activité. Mais il serait encore possible de conserver son sentiment d’appartenance sociale parce qu’il serait encore possible de s’intéresser à la vie de la société.

D’après son étymologie latine, s’intéresser (inter-esse) signifie « être dans ». Dire qu’on s’intéresse à une personne, à une chose ou à un événement, c’est faire référence à une certaine qualité de présence par laquelle on supprime toute distanciation pour considérer de l’intérieur l’objet de l’attention. Aussi faut-il considérer que le secret de l’appartenance sociale réside dans l’aptitude à s’intéresser au courant de la vie de son groupe d’appartenance. L’appartenance sociale reste possible malgré le vieillissement, puisqu’elle réfère non pas à une somme d’activités mais à une certaine qualité de présence.

C’est ainsi qu’il faut au troisième âge apprivoiser la vieillesse : en modifiant son système de valeurs et en redéfinissant son appartenance sociale, chacun peut à travers les écueils du vieillissement trouver le chemin qui va lui apprendre à vivre à fond l’expérience d’avoir cet âge. Mais pour cela, il faut y croire. Il faut croire en la vieillesse. La vieillesse n’est pas différente des âges précédents de la vie : elle ne livre ses richesses qu’à celui qui sait les conquérir de haute lutte, avec courage et persévérance. Mais à ce sujet, combien de vieillards nous répondent tristement : « je voudrais bien aller chercher les richesses que la vie a déposées pour moi dans l’étape de ma vieillesse… mais voilà, c’est cela mon problème, elle n’y a rien déposé ».

Pour aider les personnes âgées à bien vieillir, il faut d’abord les aider à croire en la vieillesse. Comment? En y croyant soi-même. Impossible pour une personne âgée de bien vieillir si elle n’attend rien de la vieillesse; mais comment pourrait-elle être convaincue que cet âge lui offre encore des promesses de vie si elle est seule à l’espérer, que personne autour d’elle n’y croit? Quel que soit notre âge, jeunes ou vieux, pour croire en la vie, il faut être porté par un groupe d’appartenance qui y croit aussi.

Toute la société est interpellée par cette attente des aînés, et la famille l’est en priorité, mais les professions d’aide le sont à un titre particulier. Pour aider les personnes âgées à bien vieillir, il faut leur dispenser des services appropriés, mobiliser leur environnement en leur faveur, leur fournir une assistance psychologique adéquate, à elles et leur entourage, tout cela puisant son efficacité dans notre foi en la vieillesse. Si nous ne croyons pas en la vieillesse, toutes nos interventions professionnelles, si compétentes soient-elles, ne peuvent qu’aider nos aînés à durer. Elles ne les aident pas à vivre.

* à suivre *

jeudi 18 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 103e partie

Changer ses valeurs
Considérons d’abord l’inévitable évolution des valeurs qui doit s’opérer au troisième âge. Le vieillissement suscite bien des prises de conscience et l’une des toutes premières est provoquée par la retraite. La première chose en effet qui nous frappe après avoir pris notre retraite, c’est que nous avons désormais un problème d’identité. Nous savons que l’identité personnelle est la réponse que chacun se donne à lui-même à la question : « qui suis-je, et qu’est-ce que je vaux? » Or pendant toute notre vie, nous avons pris l’habitude de nous présenter nous-mêmes en nous référant à nos rôles sociaux, surtout nos rôles professionnels et civiques. De même, nous avons toujours trouvé normal de nous valoriser en disant que nous sommes un bon père ou une bonne mère, un bon travailleur social, un bon animateur communautaire, un bon administrateur, etc. Imaginons maintenant la situation suivante : Étant retraitée, une travailleuse sociale est invitée à prononcer une conférence et celui qui doit la présenter lui demande comment il doit le faire. Elle lui répond tout naturellement en improvisant un très bref résumé de sa carrière. Ensuite, elle écoute sa présentation : « permettez-moi de vous présenter notre conférencière, une travailleuse sociale à la retraite…elle a œuvré dans tel organisme, elle a réalisé des choses admirables, elle a fait ceci, elle a fait cela, etc. » En l’entendant, il est inévitable que notre ex-collègue se dise avec étonnement : « Mais j’ai un problème d’identité! Est-ce que je vais me définir au passé jusqu’à la fin de mes jours? » « Bien sûr que non! » s’écrie-t-elle intérieurement, parce qu’elle sent bien que si elle en prend son parti, elle accepte d’être celle qui a été et de n’être plus celle qui est. Même questionnement pour ce qui est de sa valeur personnelle.

Cependant, une fois que notre collègue retraitée s’est écriée dans son for intérieur : « bien sûr que non! »….devant quoi se retrouve-t-elle? Comment se définir et se valoriser autrement que par ses réalisations passées? La solution n’est pas évidente ni immédiate. En fait, elle s’engage à ce moment-là dans un lent processus qui va l’amener éventuellement à se définir et à se valoriser par qui elle est plutôt que par ce qu’elle fait ou par ce qu’elle a déjà fait. Et pour cela elle devra aller à contre-courant, car son changement de mentalité s’opérera dans une société qui, elle, continuera de privilégier les valeurs de l’éthique fonctionnaliste selon laquelle « une personne évalue sa propre valeur en termes de sa valeur fonctionnelle dans la société, qui est son fonctionnement productif ou sa valeur monétaire dans l’économie ». En définitive, l’éthique fonctionnaliste est une mentalité qui valorise l’agir par opposition à l’être, de sorte que la tâche développementale du troisième âge se situe à un niveau fondamental : changer en profondeur son système personnel de valeurs, pour en arriver à privilégier l’être et la qualité de l’être plutôt que l’agir, le faire et l’avoir. Jacques Languirand disait : «j’ai toujours voulu faire quelque chose dans ma vie : maintenant, je dois faire quelque chose de ma vie ».




* à suivre *

mercredi 17 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 102e partie

Une deuxième adolescence

Qu’est-ce que le troisième âge? Pour rendre compte de la spécificité de cet âge, on peut appeler cette période de notre vie « l’adolescence de la vieillesse ».
Évidemment, on perçoit ici une intention de comparaison avec la première adolescence.

Mais il n’y a là aucune idée de régression : au troisième âge, on ne redevient pas adolescent. D’un autre côté, il y a plus qu’une comparaison : le troisième âge est réellement une adolescence, c’est la deuxième adolescence. Comparons en effet ce qui se passe à la première adolescence et au troisième âge, toute proportion gardée, nous pouvons observer les mêmes phénomènes.

