mardi 26 février 2013

LA FIN DE LA VIE - 4e partie


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René Descartes (1596 - 1650).  Héritage : Grand savant français, le père du fameux “je pense donc je suis” fut l’un des fondateurs du rationalisme moderne.



Cause du décès : un coup de froid en suède.  Établi à Stockholm pour enseigner la philosophie à la reine Christine, Descartes devait se plier à des séances programmées à une heure matinale, pour un froid glacial.

Il n’avait sur place qu’un seul ami, l’ambassadeur de France Chanut.  Manque de chances!  C’est au contact de Chanut que Descartes attrapa l’infection virale qui l’emporta.  Une thèse dissidente affirme qu’il a été empoisonné à l’arsenic.

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Aristote (384 av J.C. - 322 av J.C.)
Héritage : surnommé le “philosophe”, il fut l’inventeur de la logique.  Sa conception de l’être comme “substance” et de la métaphysique comme “science de l’être en tant qu’être” influença l’ensemble de la tradition philosophique occidentale.

Cause du décès
L’empoisonnement. C’est du moins la version rapportée par Eumelos, qui prétend que le philosophe serait mort après avoir bu un extrait de plante vénémeuse, l’aconit.  Il venait de quitter Athènes, sous le coup d’une accusation d’impiété, pour se soustraire au sort de Socrate, condamné à voire la Cigüe.  On n’échappe pas à son destin.

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Roland Barthes (1915 - 1980)
Héritage : critique et sémiologue Français.  Auteur de Mythologies, il fut l’un des personnages clés du courant structuraliste.

Cause du décès : la camionette d’un teinturier, l’auteur de “la mort de l’auteur” termine ses jours fauché par ce véhicule alors qu’il traversait l’une des rues avoisinant le collège de France au sortir d’un déjeuner avec Jack Lang futur ministre de la culture: Mythologie.

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Maurice Merleau Ponty (1908 - 1961)
Héritage : la vraie philosophie consistait pour lui à réapprendre à voir le monde.  La perception par notre corps était l’expérience fondamentale à partir de laquelle il interrogeait l’émergence de la pensée.

Cause de décès : Arrêt cardiaque.  L’auteur de l’oeil et l’esprit n’était âgé que de 53 ans.  Mort dans son bureau, il fut retrouvé - ironie du sort?  Le visage appuyé contre un livre de Descartes, la Dioptrique.

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Julien Ofray De la Mettrie (1709 - 1751)
Héritage : médecin, il fut aussi le premier philosophe à tirer les pleines connaissances morales du rejet de la métaphysique et de la théologie par les scientifiques, développant un matérialisme athée et hédoniste.

Cause de décès
Une indigestion, la Mettrie serait mort suite à un dîner plutôt copieux organisé par l’ambassadeur de France à Berlin.  La faute à un pâté aux truffes un peu louche dont la Mettrie aurait abusé.  Ironie du sort : l’ambassadeur avait organisé le festin pour remercier le médecin - philosophe de l’avoir guéri d’une maladie.

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Avicenne (980 - 1037)
Héritage : philosophe et médecin, il fut l’auteur de 450 livres dans divers domaines, dont son célèbre Canon de la médecine, ses travaux philosophiques portèrent sur la lecture d’Aristote, contribueront à la redécouverte de l’oeuvre du philosophe au Moyen Âge.

Cause du décès : Frénésie sexuelle et excès d’opium.  La libido d’Avicenne était semble-t-il très développé : ses excès le firent souffrir, de graves crises intestinales.  Il s’administra plusieurs lavements.  L’un de ses disciples, qui lui devait de l’argent et voulait le tuer, lui fit prendre une énorme quantité d’opium.  Diminué, Avicenne finit par capituler devant la maladie.

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Lucrèce (1er siècle av. J.C.)
Héritage : philosophe latin, l’auteur de La Nature des Choses s’inscrit dans la lignée d’Épicure, contre la crainte de la mort et toutes les formes de superstition qu’elle nourrit.

Cause du décès : Un philtre d’amour.  On raconte que la femme de Lucrèce aurait eu l’idée de faire préparer une boisson aphrodisiaque à l’attenton de son mari.  Mais le philtre n’aurait pas eu les effets désirés, plongeant au contraire le philosophe dans la folie, jusqu’au suicide.  Lui qui condamnait les affres de la passion et critiquait la déraison.

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Giordano Bruno (1548 - 1600)
Héritage : Dominicain italien et philosophe.  Ses théories portant sur l’infinité de l’univers et la pluraité des mondes (l’infini, l’univers et les mondes) lui valurent d’être accusé d’hérésie par l’inquisition.

Cause de décès : sa lutte contre les dogmes.  Il fut brûlé vif au terme de huit années de procès parce qu’il refusait de se rétracter.  La phrase qu’il adressa à ses juges est restée célèbe : “vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la recevoir”.

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Thomas More (1477 - 1535)
Héritage : Homme politique, humaniste et philosophe anglais, il fut notamment auteur de l’utopie, un livre qui connut un grand succès sur le vieux continent, et dans lequel il dépeint une société idéale utopique.

Cause du décès : son opposition au divorce du roi,  Favorable à une réforme de l’Église, il resta néanmoins fidèle au catholicisme et s’éleva contre le second mariage d’Henri VIII au nom de respect de l’autorité papale, ce qui lui valut d’être décapité.  Devant l’échafaud, More lança à l’officier : “s’il vous plaît, aidez-moi à monter, je m’arrangerai pour descendre.”  Sa tête termina au bout d’un pic sur le London Bridge.

