lundi 27 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 48e partie


RELATION THÉRAPEUTIQUE
Grondin souligne le fait que dans tout processus thérapeutique quel qu’il soit, un changement s’opère presque toujours dans le contexte d’une relation personnelle et chaleureuse lorsque la personne médite seule sur ses expériences, affirme Grondin, il ne survient que rarement des changements majeurs.
La présence d’un témoin attentif nous rend confiants dans l’environnement et donc ouvert à la communication.  Hillman (!972) élargit cette perspective en soutenant que la thérapie est un acte d’amour.  Si le thérapeute consent à devenir partenaire dans l’échange, la relation s’établit sur une base de complicité dans laquelle chacun trouve matière à transformation.  Dans cette dimension, Hillman rejoint l’extrapolation de Lock Land lorsque ce dernier transpose  l’étape supérieure de croissance au domaine de la thérapie : le client, écrit Lock Land (1973), ne s’ouvra à l’influence du thérapeute que si celui-ci se laisse lui-même atteindre.  Si le climat perçoit que le thérapeute se refuse à toute ouverture, il vit la preuve de son incapacité à grandir dans des voies de mutualité et risque de régresser vers des formes d’interaction élémentaires.  Il apparaît alors que la neutralité prônée par les techniques traditionnelles est en contradiction totale avec l’objectif visé : la transformation du client vers des formes de relations élaborées.
Le fait de partager déboulonne obligatoirement le thérapeute de son piédestal (Hillman 1972) minimise le transfert, procure au client un sain recul.  Ce dernier attend de l’autre accueil, amour, partage, mais ne le perçoit plus comme démiurge.  C’est lui (Lopez-Pedreza, 1977) au contraire, qui devient le démiurge de sa propre métamorphose. Il est conscient que, en prenant et donnant tour à tour, il agit comme agent de transformation et il trouve un sens à sa vie.
Ainsi, la vie est perpétuel changement, mouvement irrésistible vers la croissance de l’être.  Notre itinéraire de vie, loin d’être linéaire, évolue en spirale, d’interrogation en conflit, de conflit en résolution, de résolution en nouvelles interrogations.  La spirale est d’ailleurs symbole de ces cycles dans de nombreuses traditions.
Parce qu’elle possède la remarquable propriété de croître en gardant la permanence de sa forme (Durand, 1969) elle constitue l’image de l’équilibre dans le chaos.  Elle exprime la continuité de notre être à travers les rythmes perpétuels du changement intérieur, alors que la multiplicité de nos tendances contraires devient unité (Jung 1934).
Le langage Jungien décrit fidèlement cette progression spiralée: surviennent les premières interrogations, les premiers malaises dus au travail de l’inconscient; commence l’aveugle périple dans “l’ombre”, période dionysiaque, noire, chaotique, dans laquelle notre moi conscient est aux prises avec des forces qu’il ne peut définir et qui ne sont autres que lui-même.  Cette phase dépressive est cependant essentiellement féconde.  Car elle est gestation.
Parvenu au bas de la boucle spiralée, le cycle s’inverse, nous découvrons la complémentarité de nos forces contraires.  Dans la lumière et l’harmonie, nous vivons une période extatique et créative pendant laquelle nos conflits trouvent leur résolution.
Nous ordonnons notre vie avec le nouvel acquis de notre expérience.  Chargés de forces neuves, nous sommes alors prêts à affronter une autre plongée dans l’ombre; qui appellera une autre période de lumière.  À travers le périple, nous nous dépouillons peu à peu de fardeaux inutiles et nous approchons du centre de notre être.
Nous serons d’autant plus agents de changement que nous accueillerons de plein gré nos propres périodes d’ombre; nous saurons alors aider nos clients à percevoir l’aspect positif de leur maladie.  Nous pourrons leur communiquer, pour l’avoir vécu, que leur handicap, quel qu’il soit, peut être intégré et facteur de développement de richesses intérieures actuellement en friche.
À travers cette synthèse, nous pouvons affirmer que la maladie a une signification profonde dans tout itinéraire de vie.  Cette optique n’a rien à voir avec la sublimation ou une quelconque mystique; elle est tout simplement naturelle.  Le point de vue actuel sur la nocivité de la maladie peut être envisagé comme une perversion si l’on considère que la maladie est une tentative pour contrer la stagnation et par conséquent la mort “Bien et mal sont tout un” disait Héraclite.  Cette fonction insolite de la maladie fait partie du plan du vivant.
Selon le physicien Charon (1974) le vivant a deux projets; d’une part accroître l’ordre autour de lui.  Si nous acceptons le paradoxe que la maladie est une tentative d’ordre, par opposition à la stagnation qui est désordre, et que cette tentative d’ordre est propension à la mutualité, nous nous englobons dans une optique dynamique de l’être et de son environnement, où “la vie est mouvement, la vie est choix, la vie est conquête de la liberté.”

dimanche 26 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 47e partie


CROÎTRE
Ne nous fions pas aux apparences: maladies et crises de tous genres ne signifient pas désordre - seule est désordonnée la matière inerte (Charon, 1976) dont les molécules figées sont distribuées au hasard.  La structure de tout être vivant est organisée, ordonnée vers un but précis : participer par son action à l’action de son milieu environnant. La qualité de cette participation va déterminer la qualité de croissance de l’être et, par conséquent, la qualité de sa vie.
Lock Land (1973) perçoit trois alternatives de croissance. La plus élémentaire, la forme “d’accrétion”, est une tentative d’expansion de soi.  À ce stade, l’organisme vivant cherche à amplifier son volume et l’être humain cherche à étendre sa puissance.  Dans une forme supérieure de croissance que Lock Land nomme “réplicative”, l’être vivant tente d’essainer dans l’environnement des copies exactes de lui-même.  L’être humain de ce stade ne s’accoie qu’avec des gens qui partagent ses propres vues.  La forme la plus élevée de croissance, dite de “mutualité”, est basée sur l’échange entre le moi et le monde extérieur.  L’ëtre se transforme et grandit à travers ses multiples expériences avec l’environnement , l’environnement se transforme avec lui.  Dans les systèmes biologiques, ce sont ces dernières formes de croissance, assure Lock Land, qui se développent avec le plus de succès, le fait d’affecter les autres et d’ëtre affecté avec eux dans l’échange et le partage.
Le comportement humain ne se manifeste pas seulement dans le développement de l’autonomie ou la manifestation de son contraire, la dépendance, constate Argyal (1965) .  L’homme adulte ne fait pas que s’affirmer, devenir maître de soi, agir en être libre.  Il éprouve aussi la soif de se trouver une place dans l’environnement, il se bat pour avoir un sentiment d’appartenance: C’est ce qu’Argyal (1965) dénomme l’homonomie, ce que Lard Land (1973) appelle la mutualité, ce besoin de faire partie d’un tout qui est plus grand que nous-mêmes. Et (Charon 1974), en donnant l’exemple de la cellule, reprend le même concept à peu près dans les mêmes termes.
Le rôle de la cellule est de participer directement à la vie du milieu qui l’entoure (le tissu vivant auquel elle appartient) la cellule consacre sa vie à faire vivre un vivant plus grand qu’elle-même. La vocation profonde du vivant est sa participation à l’évolution de l’univers. “Heraclite ne concevait l’humain qui fonde dans la pensée universelle, l’homme ressent la nécessité de vivre dans l’union, la participation.  Ce concept d’homonomie est à la fois opposé et complémentaire au concept d’autonomie.  Ces deux forces s’expriment simultanément lors du développement de l’enfant; celui-ci se permet d’autant plus de grandir et de se séparer de sa mère qu’il la sent proche et attentive.  En l’absence de tout égard; il perd son désir de croissance, du même qu’en l’absence d’une rétroaction positive et nourrissante de l’environnement, l’ëtre vivant s’étiole, stagne et s’oriente vers la mort.