La première adolescence est cette période de notre vie où l’enfant que nous étions a appris à être adulte….parce que l’âge adulte, ça s’apprend. Le troisième âge est cette période de notre vie où nous apprenons à vieillir….parce qu’être vieux, cela s’apprend aussi. Même si l’âge adulte est une étape naturelle dans la vie, la réussite du passage à l’âge adulte ne vient pas toute seule; c’est un art, un art difficile qui doit s’apprendre. Ainsi en est-il de la vieillesse. Même si le vieillissement est naturel, l’apprivoisement de la vieillesse ne vient pas tout seul; c’est un art, un art difficile qu’il faut apprendre.

Pour continuer la comparaison, il suffit de rappeler que l’adolescence est un âge entre deux âges. C’est une période de transition inconfortable, où l’on a souvent l’impression d’être assis entre deux chaises. Rappelons-nous la période d’adolescence de nos enfants. Certains jours, c’était l’enfant qu’ils avaient été hier qui reprenait le dessus. Mais n’étant plus des enfants, ces comportements enfantins ne leur convenaient plus et nous leur disions avec une pointe d’impatience : cesse donc de faire le bébé…tu n’es plus un enfant!

D’autres jours, c’était l’adulte qu’ils seraient demain qui prenait le dessus. Mais n’étant pas encore tout à fait adultes, leurs comportements nouveaux étaient plus ou moins maladroits : ils s’affirmaient avec exagération, ils s’opposaient aux adultes, etc. N’est-ce pas la même chose au troisième âge? C’est un âge ambigu où l’on n’est pas encore vieux, mais où l’on n’est plus précisément jeune. Cette étape vient après la maturité, cette période d’intense activité où nous avions le sentiment d’être en possession de tous nos moyens. Certains jours du troisième âge, c’est cette période de la maturité qui revit…quand ce n’est pas la période antérieure, celle de la jeunesse. Mais même si nous sommes encore en forme et en bonne santé, nous n’avons plus cet âge, et ces comportements ne nous conviennent plus tout à fait. Notre entourage d’ailleurs le rappelle, en disant avec une pointe d’ironie affectueuse : «regarde-le…il fait son jeune! » D’autres jours, c’est plutôt le vieillard que nous serons demain qui prend le dessus. Mais n’étant pas encore parvenus au quatrième âge, nous n’avons pas le dynamisme intérieur qu’il faudrait pour vivre de telles expériences. Ces jours-là sont pénibles, peut-être les plus pénibles du troisième et du quatrième âge réunis.

Plusieurs autres comparaisons pourraient encore être faites, mais elles nous ramèneraient toujours à la même constatation : le troisième âge est l’adolescence de la vieillesse, c’est l’âge où l’on doit apprendre à vieillir. La conséquence en est évidente : pour apprivoiser la perspective de son propre vieillissement, il faut bien vivre son troisième âge. C’est une étape du cycle de la vie où, selon l’inclination même de la nature, doit s’opérer en nous une transformation profonde de notre mentalité; c’est au troisième âge qu’il faut acquérir des attitudes et des sensibilisations nouvelles, nécessaires pour pouvoir vraiment vivre la dernière saison de notre existence et pour aller chercher ce que la vie y a mis en réserve pour nous.

Mais comment faut-il vivre le troisième âge pour que s’opère en nous cette transformation en profondeur de notre mentalité qu’on appelle « apprivoiser la vieillesse »? Il ne suffit pas de rester passif et d’attendre, comme si cela pouvait se faire tout seul. Il y a des tâches développementales propres au troisième âge et l’on ne peut espérer progresser sans les accomplir. Deux de ces tâches entre autres paraissent essentielles : chacun doit, à ce moment de sa vie, premièrement transformer son système personnel de valeurs, et deuxièmement redéfinir son mode d’appartenance sociale.

* à suivre *

mardi 16 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 101e partie

Le troisième âge

Pour relever un tel défi, il n’y a pas de recettes, de trucs ni même de méthodes. C’est essentiellement une question de cheminement personnel. Cependant, les conditions dans lesquelles nous vieillissons peuvent favoriser ou défavoriser ce cheminement. Or parmi les conditions actuelles, en ce millénaire, il en est une qui est très favorable et dont il faut savoir tirer parti pour apprivoiser la vieillesse : il s’agit de l’émergence au XXIe siècle d’un phénomène nouveau, le troisième âge.

L’espérance de vie considérablement augmentée depuis le début de l’ère industrielle. De trente-huit ou quarante ans, elle est passée à près de quatre-vingt ans. Aujourd’hui, si nous faisons commencer la vieillesse à soixante-cinq ans, cette étape du cycle de la vie peut être fort longue : elle peut durer facilement de vingt à vingt-cinq ans, et même dans des cas de plus en plus fréquents de trente à trente-cinq ans. Or pour désigner cette étape du cycle de la vie, on emploie un seul terme la vieillesse, comme si on avait affaire à une même étape du commencement à la fin. Souvenons-nous de nos vingt-cinq ans…puis reportons-nous à nos cinquante ans, on ne vit pas la même chose qu’à vingt cinq ans, vingt-cinq années plus tard. À cinquante ans, on ne vit pas la même chose qu’à vingt-cinq ans. Ce sont deux âges différents du cycle de la vie, et nous avons deux termes différents pour les désigner : la jeunesse et la maturité. Ainsi en est-il de la vieillesse : à soixante-cinq ans on ne vit pas la même chose qu’à quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-dix ans. Voilà pourquoi en gérontologie on identifie dans la vieillesse deux étapes nettement distinctes : le troisième âge, de 65 à 75 ans, et le quatrième âge, après 75 ans. Évidemment, ces chiffres n’ont qu’une utilité statistique, et dans la vie vécue on observe de grandes variations d’un individu à l’autre, compte tenu de l’usure de l’organisme de chacun, compte tenu aussi de son milieu de vie et surtout des messages qu’il reçoit de son environnement. N’oublions pas que, à plusieurs points de vue, « la vieillesse c’est les autres… ».

Dans le langage courant, on emploie souvent l’expression troisième âge comme un synonyme de vieillesse : les gens du troisième âge…les vieux. Cet usage est tout à fait incorrect. Le troisième âge désigne une période de la vie relativement brève, comportant un vécu qui lui est propre, différent de celui du quatrième âge.

* à suivre *

lundi 15 février 2010

LA PERSONNALITÉ - 100e partie

LA VIEILLESSE

Qui a dit que la vieillesse était un naufrage!

Vieillir en l’an deux mille pose les mêmes défis que dans les siècles passés. Ceux qui vieillissent aujourd’hui se rendent vite compte que la première condition pour bien vieillir est toujours la même, rien n’est changé : il faut apprivoiser la perspective de son propre vieillissement.