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Zénon D’Elée (495 - 430 av. J.C.)
Héritage : Philosophe Grec, disciple de Parménide, on lui doit des paradoxes sur l’impossibilité du mouvement.

Cause du décès: Avoir mordu l’oreille d’un tyran, impliqué dans la tentative de renversement de Néarque, il accepta de livrer ses complices à condition de pouvoir chuchoter leurs noms à l’oreille du tyran.  Il le mordit et ne lâche prise qu’après avoir reçu plusieurs coups de poignard.

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Héraclite (540 av J.C. - 480 av J.C.)
On prête à ce philosophe Grec surnommé le “pleureur” ou “l’obscur” une existence solitaire.  Les 139 fragments qui nous restent de son oeuvre sont parfois aussi énigmatiques que le laisse présager son surnom.

Cause de décès : de la bouse de vache.
Héraclite aurait demandé que tout son corps en soit enduit, persuadé qu’il pourrait ainsi guérir l’oedème dont il souffrait.  Une première version de l’histoire rapporte que la bouse était fraîche et qu’il s’y serait noyé, dans une seconde version, la bouse était sèche et Héraclite aurait littéralement cuit sous le soleil.

dimanche 24 février 2013

LA FIN DE LA VIE - 3e partie


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FRANCIS BACON jusqu’au bout de ses théories.

Père de l’empirisme (1561-1626) décède d’un banal coup de froid lors d’une ultime expérience sur la conservation par la neige.

“Hiver 1626 à Londres. Par un froid glacial, Francis Bacon traverse la ville dans une attelage quand une idée lui traverse soudain l’esprit : et si la neige permettait de conserver la viande aussi longtemps que le sel? Le philosophe se fait apporter un poulet par une vieille dame, mais attrape froid dans la foulée et s’éteint trois jours plus tard.

C’est ce qui s’appelle une mort par “empirisme” courant dont Bacon fut le père sous sa forme moderne.  Le philosophe affirmait que la nature est le fondement du savoir.

Contre l’idée d’une connaissance a priori et innée, Bacon en appelle à la redécouverte du monde physique, à travers les expériences sensibles.  Au coeur de sa philosophie : l’homme “ministre et interprète de la nature” (Novum organum).  En l’occurence, la nature a eu le dernier mot sur Francis Bacon.  En anglais, on dirait qu’il est mort à la tâche, “with his boots on”.  Au delà de sa dimension comique, l’histoire de Bacon possède une morale : le philosophe est mort comme il a vécu.

Il y a une identité parfaite entre sa vie, son oeuvre, et les circonstances de sa disparition.  Celles-là nous font aussi penser à une mort sur scène: par exemple, mourir sur un terrain de football, tels ces joueurs qu’on a vu s’effondrer en plein match... ou encore mourir en donnant un cours de philosophie!”

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Jeremy Bentham (1748 - 1832) est mort de sa belle mort; il a souhaité que son corps soit disséqué et embaumé, il est le fondateur de l’utilitarisme.
“L’histoire de ce philosophe est celle d’un magistral pied de nez.  La prochaine fois que vous vous rendez à londres, allez donc faire un tour à l’University College. Bentham vous attend à l’intérieur d’une vitrine aux faux airs de cabine téléphonique, vêtu de son plus beau costume, comme à la maison.  Dans un texte intitulé Auto-Icon, or Farther uses of the dead to the living (“Auto-icône, ou comment rendre les morts utiles aux vivants”) il s’était longuement expliqué sur le traitement qu’il souhaitait voir réserver à son corps une fois disparu. Il fallait bien que le père fondateur de l’utilitarisme vise une dernière fois “le plus grand bonheur du plus grand nombre” *selon la formule de Joseph Priestley qui inspira l’oeuvre de Bentham) et “maximise son utilité” par delà son existence.

Au-delà de la blague, la mise en scène de Bentham fait écho à sa fascination pour la mort.  Le philosophe était très impressionné par les procédés de momification des têtes pratiqués en Nouvelle Zélande.  On sait qu’au cours des dix dernières années de sa vie, il transporta en permanence sur lui les yeux en verre qui devaient parer sa tête de défunt.  Malheureusement, le procédé devait échouer dans son cas, et l’on eut recours à un visage en Cire!  La tête du philosophe fut placée au pied de son corps embaumé (elle servit un jour de ballon de foot aux étudiants et fut même volée en échange d’une rançon, en 1975).  D’un point de vue proprement philosophique, la démarche de Bentham visait à exprimer une protestation posthume à l’encontre des tabous qui entouraient le corps des morts dans l’Angleterre du XIXe siècle, soumise à l’influence de l’Église anglicane dont l’utilitarisme de Bentham cherchait à s’affranchir sur un plan intellectuel.

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Albert Camus (Existentialiste)
La preuve par l’absurde (1913 -1960) a trouvé la mort dans un accident de voiture.

Sa vie s’est achevée sur une route de l’yonne le 4 janvier 1960. Le véhicule, conduit par son ami Michel Ballimard, était lancé à toute allure et heurte de plein fouet un arbre.  Camus venait d’obtenir le prix Nobel de littérature trois ans plus tôt, et était seulement âgé de 44 ans.  On lui prête d’avoir affirmé qu’aucune disparition ne ferait aussi peu sens qu’une mort par accident de voiture.  L’histoire de Camus est l’exemple parfait de la mort absurde - comme si le philosophe avait été rattrapé par le thème central de son oeuvre.  Nous sommes “tous condamnés à mort” (comme l’explique l’aumônier à Meursault, avant son exécution, dans l’étranger), tous, nous sommes en sursis.  Dans le Mythe de Sisyphe, comme explique : “cette idée que “je suis” ma façon d’agir comme si tout a un sens (...) tout cela se trouve démenti d’une façon vergineuse par l’absurdité par l’absurdité d’une mort possible”.  Je vis dans une rue très fréquentée et il ne passe pas une journée sans que la perspective qu’une fin similaire à celle de Camus ne me traverse l’esprit... Ce type de mort absurde survient chaque jour sur les routes; elle renvoie au sentiment de l’inaccompli.  C’est cette scène du film le septième sceau (d’Ingmar Bergman, 1957) où un chevalier, de retour de croisade, rencontre la mort sur une plage. “J’ai encore tant de choses à accomplir,” lance le chevalier à la mort, qui lui répond, “c’est drôle, tout le monde dit cela.”  Existe-t-il, au fond, un bon moment pour mourir?”.

