vendredi 29 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 7e partie

La négociation raisonnée

Dans « Comment réussir une négociation », Fisher et Ury présentent quatre principes d’une négociation basée sur les intérêts qu’ils appellent une négociation raisonnée. Les mots-clés sont les individus, les intérêts, les options et les critères.

Le premier principe est de « traiter séparément les questions de personnes et le différend ». Trop souvent, dans un conflit, on est davantage motivé par la peur et la colère ou encore par le désir de vengeance plutôt que par le désir de trouver une solution au problème à résoudre. Les difficultés de communication peuvent se résumer en trois points : on ne se parle plus; on n’écoute pas ce que l’autre dit; ou encore on interprète faussement les propos de l’autre. De là l’importance d’une reprise du dialogue, d’une communication claire et précise et d’une clarification des malentendus. L’accent est mis ici sur la création d’un climat de coopération plutôt que sur un règlement de compte basé sur les différences individuelles; c’est de susciter un intérêt vers un problème à résoudre et de travailler ensemble vers un but commun plutôt que de tenter d’augmenter son pouvoir personnel. De plus, les individus sont aussi motivés par l’intérêt de préserver des relations positives avec l’autre partie. En matière de divorce, par exemple, les individus savent qu’ils continueront d’être des parents et qu’ils ont avantage à maintenir des liens opérationnels avec l’autre parent. S’ils sont convaincus de cela, ils seront motivés à trouver un terrain d’entente et des solutions qui seront mutuellement acceptables.

Si le premier principe considère les aspects relationnels, le deuxième s’adresse à l’objet du litige. Il suggère de « se concentrer sur les intérêts et non les positions ». Le conflit s’exprime habituellement par une prise de position radicale et non équivoque. « Les enfants resteront avec moi et ils ne seront pas soumis à la présence de ta nouvelle partenaire » dira l’épouse trahie qui craint d’être remplacée par cette nouvelle partenaire dans le cœur de ses enfants. Plus on clarifie la prise de position, plus on la défend. Le danger est de mettre toutes ses énergies à gagner une position plutôt que de rechercher à satisfaire ses besoins ou intérêts. Les prises de position distancient les parties et se limitent aux intérêts individuels aux dépens des intérêts mutuels et conciliables. Le graphique 1 illustre bien la différence entre les intérêts et les positions. Lorsque les parties présentent leurs positions, l’écart qui les sépare est insurmontable et les positions sont nettement incompatibles. Par ailleurs, lorsqu’on examine les intérêts en jeu, on constate une certaine mutualité d’intérêts qui représente un espoir d’en arriver à une solution négociée. La position représente les intérêts d’une seule partie et masque des préoccupations, des désirs, des peurs sous-jacents. Les positions sont l’expression de la perception d’une solution unique pour un intérêt donné, alors qu’il existe beaucoup d’autres solutions qui pourraient être envisagées. De là l’avantage de mettre l’accent sur les intérêts qui rapprochent les individus plutôt que sur les positions qui les divisent.
Le troisième principe est « d’inventer des solutions procurant un bénéfice mutuel ». Suggérer des solutions différentes, créer des options et des scénarios qui n’avaient pas encore été considérés, semer des doutes sur la validité de la position avancée amènent les parties à élargir le champ des possibilités et à considérer autre chose que la position avancée. Lorsque l’on tente de résoudre un conflit et de rivaliser avec un adversaire, on se limite à une vision très limitée de la réalité. Pour résoudre le conflit, il faut agrandir la sphère des possibilités.

Enfin le dernier principe concerne « l’utilisation de critères objectifs ». Les critères et procédures doivent être identifiés au préalable. Les parties doivent s’entendre sur les procédures à suivre pour régler le litige. La procédure doit garantir l’équité. Les critères peuvent être basés sur des standards tels que le coût, l’efficacité, les précédents, la réciprocité, etc. Pour un couple en instance de divorce, par exemple, on peut s’entendre sur les modalités des contacts avec les enfants et sur la contribution financière avant de décider de l’endroit de la résidence.

Ces quatre principes de collaboration peuvent guider les individus dans la poursuite d’une gestion efficace de leur différend.


* à suivre *

jeudi 28 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 6e partie

Implications pour l’intervention

Le conflit est une lutte concernant des objectifs qui sont perçus comme étant incompatibles. Il importe de bien connaître les objectifs poursuivis et les enjeux qui sous-tendent le conflit. Quand les objectifs poursuivis sont clairs, ils sont plus facilement atteints ou modifiables. Plusieurs instruments d’évaluation ont été développés pour assurer une meilleure compréhension d’un litige. L’analyse de la situation est le premier pas vers une action réfléchie. Cette analyse se fait conjointement avec les différents acteurs du conflit.

Pour une gestion efficace du conflit, le médiateur devra tenir compte des éléments suivants dans ses interventions auprès des parties en conflit :
- présenter des choix et options qui sont à l’intérieur des possibilités des parties impliquées;
- traiter les conflits comme une expérience interpersonnelle, non pas comme des choses à régler;
- prendre la responsabilité pour que la communication soit claire et précise;
- se rappeler que les conflits se composent d’un contenu et de relations interpersonnelles;
- inclure les éléments émotionnels et les données objectives dans la formulation des objectifs à poursuivre;
- éviter d’atteindre un accord prématuré;
- commencer la négociation par les points les plus faciles à résoudre;
- éviter de faire prendre position et de céder trop facilement;
- éviter d’énoncer les buts en termes de gagnant et de perdant : parler en termes de ce qui est mutuellement désirable pour les deux parties;
- partager les sentiments positifs et montrer de la compréhension pour les points de vue des autres.


* à suivre *

mercredi 27 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 5e partie

La médiation comme processus de gestion des conflits

La médiation est une approche qui a émergé au cours de la dernière décennie comme moyen efficace de gérer les conflits interpersonnels. Appliquée au domaine des conflits familiaux et conjugaux, elle offre les possibilités d’une intervention constructive auprès des individus et des familles. Elle leur permet de garder la mainmise sur les décisions à prendre et de conserver ainsi l’intégrité de leur autonomie individuelle ou familiale. (Lévesque).

La médiation comme processus de résolution des conflits, ou mieux encore comme processus de gestion des conflits, vise à enlever les obstacles à une utilisation positive des conflits et à favoriser les opportunités de croissance. Le médiateur a la responsabilité du processus; il est un guide qui permet aux individus de ne pas éviter les conflits et de traiter de leurs différences et divergences sans couper les ponts d’une façon définitive. En d’autres termes, la médiation veut s’attarder au côté « opportunité » du conflit. Contrairement à l’intervention thérapeutique qui explore en profondeur le sens des relations interpersonnelles conflictuelles, la médiation est une façon de gérer les conflits tout en gardant le contrôle sur la décision à prendre et sans pour autant effectuer un changement profond de la personnalité.