vendredi 24 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 46e partie


MA TÊTE EST PLEINE COMME DU COCA-COLA TROP GAZEUX
Les crises ne doivent jamais être évaluées négativement.  Chaque crise confronte l’individu à lui-même et à son environnement.  Et Jung écrit; “la maladie n’est pas un fardeau superflu et vide de sens; elle est nous-mêmes”.

Le terme de maladie est employé à dessein dans un but de réhabilitation du terme : vue par le corps médical et par l’ensemble de la population comme une aberration de notre organisme, comme un ensemble de symptômes qu’il faut faire disparaître, il est grand temps de la concevoir sous son angle positif; elle appartient aux cycles évolutifs de l’être.  Elle doit être traitée comme faisant partie intégrante du processus vital - Jung (1934), insiste sur le fait d’assurer la maladie, de s’acharner à découvrir son enseignement; plus encore, soyons lui reconnaissants, car elle nous donne l’occasion de suspendre nos activités, d’être enfin à notre écoute, Elle est un chemin douloureux, mai concret, qui nous conduit vers notre réalité.
L’être humain est alors stimulé à faire appel à ses plus hautes potentialités, à s’actualiser selon la perspective de (Maslow 1968), à entrer en contact avec la totalité de son être : il s’agit comme le dit Rogers (1961), d”être vraiment soi-même”.  Ainsi nous pouvons nous permettre d’affirmer qu’une période dépressive, un accident physique deviennent fructueux; car ils invitent l’être à s’arrêter, à s’interroger, à explorer ses aspects sombres et chaotiques, à se livrer au conflit générateur de transformation.
En accueillant sans discrimination le positif et le négatif, la délectation à la souffrance (Hillman, 1972), nous assumons le conflit, nous accueillons la maladie qui, paradoxalement, est voie de guérison de par sa possibilité et volonté de croissance les mouvements vers le bas, s’ils sont tout naturellement acceptés, enrichissent l’être. Ils font partie des allées et venues du flux vital.
Le concept de maladie auquel nous faisons référence englobe tant les crises psychiques que physiques.  Le changement touche toutes les dimensions de l’être humain, y compris le biologique (Riegel, 1976, Gendlin 1978), qui travaille depuis plus de vingt ans à élaborer une théorie du changement de la personnalité, et qui a mis au point sa technique de focalisation pous susciter et stimuler ce changement, prend comme point de départ le corps.
Par le biais de la relaxation, il demande au client d’être attentif au mesage que son corps est prêt lui transmettre.  Ce message se traduit donc d’abord par une sensation physique.  Tout en étant profondément attentif à la mouvance de cette sensation, le client s’efforcera d’en déceler l’image symbolique dans son monde imaginaire et de découvrir l’émotion correpondante dans son monde affectif.  À la fin du processus, lorsque les liens sont tissés entre toutes les zones de la personnalité, lorsque tout est synchronisé, dirait Riegel, le client s’ouvre à la conceptualisation: il établit des rapports entre ce vécu du moment et les événements de son quotidien; le corps transmet généralement alors une dernière sensation, chaleur, force, énergie, qui est message d’unification, de synchornicité entre les différents niveaux de l’être et l’environnement. Partant du corps et revenant du corps, la focalisation de Gendlin suit, elle aussi, comme toute transformation du vivant, un rythme spiralé.  Le corps est le miroir et le réceptable de toute notre vie psychique.  Il n’est donc pas étonnant qu’un conflit psychique ait pour conséquence une maladie physique; et que cette dernière puisse être cause et initiative de changement de l’être dans sa totalité.

mercredi 22 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 45e partie


TOUT ME TORTURE

L’homme en détresse doit saisir l’aspect nécessairement conflictuel de l’être humain
avec l’environnement. Il doit y apercevoir une interaction dialectique. L’homme se
développe grâce aux contradictions qui surgissent en lui, et entre lui et l’environnement.
Les rythmes des mouvements qui surviennent entre les différentes dimensions de l’être
et son environnement sont rarement synchronisés; ce manque de concordance
provoque un déséquilibre que nous appelons crise, conflit ou maladie. On doit s’efforcer
de découvrir de nouvelles stratégies, de fournir des réponses créatives qui apportent
l’équilibre désiré. Mais ce plateau d’équilibre, sitôt acquis, appelle de nouvelles
questions qui provoquent un nouveau conflit. Nous retrouvons dans cette vue
dialectique du changement ce même mouvement cyclique qui, de pire en pire, nous
mène et nous ramène de phases de conflit en phases de repos, phases semblables et
cependant toujours neuves puisque ayant bénéficié de la croissance des phases
précédentes. Pour parodier l’autre “ce qui est contraire est utile et c’est de ce qui est en
lutte que naît la plus belle harmonie; tout se fait par discordance.”
Il insistait sur le mouvement dialectique des forces contraires qui s’exercent dans
l’univers et à l’intérieur de l’ëtre. Les forces opposées s’éloignent et se rapprochent tour
à tour pour finalement s’unir car on peut percevoir les opposés comme compatibles. Le
changement s’effectue avec ses répétitions qui oscillent régulièrement de chaos en
harmonie.