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Simone Weil : L’Abandon de Soi.  “Philosophe de l’éthique et de la grâce, habitée par la spiritualité.  Simone Weil (1909 - 1943) est atteinte de la tuberculose et s’éteint après s’être infligé de nombreuses privations.”

“Exilée à Londres pendant la seconde guerre mondiale, Simone Weil décide de limiter en quantité de nourriture à celle fixée par le rationnement dans la France occupée, par solidarité avec ses compatriotes.  C’est suite aux complications de sa malnutrition et à un excès de travail qu’elle succombera en 1943 de la tuberculose.  Pour Simone Weil, une théorie politique visant à la transformation de la société doit pouvoir s’enraciner dans une transformation à l’échelle individuelle.  Cette nécessité de se mettre en danger et d’en passer par les situations extrêmes s’est donnée à voir tout au long de sa vie: en témoignant son engagement au côté des républicains durant la guerre d’Espagne, ou ses expériences de travail dans une usine et dans une ferme.  Anarcho-syndicaliste, elle était par ailleurs profondément mystique. À bien des égards, la figure de Simone Weil rassemble toutes les caractéristiques d’une sainte.  Je vois sa mort par privation avant tout comme un acte d’amour tourné vers Dieu, portant jusqu’à la négation de Soi. “Dieu m’a donné l’être pour que je le lui rende”, écrit-elle dans la Pesanteur de la Grâce.  L’amour pour Dieu et celui pour ceux qui souffrent ne font qu’un. “Ce n’est qu’en considérant sa propre personne à partir du point de vue de Dieu que l’on peut se montrer capable d’un authentique acte d’amour envers les plus faibles.”

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Friedrich Nietzche (1804 - 1900).
Héritage : le philosophe Allemand fut le contempteur de la culture occidentale et de ses valeurs morales, par opposition à celles défendues par le surhomme indivdualiste, indépendant et détaché du ressentiment.

Cause du décès - la folie.  Sa crise de démence est restée dans la légende.En 1899, à la vue d’un cheval fouetté par son charretier dans une rue de Turin, Nietzche se jette sur l’animal pour l’embrasser, s’effondrant en sanglots, il ne fut plus jamais capable d’écrire et survécut dans un état végétatif jusqu’à sa fort, onze ans plus tard.

lundi 18 février 2013

LA FIN DE LA VIE - 2e partie


Quand connaissons-nous de tels états initiatiques?  Dans l’enfance, nous dit Artaud, nous avons accès à cette intuition ou plutôt à cet avant goût de la mort.  À l’âge adulte, ce sont les stupéfiants qui peuvent éveiller cette sensibilité particulière. Dans les récits consacrés aux drogues, l’idée revint souvent que celles-ci nous font quitter la réalité sensible et connaître une sorte d’arrachement à notre corps, pareil au décès.  C’est le constat que dresse, par exemple, Henri Michaux, lorsqu’il explore les propriétés de la mescaline - épreuve qu’il raconte dans Misérable Miracle.  Michaux absorbait la drogue et notait ses sensations, sous forme de  descriptions en prose, mais aussi de dessins obsessionnels.  La mescaline explique Michaux, procure une petite mort “discrète et douce”, “mais on en subit des centaines toute la journée”. “De petite mort en petite mort, des heures durant, de naufrages en naufrages, on va, succombant sans inquiétude toutes les trois ou quatre minutes pour ressusciter doucement, merveilleusement”.

Pour Michaux, qui avoue avoir peu de goût pour la dépendance en général, la drogue est d’un usage ponctuel; il s’agit surtout d’un outil de connaissance.  Le miracle de la mescaline lui apparaît comme misérable: parfois “accompagné de plaisirs, mais aussi de suffocations, de cauchemars.”

Michaux ne s,est donc pas converti au paradis artificiels, à la différence d’un Aldoux Huxley - l’auteur du meilleur des mondes mais aussi les portes de la perception qui a tendu, alors qu’il était allongé sur son lit de mort et ne pouvait plus parler, une note, à sa femme: “LSD, 100 ug, i,m” on lui administra la drogue demandée, et il mourut paisiblement le matin suivant, 22 septembre 1963.  Au bout d’un dernier trip.