* à suivre *

mardi 26 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 4e partie

Les réactions personnelles au conflit

Face à un conflit, les individus ont différents choix qui s’offrent à eux. Selon leurs expériences de vie, leur personnalité, leur pouvoir politique et personnel, les enjeux, leurs croyances et intérêts, ils réagissent différemment lorsque confrontés à une situation conflictuelle. Ils développent un style personnel et une approche caractéristique qui ont une signification pour eux. Il n’y a pas nécessairement un style meilleur qu’un autre. L’adaptabilité du style et la flexibilité de l’individu face aux exigences de la situation sont des atouts importants.

Pour les uns, l’évitement du conflit est la première façon de réagir. Tout est mis en œuvre pour l’ignorer et agir comme si le conflit n’existait pas. La confrontation doit être évitée à tout prix. Le problème à résoudre est balayé en dessous du tapis. Certaines personnes voient le conflit comme l’indication d’un problème profond et veulent l’éviter ou le reporter à plus tard. Satir a identifié des modes de communication dysfonctionnels qu’on pourrait utiliser ici pour faire le parallèle avec la réaction personnelle face à un conflit. La personne ne cherche qu’à plaire pour éviter la confrontation. Elle s’excuse d’une façon excessive et tente de disparaître pour ne pas déplaire. Elle est prête à tout même à ses propres dépens pour ne pas amorcer une confrontation. Satir fait le lien ici avec une estime de soi faible.

Une autre façon de répondre au conflit est d’en causer l’escalade, de l’élargir et de l’envenimer pour enfin percer l’abcès. Profiter du conflit pour tenter de gérer l’ensemble de la relation. Le type « blâmant » décrit par Satir correspond bien à ce type de réponse.

On peut aussi minimiser le conflit et le réduire à sa plus simple expression. Au lieu de le gérer, on lui donne une importance moindre. « Tu t’en fais toujours pour rien ». « Tu vois des problèmes partout ». Le type « hors propos » de Satir convient bien à cette description.

Enfin, le maintien du conflit est une stratégie souvent choisie par les individus. Cette décision est habituellement liée à des gains anticipés résultant du maintien du conflit.

Selon Hart and Burks, la flexibilité du comportement, c’est-à-dire la possibilité de changer son comportement en fonction des situations, est une des qualités importantes à développer pour le facilitateur ou le médiateur dans un conflit interpersonnel. Ne pas avoir un style unique de communication, mais plutôt un style qui va s’adapter aux besoins des parties en litige. La capacité de ne pas céder sous la pression et de fonctionner malgré l’ambiguïté de certaines situations est essentielle à une gestion efficace des conflits.

En définitive, il est important d’altérer la structure d’un conflit et de la restructurer pour en assurer la gestion. Il faut observer les comportements, identifier les options possibles et finalement faire ressortir les avantages à une solution qui tiendra compte des intérêts en jeu. La médiation comme processus de gestion des conflits doit considérer ces trois éléments.


* à suivre *

lundi 25 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 3e partie

Les sortes de conflits

La reconnaissance du conflit est le premier pas vers une gestion efficace de celui-ci. Les conflits peuvent se catégoriser de diverses façons. Pour le médiateur, il importe de bien évaluer les causes du conflit avant de choisir la méthode d’intervention appropriée. Wehr a identifié six causes principales et suggéré des procédures d’intervention. La première tâche du médiateur est de bien comprendre les causes du conflit et de diriger l’énergie des participants à trouver une solution.

Le litige peut être dû à un problème d’information. Il y a alors conflit sur les données. Les informations peuvent être insuffisantes, fausses et tout simplement être l’objet d’une évaluation ou d’une interprétation différente de la part des parties, soit qu’on ne donne pas la même importance aux mêmes choses ou qu’une interprétation personnelle des données empêche les individus de gérer le différend. Le médiateur doit alors s’assurer que toutes les données soient disponibles et clairement comprises, que l’on s’entende sur les priorités et que des critères communs soient développés pour débloquer l’impasse.

Les conflits de valeurs divisent fréquemment les individus. On utilise, par exemple, des critères différents pour évaluer ce qui est acceptable ou non dans un comportement. Les styles de vie diffèrent considérablement d’une culture à l’autre et à l’intérieur de la même culture. Les idéologies et les religions donnent naissance à des croyances et à des attitudes qui sont déterminantes pour la conduite et le comportement. Face aux conflits de valeurs, le médiateur évitera de définir les problèmes en termes de valeurs; il laissera les accords et les désaccords s’exprimer et tentera de trouver les points qui seront mutuellement acceptables pour les parties en litige.

Les conflits d’intérêts se rencontrent fréquemment dans les rapports entre les individus. Ils sont basés sur la compétition réelle ou perçue , ou encore sur des divergences basées sur le contenu ou sur les procédures. Ces conflits donnent lieu à des positions rigides de la part des acteurs. Le médiateur mettra l’accent sur les intérêts mutuels qui se cachent derrière les positions. Il cherchera à créer des options et à développer des solutions qui permettront la satisfaction des besoins. Il soulignera les forces en jeu et tentera d’ébranler les positions qui ne font qu’accentuer les différences.

Les conflits peuvent aussi être de type relationnel. Ces conflits se rencontrent souvent là où les individus ont été liés par des relations intimes. Les émotions négatives sont grandes et empêchent de voir les éléments de solution du litige. Les émotions ont besoin d’être contrôlées et la communication améliorée. Le médiateur favorisera la communication directe et tentera de créer un climat de confiance propice au développement de perceptions réciproques plus positives.

Enfin, au autre type de conflits est le conflit structurel. Il est souvent causé par une distribution inégale des ressources ou encore par un déséquilibre dans les pouvoirs que détiennent les parties. Les contraintes de temps ou les contraintes géographiques sont aussi génératrices de conflits structurels. Dans ce type de conflits, les modes de comportement et d’interaction sont souvent destructeurs. Le médiateur tentera d’établir une façon plus juste et plus démocratique de prendre les décisions, d’atténuer les modes de comportement négatifs et de favoriser une meilleure distribution des ressources.


* à suivre *

vendredi 22 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 2e partie

La nature des conflits

La conception des conflits a varié à travers les époques. Robbins a identifié trois façons différentes de considérer les conflits dans les organisations : la conception traditionnelle, la conception behavioriste et la conception moderne. La conception traditionnelle a prédominé durant les années 1930 et 1940, à savoir que les conflits étaient indésirables et devaient être évités à tout prix. La conception behavioriste qui caractérisait les années 1950 et 1960 définissait les conflits comme étant inévitables mais ne devant pas être encouragés. Et enfin, la conception moderne des conflits préconise la nécessité du conflit comme un élément de la qualité de vie de l’organisation. Dans cette perspective, le conflit ne doit pas être évité ou supprimé mais plutôt géré avec efficacité.