Nous avons au cours des siècles, perdu cette vision cyclique du changement pour
acquérir une vision linéaire, causale et fragmentaire du mouvement de la vie. Certains
auteurs perçoivent donc comme fondamentalement indispensable toute forme de conflit
sans lequel aucun changement ne pourrait s’effectuer. Jung refuse la dichotomie que
nous avons l’habitude d’établir entre bien et mal, entre tous les pôles contraires. Il base
en grande partie son oeuvre sur l’intégration du mal dans son aspect paradoxal. Par
mal, il voit tout ce qui nous torture, tout ce que avec quoi nous nous torturons, c’est-à-
dire nos conflits, nos maladies, nos contradictions, notre part de folie. Il affirme que si
nous ne succombons pas au moins en partie, à la tentation du mal, “il ne peut y avoir ni
renouvellement, ni guérison” Il nous invite donc à intégrer ce mal pour découvrir son
côté salutaire.

Les tendances contraires s’affrontent lorsqu’on nie leur complémentarité. Leur synthèse
s’accomplit quand nous accueillons les événements en étant attentifs à leur
synchronicité. Rien n’est l’effet du hasard, écrit Jung (1930). Tous les événements de
notre vie sont intérdépendants (Riegel 1976) considère que le manque de
synchronisation dans les différentes zones d’activité d’un être humain avec son
environnement génère le conflit, par là même, permet d’introduire des réarrangements
constructifs.

Jung (1930) va plus loin : si nous cessons, écrit-il, de lutter contre les événements qui
surviennent, si nous cessons de nous interroger sur leur causalité, si nous les
accueillons nous percevons soudain que les faits s’articulent selon nos besoins
profonds. Ils deviennent des messages et sont significatifs pour notre évolution. Nos

découvrons que notre vie a un sens, et alors, des solutions créatives se pressent
soudain à notre conscience.

lundi 20 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 44e partie

JE VIS POUR VIVRE


L’homme en détresse vit un trouble de la personnalité se manifestant par des
perturbations émotionnelles. Il vit aussi une forme de psychose beaucoup plus grave de trouble consistant en une désorganisation grave de la personnalité et une perte de contact avec la réalité. Ainsi, certains hommes en détresse sont dirigés parce qu’ils ressentent, à tel point que leur pensée rationnelle joue qu’un rôle accessoire.

Chez d’autres, au contraire, que l’on considère comme “froids” la raison exerce une véritable tyrannie, alors que la vie affective et imaginative demeure indigente. L’homme en détresse vit une crainte imprécise d’un danger émanant de sources inconnues, pour parfois devenir si grave que ce dernier demeure dans un état de crainte continuel sans raison apparente; vit une appréhension constante, l’incapacité de se concentrer et bon nombre de symptômes physiologiques du stress. On pense ce type de comportement est la conséquence d’une incapaité de l’individu d’apprendre des comportements de défense appropriés. Il vit des idées qui se fixent comme des parasites dans l’esprit. Obsédé, il est assiégé par une idée ou un sentiment pénible qui s’impose irrésistiblement à son esprit et lui cause des angoisses souvent de ses affects en ce sens qu’il souffre un genre de perturbations pouvant connaître des états émotionnels apathiques ou dépressifs, on peut passer à divers reprises de l’état maniaque à l’état dépressif.

L’homme en détresse doit connaître les signes précurseurs des troubles émotionnels avant qu’il ne soit trop tard pour y remédier.
Les signes peuvent être:
• Repliement sur soi-même : craindre l’échec avec, comme résultat,, la recherche
constante d’évasion, cinéma, télévision, excès d’alcool, le refus de responsabilités
maritales, familiales ou professionnelles.
• Agressivité: chercher la querelle, continuellement et sans raison valable.
• Égocentrisme : être incapable de partager, son temps, son amitié, ses connaissances, ses biens; être égoïste, se placer au premier plan, imaginer que la terre tourne autour de soi.
• Méfiance exagérée : croire que tout n’est que malhonnêteté, déceptions, obstacles ou frustrations; n’avoir confiance en personne, entretenir envers tous des sentiments de suspicion.
• Insomnie: être incapable de dormir, se sentir toujours fatigué et vivre au ralenti; avoir de la difficulté à se sortir du lit même après une bonne nuit de sommeil, refuser de se lever au risque de perdre son emploi et de négliger sa famille.
• Anxiété: s’inquiéter de tout et de façon excessive; craindre l’avenir; avoir peur de prendre des décisions, petites ou grandes.
• Rêvasserie: perdre son temps à imaginer ce qui pourrait être pour oublier ce qui est; fermer la porte aux problèmes et vivre dans un autre monde.
• Hypochondrie: se préoccuper outre mesure de malaises physiques mineurs;
s’imaginer des maladies et se convaincre d’en souffrir.

• Piètre contrôle émotionnel: réagir exagérément devant des choses de peu
d’importance; faire des crises de colère démesurées.
• Humeur : s’adonner à de fréquentes sautes d’humeur; se sentir déprimé; avoir
l’impression que rien n’en vaut la peine; penser au suicide.
• Sentiment d’impuissance et de dépendance: laisser les décisions aux autres, les laisser agir pour vous et à votre place. Tout remettre au lendemain.

Se réapproprier face à ce mal de vivre

« Il nous arrive de supprimer ou de dénier nos sentiments, de crainte que notre
entourage ne les comprenne pas ou refuse de les accepter si nous les verbalisons. Mais
c’est seulement en honorant et en reconnaissant nos véritables sentiments que peut
s’opérer notre rétablissement affectif et que nous pouvons aller de l’avant. »

Comprendre son rétablissement affectif doit évidemment passer par la reconnaissance
de ses sentiments. En admettant honnêtement ses sentiments,
nous pouvons commencer à débroussailler ma vie et voir plus clairement les motifs de ses agissements. En admettant que nous avons été blessés et en pleurant nos peines, nous devenons en quelque sorte le propriétaire de mes angoisses et de mes frustrations.