Dernières impressions
Mais il est un autre état limite à partir duquel s’est élaborée, dans la période contemporaine, un nouveau savoir de la mort: ce sont les NDE, de l’anglais near death experiences, ou, en français, le phénomène dit de la “mort approchée” la parution de l’ouvrage de Raymond Moody, la vie après la vie, en 1975, a propulsé ce thème sur le devant de la scène.  Les récits des personnes ayant frôlé la mort concordent, et permettent de reconstituer un enchaînement désormais bien connu du public : sensation initiale de paix et de bien être, bruits divers, plongée dans un tunnel au bout duquel brille une lumière, impression de flotter au-dessus de son corps, revue panoramique de sa vie, entrée dans la lumière, atteinte d’une limite et retour...comme l’a observé l’anthropologue Michel Hulin dans son article “explorateurs de l’au-delà? Réflexion critique sur les NDE” (Paru au sein de l’ouvrage collectif la mort et l’immortalité, Bayard 2004), ce récit ne doit toutefois pas être pris au pied de la lettre.  Une lecture plus attentive des témoignages des survivants montre en effet que deux phases se succèdent dans une NDE, l’une noire et l’autre blanche.  Phase noire : le sujet est en proie à une angoisse extrêmement intense, accompagnée d’étouffement de douleurs suraigües (cette dimension effrayante a d’ailleurs été largement passée sous silence dans la version édulcorée, new age, de ces récits qui a été popularisée).  Phase blanche : quand le sujet consent, enfin à sa propre mort, un apaisement survient, comme un état de béatitude baignant dans la lumière.

Quoi qu’il en soit, l’intérêt de ces recherches est moins de nous informer sur un éventuel au-delà, que de lever le voile d’ignorance totale qui nous masque la mort.

Celle-ci n’est peut-être pas complètement détachée de la vie, contrairement à ce que nous suggèrent les grandes considérations métaphysiques.

Après tout, la mort est peut-être une expérience qui mérite d’être vécue - la mort est toujours extraordinaire pour soi et ordinaire pour tous.  Ce qui me paraît toutefois extraordinaire, au sens magnifique, c’est de parvenir à vivre les expériences de la maladie, de la perte et de la reconstruction comme des expériences ordinaires.  C’est-à-dire parvenir à vivre et à aimer encore pendant et après.

Car n’est-ce pas une expérience ordinaire, ce qui nous marque et nous fêle sans briser nos forces d’amour et de curiosité?  Ce qui n’est pas nécessairement confortable. Penser ses fêlures sans les dénier ni les magnifier, c’est se retrouver aussi éloigné de sa jeunesse insouciante - que de ceux qui ne pensent qu’à cela et y voient le sens ou le moteur premier de la vie.

La philosophie peut-elle nous aider à nous réapproprier la mort?
Longtemps, la philosophie s’est présentée non comme un ensemble de théories sur le monde, mais comme une série de propositions existentielles sur la vie et la mort.  L’histoire de la discipline était enseignée à travers le récit édifiant de la vie des penseurs.

En occident, nous aimons nous imaginer comme une société émancipée de la morale bourgeoise.  Mais la mort est le dernier grand tabou.  Nous avons oublié le deuil, les rites funéraires, pourtant essentiels.  De nous réapproprier la mort, je cherche à retrouver cette idée classique de la philosophie, présente chez socrate ou Épicure: l’homme est l’esclave de la peur de la mort.  Être libre, c’est accepter que nous sommes déterminés par la nécessité de notre mort.  Le vrai philosophe pratique la mort!  Comme l’a dit Pierre Hadot, dans le monde antique (et pas seulement en occident), la philosophie n’est pas qu”un discours, c’est une façon de vivre. Socrate est exemplaire parce que son discours théorique est inséparable du drame de sa vie, du procès et de l’exécution.  Mais comment vivre. Les philosophes répondent : En apprenant à mourir.  Cependant, je me demande si la question principale ne serait pas plutôt : comment aimer.  La philosophie enseigne l’idée d’autosuffisance face à la mort.  Si merveilleuse soit-elle, la mort de Socrate a quelque chose d’égoïste, de solipsiste.  Il meurt paisiblement, sans faire l’expérience déchirante de la dépendance à l’autre, éprouvée dans le deuil ou l’amour.  La philosophie peut-elle penser l’amour?  Je n’en suis pas si sûr.

Parlons de l’idéal de la mort philosophique: même si les circonstances de leur mort diffèrent, Socrate, Épicure et Hume meurent d’une mort philosophique.  Ils sont lucides, conscients qu’ils vont mourir, et ne sont pas certains qu’il existe une vie après la mort.  Grâce à leur pratique philosophique, ils ont atteint une forme de tranquilité.  Au XXe siècle, la dernière grande mort, philosophique est celle de Foucault face au sida.  Je me sens plus proche de la mort de Hume.  Dans la correspondance entre Adam Smith et le médecin de Hume, il est décrit comme gai - une gaieté lucide.  Ou de celle de Hobbes: il est mort à 92 ans, il avait une maîtresse, il se promenait chaque matin et pratiquait le jeu de paume, alors qu’on l’imagine plutôt comme un paranoïa que machiavélique!  D’autres morts sont plus douloureuses.

Mais le rire peut aider à affronter la mort.  En riant de la mort, nous reconnaissons son existence.  Nous ne la surmontons pas, mais nous la reconnaissons.

Il y a en littérature une tradition de l’humour et de l’incapacité à mourir (qui contraste avec la mort noble, héroïque du philosphe).  Par exemple, en attendant Godot, de Beckett, c’est une tragi-comédie, parce que Vladimir et Estragon veulent mourir, mais n’y arrivent pas.  L’autre exemple, c’est Hamlet, celui qui ne peut rien, il ne peut venger son père, il tue Claudius par accident, il n’est même pas vraiment fou...il essaie de naviguer sur le continent de la mort, mais il n’y arrive pas.  Ce qui m’intéresse là, c’est l’incapacité à mourir.  Nous devons accepter le fait que notre existence est inauthentique, combien nous sommes divisés...et c’est éminemment comique!  Il n’y a pas de meilleure façon de l’accepter que par l’humour, et la philosophie en manque parfois.