Coser, Deutsch et Wehr sont parmi les auteurs qui ont étudié la nature des conflits et qui ont suggéré l’importance d’une conception positive de ceux-ci. Le but de cet article n’est pas de reprendre cette thèse mais plutôt de considérer l’application concrète d’une méthode de gestion de conflits. La médiation offre cette possibilité de transposer en principes d’intervention des éléments théoriques qui ont émergé durant les dernières années dans le domaine de la résolution des conflits.

Deutsch, par ses travaux, a élaboré une base théorique pour la résolution des conflits. Selon cet auteur, il y a conflit lorsque des activités incompatibles existent. Selon que ces activités sont à l’intérieur de la personne, à l’intérieur d’un groupe ou d’une collectivité, le conflit aura une connotation de conflit personnel, de conflit de groupe ou encore de conflit national ou international. L’auteur offre également une typologie des conflits. Il présente six sortes de conflits : le « vrai conflit » ou deux activités sont nettement en opposition et où un moyen terme ne peut être trouvé à moins d’un compromis entre les parties; le « conflit contingent » qui est dépendant de certaines circonstances pas encore reconnues par les belligérants; le « conflit déplacé » où les deux parties se disputent sur des points qui ne sont pas les vrais points de discorde; le « conflit exprimé » qui est le conflit manifeste alors qu’il existe aussi un conflit caché; le « conflit mal attribué » qui est un litige entre les mauvaises personnes; le conflit « latent » où l’objet du conflit n’a pas encore été identifié; et le « faux conflit » ou celui qu’aucune raison objective ne justifie : l’information erronée ou la mauvaise interprétation en sont souvent la cause. Ces différents types de conflits ne sont pas mutuellement exclusifs. Deutsch identifie les principaux éléments qui se retrouvent presque toujours dans un conflit. Ils sont le contrôle des ressources, soit l’espace, le temps, l’argent, le pouvoir, etc., les préférences personnelles, les valeurs, les croyances et la nature de la relation entre les parties.

Alors qu’il est important d’examiner la nature intrapersonnelle des conflits, le présent article se préoccupe davantage des conflits pour les gérer. Il est important de noter que les conflits n’originent pas nécessairement de la poursuite d’objectifs différents. Par exemple, les parents peuvent avoir le même objectif, soit le bien-être de leurs enfants, mais différer sur la façon d’atteindre cet objectif. Le défi du médiateur est d’aider les individus à dépasser leur désir de vengeance et de diminuer leur agressivité pour en arriver à concilier des objectifs ou la poursuite d’objectifs qui sont à première vue différents.


* à suivre *

jeudi 21 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 1e partie

L’utilisation positive des conflits et la médiation

Les conflits font peur. La tendance ou le réflexe est de croire que le conflit est mauvais en soi et qu’il doit être évité à tout prix. La plupart des individus associent le mot « conflit » avec querelle, bataille, bagarre, dispute, guerre et violence. Il suffit de demander à un groupe d’individus de faire une association d’idées sur le mot « conflit » pour se rendre compte de la connotation négative qu’on lui donne. Par ailleurs, un conflit peut être également source de changement et occasion de dépassement. Il ébranle les croyances, interpelle le statu quo et exige la remise en question continuelle des règles de conduite. Le conflit, dans ce sens, a une double nature : il est créatif et source de changement ou encore source de malheur et souvent de catastrophe lorsque non résolu. Le caractère chinois pour le mot conflit est composé de deux signes superposés : l’un veut dire danger et l’autre opportunité. Le danger est de demeurer dans une impasse qui draine les énergies individuelles; l’opportunité est d’envisager des options et de s’ouvrir à des possibilités qui vont permettre de façonner de nouveaux rapports entre les individus et d’inventer de nouveaux moyens de gérer les problèmes quotidiens. Quand les conflits interpersonnels ne sont pas résolus, les individus ont tendance à épouser le conflit au lieu de le dépasser.

Le conflit interpersonnel a déjà été défini comme un événement joué par des acteurs interdépendants qui poursuivent ou se perçoivent comme poursuivant des buts différents. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi; c’est une communication entre des individus. Dans ce sens, les conflits sont inévitables dans les rapports humains. Ils permettent des rapports sains entre les individus. Dans ce sens, les conflits sont inévitables dans les rapports sains entre les individus et doivent être vus comme faisant partie de la vie de tous les jours et résolus d’une façon positive. Lorsque les individus ne peuvent résoudre leurs conflits eux-mêmes, ils peuvent recourir à une tierce personne pour les aider. Il existe plusieurs méthodes de résolution des conflits. La conciliation, la négociation et l’arbitrage sont des moyens connus et utilisés par les parties qui ont des litiges à solutionner. Quant à la médiation, elle implique l’intervention demandée et acceptée d’une tierce personne impartiale et n’ayant pas l’autorité de prendre la décision, dans le but d’aider les parties à s’entendre sur une solution mutuellement acceptable.

Pour Justin Lévesque, son interprétation est de suggérer une opérationnalisation des concepts théoriques réelles à l’utilisation positive des conflits. En d’autres termes, comment peut-on en arriver à une application concrète ou à un modèle de gestion efficace des conflits interpersonnels? La médiation offre des éléments de réponse qu’il convient de considérer. Dans un premier temps, la nature des conflits, les différents types de conflits interpersonnels et les réactions à ces conflits seront explorés. Dans un deuxième temps, la médiation et les stratégies de résolution des conflits seront exposées et les techniques de négociation utilisées par le médiateur dans la gestion des conflits interpersonnels seront discutées. Les propos et techniques suggérés dépassent le champ de la médiation familiale même si celle-ci sera l’objet principal de référence.


* à suivre *

mercredi 20 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 12e partie

La neutralité mise de l’avant par les médiateurs va à l’encontre d’une intervention judicieuse dans un contexte de violence conjugale. S’il n’y a pas reconnaissance claire de la violence par le ou les médiateurs au cours du processus ou encore un appui certain à la victime, l’inégalité de pouvoir dans le couple s’en trouvera confortée et la femme battue se sentira désavouée. Le médiateur, en ne dénonçant pas la violence, s’alliera de façon inconsciente à l’agresseur et à la société qui ne reconnaissent encore que difficilement la violence conjugale comme un problème grave.

Chez-nous, malgré un processus de médiation modifié dans lequel les médiateurs adopteraient une position contre la violence, il n’en demeure pas moins que les femmes vivraient la même difficulté à dire non, ne voudraient pas être perçues comme étant de mauvaise volonté en exprimant leur refus d’une telle intervention et craindraient les répercussions d’un tel refus. De plus, ce processus ne pourrait éliminer la peur vécue par les femmes et le danger auquel elles font face. Il ne pourrait également rendre l’homme violent apte à négocier de bonne fois et capable de discuter dans un contexte d’égalité.