Aujourd’hui, nous reconnaissons que nous sommes humains, que nos sentiments sont importants et qu’ils doivent trouver leur expression dans notre vie.

samedi 18 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 43e partie


MA VIE AFFECTIVE DEMEURE INDIGENTE

Le patient déprimé rumine sans cesse de façon morbide le passé et il est incapable de se projeter dans l’avenir sans une appréhension énorme; pour lui, le passage du temps est ralenti comme une éternité. Il anticipe volontiers des catastrophes dans l’avenir.  Les moindres détails de la vie courante deviennent souvent des sources d’angoisse douloureuse que rien ni personne ne peut soulager.  Ces ruminations peuvent prendre un caractère obsédant et être associées à des rituels compulsifs de vérifications.
Les symptomes neurovégétatifs prennent une place notable dans le tableau dépressif.  Dans la majorité des cas, on observe une perte d’appétit et de sensibilité gustative. (“je n’ai pas faim et je dois me forcer pour manger.”)  Cette perte d’appétit est souvent associée à une perte de poids. On constate également de l’insomnie, surtout matinale, c’est à dire un éveil précoce, au moins deux heures plutôt qu’habituellement.
Quand le talbeau dépressif est installé depuis quelques mois et atteint une intensité marquée, il n’est pas rare de rencontrer alors des perturbations très marquées du sommeil avec insomnie initiale, moyenne et terminale.
À ce stade, le patient a l’impression qu’il n’est virtuellement plus capable de dormir ou que le peu de sommeil qu’il peut avoir est très léger, entrecoupé de cauchemars fréquents.
Cette symptomatologie révélée par le patient est confirmée par les enregistrements de sommeil à l’EEG qui montrent un début précoce du sommeil paradoxal, ainsi qu’une diminution des stades 3 et 4 du sommeil (Kupper et al, 1978; Vogel, 1980). Les antidépresseurs ont d’ailleurs pour effet de retarder l’apparition des phases de sommeil paradoxal.
Il y a aussi des dépressions marquées par une augmentation de l’appétit et une hypersomnie.  Le patient déprimé manifeste souvent des perturbations autonomiques : palpitations, sensations de pression thoracique, vertige, diaphorèse,sècheresse de la bouche, diarrhée de constipations, réactions plus fréquentes.  Ces symptômes autonomiques sont précipités habituellement par des stresseurs émotionnels et sont de fréquence et d’intensité variables au cours de la journée, pouvant parfois devenir très incapacitants.  On note aussi une diminution de la libido dans la grande majorité des cas.
L’atteinte du fonctionnement de la pensée et de la sphère cognitive est également  notable chez le déprimé et passe trop souvent inaperçue, probablement en raison de la preéminence des symptômes affectifs et somatiques nombreux.  On observe fréquemment une diminution de la capacité de concentration, de la capcité d’abstraction et une perturbation de la mémoire.  Le patient déprimé révèlera qu’il est moins alerte sur le plan intellectuel et que, parfois même, il éprouve beaucoup de difficulté à lire un article de journal, à suivre une émission de télévision ou une conversation.  Il sera volontiers tenté d’attribuer ces phénomènes à ses ruminations obsédantes.
Chez la majorité des patients déprimés, la motricité est réduite.  Le débit verbal, la gestuelle, la démarche sont ralentis.  Mais on observe aussi, dans bien des cas, une agitation qui consiste en des gestes stéréotypés, improductifs et qui est reliée à l’état de tension intérieure ressentie par le déprimé qui n’arrive pas à tenir en place.  Il ne s’agit donc pas ici d’une augmentation de l’activité motrice normale, mais plutôt d’une hyperactivité anxieuse. C’est sur la foi de ces observations cliniques qu’on avait établi une distinction entre la dépression ralentie (retarded) et la dépression agitée (agitated). Dans sa forme clinique la plus sévère, la dépression ralentie peut atteindre la stupeur; la dépression agitée, qu’on retrouve dans la forme mélancolique, peut aboutir à une agitation extrême, incessante, que personne ne peut calmer verbalement et qui mène parfois à un geste suicidaire imprévisible. Dans ces deux formes cliniques extrêmement graves de dépression, l’electroconvulsivothérapie (ECT) produit habituellement une amélioration spectaculaire en l’espace de 48 à 72 heures.
On constate, dans environ 15% des cas, des symptômes psychotiques associés à la dépression majeure.  Les délires ou les hallucinations sont le plus souvent congruents à l’humeur, c’est à dire qu’ils font référence à des thèmes dépressifs typiques tels que l’autodévalorisation, le sentiment de culpabilité pour des vétilles, la conviction inébranlable d’une mort imminente, la pauvreté, l’indignité, l’anéantissement de soi ou la punition méritée.  On observe aussi des délires hypocondriaques portant sur la conviction d’avoir une maladie physique grave.  On remarque chez certains patients des idées paranoïdes mais qui demeurent vagues; le patient se sent persécuté pour ses propres fautes, ce qui vient corroborer l’interprétation psychodynamique qu’a faite Freud (1917) de la dépression mélancolique, en la définissant comme un retournement de l’agressivité contre soi-même.
L’ensemble des symptômes dépressifs décrits ci-dessus évolue habituellement de façon insidieuse et progressive sur une période de plusieurs semaines à plusieurs mois.
Le patient va souvent d’abord consulter en médecine générale pour des malaises somatiques.  La plupart du temps, le bilan physique ne révèlera aucune anomalie et le tableau clinique continuera d’évoluer.   Après de multiples tentatives pour s’en sortir, le patient manifestera des sentiments de désarroi (helplessness), d’autodévalorisation (worthlessness) et de désespoir (hopelessness).  Ces trois sentiments, classiquement identifiés comme la “triade dangereuse”, augmentent énormément le risque suicidaire.  On reconnaît également que la présence des symptômes psychotiques aggrave le risque suicidaire.