Une très ancienne tradition nous suggère de considérer l’âme comme une réalité distincte du corps.  Nous avons en effet tendance, même si nous sommes agnostiques, à imaginer que nous serons là pour nous désoler de notre propre mort.  Dans cette perspective, la mort est effrayante : nous imaginons après notre décès, comme dans les histoires de fantômes ou les contes gothiques, notre âme tourmentée, déchirée, tournoyant autour de notre sépulture.  Or, ce n’est là qu’un rêve, une illusion réplique Epicure: quand nous serons morts, nous ne serons pas là pour regretter la vie, nous n’aurons plus aucun sentiment, aucune sensation, aucune consicence d’être mort.  Par conséquent, “être mort” n’est pas le problème.  Ce que confirme Lucrèce, épicurien de la période romaine : “Regarde maintenant en arrière, tu vois quel néant est pour nous cette période de l’éternité qui a précédé notre naissance.  C’est un miroir où la nature nous présente l’image de ce qui suivra notre mort.  Qu’y apparaît-il d’horrible, quel sujet de deuil? Ne s’agit-il pas d’un état plus paisible que le sommeil le plus profond?”  (De la nature des choses, livre III).  Reste une difficulté bien réelle, dont les épicuriens conviennent: l’agonie, qu’ils appellent aussi le “mourir”.  Si la mort n’est rien pour nous, il est légitime de redouter les souffrances qui la précèdent.  C’est pouquoi un bon épicurien, de nos jours, évitera totalement de penser à la mort et, l’instant venu, demandera qu’on lui prescrive de puissantes doses d’analgésiques.

Les stoïciens vont développer un raisonnement qui complète, sans le contredire, celui d’épicure: pour eux, c’est la peur de la mort qui est redoutable davantage que la mort elle-même.  Il faut avoir peur de la peur, s’en prémunir par tous les moyens. “Ce qui trouble les hommes, enseigne Épictète dans son manuel, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses.  Ainsi la mort n’a rien de redoutable... mais le jugement que la mort est redoutable c’est là ce qui est redoutable.”  Au fond, épicuriens et stoïciens ne reconnaissent qu’un seul aspect négatif à la mort: son ombre portée sur la vie.  Celui qui n’a de cesse de songer au caractère éphémère de l’existence, à la dégradation inéluctable de son corps, à la disparition toujours possible de ceux qu’il aime, ne fait qu’empoisonner son esprit et cultiver le désespoir.  La mort n’est pas un problème en elle-même, mais elle risque d’assombrir l’esprit en le remplissant d’idées noires.

Pour vaincre la peur de la mort, Socrate, lui, proposait un exercice bien différent.  En effet, apprendre à mourir consiste, pour lui, à se conformer à une discipline précise: il faut travailler en permanence à purifier son âme.  “Séparer le plus possible l’âme du corps, l’habitude à se rassembler elle-même à partir de tous les points du corps, à se ramasser et à vivre” (Phédon) : tel est le rôle de la médiation philosophique.

Ici, le présupposé métaphysique est à l’opposé de celui des épicuriens.  Pour Épicure, l’âme et le corps ne sont qu’un, assemblage d’atomes que le trépas disloque.

Aux yeux de Socrate, l’âme est immortelle, de plus, le philosophe s’applique, de son vivant, à séjourner dans l’éternité, en tenant pour négligeable les sollicitations qui lui viennent de son corps, ce tombeau.  Philosopher, c’est se situer mentalement en un point où la survie de mon corps à moi, petit paquet d’organes contenu dans un sac de peau, est d’importance nulle : c’est s’imaginer dans un temps infini, métaphysique, en échappant aux aléas de la digestion, de la fatigue ou du désir.  Gare à celui qui ne philosophe jamais!  Si, au moment de mourir, votre âme n’est pas encore purifiée, qu’elle est encore lourde et terreuse, prévient Socrate, elle traînera “à l’entour des tombeaux, des sépultures, tous endroits où, en vérité, on voit je ne sais quelles apparitions, ombres portées d’âmes, simulacres produits par les âmes délivrées alors qu’elles n’étaient pas pures mais participaient du visible”.  Au fond, la mort est une sorte de “blindtest” qui départage les sages - parvenus à une épure suffisante de leur âme pour passer le seuil sans crainte.

Plus près de nous, un autre argument a été avancé par Paul Ricoeur, qu’on trouve dans vivant jusqu’à la mort, un recueil  des fragments qu’il a laissés à sa disparition en 2005.  Ricoeur, livre cette pensée revigorante : “la survie, c’est les autres.”  le mourant peut se consoler à l’idée que son entourage, ses enfants, ceux qu’il aime, vont continuer à vivre : ce qui doit prendre fin, c’est seulement le “monde commun” qu’il partageait avec eux.  Ricoeur s’interroge donc sur la possibilité d’un” transfert sur l’autre de l’amour de la vie”.  Si je suis malade ou parvenu au terme naturel de mes forces, il se peut que la mort m’apporte un certain réconfort - d’autant qu’il y aura des survivants et qu’il restera une trace de moi, comme un écho de mon amour de la vie en eux.  Le tout, c’est d’être capable de la générosité que suppose le transfert.