Apprivoiser la vieillesse signifie se réconcilier avec cette idée, ne plus en avoir peur pour arriver à l’accepter. Observons ceux qui vieillissent mal, ils ne sont pas rares. La plupart du temps, point n’est besoin d’une analyse bien poussée pour découvrir la cause de leur échec : ils n’acceptent pas de vieillir.

Apprivoiser la vieillesse pour l’accepter. Mais de quelle acceptation s’agit-il ici? Se résigner à vieillir ne suffit pas. On se résigne à un mal inévitable et comment serait-il possible d’envisager un bonheur propre à la vieillesse si l’on en avait une vision aussi négative? La vieillesse est une saison du cycle de la vie, et pourquoi ne pourrait-on pas l’accepter comme on a pu accepter les âges précédents : l’accepter parce qu’on y voit quelque chose de positif et de désirable?

N’est-ce pas ainsi qu’on a pu un jour accepter sa jeunesse, son enfance ou même sa maturité? Accepter sa jeunesse, c’était entreprendre de la vivre à fond, jusqu’au bout; c’était aller chercher tout ce que la vie avait mis en réserve pour nous dans cet âge. Un jour, au tournant de la trentaine, nous avons pu quitter nos vingt ans sans trop de nostalgie, si nous pouvions à ce moment nous rendre à nous-mêmes ce témoignage : j’ai vraiment vécu ma jeunesse!

Pourtant notre jeunesse ne fut pas exempte de difficulté, d’obstacles ni même de souffrances. Si nous avons bien profité de cette saison de notre vie, c’est que nous avons su trouver notre route personnelle à travers tous les écueils de la jeunesse pour conquérir ses promesses. Il en fut ainsi aux autres âges, et il n’en tient qu’à nous qu’il en soit encore ainsi au temps de la vieillesse. Ce n’est pas un âge facile, probablement que c’est le plus difficile de tous. Mais le défi à relever à cet âge est fondamentalement le même que dans les étapes précédentes du cycle de la vie : pour bien vieillir, chacun doit trouver sa route personnelle à travers les écueils de la vieillesse, pour vivre jusqu’au bout l’expérience d’avoir cet âge et pour aller chercher tout ce que la vie y a mis en réserve. Aussi vrai qu’il a pu avoir un jour le sentiment de vivre intensément son enfance ou sa jeunesse, ou même sa maturité, un vieillard devrait pouvoir se rendre à lui-même ce témoignage : je vis vraiment ma vieillesse!

« La vieillesse est la dernière étape de la vie… » N’est-il pas vrai que nous sommes tellement impressionnés par la première partie de cette affirmation que nous n’entendons qu’elle? « C’est la dernière étape…. » Nous ne prêtons pas attention à la deuxième partie : c’est une étape de la vie, ce n’est pas une étape après la vie. Apprivoiser la vieillesse, c’est apprendre à vivre encore à cet âge.



* à suivre *

samedi 13 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 99e partie

CONCLUSION

Le passage du travail à la retraite est perçu comme un symbole de vieillissement; pour plusieurs, la retraite est synonyme d’arrêt, d’incapacité. Cette perception négative peut causer de l’appréhension, de l’anxiété, chez l’ex-travailleur voire même le traumatiser. En effet, comment un individu peut-il se sentir relativement jeune et bien portant quand la société reconnaît qu’il est trop vieux pour continuer à travailler? Ainsi, la retraite comme synonyme d’inactivité, de mise au rancart, reste une perception profondément ancrée chez plusieurs personnes.

Le statut social d’un individu correspond à un rang, à une position, qui le situe dans l’échelle de valeurs de la société. Que cela soit au sein de la famille ou d’un groupe, au bureau ou à l’usine, les responsabilités et le rôle attribués à chaque individu le dotent d’un statut social. En perdant les responsabilités et le rôle conférés par le travail, le retraité est confronté du même coup à une perte ou à un changement de statut social. En outre, prendre sa retraite signifie le plus souvent une baisse de revenu appréciable ce qui peut se traduire par une baisse de niveau de vie et une détérioration, tant de l’image de soi, que des relations sociales avec l’entourage. Cet entourage perçoit parfois la situation du retraité comme une dégradation sociale, une déchéance peu enviable. Les retraités peuvent difficilement exiger le droit au maintien d’un revenu adéquat tant qu’ils ne constituent pas une force politique unifiée.
* à suivre *

vendredi 12 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 98e partie

Perspective d’avenir

Nous croyons que les retraités écopent tout comme les handicapés, les femmes et les délinquants des caractéristiques d’un groupe minoritaire. Dans l’enseignement universitaire ici (Université de Montréal), nous n’échappons pas à cette tendance puisque dans le corpus des cours du certificat en gérontologie, on y retrouve un cours de 45 heures portant sur la marginalisation des personnes âgées.

Notons que même si l’étude du concept de soi chez les retraités a pris une place considérable au sein de la recherche, la multitude des résultats divergents nous laisse perplexe. Malgré l’existence de quelques résultats convergents, il demeure impossible pour nous de tirer de véritables conclusions en ce qui a trait au concept de soi. Il faudrait également se questionner face à l’influence de tels résultats sur l’image de soi du retraité.

Les nombreuses interrogations soulevées par L’Écuyer (1978) et Breytsprak (1984) quant à l’étude du concept de soi chez les personnes âgées les amènent à souhaiter que les points suivants fassent l’objet de recherches :

1) l’approfondissement des connaissances théoriques sur la phase de la retraite
2) la réapplication des théories du développement sur tout le cycle de la vie
3) la reconnaissance des différences d’âges comme solution au problème de généralisation
4) l’approfondissement par des études longitudinales et de type multidisciplinaires du problème de l’adaptation à la retraite.

Simard (1980), prétend que les personnes âgées et les retraités doivent prendre conscience de leurs problèmes de marginalité pour en arriver à ne plus se laisser définir par les autres. L’auteure précise également que :

Pour que cette situation change, il faut que les personnes âgées parlent,
prennent la parole, disent elles-mêmes ce qu’elles savent, ce qu’elles sont, ce
qu’elles désirent et ce qu’elles veulent. De plus c’est par une telle
parole où le désir et la richesse des individus s’expriment qu’un groupe devient
signifiant pour une société (Simard, 1980, p.32).


Le retraité devra développer une manière de vivre afin de mieux s’adapter à son nouveau rythme de vie. Il devra connaître et croire en ses possibilités, ses besoins et ses propres valeurs afin de vivre une retraite agréable. La famille, les amis et même les voisins pourront devenir un support naturel et un soutien adéquat lors de difficultés. C’est à chacun qu’incombe la tâche d’organiser son propre avenir lors de la retraite. La force de vivre des retraités, la joie de retrouver leur liberté et leur identité détruiront les idées sombres et négatives de même que les nombreux préjugés que la société véhicule à leur égard.