jeudi 16 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 42e partie


JE NE ME SENS PAS TRISTE MAIS J'AI MAL EN DEDANS

Le phénomène dépressif est classé dans les troubles affectifs à cause de la prédominance d’un trouble de l’humeur, mais la symptomatologie ne se limite pas uniquement à cette sphère.  Au contraire, chez les déprimés sévères, on pourra identifier aisément une atteinte globale touchant aussi la fonction cognitive, la vie neurovégétative, le système moteur.
Le symptôme principal qu’on retrouve chez presque tous les déprimés est la tristesse, expérience subjective que certains déprimés tentent de dissimuler.  Elle se manifeste par un affect dysphorique accompagné d’un goût de pleurer, d’un sentiment d’être complètement dépassé par les événements.  Elle peut avoir une intensité très variable, survenir par bouffées de quelques minutes, de quelques heures ou encore s’étendre sur toute la journée sans que la souffrance du patient n’ait de cesse. D’ailleurs, le déprimé ressent souvent sa tristesse comme une douleur morale extrême qu’il identifie lui-même à un vécu très différent d’un sentiment de tristesse normale (“Je ne me sens pas triste mais ça fait mal en dedans”) les auteurs de DSM_III, dans sa première version, avaient d’ailleurs tenté d’expliquer cette qualité distincte de l’humeur dépressive comme un sentiment de tristesse différent de celui qu’on ressent lors de la perte d’un être cher.  Nombreux sont les auteurs qui ont parlé de la tristesse et du vécu d’un déprimé comme d’un sentiment unique, incompréhensible pour la majorité des gens. La tristesse du déprimé s’accompagne presque invariablement d’une sensation de tension intérieure marquée pouvant parfois atteindre l’intensité de la panique.
La réduction de la capacité de jouir de la vie est caractéristique de la dépression et pourra quelque fois en être le principal symptôme.  Cette incapacité de ressentir normalement le plaisir dans ses activités ou avec son entourage habituel est toujours vécue par le déprimé comme particulièrement pénible.  On observe une constriction de la réaction émotive normale. Le patient déprimé s’en veut beaucoup de ne plus ressentir autant d’intérêt et d’affection envers ses amis et ses proches et, à la limite, il rapporte une sorte d’indifférence, d’anesthésie affective qui lui est extrêmement pénible et qui va parfois jusqu’à un délire de culpabilité.
(“Je ne peux plus aimer mes enfants comme ils le méritent”)  
L’atteinte de l’humeur s’accompagne souvent de sentiments de culpabilité, de pessimisme et d’indignité.  Le patient déprimé se reproche ses échecs, s’accuse, se déprécie pour toutes sortes d’événements de sa vie passée.  Si ces ruminations dépressives peuvent paraître parfois fondées sur des situations réelles dans l’histoire du patient, il arrive souvent qu’elles prennent une intensité inappropriée, délirante.  Ainsi, le déprimé psychotique s’accusera d’une façon absurde de crimes qu’il n’a pas commis. (“Je suis responsable de la pauvreté dans le monde.”)  Il sera en proie à des remords incessants et pourra parfois entendre la voix du diable qui lui promet un châtiment pleinement mérité pour ses fautes.
Tous les déprimés rapportent une diminution de leur entrain (lassitude) et de leur énergie (fatigabilité), une réduction de leur résistance physique à l’effort. Ainsi, ils se plaignent de se fatiguer très vite et très facilement lors de l’accomplissement de leurs activités routinières, ils sont souvent forcés de se reposer, parfois exténués pour un rien.
Ce qui diffère beaucoup de leur capacité de travail habituelle.  (“Tout me paraît une montagne.”)  Ils ont énormément de difficultés à amorcer leurs activités quotidiennes et, à la limite, deviendront complètement inertes, incapables d’effectuer même les acitvités de base reliées à l’hygiène corporelle, sans l’aide d’autrui.

dimanche 12 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 41e partie


 LA DÉPRESSION
L’homme en détresse souffre très souvent de la dépression. La déprime touche tout le monde à un moment donné. Suite à une déception ou à une frustration. On peut tous se sentir « déprimé », « bas » ou avoir des « bleus » pendant quelques heures ou quelques jours. C’est une  réaction normale aux évènements de la vie. La « déprime » est d’une durée limitée et pendant cette période les gens demeurent « réactifs », c'est-à-dire qu’ils peuvent oublier les difficultés et avoir du plaisir lors d’une sortie agréable ou en vacances.
La « dépression majeure » par contre est une maladie plus longue ( durée moyenne de dix mois sans traitement), les symptômes sont plus intenses et les gens ne fonctionnent pas ou difficilement. Pendant cette période, ils sont moins « réactifs, c'est-à-dire que même les vacances ne soulagent pas ou peu les symptômes. La dépression n’est pas seulement une réaction aux évènements mais une maladie avec des changements biologiques et une prédisposition génétique.
Malheureusement, la dépression est encore entourée de mythes et de préjugés. La dépression est une maladie réelle avec des changements biologiques au niveau des neurotransmetteurs du cerveau. Actuellement 5% de la population souffrent de dépression majeure.  17% des gens vont souffrir de dépression au cours de leur vie. Le premier épisode peut apparaître de l’adolescence à plus de 60 ans. L’âge moyen du début est vers 40 ans. La dépression est potentiellement fatale. 60% des gens en dépression songent à la mort et 15%  vont tenter ou réussir le suicide.
LES SYMPTÔMES DE LA DÉPRESSION.
Les personnes en dépression ne se sentent pas tristes, elles sont souvent préoccupées par des malaises physiques. Le diagnostic se pose si la personne présente 5 symptômes parmi les suivants :1- sentiments dépressifs ou perte d’intérêt pendant au moins deux semaines, 2- retrait social, 3- troubles du sommeil, 4-troubles d’appétit avec perte ou gain de poids, 5- perte d’énergie ou fatigue, 6-perte d’intérêt et de plaisir, 7- ralentissement ou agitation avec anxiété, 8- baisse de concentration, 9- sentiment de culpabilité ou manque de valeur, 10- pensées de mort et de suicide.
LE TRAITEMENT.
Le traitement vise à corriger au moyen d’antidépresseurs le défaut au niveau des neurotransmetteurs. Une fois le défaut corrigé, ce sont les propres neurotransmetteurs de la personne qui fonctionnent et qui lui permettent de reprendre ses activités quotidiennes.
TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE.
Une fois sorti de la  phase aigüe, il est possible d’entreprendre une démarche en psychothérapie afin d’améliorer les aspects de la vie personnelle qui contribuent au développement de la maladie. Ce travail peut aller de la réorganisation de l’horaire jusqu’à une thérapie d’introspection qui consiste à regarder certaines attitudes qui contribuent à la dépression.
LA DÉPRESSION BIPOLAIRE : TROUBLE MANIACO-DÉPRESSIF.
Il y a une autre forme de dépression appelée «  Bipolaire » (ou trouble maniaco-dépressif) qui présente deux pôles : des périodes de dépression comme la dépression majeure unipolaire et des périodes d’exaltation qui peuvent alterner. Ici le terme « manie » n’a rien à voir avec les histoires d’horreur, mais décrit plutôt des périodes de bien-être, d’exaltation et d’énergie débordante.
Ce trouble touche environ 1.7% de la population et sans doute plus chez les gens d’affaire, car on a tendance à la trouver plus souvent chez les gens qui réussissent au-dessus de la moyenne au niveau socio-économique. Le diagnostic se pose s’il y a des périodes de dépression qui alternent avec des périodes de manie ou s’il y a seulement une période de manie qui est évidente sans de dépression. Les symptômes peuvent être : sentiment d’exaltation ou instabilité lors d’une frustration 2- moins besoin de sommeil, 3-énergie débordante, 4- pensées et actions rapides, 5- plaisir augmenté, 6- comportement désinhibé.
LE TRAITEMENT 
Puisqu ‘il  y a une fluctuation entre les baisses et les hausses des neurotransmetteurs du cerveau, le traitement consiste à donner un stabilisateur afin d’éviter et les hauts et les bas. Le médicament le plus fréquent est un sel minéral appelé Lithium. Ce traitement est efficace chez environ 70-80% des personnes. Il y a d’autres traitements qui peuvent être ajoutés ou qui peuvent remplacer le Lithium si celui-ci n’est pas efficace ou n’est pas bien toléré. La dépression et la maniaco- dépression sont des maladies qui peuvent être évaluées ou  traitées de façon efficace. 
Contrairement à certaines maladies « physiques », la plupart des personnes qui en souffrent s’en sortent sans séquelles et peuvent reprendre leurs activités normalement.