D’épicure à Ricoeur, il existe donc un premier grand courant de l’histoire de la pensée qui enjoint à mimorer ou à combattre l’idée de mourir.  Ce courant a ses raisons, convaincantes.  Et pourtant....on sent bien que le scandale de la mort excède ces palliatifs rationnels.   Pour le dire dans les termes de la Rochefoucault : “Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que els philosophes se donnent pour persuader qu’on la doit mépriser.”  Le philosophe américain Thomas Nagel a ainsi plaisamment déjoué, en deux phrases, l’argument des épicuriens selon lequel le mourir srait plus redoutable que la mort.  Sa démonstration, citée dans un ouvrage récent et très riche, les voies du salut (Bayard, 2010), est en elle-même un chef-d’oeuvre d’élégance: “on suggère parfois que ce qui nous gène réellement, c’est le processus de mourir.  Mais je ne verrais pas d’objection à mourir si cela n’était suivi par la mort.” Une bonne dose de morphine, un gros dodo, et hop!  Je me relèverais regaillardi.  Le meilleur spécialiste français d’Épicure, Marcel Conche, confirme.  Dans la préface qu’il a rédigée à l’âge de 84 ans pour une réédition de son essai La Mort et La Pensée (ed. Cécicle Defaut, 2007), il prend ses distances avec son maître: “Épicure ne m’aide pas... Je ne vois pas la nécessité que je meure.”

Dans un un court essai qu’il a consacré à la mort, Apories (Galilée 1976), Jacques Derrida fait ses choux gras d’une petite phrase: “il y va d’un certain pas”, qui, selon lui, est une définition possible de la condition mortelle. L’être humain avance d’un certain pas vers sa propre fin, dans laquelle il y va pour lui d’une certaine négation.  Derrida glose, papillonne autour de sa trouvaille linguistique et finit par étourdir son lecteur.  Huit ans plus tard, dans la dernière interview qu’il a donnée au Monde, le 19 août 2004, moins de deux mois avant de mourir, il tombe le masque: “Je n’ai jamais appris-à-vivre.  Mais alors, pas du tout!  Apprendre à vivre, cela devrait signifier apprendre à mourir, à prendre en compte, pour l’accepter, la mortalité absolue (sans salut, ni résurrection, ni rédemption - ni pour soi, ni pour l’autre).  Depuis Platon, c’est la vieille injonction philosphique : philosopher, c’est apprendre à mourir. Je crois à cette vérité sans m’y rendre.  De moins en moins.  Je n’ai pas appris à l’accepter, la mort”.  Dans l’Antiquité, un tel aveu aurait suffi à disqualifier complètement la construction théorique d’un penseur.  Mais il est vrai que, dans le cas de Derrida, il était davantage question d’une déconstruction....et ces dernières paroles sincères laissent transparaître une indicible émotion.

Pour Tolstoï, la vie a un sens transcendant: elle ne se réduit pas “aux phénomènes visibles qui s’accomplissent dans notre corps”; ceux-ci en font une “absurdité”, une “sotte tromperie” puisque la mort les réduit au néant.  La vie est “ce que je sens en moi-même”, et que je conçois “ en dehors du temps et de l’espace”, elle n’est donc pas assujettie aux limites de mon individu (De la vie, chapitre XXVII, 1887).  On peut apparenter cette double acception de la notion de vie à la distincton des Schopenhauer, que Tolstoï a étudié, entre le “monde comme représentation” et le “monde comme volonté”, la vie “vécue”, sentie de l’intérieur, est infiniment éternelle; elle est Dieu; c’est en elle que je cherche à m’identifier à lui en visant à la perfection. Il me suffit de savoir que “l’homme qui accomplit la loi de la vie en soumettant son individualité animale à la raison et en manifestant la force de son amour, a vécu et vit dans les autres hommes après la cessatioin de son existence charnelle (...) pour que l’absurde et terrible préjugé de la mort cesse pour toujours de me tourmenter” (ibid,XXXI) l’amour du prochain menant à l’oubli total de soi-même enlève à la mort sa signification angoissante et en fait une délivrance.

vendredi 15 février 2013

LA FIN DE LA VIE - 1e partie


LA FIN DE VIE

Comment faire face à la mort sans tourner le dos à la vie?  Comment y penser sans être désespéré ou effrayé?  Sans se couper de tout plaisir et de toute joie?

De fait la manière dont on envisage le monde influence considérablement la qualité de la vie.  Certains sont terrifiés, d’autres préfèrent l’ignorer, d’autres encore la contemplent pour mieux apprécier chaque instant qui passe et reconnaître ce qui vaut la peine d’être vécu.  Il ne s’agit pas de vivre dans la hantise de la mort, mais de rester conscient de la fragilité de l’existence, de sorte à ne pas négliger de donner toute sa valeur au temps qui nous reste à vivre.

Épicure disait : “le plus terrifiant des maux, la mort n’est rien par rapport à nous, puisque, quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, nous ne sommes plus.”

Pour celui qui a su extraire la quintessence de l’existence, la mort n’est pas une déchéance ultime, mais l’achèvement serein d’une vie bien vécue; une belle mort est l’aboutissement d’une belle vie. “C’est le bonheur de vivre qui la gloire de mourir”, écrivait Victor Hugo.

Martin Heidegger, dans Être et Temps, établit une distinction importante: “l’angoisse devant la mort ne doit pas être confondue avec la peur du décès.”  Car la peur s’attache à des objets de seconde importance : on tremble d’avoir mal, ou de perdre ses biens, ou de mourir avant d’avoir accompli l’ouvrage en cours.  La peur trahit une “disposition de faiblesse” chez l’individu, qui se laisse envahir par des préoccupations parasites.  En revanche, l’angoisse devant la mort est une tonalité puissante, fondamentale, qui saisit entièrement l’homme et donne accès à une autre dimension de l’existence. “La mort, dit Heidegger, est la possibilité la plus propre du Dasein”, autrement dit du sujet humain.  Ma mort est l’événement ultime, indépassable, par rapport auquel, je dois me définir. 