La crise que vit le retraité d’aujourd’hui n’est-telle pas, en réalité, le reflet de notre société et de la place qu’elle accorde aux aînés?

Pour se prémunir plusieurs auteurs dont Brassard (1984), Carette (1987), Carette, Plamondon et Plamondon, (1980), Desjardins (1982) et Perry (1980) préconisent la pertinence des cours de préparation à la retraite. Ils s’accordent pour dire que les cours de préparation à la retraite devraient mettre l’accent davantage sur l’adaptation psychologique. Toutefois une mise en garde faite par Guillemard nous invite à éviter de rendre les cours comme un instrument de récupération sociale des personnes âgées.
* à suivre *

jeudi 11 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 97e partie

ADAPTATION À LA RETRAITE ET PROSPECTIVE

En dépit de ce qui a été mentionné précédemment, il existe de toute évidence des retraités qui maintiennent leur identité (Athley, 1972).

Comme le souligne le présent rapport :

Des études réalisées sur l’adaptation à la retraite n’ont pas permis de mettre
en évidence une incidence élevée des traumatismes si souvent associés à
l’abandon du travail. En effet, elles tendent plutôt à démontrer que ce
tournant apparemment dramatique dans le mode de vie semble s’effectuer avec
succès dans la majorité des cas (Conseil Consultatif National Sur Le Troisième
Âge, 1983, p. 15).


Kalish (1975) est également d’avis que les retraités peuvent s’adapter malgré toutes les pertes et bouleversements de tout ordre (mentionné dans l’Écuyer, 1978). Toutefois Reboul (1973), présume que l’adaptation à une vie nouvelle se fera différemment selon le vécu de chacun et sa capacité de s’adapter au présent.

Perry (1980) quant à lui, propose d’adopter une attitude positive et des idées réalistes concernant la vie quotidienne à la retraite. Celui-ci insiste également sur le fait de se définir au préalable un plan de retraite et de pré-retraite.

* à suivre *

mercredi 10 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 96e partie

De toute la littérature consultée, rien n’indique que la variable perception de soi n’a été analysée en fonction des besoins des retraités.

Pourquoi choisir l’approche phénoménologique? Cette approche a pour objet la description de l’expérience vécue (Giorgi, 1970 et 1978; l’Écuyer, 1975 et 1978; McLeod, 1972; Valle et King, (1978). L’approche phénoménologique se marie très bien avec l’apport de la psychologie humaniste (Rogers, 1961; Morris, 1966) et de la psychologie humaniste (Rogers, 1961; James, 1926; Maslow, 1962 et 1969; Perls, 1976; Allport, 1971).

Comme disait Sabourin, 1981, p.19 :

…le concept de soi constitue une structure phénoménale, i.e., une portion
différenciée du champ de conscience qui regroupe toutes les perceptions qu’un
individu a de lui-même, perceptions qui sont investies d’un jugement de valeur
et organisées de façon consistante.


La perception de soi dans une perspective phénoménologique globale a fait l’objet de premières études par Combs et Snygg (1959), Perron, (1959); Raimay, (1971 et 1975); Rogers (1961) et Shlien (1962).

Selon Combs et Snygg (1959), le comportement d’une personne est indissociable de son champ phénoménologique c’est-à-dire ce dont un individu est conscient au moment de son action. Ce champ se fonde en un soi phénoménologique composé des diverses perceptions que l’individu a de lui-même et qui le guide dans son agir pour être en harmonie avec lui-même.

Comme l’indique Toulouse 1974, pp. 1 et 2 :
…à l’intérieur du champ phénoménologique de l’individu on peut postuler
l’existence d’une représentation consciente de soi telle que vue, perçue et
expérimentée par l’individu dont la somme constitue le concept de soi.


L’homme a la capacité de se faire une image personnelle de ce qu’il est et de ce qu’il représente aux yeux des autres. Il est capable de percevoir son propre comportement, de se voir agir. C’est la perception de soi, la perception que l’individu a de lui-même en tant qu’objet d’observation, en tant qu’acteur et en tant qu’observateur.

La perception de soi est considérée par plusieurs auteurs (Allport, 1955; Bromley, 1977 et 1978; L’Écuyer, 1975 et 1978; Pierce et Chiriboga, 1979; Dallaire, 1979; Baulu-McWillie, 1981; Sabourin, 1981 et Rosenberg, 1979) comme une structure multidimensionnelle composée d’éléments hiérarchisés qui se modifient selon l’âge et le sexe. La perception de soi est alors perçue comme un ensemble, un tout.

La perception de soi comme un ensemble repose sur des sous-ensembles. Pour Mable et Rosenfield (1966), Manis (1955) et Taylor (1953) il y a une structure cognitive à la perception de soi formée des idées, des images et des opinions que la personne a d’elle-même. C’est ce qui constitue le premier sous-ensemble.

Le deuxième sous-ensemble est composé des impressions des sentiments que la personne éprouve à son égard (Rogers, 1961 et Super, 1963) de même que des évaluations subjectives (O’hara et Tiedman, 1959; Klausner, 1953). Il s’agit d’un jugement personnel d’évaluation que l’individu fait de lui-même. L’expression estime de soi est souvent confondue avec le type d’évaluation subjective (Coopersmith, 1959 et 1967).

Le comportement forme le troisième sous-ensemble. L’individu se voit comme acteur, il anticipe ses propres réactions. En se voyant agir, il développe une image de ses propres comportements.

Par définition, un comportement s’exprime en actes ou en gestes; il est donc directement lié dans la mesure où un comportement reflète une attitude (Fernandez et Dieshein 1979; pp. 26 et 27).

Ces trois sous-ensembles interreliés constituent un dynamisme appelé perception de soi. Il faut se rappeler que les théoriciens de la Gestalt s’opposent farouchement à toute vision réductionniste, le tout étant plus grand que la somme de ses parties. « Le tout génère une dynamique spécifique qui ne peut être épuisée par l’étude de chacune des parties » nous dit Toulouse, 1974, p.3.

Plusieurs psychologues se sont interrogés sur l’étude scientifique de la perception de soi (Allport, 1955; Hilgard, 1949; Lowe, 1968). Pour certains, il subsiste encore aujourd’hui une ambivalence à ce sujet (Gergen, 1977;Hilgard, 1980; Mischel, T., 1977; Mischel, W., 1976; Pervin, 1978; Rychlak, 1976). Par contre, Hamechek, (1978), L’Écuyer (1975 et 1978), Shlien (1962), Shrauger et Schoeman (1979) et Wylie (1961, 1964, 1974 et 1979) démontrent largement que le domaine de la perception de soi est toujours d’actualité. Il nous apparaît impossible de vouloir et de pouvoir répondre à cette question de façon définitive, toute réponse serait alors fragmentaire et partielle.