samedi 11 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 40e partie


ANXIÉTÉ

L’anxiété fabrique des scénarios troublants et parfois terrifiants.  De l’inquiétude à la peur panique, elle est envahissante.  Parfois même paralysante.  Pour s’en sortir, il faut faire face à la musique et même imaginer le pire disait F. Genest.  Aussi, raconte-elle sur sa plume un événement par rapport à l’anxiété.  
Le cas.  Assis devant une tasse de thé qui refroidit. Monsieur X se frotte les mains dans un geste répétitif.  Le regard alarmé, elle tend l’oreille, pour la centième fois vers la porte puis dans un va-et-vient fébrile.  Arpente la cuisine, passe au salon, soulève le rideau et revient s’asseoir, ignorant toujours sa tasse de thé.  “Je sais que je ne devrais pas tant m’inquiéter, lance Monsieur X d’une voix un peu essoufflée, mais j’ai toujours peur qu’ils aient un accident.  Il y a tellement de monde sur les routes et tant de mauvais conducteurs”.  Dix minutes plus tard arrive Madame Y son épouse, au grand soulagement de Monsieur X qui ne peut retenir quelques reproches.  “Tu t’en fais toujours pour rien, lui répond Madame Y, pourquoi imaginer sans cesse le pire?  Ça te rend nerveux”  Monsieur hausse les épaules.  Ce n’est pas d’hier qu’on lui dit qu’il est nerveux.  Les résultats scolaires de ses enfants, la crainte des accidents, la peur du chômage ou de la maladie ont peuplé nombre de ses nuits blanches.
“C’est vrai que j’ai tendance à me faire du mauvais sang. Mais c’est plus fort que moi, confie-t-il. Malgré mes efforts, je n’arrive pas à contrôler ma nervosité”.  La nervosité de Monsieur X porte un nom : l’anxiété.  Dans le langage populaire, on la nomme plutôt angoisse; il s’agit en fait de synonymes.  Et Monsieur X n’est pas le seul à souffrir d’anxiété.  En fait, les études cliniques démontrent que 24,9% de la population souffre d’anxiété ou de troubles anxieux à divers degrés.
Comment se caractérise-t-elle
L’anxiété se caractérise par un ensemble de symptômes physiques et psychologiques ressentis devant un événement, une situation ou un objet perçu comme un danger potentiel.  Il s’agit en fait des mêmes symptômes que ceux reliés au stress ou à la peur : rythme cardiaque accéléré, respiration thoracique rapide et saccadée, sudation, vertiges ou étourdissements, tremblements, contraction du système digestif, circulation sanguine accélérée, rougeurs, chaleurs, etc.
Côté psychologique : pensées  négatives, peur de perdre le contrôle, sentiment d’impuissance, etc.  Bien sûr, tous ces symptômes n’apparaissent pas toujours en même temps et avec la même intensité.  Ils peuvent se manifester pendant quelques minutes, quelques heures et parfois de façon régulière.
Stress, peur ou anxiété : mêmes symptômes, mais des causes et une nature différentes.  Alors qu’en général la peur ou le stress se fonde sur des objets, des événements ou des situations existantes, l’anxiété, pour sa part, repose davantage sur une anticipation des événements. Ainsi, si la compagnie pour laquelle vous travaillez annonce d’importantes coupures, il est possible que vous craigniez pour votre emploi ou votre caisse de retraite.  Ce stress ou cette peur s’appuie sur une situation réelle. Mais si, malgré les remarques positives de votre patron ou une situation stable dans l’entreprise, vous craignez sans cesse d’être renvoyé ou mis à l’écart, on parlera alors plutôt d’anxiété.  Bref, l’anxiété échafaude des scénariosde catastrophes qui n’ont souvent aucun fondement et qui reposent sur une peur disproportionnée par rapport à la réalité.
Selon certains chercheurs, l’anxiété serait, en partie du moins, d’origine génétique et la personnalité anxieuse serait donc un cadeau de naissance, tout comme la couleur des yeux.  “Une théorie plausible.  Puisque l’anxiété se manifeste aussi chez les très jeunes enfants.  En fait, l’entourage et l’éducation n’auraient qu’un très petit rôle à jouer.  Mais la recherche ne fait pas l’unanimité à ce sujet.  D’autres spécialistes soutiennent qu’il s’agit simplement d’un trait de personnalité.  On a aussi pointé d’autres facteurs prédisposants comme l’hypersensibilité aux relations interpersonnelles.  Certaines personnes ont beaucoup de difficulté à vivre les conflits ou encore craignent fortement le rejet des autres.  Ces personnes sont généralement plus sujettes à faire de l’anxiété.  Dans d’autres cas, les personnes anxieuses démontreraient une sensibilité aux symptômes physiques d’anxiété et développent une anxiété reliée à ces symptômes”
Autre source d’anxiété : les événements stressants, bien sûr! Car si le degré d’anxiété varie d’un individu à l’autre, il peut également fluctuer selon les événements.
L’anxiété prend parfois des proportions plus alarmantes qui vont jusquà nuire au fonctionnement social.  On parle alors du trouble anxieux, leurs symptômes sont les mêmes que ceux de l’anxiété, mais ils sont plus intenses et s’accompagnent de symptômes comportementaux.
L’anxiété généralisée : une anxiété totale et constante, qui se manifeste dans presque toutes les activités quotidiennes.
L’agoraphobie : la peur des lieux et des situations dont on ne peut s’échapper l’obsession - compulsion : caractérisée par des pensées obsédantes.  Certains obsessifs sont par exemple terrorisés à l’idée d’être contaminés et deviennent des maniaques de la propreté; allant jusqu’à se laver des mains trente fois de suite.
Les phobies: différentes des peurs qui, elles, sont contrôlables. Les phobies concernent une chose spécifique, par exemple les chiens ou les araignées.
La phobie sociale: une phobie spécifique aux rencontres et aux situations sociales.
Les attaques de panique : crises aigües d’anxiété.  Tous les symptômes sont à leur paroxysme; l’attaque de panique dure de 5 à 20 minutes, survient spontanément sans raison et peut revenir régulièrement.  Elle est paralysante et très inconfortable.
Pour traiter tous ces troubles anxieux, l’aide d’un psychologue ou d’un psychiatre s’avère nécessaire.  On prescrit parfois des anxiolytiques.  Mais règle générale on applique les mêmes stratégies que pour l’anxiété (relaxation/dédramatisation). Les techniques behaviorales qui consistent à mettre le patient dans la situation qui lui fait peur sont particulièrement efficaces dans le traitement des phobies.