Pour Heidegger, le propre de l’être humain est d’être traversé par le temps et, cependant, de ne se sentir nulle part exister dans le temps.

Le passé n’existe pas; certaines choses “ont été” mais elles ne “sont” pas. Le présent dévale et glisse en permanence.  L’avenir est inconnu.  Or, il existe un point limite - la mort - où ces trois dimensions du temps se ramassent les unes sur les autres: quand je meurs, mon futur, mon présent et mon passé ne font qu’un. C’est pourquoi il importe tellement d’accepter la mort, de s’en soucier: quand il considère la vie du point d’accepter la mort, de s’en soucier: quand il considère la vie du point de vue de la mort, l’homme échappe ainsi au dévalement continu du présent.  Si je pense à la mort, je me rassemble en moi-même et trouve la voie de l’être.

Comme Pascal, bien qu’avec un vocabulaire et des concepts beaucoup plus élaborés, Heidegger considère l’angoisse devant la mort comme une sorte de jauge, qui nous permet de faire le tri entre l’inutile et l’essentiel, entre les préoccupations futiles et la vie authentique.

Sur un mode nettement plus distancié et beaucoup plus humoristique, Émile Cioran a su chanter la fécondité paradoxale des pensées négatives et des expériences mortifères: “Tout ce qui préfigure la mort ajoute une qualité de nouveauté à la vie, la modifie et l’amplifie. La santé la conserve comme telle, dans une stérile identité; la maladie est une activité, la plus intense qu’un homme puisse déployer, un mouvement frénétique et stationnaire, la plus riche dépense d’énergie sans geste, l’attente hostile et passionnée d’une fulguration irréparable” (précis de décomposition). Vouer un culte raffiné, littéraire et presque gourmand au désespoir, comme l’a fait Cioran, c’est stimuler, à petites gorgées de poison, les réserves de vitalité que nous portons en nous.

Ainsi, l’angoisse devant la mort peut prendre plusieurs visages: tourmenté et religieux chez Pascal; rustique et sérieux chez Heidegger; narquois et ostentatoire chez Cioran.  Le principal défaut de tous ces auteurs, qui appartiennent à une même lignée - ceux qui cultivent l’angoisse - est de surestimer la mort, de la considérer comme une sorte d’apothéose.  Le risque encouru est d’encourager les passions tristes et de se bercer d’illusions. C’est pourquoi, à ce courant de pensée, on peut quand même avoir envie d’opposer la verve rieuse d’un Montaigne: “Je ne vis jamais paysan de mes voisins entrer en cogitation de quelle contenance et assurance il passerait cette heure dernière.  Nature lui apprend à ne songer à la mort que quand il meurt” (Essais, III, 12).

Si l’on n’arrive pas à se convaincre que la mort n’est rien, on peut s’engager dans la direction contraire; plonger jusqu’au fond de l’angoisse, ne jamais cesser de penser à la mort et, finalement s’en faire une amie.

Arrêtons le boniment!  Regardons les choses telles qu’elles sont : la vie est un don et une grâce mais, un jour, il nous faudra fermer les yeux et, à cet instant là, nous serons seuls, apeurés, nus, éjectés hors de ce monde, mis à la porte sans indemnités de la multinationale du vivant.  Quand “j’ai voulu découvrir la raison” de tous nos malheurs, raconte Pascal, “j’ai trouvé qu’il y a en a une bien affective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près” (Pensée, B139).  À quoi bon fuir cette réalité en courant après le travail, les loisirs, les occupations en tous genres? “la seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères.  Car c’est cela qui nous empêche principalement de penser à nous....le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort” (B146).  Pour peu que l’on accepte de regarder en face le soleil noir de la mort, celui-ci ne nous aveuglera pas, mais au contraire, nous rendra la vue.  Prendre conscience que la vie est limitée, fragile, n’est-ce pas la reconsidérer et lui donner toute sa valeur?  Vivre en étant conscient que c’est une chance et un sursis:  n’est-ce pas là une promesse d’intensité plus excitante que l’insouciance bestiale?

La Rochefoucault prétend que “le soleil ni la mort ne peuvent pas se regarder fixement mais Irvin Yaloum Prof à l’université de Stanford, théoricien et psychanalyste existentielle, pense autrement, car dit il: “si la réalité physique de la mort détruit l’homme, il parle d’expérience “d’éveil”, une expérience d’éveil peut survenir en de nombreuses circonstances - la mort d’un ami, une maladie grave, un licenciement ou l’installation dans une maison de retraite.  Dans tous les cas, il y a une prise de conscience que l’on n’est pas tout puissant, mais au contraire mortel.  Cela incite à mieux aimer ce qui nous est donné, et à vivre donc une vie moins futile et plus authentique.  Dans une de ses oeuvres il fait l’éloge de certains philosophes qui ont émis des idées puissantes et qui ont influencé la psychanalyse.  Freud lisait Kant et Schopenhauer.  Et il a écrit son roman Nietzche a pleuré (Galaode, 2007) pour montrer que l’essentiel de ses idées comme lui-même le constate - a été anticipé par Nietzche.  D’un point de vue pratique, la beauté et la concision de certains aphorismes permettent à ses patients de mieux entendre une vérité.  Et c’est rassurant de voir que de grands esprits affrontent les mêmes soucis que tout un chacun.  Il prétend que nous ne sommes pas obligés d’en passer par un cancer pour comprendre.  Car nous sommes déjà frappés d’une maladie mortelle; nous allons tous mourir un jour.