* à suivre *

mardi 9 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 95e partie

LA PERCEPTION DE SOI ET L’APPROCHE PHÉNOMÉNOLOGIQUE

L’idée d’étudier le processus du vieillissement dans une perspective phénoménologique a été accueillie favorablement par Thomae (1970), Baltes et Goulet (1971), Riegel (1972), Nardi (1973), L’Écuyer (1978 et 1982), Dallaire (1979), Baulu-Macwillie (1981) et Sabourin (1981) mais le premier élan a été donné par Bugantal et Zelan (1950), suivi de Kuhn et McPartland (1954), McPartland et Cummin (1958), Wylie (1961) et Gordon (1968 et 1969). Ces auteurs ont démontré la validité de l’approche phénoménologique en science par l’analyse des protocoles recueillis en réponse à une question du qui-es-tu ou who are you.

La perception de soi en rapport avec le développement de la personnalité a été explorée sous deux angles. Lewis (1979) a choisi l’approche constructiviste tandis que Reese et Overton (1970) avec Werner (1967) ont choisi l’approche organismique. Dans cette nouvelle optique, l’homme est conçu comme un être actif en pleine évolution tout en étant conscient de lui-même et de son interaction avec son environnement. Cette approche permet d’étudier l’homme tel qu’il se perçoit lui-même.

La perception de soi est inséparable de cette vision du développement. Elle met en évidence le caractère multilinéaire, multidimensionnel du vieillissement. Il s’agit donc d’une vision pluraliste du développement humain concordant avec le cadre général du mouvement humanistique.

Pourquoi étudier la variable perception de soi chez les retraités du point de vue phénoménologique? Il y a plusieurs bonnes raisons à cela. La première bonne raison est que la perception de soi est essentiellement une donnée introspective. En effet, en vieillissant, l’homme se penche davantage sur lui-même. Selon les travaux de Neugarten (1972), de Havighurst et al. (1968), de Kimmel (1974) et de Loeb (1975), ceux-ci démontrent un lien étroit entre le vieillissement et l’introspection.

Une deuxième raison pour étudier la perception de soi avec le vieillissement est le lien que certains auteurs ont fait entre le niveau d’adaptation et la perception de soi. Ces liens sont largement élaborés dans les écrits de Birren (1980), Brubaker et Powers (1976), Gareau (1979), Heath (1977), Kuypers et Bengston (1973), Lieberman (1975), et Thomae (1970).

Finalement, une troisième raison nous apparaît importante. Plusieurs gérontologues et chercheurs déplorent l’absence de recherches sur la perception de soi des retraités. Nous pensons en particulier à Wylie (1971), Buhler (1962), Havighurst (1966), Bishof (1969), Back (1971), Peterson (1975), Bromley (1977), L’Écuyer (1978, 1980, 1982), Mutram et Burke (1979a) et tout récemment encore, Breytsprack (1984).

Si on regarde l’étude de la perception de soi dans une perspective historique, on remarque que Wylie (1961) soulevait déjà l’absence d’étude génétique dans le domaine du vieillissement. De son côté Havighurst (1966) soulignait la somme de matériel inférientiel dans le domaine de la personnalité des personnes âgées et la carence d’étude sur la perception de soi. Plus près de nous, Neugarten (1977), de même que Lowenthal (1980) signalent le besoin de recherches descriptives pour comprendre la perception de soi chez les retraités.


Dans cette même direction, Bromley (1977) soulignait que :

….une étude développementale du concept de soi à partir d’autodescriptions
tirées du langage usuel nous assure des fondements empiriques les plus solides
pour l’analyse du concept de soi et l’étude de la personnalité (p. 119).


Quelques recherches ont été entreprises en regard des facteurs qui ont une influence sur le concept de soi comme celles de Dallaire (1979) et Baulu-MacWillie (1981). Les travaux de recherche de Bischof (1977), Riley et Foner (1968) de même que Sabourin (1981) portaient plus sur la structure de la perception de soi chez les retraités
Quelques recherches ont été entreprises en regard des facteurs qui ont une influence sur le concept de soi comme celles de Dallaire (1979) et Baulu-MacWillie (1981). Les travaux de recherche de Bischof (1977), Riley et Foner (1968) de même que Sabourin (1981) portaient plus sur la structure de la perception de soi chez les retraités



* à suivre *

lundi 8 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 94e partie

Éclatement du moi

Nous constaterons, par le biais des recherches portant sur la retraite et ses impacts, que la majorité des personnes arrivant à leur retraite vivent une crise d’adaptation plus ou moins longue selon leur statut social.

De fait, nous observons certaines manifestations de comportement de détresse psychologique chez les retraités qui n’ont plus continué de s’actualiser à travers le registre de comportements prescrits par notre société. Simard (1981) nous explique que les manifestations de peur, d’angoisse et d’inhibition sont liées à la perte d’ancrage économique, social affectif. Après la période d’éclatement du moi, il y a accumulation d’un surplus énergétique ou d’une force personnelle non utilisée, situation entrainant par le fait même des comportements tels que ceux mentionnés ci-haut. La maladie, la dépression, le suicide représentent également des avenues pour ceux et celles qui ne parviennent pas à surmonter la crise de la retraite.

L’absence de miroir signifiant pour le retraité, c’est-à-dire l’absence de points d’ancrage tant sociaux, affectifs qu’économiques, peut également l’amener à développer d’autres mécanismes compensatoires. Par exemple, l’attachement à des objets de tout ordre peut-être considéré comme un symbole représentant le miroir de toute une vie. Ce miroir rappelle à la personne ses origines, son vécu, enfin son moi personnel et social.

L’objet totalisant peut aussi être le logement, seul élément sur lequel la
personne démunie peut exercer son pouvoir et reflet de sa vie passée, affective
et sociale,….l’objet totalisant….peut-être le résumé d’une vie et devenir ainsi
garant d’une identité à la dérive (Simard, 1980, p.27).


Confronté à une rupture dans ses relations avec l’environnement, le retraité n’ayant plus aucune emprise sur ce qui l’entoure peut choisir de développer une relation d’extrême dépendance avec autrui (Corin, 1982). Dans pareil cas, le retraité exigera de la personne choisie, de jouer le rôle de pourvoyeur. De plus, si le retraité vit dans un milieu restreint, il y a lieu de croire que celui-ci tentera de crier à son pourvoyeur sa soif de valorisation, d’estime et d’amour (Simard, 1980, p.27).