samedi 4 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 39e partie


ANXIÉTÉ
L’homme en détresse peut vivre une infinité de problèmes : de sress de troubles anxieux et de santé mentale.
Quand on parle d’agents stresseurs, ce sont: une structure organisationnelle , des problèmes reliés aux rôles et aux conditions de travail; les mauvaises relations interpersonnelles; les facteurs individuels.  À ces agents stresseurs, ajoutons la situation économique et la vie sociale.
Depuis quelques années, les gens plus conscients de l’importance de l’activité physique pour se maintenir en forme et éviter certaines maladies.  La multiplication des clubs sportifs prouve la popularité de l’exercice physique et l’importance de ce marché.  Par contre, on a oublié le vieux proverbe “un esprit sain dans un corps sain” et complètement escamoté l’importance de la santé mentale. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver maintenant avec une incidence accrue de maladies reliées au stress de dépression, de fatigue chronique, d’alcoolisme et de toxicomanies, de troubles du sommeil et d’épuisement professionnel.
Gérer sa santé mentale, il y a 10 points à retenir
  1. laisser connaître ses besoins
  2. bien gérer son temps
  3. organiser sa vie sociale
  4. planifier des moments de détente
  5. apprendre à s’évader
  6. avoir le sens de l’humour
  7. aider les autres
  8. cultiver sa bulle de survie
  9. encourager la vie de famille
  10. accepter de chercher de l’aide professionnelle au besoin
Comme nous passons la grande majorité de notre temps à travailler et à dormir, nous devons tous et toutes faire face à la musique et développer individuellement notre propre programme de santé mentale, efficace, concret et adapté à notre société moderne afin que nous puissions traverser la vie avec le maximum de dynamisme et de sérénité.
Au temps des mammouths, les choses étaient simples, dirait M. Lortie par ces grosses bêtes, l’homo sapiens devait carburer à l’adrénaline, le coeur battant et les muscles tendus, toujours prêt à attaquer ou à fuir!  Pour éliminer toute source de distractions, le cortisol (une hormone de stress) chassait d’ailleurs ses moindres envies de sommeil, de gourmandises ou de pensées crapaudes.  Ces stratégies de survie, fort utiles, subsistent toujours en nous. Seul petit hic : “les faux cons ayant remplacé les faucons”, pour reprendre la boutade d’Henri Laboritt, certains mécanismes de stress semblent parfois mal adaptés à la jungle des temps modernes.  Supposons par exemple qu’un affreux patron ait succédé au mammouth d’antan dans le rôle d’agent stresseur.  Quatre  choix s’offrent à vous ; soit vous attaquez le patron-stresseur, soit vous le fuyez.  Mais comme vous risquez de vivre à la fin du mois le stress des factures impayées, sans doute tâcherez-vous de vous adapter (les Anglais parlent de stratégies de coping).  Si vous n’y parvenez pas, alors vous risquez de tomber malade.
C’est là l’abécédaire du stress, tous sexes confondus.
Bien comprendre le stress intrinsèque et le stress extrinsèque.
Le stress intrinsèque : si vous êtes un candidat à la dépendance, le travail peut devenir pour vous une drogue, vous correspondez alors au profil suivant : passionné par votre métier, vous êtes parmi les premiers arrivés et parmi les derniers partis du bureau.  Vous vous absentez très rarement au travail.  L’intensité de votre engagement et les exigences de réussite et de perfection vous accaparent tellement que vous ne pouvez pas vous permettre d’exprimer vos émotions, de perdre trop de temps en colère, en tristesse ou en inquiétude. Vous oubliez souvent de manger et ne sentez pas la fatigue vous gagner. Après de longues heures, vous tombez de fatigue dans un sommeil de plomb d’où vous êtes parfois tiré très tôt, au lever du soleil, par un dossier qui assaille votre cerveau.  
Votre cerveau est votre monture et vous la traitez comme un cheval.  Cette dynamique est un cercle vicieux qui masque trois réalités.
Entrainé par un besoin de satisfaction professionnelle élevé, vous ne réalisez votre incapacité de lâcher prise que lorsque les weekends sont absorbés par le travail et que vous êtes devenu incapables de partir en vacances.  En second lieu, vous n’avez peut être pas réalisé que votre attention, toute votre disponibilit est avalée par le travail; votre entourage a peut-être déjà pris son parti de ne plus pouvoir compter sur votre présence.  Enfin, le carburant ayant ses limites, la monture cérébrale n’ayant plus de repos, de jeu, de détente, le cerveau craque, un beau matin, fourbu, vidé.
Le stress extrinsèque. Il est plus facile à reconnaître, à sentir et à gérer: il est alimenté par les conflits ouverts ou larvés.  Conflits de travail, conflits entre productivité et sécurité. Conflits entre les rôles au travail et ceux hors-travail, qui se multiplient avec le virage monoparental.  Vous avez tendance à rentrer au travail à reculons, et à vous absenter.  Vos émotions sont plus à vif  : votre conflit a un nom et un prénom et vous arrivez difficilement à le sortir de votre esprit.
Vous sentez la fatigue difficilement à le sortir de votre esprit.
Vous sentez la fatigue ou la tension qui prend souvent l’allure d’un mal de dos, d’une tension musculaire permanente.
Alors vous en parlez en dehors des heures.  Vous n’avez de conversations que pour parler des acteurs de votre conflit.  Votre discours devient redondant.  Cette dynamique comporte aussi trois risques.  Une perte de créativité et de productivité parce que la lassitude vous gagne.
Vous perdez aussi l’écoute de votre entourage. Vous cherchez peut-être ailleurs, vous décrochez, vous partez ou encore vous décrétez un “lock-out”.  Dans ce contexte, il faut doser votre stress intrinsèque : d’évaluez périodiquement votre capacité à lâcher prise en comptant les heures que vous consacrez à vos loisirs personnels, à votre entourage et à votre travail et ajustez vos priorités;
  • Négociez la durée et la fréquence de vos marathons de travail avec votre entourage;
  • Établissez-vous des routines de décompressions quotidiennes, hebdomadaires, saisonnières.
Puis, affrontez vos stress extrinsèques
  • Réorganisez le travail de façon à éliminer les conflits;
  • choisissez de lutter pour changer les choses ou de fuir en changeant de défi;
  • si vous ne pouvez ni fuir ni combattre, jouez l’humour, d’imaginaire car la lassitude deviendra contagieuse et votre entourage décrochera peut-être avant vous.
Pour le Dr L. Gagnon, le stress est un mal qu’il faut apprendre à gérer. Il faut être bien conscient que les racines du stress et les effets pernicieux de ce fléau ne disparaîtront pas comme par enchantement.  
Au contraire, tout tend à une augmentation du stress. “les gens qui vont s’en tirer le mieux sont ceux qui vont savoir se gérer: une case travail, une case loisir, une case vie personnelle, tout en visant une capacité d’adaptation. La communication aussi semble s’être améliorée. Les hommes arrivent de plus en plus à parler de leurs émotions et les femmes sont de plus en plus capables d’encadrer les leurs et de rationaliser”.
La règle d’or pour le docteur Gagnon, c’est l’équilibre constamment recherché entre les trois principaux domaines qui réglent la vie de chacun: le travail, l’amour et les loisirs.  “Ce qui m’intétresse c’est de donner des outils aux gens afin qu’ils puissent se protéger, se défendre contre les agressions extérieures”.
Les outils, le docteur Louis Gagnon travaille à en découvrir sans cesse de meilleurs, à les aiguiser, les peaufiner, pourqu’ensuite le plus grand nombre puisse en profiter. Il a parlé d’abondance de la générosité. Un mot de plus en plus absent du langage moderne.  Et sans doute un outil de plus à ajouter à notre trousse de survie dans le monde actuel.
La santé mentale ou l’équilibre psychique, c’est, selon Dre Michelle Cousineau, la capacité d’utiliser ses émotions et son intelligence pour composer de façon efficace avec son environnement et pour satisfaire ses besoins.  Quand l’équilibre est rompu, apparaissent un ensemble de symptômes émotifs, comportementaux ou mentaux, caractéristiques de la maladie mentale.
Le contexte social actuel est particulièrement propice aux états de déséquilibre émotionnel.  Ce sont, la plupart du temps, des pathologies dites mineures qui sont les grandes causes d’absentéisme ou de difficulté de fonctionnement au travail.  Il y a, quinze, vingt ans, on entendait très peu parler de santé mentale en milieu de travail.  Heureusement, la situation a évolué; des programmes d’aide ont été mis sur pied, les patrons sont de plus en plus sensibilisés, et l’on commence enfin à penser à la prévention.