Par ailleurs, il nous apparaît peu réaliste dans un processus de médiation, de travailler avec un agresseur qui ne reconnaît pas le problème de violence. Les principes mis de l’avant dans un processus modifié nous semblent donc difficiles d’actualisation. Ils relèvent davantage d’un espoir qui peut s’avérer loin de la réalité.

« Aller en médiation, c’est se remettre encore dans une situation qui n’est pas
égalitaire. Se remettre dans la même situation où il y a le contrôle de l’autre
qui veut toujours être là plus fort que toi, toujours te culpabiliser, toujours
te diminuer, toujours être au-dessus. Et ça, c’est insupportable.


C’est comme si on se plaçait dans la situation où on donne la chance à l’autre de nous agresser encore, d’être encore violent. » (INTER’ELLES).

Dans les situations de divorce ou de séparation où il y a violence conjugale, le système légal, malgré ses limites, est encore le plus approprié (Ellis; Ellis et Wight-Peasley dans Hart). Il assure aux femmes la présence de quelqu’un qui défendra leurs droits et intérêts, ainsi que ceux de leurs enfants. Il évite de mettre directement les femmes en situation de négociation avec leur agresseur. Il permet également de limiter les contacts négatifs père-enfants.

Malgré des améliorations souhaitables, le système légal est à privilégier. Les femmes doivent être soutenues dans une démarche personnelle et légale et des mesures de protection doivent leur être assurées à elles et leurs enfants. Aussi, compte tenu de la pratique actuelle de la médiation au Québec, nous croyons que celle-ci devrait demeurer un processus volontaire et ne jamais devenir obligatoire.

mardi 19 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 11e partie

4. Critique de la médiation dans les situations de violence conjugale

« Une femme dont le couple se brise à cause de la violence conjugale est assez
déprimée et a peu d’estime d’elle-même. J’étais à me reconstruire. Je n’étais
pas encore capable de me tenir debout devant lui. Il me faisait très peur!
D’ailleurs, la preuve c’est qu’en médiation, j’avais très peur de lui.
J’essayais bien de lui donner la réplique, de prendre la place que j’avais le
droit de prendre et qu’il était nécessaire que je prenne. Mais je ne pouvais le
faire. Et je ne sentais pas l’appui de la médiatrice même si elle disait : ‘Oui,
mais monsieur, vous prenez trop de place, madame a sûrement des choses à dire’.
Je ne me sentais pas appuyée. J’aurais eu besoin de plus que ça. D’abord
peut-être d’être plus reconstruite…C’était évident qu’il n’y avait pas de
communication possible. C’était juste de l’écrasement, de la peur…La médiation
nous a permis de se parler à nouveau. Mais à partir du moment où j’ai dit non à
certaines de ses demandes, les menaces ont recommencé. » (INTER’ELLES).

Nous trouvons inapproprié le processus de médiation dans les cas de violence conjugale. Dans un tel contexte, les critères de la médiation, tels que la volonté de coopération, le respect de l’autre dans la recherche de solutions et la croyance d’une possibilité réelle pour chacun de trouver des solutions valables et mutuellement acceptables dans l’intérêt de la famille et des enfants, deviennent difficilement applicables. Ces critères réfèrent à un état d’esprit absent chez les conjoints violents, à un contexte de liberté de pensée et d’expression impossible pour les femmes violentées, de même qu’à une égalité de pouvoir inexistante dans ces couples.

Dans un contexte de violence, les femmes sont en danger et ont peur.

« Quand il y a séparation, c’est parce que la vie de la femme est en danger.

On le regarde, parce qu’il faut le regarder pour jaser avec, pour ‘médiatiser’. Mais on sait ce qui se passe. On sait le danger qu’on coure. On ne veut pas partir en même temps que lui. Il faut rester après ou partir avant. Quand je suis partie, parce que je suis partie avant, je savais que je risquais quelque chose. J’avais peur de lui.

Dès le départ de la rencontre, on pense déjà comment on va sortir… »
(INTER’ELLES).


Et le danger réel est accentué au moment de la séparation. Tous les médiateurs n’ont pas une connaissance de la problématique de violence conjugale ainsi que du dépistage. Ils ne sont alors pas conscients que la médiation peut constituer une arme supplémentaire pour le conjoint violent (Kingston Interval House), un outil lui permettant à la fois de raffermir son pouvoir et son contrôle et de se soustraire au processus judiciaire. Loin de solutionner les problèmes liés au divorce, la médiation associée à une méconnaissance de la problématique et à l’absence de dépistage peut même augmenter le niveau de dangerosité (Kingston Interval House).



* à suivre *

lundi 18 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 10e partie

Des modifications à la médiation

Quoique ce courant de pensée arrive difficilement à établir un consensus sur les changements à apporter, il suggère bon nombre de modifications qui s’articulent autour de quelques principes. Ainsi, selon cette perspective, nous assistons à une importante remise en question du rôle et de la place du médiateur.

Tout d’abord, c’est le principe de la neutralité du médiateur qui est contesté. Plusieurs auteurs, dont Erikson, McKnight et Girdner, prétendent ainsi que le médiateur doit prendre parti de façon générale contre les agressions.

Puis, compte tenu de la difficulté à dépister ces situations qui constituent souvent un secret, ces auteurs réclament, d’une part, une formation accrue des intervenants en matière de violence conjugale (connaissance de la dynamique et des ressources). D’autre part, ils suggèrent que le médiateur joue un rôle proactif en tentant de dépister la violence, en donnant de l’information, en aidant à l’établissement de scénarios de protection, en référant aux ressources appropriées, etc. (Haynes dans Corcoran et Melamed).

L’égalité de pouvoir et des habiletés à négocier de chacune des parties dans le couple n’est plus essentielle à la tenue de la médiation (Girdner; Erickson et McKnight; Chandler) et ce, même si les deux parties doivent être motivées à adopter de la communication et des habiletés à résoudre des conflits sans menaces (Corcoran et Melamed).

Le médiateur devra au départ tenir compte de ce déséquilibre et favoriser par tous les moyens possibles une augmentation de pouvoir au profit de la victime. Corcoran et Melamed suggèrent certaines stratégies, dont la réalisation d’entrevues individuelles ou encore la présence d’une personne aidante pour l’une et ou l’autre des parties. C’est ainsi que les femmes battues se voient invitées à requérir les services d’un avocat pour défendre leurs droits.

Girdner, pour sa part, pose comme condition préalable essentielle à la tenue de séances de médiation l’acceptation de la part de chacun des membres du couple de certaines mesures visant à assurer la sécurité de la victime et des enfants.