À ce sujet, la maladie peut devenir pour l’individu l’unique forme d’expression ou la seule forme de langage établie entre la personne et la société. Toutefois, on note que d’autres personnes sentent le besoin d’élargir leur réseau de relations sociales. Qu’il s’agisse de la famille, des amis ou des voisins, le retraité devra élargir l’accessibilité de ses contacts en terme de proximité et de fréquence de ses rencontres.

Pour le retraité, il semble y avoir un repli de sa sociabilité, repli nettement plus marqué chez l’homme que chez la femme. La place centrale du travail dans la vie quotidienne lui a laissé peu de temps et d’énergie pour développer des relations suivies avec des parents ou des amis, de sorte que le retraité se sent isolé à ce moment précis de sa vie (Corin, 1982 et Delisle 1984).

Lecours et Roy (1982) partagent le même avis en soutenant la faiblesse des relations entretenues avec l’entourage lors de la retraite. Cette observation vient donc appuyer le point de vue de Corin (1982) en fonction de l’isolement social observé chez l’homme.

Enfin, si le retraité n’a pas ou a peu appartenu à d’autres groupes que celui de son travail, certains auteurs pensent que le retraité aura tendance à se replier davantage sur lui-même (Reboul, 1973 et Côté 1980).

Pour la femme, la retraite ne semblerait pas se vivre de la même façon que pour l’homme (Dulude, 1978 et 1981 et Gilligan, 1981). La ménopause amène déjà une mise à la retraite en tant que mère. Atchley (1972) précise que la retraite pour la femme est déjà associée aux départs des enfants et à la période du syndrome du nid vide. Elle doit s’adapter à sa nouvelle situation. Balier (1982) parle de clôture du rôle éducationnel des enfants; ce rôle est par contre souvent réactivé par la présence des petits enfants. Dans un cas comme dans l’autre, nous retrouvons forcément une nouvelle adaptation qui oblige la femme à remplir son temps différemment. Le temps accordé à ses amis et parents augmentera dès le départ des enfants de la maison.

Enfin, mentionnons que Tunstall (1966) distingue quatre formes d’isolement :
-le fait de vivre seul
-l’isolement social, c’est-à-dire l’absence de contacts avec ses semblables
-la solitude
-l’anomie, c’est-à-dire la rupture avec les valeurs sociales globales.

Tout comme Tunstall, Delisle (1984 et 1987) dans La république du silence a fait étude exhaustive du problème de la solitude chez les personnes âgées.

L’isolement s’accentue donc avec l’âge et est souvent invoqué comme cause de perturbations psychiques.
* à suivre *

dimanche 7 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 93e partie

LA RETRAITE ET LA PERTE DU MOI

Nous pouvons associer, à un événement comme celui de la prise de la retraite, la perte successive des éléments constituant le concept de soi (revenu, statut social, rôle, prestige, reconnaissance, relations sociales, etc.,). À ce sujet Balier (1982), nous dit que le retraité ne conserve plus ses relations sociales par crainte de rencontrer chez ses compagnons une image dévalorisée de lui-même. Il tient l’autre à distance et de ce fait, il accentue la perte de souplesse de sa personnalité. Les changements qui surviennent à la retraite apportent irrémédiablement des modifications dans les comportements de l’individu.

La mise à la retraite provoque une remise en question des habitudes et des manières de penser du retraité. Autant le travail était source d’autonomie, autant la retraite amène une dépendance sociale et économique. C’est pourquoi le retraité se trouve mis au rancart et il sent très bien qu’il perd son identité.

Cette mise à l’écart par la prise de la retraite s’explique par un refus social d’accorder une participation du retraité aux valeurs dominantes c’est-à-dire le progrès, l’efficacité, l’autonomie, le profit, le travail, l’avenir, le succès. Le retraité devient un exclu.

La société exige du retraité qu’il fonctionne sur un registre de comportements spécifiques mais qui est complètement inadapté à sa réalité. Le retraité est placé dans une situation paradoxale, c’est-à-dire celle de la non-participation obligatoire à un univers de valeurs de la population active. D’ailleurs certains retraités prétendent que :

…on n’a plus qu’une chose à faire quand on est vieux, c’est regarder la
télévision; on a absolument aucun moyen de s’offrir ce qu’elle nous
propose : voyage, amour, sveltesse, consommation (Simard, 1980, p. 25).


Il serait logique de croire qu’en puisant et en utilisant son soi personnel le retraité pourrait, malgré les pressions sociales, s’actualiser à travers son potentiel psychologique. Comme celui-ci s’acquiert par le vécu ou par un processus intrinsèque au fil du temps, il devient illusoire de prétendre que le retraité sera reconnu par les autres alors que les valeurs actuelles sont fondées sur l’extériorité. Simard (1980) est d’avis qu’il est difficile pour le retraité d’affirmer son moi car la société n’attend plus rien de lui. L’éclatement du moi ou la crise d’identité chez le retraité naît de cette absence de sens ou d’un profond vide éprouvé face au terme de sa vie. Dans ce contexte, comment peut-on prendre goût à la vie lorsqu’on est coupé de toutes les décisions?


* à suivre *

samedi 6 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 92e partie

Une retraite en douceur ou en douleur

La plupart des auteurs s’entendent pour dire que la mise à la retraite est un processus qui ébranle la personnalité du retraité. Kuhlen (1959) fait remarquer que l’image de soi devient négative à partir de cinquante ans. Simard (1980) laisse entendre que le concept de soi est le résultat d’un processus interactif entre l’individu la société. L’éclatement du moi du retraité engendre un déséquilibre qui provoque une crise d’identité ou du moins certaines modifications internes de l’image de soi.

Balier (1982) affirme qu’une remise en question de l’identité de l’individu est inévitable à la retraite. Son nouveau rôle de retraité n’est pas approuvé par la société. Le retraité aura de la difficulté à s’adapter à sa nouvelle situation et aura possiblement tendance à s’isoler.

C’est donc dire qu’au moment de la retraite, le soi personnel et social s’en trouve désajusté. Les valeurs sociales assimilées et encore valorisées deviennent une fois à la retraite, incompatibles par rapport à la réalité du soi personnel du retraité.

Simard (1980) compare ainsi le système de valeurs dominantes à celui d’un miroir-étalon. En plus d’être assimilé et incorporé à son soi, l’individu se sert de ce miroir tout au long de sa vie active comme référence. De plus, il s’actualise à travers et en fonction des valeurs de la classe dominante. Ajoutons que la gratification que l’individu recevra sera généralement proportionnelle au degré de conformité par rapport à ces valeurs. Dans une société capitaliste marchande comme la nôtre où productivité et efficacité représentent des valeurs dominantes, il devient impossible pour le retraité de s’y conformer.