jeudi 2 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 38e partie


SUICIDE
L’homme en détresse peut-être n’importe qui, l’on s’en souvient du thérapeute et humaniste Bruno Bettelheim qui s’est suicidé en ingurgitant des barbituriques et en recouvrant sa tête d’un sac de plastique retenu par des élastiques (c’était le 13 mars 1990).
Auteur de livres célèbres sur l’éducation et directeur de l’École orthogénique de Chicago, il avait passé la majeure partie de sa vie à aider les enfants perturbés et autistiques tout en luttant contre sa nature dépressive et des images du passé qui le taraudaient constamment.
Quelques mois après sa mort, certains de ses collègues ainsi que d’anciens pensionnaires de l’École remettaient en cause ses méthodes de travail dites “brutales” ainsi que la validité de ses diplômes et de ses écrits.
Celui qui avait un jour confié à un intime : “il y a dans mon passé un obscur secret qui, s’il venait à être connu, détruirait l’École”, n’a certainement pas quitté ce monde la conscience tranquille.
Pourquoi et comment ce juif Viennois devenu un homme d’affaires prospère avant d’être enfermé dans les camps Dachau et de Buchenwald arriva-t-il à immigrer aux États-Unis et à devenir une figure de proue de la psychiatrie infantile et un pionnier de la psychanalyse?
Après une minutieuse enquête qui dura plus de cinq ans, la journaliste Nina Sutton révèle les motivations et les aspects cachés de la vie de Bettelheim à travers une excellente biographie qui relate son incroyable destinée.
Fourmillant de détails et d’informations sur l’homme et son siècle, cet imposant travail de recherche s’articule autour des “deux vies” de Bruno Bettelheim : son enfance et ses années de formation à Vienne, puis son exil américain et son travail de psychanalyste.
Un prologue met en scène “l’affaire”, soit les accusations portées contre lui après sa mort et un long épilogue fait le point sur ses relations avec sa deuxième femme et ses trois enfants ainsi que sur les années sombres de sa retraite.
Sa biographie replace également dans leur contexte les livres et les articles (sur l’Holocauste, notamment) rédigés par le Docteur Bettelheim tout au long de sa vie.
Au-delà du travail et des écrits de l’intellectuel charmeur et cruel qui en imposait à tous, le lecteur découvre un être complexe aux multiples failles.  Il aurait été ainsi profondément perturbé par la mort indigne et longtemps attendue de son père syphilitique et par l’affliction de sa mère devant sa laideur physique. “Dieu merci, c’est un garçon!” aurait-elle dit en le voyant.
C’est durant son séjour d’un an dans les camps de concentration qu’il a décelé “la valeur de la vie psychique”  la force de l’inconscient qui peut aider un individu à survivre dans les pires conditions.
“Maintenant que tout cela et heureusement derrière moi depuis quinze ans, je peux l’avouer: l’année que j’ai passée en camps de concentration m’a fait du bien”, écrivait-il à une amie.
Disons plutôt que ses observations sur les prisonniers, les nazis et sur lui-même - “la peur, l’angoisse et l’humiliation permanentes” ont transformé le commerçant et docteur en philosophie Bruno Bettelheim, psychanalyste.