Ainsi Erickson, McKnight et Chandler proposent, pour assurer la protection de la victime, une certaine structure dans les contacts entre les conjoints : par exemple, il peut être suggéré qu’il y ait interdiction de contact en dehors des séances de médiation, que les deux parties arrivent et quittent les sessions à des moments différents, etc. La question de la garde partagée est également limitée par une série de conditions qui visent la sécurité de la femme battue et des enfants. Ainsi, il y aura structuration des contacts père-enfants de telle sorte qu’ils minimiseront les risques d’agressions et restreindront le contrôle de la vie de l’ex-conjointe (Girdner). Ces ententes peuvent donner lieu à des contrats écrits (Erickson et McKnight).

Enfin, à l’orientation vers le présent et le futur grandement favorisée par les médiateurs s’ajoute la prise en compte du passé qui se traduit par un accent mis sur le dépistage de la violence comme première intervention. Cette préoccupation donne lieu au développement d’instruments plus ou moins sophistiqués (grille d’observation, questionnaires, etc.) visant à l’évaluation de la dynamique de violence conjugale et l’établissement de critères de sélection des couples capables de bénéficier du processus de médiation, (Girdner; Chandler).

Toutefois, la majorité des auteurs, dont Erickson et McKnight, considèrent qu’il n’est pas essentiel, pour participer à la médiation, que le conjoint reconnaisse les agressions qu’il a commises ainsi que la responsabilité de ces agressions.

Ce courant de pensée cherche à adapter le processus de médiation à la réalité de la violence conjugale. C’est en ce sens qu’il propose une médiation altérée où les grands principes sont remis en question.


* à suivre *

vendredi 15 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 9e partie

c) Les réformistes

Sous cette appellation se retrouvent ceux qui récusent des prises de position aussi radicales que celles énoncées précédemment. Les tenants de cette troisième voie suggèrent plutôt, en matière de séparation ou de divorce des couples où le conjoint est violent, un processus modifié de médiation. Deux grands principes viennent teinter ces pratiques de médiation. Le premier en est un qui met de l’avant une complémentarité certaine des services alors que le deuxième propose des modifications plus ou moins importantes à la pratique de médiation.

Avant de présenter plus explicitement ce point de vue, il faut souligner qu’il s’est plus particulièrement développé aux Etats-Unis et qu’il est peu connu des intervenants au Québec.

La complémentarité des services

Selon cette perspective, la médiation est perçue comme s’inscrivant en complémentarité avec les autres services rendus aux couples où il y a présence de violence conjugale.

Corcoran et Melamed affirment que les victimes de violence domestique doivent profiter d’un système de protection intégré faisant appel à la fois au système légal, à la médiation ainsi qu’à d’autres services psychosociaux. Ainsi, comme le proposent Erickson, McKnight et Girdner, selon les particularités de chacune des situations, la médiation peut venir renforcer les procédures légales déjà entreprises ou encore favoriser la prise de mesures légales que ce soit à la cour criminelle ou civile. La médiation peut également s’inscrire parmi d’autres services psychosociaux dispensés aux clients (thérapie pour hommes violents et pour femmes violentées, maisons d’hébergement, etc.).

*à suivre *

jeudi 14 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 8e partie

b) Les médiateurs

À l’opposé de cette première perspective se retrouvent les médiateurs qui se montrent éminemment critiques des pratiques actuelles en matière de séparation et de divorce dans les cas de violence conjugale. Leur analyse repose sur deux assises soit, d’une part, une remise en question radicale du système légal (judiciaire et policier) et, d’autre part, une acceptation sans réserve des prémisses de la médiation.

Ainsi, les tenants de cette approche constatent que le système légal n’offre jusqu’à présent que bien peu d’aide aux femmes violentées; ils le décrivent comme inefficace et ce, à plusieurs niveaux.

Le système de justice, reposant sur des bases où les parties sont considérées comme adversaires, suscite souvent des rapports conflictuels et peut ainsi exacerber les tensions entre conjoints (Brown dans Hart). Un tel fonctionnement incite l’accusé à nier toute culpabilité, recommande fortement la référence à des avocats qui deviennent les porte-parole de chacune des parties, qui décident du sort de chacune des parties, qui décident du sort de chacun et plus particulièrement de celui de la victime (Mederer et Gelles; Dobash et Dobash dans Corcoran et Melamed), rapportent que l’arrestation, quoique permettant la cessation des agressions à court terme, peut parallèlement engendrer un potentiel de violence accru du fait que le coupable voit son estime de soi rabaissée.

À cette caractéristique inhérente au système de justice vient s’ajouter le fait que la grande majorité des acteurs impliqués sont victimes de préjugés sociaux sur la violence conjugale et qu’ils méconnaissent la problématique. Ces lacunes peuvent facilement constituer un désavantage pour les femmes et les enfants témoins d’agressions (Saposnek, dans Corcoran et Melamed).

Le système légal marquera, d’une part, sa répugnance à intervenir et aura souvent tendance à juger les victimes pour leurs comportements déviants de la norme exemple déménagements fréquents afin d’assurer leur protection ou encore réconciliations avec l’agresseur, hésitations des femmes à poursuivre leur conjoint (Jackson dans Corcoran et Melamed). Dans ce contexte les plaintes des femmes battes (Fields dans Corcoran et Melamed).

D’autre part, Erickson et McKnight mettent en lumière de nombreux faits qui démontrent la faveur que le système légal accorde à l’accusé en mettant l’emphase sur les droits de ce dernier et ce, au détriment de ceux des victimes. Il a aussi tendance à rendre des sentences inappropriées parce que trop légères. Il faut souligner que le système de justice ne possède pas toujours les moyens d’assurer le respect de ses ordonnances. En effet, le principal problème rencontré par les femmes est celui du respect du jugement, entre autres en ce qui a trait aux contacts : interdit de contact entre les conjoints, encadrement des contacts entre le père et les enfants. Il s’agit d’un vécu difficile. En cas de non-respect du justement, c’est la femme qui porte l’odieux de retourner devant la cour.

Compte tenu d’une telle critique du système légal, la médiation est perçue par plusieurs comme une alternative intéressante pour réduire la violence suite à la séparation, pour arriver à une entente satisfaisante pour toues les parties, pour redonner du pouvoir à la victime et réhabiliter l’agresseur (Corcoran et Melamed).

Malgré l’inégalité de pouvoir inhérente à la relation de violence conjugale, les médiateurs croient qu’ils peuvent, par leur intervention, actualiser les principes d’une médiation classique. Ils considèrent également que la médiation permet le développement de la communication entre les deux parties, l’apprentissage d’habiletés sociales ainsi que l’établissement de frontières claires (Erikson et McKnight; Chandler; Girdner), acquisitions suffisantes pour mettre fin à la violence et permettre aux femmes de reprendre du pouvoir sur leur vie



* à suivre *

mercredi 13 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 7e partie

Pour les féministes

La violence conjugale ne se limite donc pas à mettre en danger les femmes elles-mêmes; elle atteint également les enfants qui voient leur risque d’être abusés s’accroître, comparativement à ceux qui vivent dans un milieu familial où la violence est absente.