De toute évidence, les valeurs véhiculées par la société ont pour effet d’apporter des changements lors de la retraite. Le travailleur voit toutes ces valeurs basculées et se sent mis à part. Il doit prendre de nouvelles orientations et se resituer en tant qu’individu.

* à suivre *

vendredi 5 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 91e partie

Les impacts et les changements chez les retraités

La retraite implique une dépendance économique des individus face à la société et elle dévalorise le retraité (Guillemard et Lenoir, 1974). Le travailleur âgé trouve parfois humiliant de recevoir un revenu sans le gagner à travailler. Gagner son pain à la sueur de son front est un leitmotiv souvent présent dans la pensée des vieux travailleurs. Il s’agit là d’un vieil héritage du jansénisme et de l’éthique protestant du travail. Le fait de se sentir dans une catégorie à part, c’est-à-dire faire partie de la population dépendante plutôt que de la population active, engendre un sentiment d’insécurité, d’infériorité et de dévalorisation. Par contre Guillemard signale que le droit à la pension corrige graduellement cet état de fait.

Au moment de la retraite, le travailleur perd son statut; il devient un vieux (Barus-Michel, 1981). Son exclusion de la sphère du travail affecte l’ensemble de ses rapports avec les amis, sa famille et son milieu. Le moment de la retraite marque l’entrée dans le vieillissement nous dit Guillemard (1977). La mise à la retraite est un processus qui déclenche une modification de l’image de soi et remet en question l’organisation de la personnalité.

Carette (1987), Plamondon et Plamondon (1984) tout autant que Guillemard (1977) et Guillemard et Lenoir (1974) insistent sur l’importance des classes sociales pour comprendre l’adaptation à la retraite.


À l’âge de la retraite les classes populaires ont déjà perdu bon nombre de rôles
sociaux de l’âge adulte et ont déjà vu diminuer leur valeur sociale.
Toutes formes d’avoirs et d’aptitudes qu’elles pouvaient détenir sont usées ou
obsolètes (Guillemard, 1977, p. 25).

On voit que pour certaines classes privilégiées, le passage à la retraite est une phase de transition seulement, c’est-à-dire que le travailleur quitte un travail rémunéré pour une autre forme d’activité tout aussi gratifiante que le travail. C’est souvent le cas des intellectuels qui en profitent pour écrire leurs mémoires.

À l’opposé, les retraités des classes ouvrières sombrent dans l’anonymat et le désoeuvrement. Ce qui signifie qu’à la mise à la retraite :

Le sujet perd son identité sociale et nous assistons non seulement à un
processus de marginalisation et de désintégration, mais également à une crise de
personnalité. Toute la conception de soi doit être restructurée au moment
de la retraite puisque la dévalorisation du statut et la réduction de la
capacité sociale consécutive à la cessation d’activité font éclater les
mécanismes antérieurs sur lesquels étaient fondée l’identité sociale de
l’individu (Guillemard, 1977,p.27).


* à suivre *

jeudi 4 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 91e partie

En ce qui a trait à l’étude du concept de soi chez les retraités, précisions que celle-ci a pris une place de plus en plus considérable au niveau de la recherche. Néanmoins, il faut reconnaître le peu d’études qui ont été menées concernant les transformations du concept de soi depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse.

Dans le cadre de cette recherche, nous allons examiner les raisons possibles qui portent à croire que la mise à la retraite engendre des modifications au niveau de la perception de soi. Pour ce faire, nous allons nous pencher sur le phénomène de la retraite et nous analyserons ses impacts sur le retraité. De plus, nous tenterons d’identifier les changements majeurs qui en découlent. Nous apporterons une réflexion sur l’inégalité sociale et la retraite. Enfin, l’analyse des mécanismes jouant un rôle dans le maintien du concept de soi sera également considéré.

La notion de retraite telle que nous la connaissons aujourd’hui émerge de l’industrialisation avec la montée du capitalisme (Carette, Plamondon et Plamondon, 1984). D’après les auteurs consultés il s’agit, pour le travailleur, du passage de la production à l’inertie. Le travailleur quitte son rôle de travailleur-producteur et cesse ses activités rémunérées.

Zay (1981) situe la retraite comme un événement, comme un processus et finalement comme une phase du cycle de la vie. Carette, Plamondon et Plamondon (1984), parlent de la période de la retraite comme d’une période de dévalorisation sociale. En cela, ils rejoignent Guillemard (1974 et 1977) qui définit la retraite comme étant une mort sociale pour le retraité.

Enfin, il semble exister une corrélation entre la façon de vivre sa retraite (conduites de retraites) et les événements passés tels que la réussite sociale et le statut social. Ce volet particulier sera exploré à travers les diverses théories psychosociales reliées au vieillissement et à l’adaptation à la retraite.

La façon dont un individu perçoit et interprète les événements a un rôle
important à jouer dans notre compréhension de la personnalité. Mais une
étude scientifique de la personnalité doit aussi s’intéresser aux conditions qui
exercent une influence sur le concept de soi et qui déterminent si les
potentialités de l’individu vont se réaliser ou pas (Hilgard, Atkinson et
Atkinson, 1980, p.457).

* à suivre *

mercredi 3 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 90e partie

LA RETRAITE ET LE CONCEPT DE SOI

Avant d’aborder le concept de soi chez les personnes âgées à la retraite, nous désirons brosser un tableau concernant les origines de ce dit concept.

Empruntée initialement à la philosophie, la notion du concept de soi fut largement approfondie par de nombreux chercheurs. Depuis les trente dernières années, on constate que la plupart des auteurs se consacrant à l’étude de la personnalité, se sont parallèlement intéressés au domaine du concept de soi. Cependant la définition et la structuration du soi laisse planer de profondes ambiguïtés de par l’existence de modèles conceptuels différents. De fait, certains auteurs définissent le soi comme un processus dynamique alors que d’autres le décrivent en tant qu’objet.

La notion de concept de soi semble non seulement équivoque mais elle se complique parce que certains chercheurs la considère comme concept unidimensionnel (Bertocci, 1945; Coley, 1902; Mead, 1934; Rogers 1951) alors que d’autres le définissent comme un concept multidimensionnel (Allport, 1955; Gordon, 1968; Staines, 1954 et 1958). À ce sujet, Buhler (1962), Wylie (1961) et l’Écuyer (1978) suggèrent de reviser et de redéfinir le concept de soi afin d’en arriver à une conception globale de cette entité. Les résultats de ces recherches des vingt dernières années ont conduit à une définition à la fois plus complète et plus complexe que celle proposée en 1975 et 1978. Voici donc, comment l’Écuyer, 1985, p. 6, définit le concept de soi :

Ainsi le concept de soi apparaît comme :
-un système multidimensionnel
composé d’un ensemble très varié de perceptions que la personne éprouve au sujet
d’elle-même (aspect multidimensionnel),
-dont les divers contenus tirent leur
source à la fois de l’expérience personnelle et de l’influence des autres sur
ses propres perceptions (aspect social),
-contenus qui s’organisent et se
hiérarchisent progressivement en un tout cohérent autour de quelques structures
fondamentales délimitant les grandes régions fondamentales de l’expérience, de
soi, chacune d’elles recouvrant des portions plus limitées de cette expérience –
les sous-structures – se fractionnant à leur tour en un ensemble d’éléments
beaucoup plus spécifiques – les catégories – (aspect hiérarchique),


-organisation hiérarchique qui varie et évolue elle-même, ainsi que le degré
d’importance de chacun de ses constituants selon l’âge et les besoins durant
toute la vie (aspect évolutionnel et niveaux
d’importance),

-par
différentiations progressives identifiables
sous forme d’étapes ou de stades
(aspect différentiateur),

-en
fonction de l’expérience quotidienne
(parfois rétrospective ou
anticipatoire) directement ressentie, puis perçue et
finalement symbolisée
ou conceptualisée par la personne (aspects expérientiel et
cognitif),
-et
où la cohésion interne de cette organisation perceptuelle
complexe est
essentiellement orientée vers la recherche du maintien et de la
promotion de
l’adaptation de la personne tout entière (aspect actif ou
adaptif).

Quant à Zay, 1981, p.116, il définit la conception de
soi
comme la :

Manière de se concevoir à partir de
l’information
recueillie à l’extérieur et sur laquelle on porte un
jugement. Elle se
forme dans l’univers intérieur du moi et s’organise
autour des qualités ou
traits que l’individu se prête à lui-même.
C’est la composante cognitive
du soi, sa composante émotive étant l’estime
de soi. Les interactions
sociales sont la principale source
d’information externe : en observant les
attitudes et le comportement
des autres à son égard, l’individu apprend la façon
dont on le juge
(intelligent ou médiocre, bon ou mauvais, doux ou violent).


En dépit donc des multiples divergences théoriques, il apparaît que la majorité des auteurs s’entendent pour dire que :

Le concept de soi consiste en une organisation complexe réunissant quelques
éléments fondamentaux, ou caractéristiques globales et générales autour
desquelles est regroupé un certain nombre d’aspects plus spécifiques (L’Écuyer,
1975, p.31).

* à suivre *

mardi 2 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 80e partie

PARTIE III

LES ÉTUDES EMPIRIQUES SUR LA PERCEPTION DE SOI

INTRODUCTION


La notion de concept de soi est issue de la psychologie allemande. Elle a été introduite aux États-Unis par James (1890), puis reprise par Rogers (1951 et 1968) qui a su en montrer toute l’utilité sur le plan de l’intervention psychothérapeutique. Au Québec, L’Écuyer (1975 et 1978) a relancé l’étude du concept de soi. Ses plus récents travaux y englobent tout le cycle de la vie. L’Écuyer, 1985, p. 3 souligne que :


Depuis, le domaine du concept de soi a pris un essor extraordinaire et on en
retrouve des applications partout : en psychologie normale et pathologique,
en psycho-diagnostic, en psychiatrie, en rééducation, en psychologie
individuelle et sociale, etc.


Baulu-Macwillie (1981) soulève l’intérêt et la portée de la perception de soi chez l’adulte en ces termes :

C’est un fait d’expérience quotidienne que d’entendre les adultes et les enfants
parler d’eux-mêmes, de leur manière d’être, de leurs convictions, de leurs
intérêts, de leur environnement et de leurs activités. Ces énoncés
semblent indiquer un besoin pour chaque individu de se distinguer comme personne unique et différente des autres (p.3
).

Pour bien situer les divers éléments associés au concept de soi et au vieillissement, tels qu’ils sont véhiculés à travers la littérature contemporaine, nous devons retourner aux origines de ce dit concept.

* à suivre *

lundi 1 février 2010

LA PERSONNALITÉ -- 79e partie

-observations relatives au travail et à la retraite

Les auteurs de cette étude ont formulé une hypothèse, qui s’est d’ailleurs confirmée dans les sociétés analysées; hypothèse voulant que le statut des personnes âgées soit plus élevé dans les sociétés où on leur permet d’exercer un travail utile et valorisant. Ils notent également que ce qui importe pour la personne âgée, ce n’est pas tant le travail accompli que la valeur accordée à ce travail par la société.

Les mêmes auteurs affirment que la retraite est une invention moderne que l’on ne trouve que dans les sociétés hautement productives. Et cela est vrai, en particulier si l’on définit la retraite comme la cessation totale des activités principales par lesquelles on obtenait la majeure partie de son revenu et de sa subsistance, pour des raisons autres que la santé.

Les auteurs terminent leurs observations sur la question du travail et de la retraite en affirmant, sur la base d’analyse transsociétale, que le désengagement n’est pas caractéristique des personnes âgées dans les sociétés pré-industrielles, mais qu’il constitue une tendance croissante dans les sociétés en voie de modernisation.

-observations relatives aux régimes de pensions

Au cours du processus de modernisation des sociétés, les responsabilités relatives au soutien des personnes âgées et à leur sécurité économique ont tendance à être transférées de la famille à l’État.

Les résultats des recherches qui se rapportent à la théorie du modernisme nous amènent à constater que la situation des personnes âgées varie, de façon sensible, d’un type de société à un autre. Toutes proportions gardées, il peut sembler, à la lumière des faits exposés, moins dévalorisant et plus rassurant pour une personne âgée de vivre dans une société peu modernisée.

De l’étude de Cowgill et Holmes se dégage la thèse selon laquelle la modernisation ferait perdre aux personnes âgées le pouvoir qu’elles détenaient dans les collectivités traditionnelles et serait à l’origine de leur aliénation (Delisle, 1984, p.71).

Il est toutefois permis d’espérer que le nombre grandissant de personnes âgées dans nos sociétés modernes apportera des changements significatifs à leur statut social et, par le fait même, leur procurera plus de considération.

CONCLUSION

Les théories que nous venons de présenter se sont certes attirées quelques critiques, mais elles ont à tout le moins l’avantage de nous avoir fait comprendre certains des mécanismes régissant le comportement des retraités. Bien qu’elles soient incomplètes, elles permettent de nous faire entrevoir toute la complexité du comportement humain et la difficulté d’élaborer une étude exhaustive de ce vaste sujet qu’est le vieillissement des travailleurs.