Ainsi, Hart cite plusieurs études mentionnant chacune à leur façon cet état soulignent que 50% des hommes violents abusent physiquement de leurs enfants. Enfin, les risques pour une fille d’être abusée sexuellement par un homme qui agresse sa conjointe sont 6,5 fois plus élevés que ceux d’une fille évoluant dans un milieu où la violence est absente (Hilberman et Munson dans Hart).

D’autres faits viennent souligner l’importance de cette situation de danger. Ainsi, d’une part, il appert que la violence envers les femmes et les enfants précède généralement les homicides d’enfants; ces derniers sont dans une proportion de 80% le fait d’hommes (Bergman, Larsen et Mueller, dans Hart). D’autre part, Finkelhor, HOtaling et Seldak (dans Hart) mettent en évidence que la plupart des enlèvements sérieux sont faits par des pères et qu’ils se produisent pendant le délai existant entre la séparation et le divorce des parents. Trois enfants sur dix souffrent de problèmes mentaux consécutifs à leur enlèvement.

Sans devoir vivre tous ces traumatismes, la plupart des enfants, suite à leur vécu de victimes et témoins de violence, subissent des conséquences, importantes sur le plan psychosocial. Qu’il nous suffise de mentionner, à titre d’exemples, les problèmes comportementaux, somatiques ou émotionnels (Jaffe, Wolfe et Wilson, dans Hart). De façon générale, on remarque plus particulièrement chez les garçons âgés de 6 à 12 ans des problèmes reliés à l’agressivité envers sa fratrie et ses pairs (Jaffe et al.,) alors que chez les filles, on observe des comportements de retrait, de passivité et de dépendance (Hilberman et Munson, dans Hart).

Connaissant le vécu des femmes et des enfants qui vivent dans un climat de violence, il apparaît douteux que la garde partagée, solution souvent mise de l’avant par les médiateurs, apparaisse comme très adéquate (Kline et al., dans Hart). En effet, ce type de garde, tout en étant un moyen de contrôler la vie de l’ex-conjointe, peut même causer des préjudices importants aux enfants : les modes de fonctionnement inadéquats du père (projections, critiques de la mère, report de ses responsabilités, etc.) peuvent détériorer la perception que les enfants ont de leur mère, de même que la relation qu’ils ont avec elle (Hart).

Dans ce contexte, la médiation apparaît comme un processus inéquitable en ce sens où il y a déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple au profit du conjoint qui utilise la violence comme moyen de contrôle. Les solutions proposées le sont dans un contexte de coercition où la coopération est impossible. Elles représentent donc difficilement un compromis négocié dans le respect et le meilleur intérêt des enfants.

Selon les féministes, la médiation vient remettre en question les acquis réalisés jusqu’à présent par les femmes violentées en menaçant leur sécurité, en maintenant le déséquilibre de pouvoir entre les parties, en reprivatisant les relations de couple et familiales. Elles sont conséquemment opposées à toute politique qui inscrirait l’obligation à la médiation.


* à suivre *

mardi 12 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 6e partie

a) Les féministes
Les féministes trouvent inapproprié le processus de médiation tel qu’il est généralement présenté dans les cas de violence (Kingston Interval House; Pagelow, dans Hart). Elles préconisent plutôt l’utilisation d’une démarche légale qui, criminalisant les actes violents du conjoint, tente de protéger du moins en partie les femmes violentées.

Elles remettent donc en question la valeur de la médiation. Elles trouvent incompatibles les prémisses du processus de médiation et la réalité inhérente aux situations de violence conjugale où il y a toujours déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple, au profit du conjoint (Yllo et Bograd, dans Hart; Stark et Flitcraft, dans Hart).

Pour rendre compte de ce déséquilibre, elles rappellent la peur ressentie par les femmes face à leur conjoint (Hard). Cette situation ne cesse pas du fait de la séparation, mais va plutôt en s’amplifiant (Ellis; Wight-Peasley dans Hart). Qu’il nous suffise de rappeler ici les risques importants de « féminicide » (Browne et Williams, dans Hart) et de viol des femmes violentées par leur ex-partenaire (Russell, dans Corcoran et Melamed).

Ce déséquilibre de pouvoir au sein du couple se traduit également de façon plus subtile lorsqu’on connaît les effets du syndrome de Stockholm (Graham, Rawlings et Rimini, dans Hart; Okun) : à l’instar des otages en captivité, les femmes ont peur, paralysent et sont même reconnaissantes envers leur agresseur. Ces comportements et attitudes se poursuivent longtemps après la fin de la captivité.

Dans ce contexte, les femmes ne sont pas libres d’accepter la médiation, de l’arrêter, de faire entendre leurs besoins (Sun et Woods, dans Chandler). De plus, mises en contact avec leur agresseur pour des fins de médiation, ces femmes sont placées en situation de danger avant, pendant et après les séances de médiation.

On peut également parler d’investissements inégaux dans le processus de médiation, d’enjeux différents pour les deux parties. Les femmes cherchent la sécurité, le bien-être, la survie pour elles-mêmes et leurs enfants. Les agresseurs perçoivent la médiation comme un moyen de maintenir ou accentuer le contrôle sur leur conjointe, par le biais des enfants lors de la séparation (Bowker, Arbitell et McFerron, dans Hart).


* à suivre *

lundi 11 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 5e partie

2. La médiation

La médiation est un processus par lequel une personne neutre aide deux autres personnes à résoudre leurs conflits. Elle est un processus volontaire d’orientation. À cet effet, le couple qui désire procéder à une rupture en utilisant la médiation doit répondre à certains critères :
- Chacun doit croire qu’il sera possible de trouver des solutions valables et mutuellement acceptables et avoir le désir de rechercher de telles solutions.
- La coopération, de même que le respect de l’autre et l’écoute, sont des valeurs à la base de la médiation.
- L’intérêt de la famille et donc des enfants prévaut sur les intérêts personnels.
Chacun doit croire à l’impartialité et l’intégrité du médiateur ainsi qu’à la valeur de la médiation comme processus de résolution des conflits (Brown).

3. Trois grands courants de pensée

En Amérique, malgré un développement récent, il existe une grande diversité de pensées à l’égard de la médiation en matière de divorce dans les situations de violence conjugale. Pour ajouter à la clarté de l’analyse, nous regrouperons ces prises de position sous trois grandes catégories.

La première catégorie propose la mise en valeur de la perspective légale, thèse principalement défendue par les féministes. En deuxième lieu et à l’opposé, s’inscrivent les médiateurs qui s’appuient sur les principes de la médiation telle que définie précédemment. En troisième lieu se retrouvent ceux que nous nommerons les réformistes : proposant un compromis, ils préconisent l’utilisation du processus de médiation plus ou moins profondément modifié.

* à suivre *

vendredi 8 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 4e partie

Conséquences de la violence pour les femmes

Pour les femmes, les conséquences du vécu de violence sont fort importantes. En plus de problèmes de santé et de troubles d’ordre psychosomatique reliés au vécu de violence, la femme violentée présente des comportements qui sont liés aux sentiments de peur, de honte et de culpabilité. Il est important d’en saisir la portée car la médiation, bien que pouvant être acceptée par la femme, le sera dans un contexte d’aliénation.

« S’il y avait eu un service de médiation à cette époque-là, sûrement qu’on me
l’aurait proposé et sûrement que je l’aurais accepté. Parce que, de un, tu ne
veux pas faire mal à l’autre. Je ne voulais pas le traîner en cour. Je voulais
juste avoir la paix. » (INTER’ELLES).


La femme violentée vivra constamment dans la peur d’être poursuivie par son agresseur (Hodgins, Larouche). Elle est en constant état d’alerte, sursaute au moindre bruit et manque de concentration (Hilberman). Elle a de la difficulté à prendre des décisions (Sinclair) et n’a plus confiance en elle (Walker). Si elle travaille à l’extérieur, elle s’absentera plus fréquemment. Les zones de dépendance augmentent chez les femmes en situation de violence.
Certaines femmes dénieront la violence ou ses impacts (Sinclair). Dans certains cas, la femme sera atteinte du syndrome de Stockholm en se faisant compréhensive pour l’agresseur et en lui devenant même reconnaissante de ne pas l’avoir blessée davantage alors qu’il pouvait la tuer. Physiquement et psychologiquement isolées, certaines femmes présenteront des comportements d’autodestruction, tels que le suicide, la consommation de drogue, d’alcool (Pfouts). Ainsi, la femme qui subit de la violence conjugale se retrouve dans une situation aliénante. Elle devient une personne dont les besoins, l’environnement, la vie, sont définis par un autre individu.


* à suivre *

jeudi 7 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 3e partie

La période de séparation

La séparation constitue un moment crucial. Lorsque les femmes en arrivent à la décision d’une rupture définitive, c’est le plus souvent après avoir vécu beaucoup d’agressions et plusieurs ruptures antérieures. Elles ne peuvent plus croire aux paroles et promesses de cet homme. Il s’agit alors de la seule issue possible pour elles et leurs enfants. Pourtant, la plupart vivront beaucoup de culpabilité et de peur (Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes de violence; Nicarthy).

C’est une période où la femme battue tente de diminuer le contrôle que son agresseur exerce sur elle. Elle pose alors des gestes qui vont à l’encontre de l’intérêt de l’agresseur et met celui-ci devant le fait qu’elle envisage sa vie sans lui (Ellis). Dans le contexte de la séparation, la garde partagée peut devenir un enjeu important, tout comme la médiation d’ailleurs. L’homme peut utiliser ces moyens dans le but de maintenir son contrôle sur la femme. La présence d’enfants augmente la vulnérabilité de la femme et l’emprise de l’homme sur elle.

La séparation est le moment où les femmes ont l e plus grand risque d’être agressées ou tuées (Ellis; Wight-Peasley, dans Hart). Selon les études, de 25 à 50% des femmes tuées par leur conjoint le sont après la séparation (Cazenave et Zahn, dans Hart). Donc, contrairement à la croyance populaire, la violence ne cesse pas du fait de la séparation. Souvent, elle augmente. Le conjoint se voit justifié d’agresser, pour contraindre sa partenaire à revenir ou encore pour la punir de sa décision de séparation (Dutton, dans Hart).


* à suivre *

mercredi 6 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 2e partie

1. La problématique de la violence conjugale
La violence conjugale est définie comme toute forme d’abus physiques, psychologiques ou sexuels de la part d’un homme envers sa conjointe, afin de contrôler son comportement par la peur. Ces abus sont directement ou indirectement renforcés par les traditions, les lois et les attitudes prévalant dans la société, et sous-tendent un rapport de pouvoir entre la victime et l’agresseur (McLeod; Commonwealth Secretariat; Sinclair).

Caractéristiques des conjoints violents

Certaines caractéristiques sont souvent associées aux hommes violents envers leur conjointe. Ils ont bien intégré les stéréotypes en fonction des sexes. Ils ont une perception rigide du rôle de la femme et de l’homme (Yllo et Bograd, dans Hart; Davidson). Ils considèrent que la soumission de leur partenaire leur est due et n’ont donc pas la volonté de négocier et d’en arriver à un compromis (Hart). Ils dénient la violence dont ils font preuve (Walker, dans Hart) et peuvent être d’habiles manipulateurs.


« Même avec les avocats, au début quand j’ai fait ma demande de divorce, ce
n’était pas évident pour eux, que c’était de la violence conjugale. Quand mon
mari leur parlait, il avait un discours bien étoffé. Et moi, à leurs yeux, je
devenais la dépressive. » (INTER’ELLES).

Les hommes violents présentent souvent deux types de comportements, deux personnalités. À l’extérieur du foyer, ils peuvent donner l’image d’un homme qui répond bien aux besoins de sa famille; la violence se produisant uniquement à la maison, il devient difficile de connaître le contrôle et les abus subis par la femme. Ils sont aussi capables d’utiliser des agressions qui ne peuvent être reconnues que par leur conjointe (Pagelow, dans Hart). Comme l’exprimait une femme qui relatait son expérience de médiation :


« À cette époque-là, il n’avait qu’à me regarder et ça me rappelait les mauvais
coups que j’avais eus.


J’avais peur de lui ! Parce que je savais comment il était au moment où il
parlait. Ça ne paraissait pas. La médiatrice ne pouvait pas savoir ce qu’il y
avait. Mais je le voyais, je le ressentais. » (INTER’ELLES).
* à suivre *

mardi 5 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 1e partie

Introduction

Au Canada comme aux Etats-Unis, l’application de la médiation dans le champ spécifique du divorce est très récente. Avant 1981, peu d’écrits font mention de cette approche. Aujourd’hui, l’utilisation de la médiation est une pratique de plus en plus courante. De plus, l’engorgement actuel du système judiciaire et ses limites posent le débat concernant l’obligation ou non de référer en médiation tous les couples en situation de séparation ou de divorce.

De telles discussions prennent une importance particulière lorsqu’il y a incidence de violence conjugale. Toutefois, la médiation dans un contexte de violence conjugale est un sujet qui n’a pas été tellement exploré jusqu’à maintenant. Il existe peu de recherches disponibles et ces recherches sont souvent critiquables au plan méthodologique (Corcoran, Melamed). Quelques écrits fondés sur l’expérience clinique ont par ailleurs alimenté le débat, mais ils demeurent relativement peu connus.

Le présent texte se veut une contribution à la réflexion sur le sujet. Il est le résultat d’une revue de littérature, mais aussi d’entrevues réalisées avec des intervenants concernés, de même qu’avec des femmes d’un réseau pour femmes violentées. Dans un premier temps, nous présenterons certaines notions inhérentes à la violence conjugale et au processus de médiation. Nous relèverons ensuite trois courants qui prévalent aujourd’hui concernant l’utilisation de la médiation dans des situations de violence conjugale : soit celui des féministes, celui des médiateurs et enfin, le courant des réformistes. Nous conclurons en prenant position face à ces différentes tendances.

* à suivre *

lundi 4 octobre 2010

LE DEUIL - 7e partie

CONCLUSION

Nous avons élaboré un questionnaire sur les comportements et symptômes de deuil sur les aspects physiques, émotionnels, mentaux et sociaux et sur les besoins de support psychologique de la famille, avant et après le décès du patient.

Les réactions de deuil, en terme de dépression réactionnelle, sont plus intenses dans les trois premières semaines chez tous les sujets. Certains ont répondu que la période où ils ressentaient le plus grand besoin d’aide se situe avant le décès. C’est chez les conjoints que le besoin s’est manifesté avec le plus d’acuité en termes de durée et d’intensité.

L’observation de ces paramètres devrait nous permettre de prévoir que certains individus à haut risque de deuil intense ou même pathologique devraient être aidés dans le cadre de l’Unité de Soins Palliatifs à vivre leur deuil pendant les semaines et les mois qui précèdent et qui suivent le décès.

L’étude nous suggère que les personnes qui travaillent auprès des mourants sont les plus susceptibles de répondre adéquatement aux besoins des personnes en deuil et doivent avoir, en plus d’une disponibilité et d’une capacité d’écoute, une connaissance de la dynamique familiale et de la phénoménologie de deuil.

Nous reconnaissons le caractère incomplet de cette recherche faut de groupe témoin. Cependant, nous pouvons présumer qu’en raison du travail fait à l’unité de Soins Palliatifs avant le décès, les parents ont été capables d’amorcer l’étape suivante du deuil et de la vivre avec une plus grande sérénité.

Chaque rencontre avec les parents comportait une implication émotionnelle certaine de la part des praticiens, aussi certains parents ont partagé avec nous la difficulté que ces entrevues présentaient pur eux. Le temps accordé et la qualité de l’implication des parents témoignent d’un grand besoin de support thérapeutique. Très souvent nous avons eu l’impression d’ouvrir une porte et de devoir la refermer aussitôt, à cause des limites de notre étude. Nous avons souvent été aux prises avec un malaise fait de remords d’avoir soulevé des émotions difficiles, et le regret de ne pouvoir offrir un service adéquat au moment même où les parents nous accordaient leur collaboration.

Aussi nous croyons que cette expérience montre bien qu’une tâche professionnelle qui ne comporterait que le travail du deuil pourrait devenir très lourde en raison précisément du grand besoin de revivre une à une chacune des étapes du décès, « cette activité de compromis, si extraordinairement douloureuse, où s’accomplit en détail le commandement de la réalité ». (Freud).

« L’expérience des dernières années nous a appris que, dans certains cas, le deuil peut être une étape également difficile à traverser, et que certaines personnes peuvent avoir besoin de partager avec quelqu’un, pour un bout de temps, leurs sentiments, leurs inquiétudes et leurs interrogations.

Nous croyons être en mesure de vous offrir cette aide et nous vous invitons à ne pas vous gêner pour en profiter; il nous semble que comme nous vous connaissons et que vous nous connaissez aussi, il vous serait plus simple de vous adresser à nous si vous en avez besoin dans les prochaines semaines ».

vendredi 1 octobre 2010

LE DEUIL - 6e partie

LE VÉCU DES FAMILLES À L’UNITÉ DE SOINS PALLIATIFS
Nous avons tenté d’évaluer les besoins des personnes en deuil et d’identifier les formes d’aide qu’elles ont reçues ou qu’elles auraient souhaité recevoir à l’Unité de Soins Palliatifs au moment du décès et pendant la période qui l’a suivi.

Notre questionnaire voulait aussi évaluer notre système de support thérapeutique, sa structure, les moyens utilisés et son efficacité (annexe c).

RÉSULTATS
A) L’intensité du deuil
- Le tableau 1 indique que ce sont les conjoints en deuil qui se sont présentés en plus grand nombre à l’entrevue, suggérant que ce sont les veufs et veuves qui éprouvent la difficulté à vivre le deuil et expriment ainsi une demande d’aide.
Même si la personne survivante du couple n’a pas perdu une partie corporelle d’elle-même, il existe un sentiment de mutilation et de fragmentation de tout ce qui s’est développé entre eux êtres qui ont vécu ensemble, en harmonie ou non, pendant une plus ou moins longue période de vie et voilà que la réplique quelle qu’elle soit ne vient plus. L’absence de « feedback » peut amener des perturbations psychologiques importantes.

Parkes a étudié les effets somatiques du deuil et a comparé les dossiers médicaux de veuves avant et pendant le deuil : pendant les six premiers mois du deuil, le taux de consultations médicales a augmenté de 63%.

C.M. Parkes et al. Publiaient dans le British Medical Journal les résultats d’une recherche effectuée auprès de veufs de 55 ans ou plus. Leurs résultats indiquent que pendant les six premiers mois du deuil le taux de mortalité des veufs est de 40% plus élevé que le taux de mortalité chez les hommes mariés du même groupe d’âge.

- Il semble bien que la période active du deuil ou de la douleur se termine à l’intérieur de l’année. Cependant, le moment le plus difficile se trouve entre le premier et le troisième mois.
- Les personnes qui n’ont pas réagi au moment du décès semblent témoigner d’un équilibre précaire à la fin de ces trois mois. Toutes les personnes impliquées dans un processus actif de deuil sont dans un état physiologique fragile.
- Vingt pour cent des personnes ont présenté des symptômes de deuil pathologique.

B) Valeur de l’Unité de Soins Palliatifs
- En premier lieu, c’est à la famille que l’on adresse pour recevoir de l’aide dans ces moments difficiles de deuil.
- En second lieu c’est à l’équipe de Soins Palliatifs que l’on se référerait autant qu’à un ami et c’est pour nous significatif. C’est révélateur du type d’image que donne l’équipe et de la qualité de la relation qu’elle a réussi à établir au moment de l’hospitalisation.

Les personnes qui ont voulu collaborer à notre recherche ont exprimé leur très grand besoin de support notamment en nous retenant en entrevue pendant un temps qui dépassait de beaucoup le temps prévu. On assistait à ce que certains auteurs appellent « la compulsion au témoignage ». Ils ont revécu par le menu détail toutes les étapes qui ont précédé et suivi le décès avec une abondance de détails et une étonnante précision.



* à suivre *