L’accepter c’est difficile mais nous permet de connaître une vie plus riche.  La misère humaine vient de ce que tous les hommes ont peur de la mort à un degré plus ou moins important.  Cependant, pour la plupart d’entre nous, cette angoisse est reportée sur d’autres objets : la peur qu’il arrive quelque chose à notre enfant ou que nos rides nous défigurent.  Cette angoisse inconsciente peut empêcher de vivre.  J’en veux pour exemple ce patient qui, en pleine crise de milieu de vie, est venu me voir, car il était incapable de choisir entre deux femmes.

Nous en sommes arrivés à la conclusion que voir vieillir sa femme le renvoyait au fait que lui aussi vieillissait.  Il préférait donc fuir cette évidence.  Ainsi, l’angoisse de mort se traduit parfois par une incapacité à faire des choix.  Car cela implique un renoncement, et chaque renoncement témoigne de notre limitation au regard du temps.

Contre ces difficultés qui nous font tourner en rond, il faut parvenir à regarder la mort en face.

Apprivoiser la mort
Vous êtes vous demandé combien de fois vous êtes déjà mort?  En effet, nous faisons régulièrement des expériences analogues à celle du trépas, où une modification de notre équilibre physiologique est suivie d’une éclipse de conscience : par exemple, lorsque nous nous endormons tous les soirs, ou quand nous subissons une anesthésie générale.  Certains sont passés à travers des maladies éprouvantes, des épisodes de coma, des accidents.  Les états modifés de la conscience - ceux qu’on atteint par l’alcool  et la drogue, notamment ont également une dimension morbide.

Pour toutes ces raisons, la mort n’est pas complètement hors d’atteinte : il est bien possible qu’il n’y ait qu’une différence de degré, et non de nature, entre ces expériences courantes et le grand saut.

Les portes de la perception
Dans un texte de jeunesse écrit en 1929, l’art et la mort, Antonin Artaud soutient ainsi que la mort ne nous est pas inconnue : “j’affirme et je me raccroche à cette idée que la mort n’est pas hors de domaine de l’esprit, qu’elle est dans certaines limites connaissable et approchable par une certaine sensibilité.  Qui, au sein de certaines angoisses, au fond de quelques rêves, n’a connu la mort comme une sensation brisante et merveilleuse avec quoi rien ne se peut confondre dans l’ordre de l’esprit?  Et il enchaîne avec ce morceau de bravoure très rare en littérature, une description de l’intérieur du processus : “Il faut avoir connu cette aspirante montée de l’angoisse dont les ondes arrivent sur vous et vous gonflent comme mues par un insupportable souflet.  L’angoisse qui se rapproche et s’éloigne chaque fois plus grosse, chaque fois plus lourde et plus gorgée.
C’est le corps lui-même parvenu à la limite de sa distension et qui soit quand même aller plus loin.  C’est une sortie de ventouse posée sur l’âme, dont l’âcreté court comme un vitriol jusqu’aux bornes dernières du visible.”

jeudi 24 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 5e partie


Comment agissent les plantes

Si la composition des végétaux et de leurs essences, la présence de tels et tels constituants permettent généralement une explication logique, donc acceptable, de leurs diverses propriétés, des auteurs ont cherché par d’autres voies à expliquer leur mode d’action.

La théorie de Filatov, à laquelle certains se refèrent repose sur la notion suivante :  un tissu vivant (humain, animal ou végétal) séparé de son organisme et conservé dans des conditions de souffrance (dessication, froid, distillation) produit, dans le cadre de sa lutte pour la vie, des substances de résistance appelées bio ou phytostimulines.  Ces noms commencent à être connus.  Ces stimulines, introduites dans un organisme déficient, activeront les processus vitaux défaillants, améliorèront les diverses fonctions physiologiques, lutteront contre l’infection en renforçant le terrain.

Selon une optique différente, les végétaux et particulièrement les essences ont été comparés à de véritables hormones végétales.  On sait que diverses hormones ont été découvertes dans de nombreuses plantes, dont la liste s’allonge constamment.

Certains travaux donnent, par ailleurs, tout lieu de penser que les plantes et leurs essences seraient susceptibles d’agir en modifiant le champ magnétique des sujets.

Pour d’autres auteurs, les extraits des plantes agiraient par l’effet de vibrations sur le système vago-sympathique, les ouvrages de Ch. la ville et de Lakhowsky, notamment, éclairent ces dernières conceptions d’un jour particulier.

Enfin les récentes études sur l’acidité, la résistivité, le pouvoir d’oxydo-réduction de certains extraits de plantes, et surtout des essences aromatiques, tendraient à démontrer que leurs propriétés s’opposent à la pullulation microbienne.  La valeur de certains facteurs physiques présentés par les essences pourrait expliquer leur action dans le traitement de nombreuses affections, y compris les plus graves, comme les états cancereux.

La vérité doit, semble-t-il, tenir compte de ces divers éclairages.  Les phénomènes biologiques apparaissent d’une complexité sans rapport avec nos actuels moyens d’investigation.  S’il est du devoir de l’homme de chercher toujours plus à sonder les mystères, “on ne doit enfermer aucune méthode biologique dans une formule, car tôt ou tard, les faits la brisent”.  Ainsi que l’écrivait Charles Nicolle.  Force nous est de continuer à observer et, à croire, quand les preuves scientifiques, nous font provisoirement défaut, ce que nos yeux nous enseignent, car à plus forte raison une accumulation des faits.

De nombreux travaux et expérimentations ont permis de démontrer qu’en matière thérapeutique la plante entière est souvent supérieure au principe actif isolé.  À l’exemple de l’opium que nous avons cité déjà, nous en ajouterons quelques autres.

La quinine ne guérit pas toujours le paludisme, que l’usage de l’écorce de Quinquina, riche en composés divers, guérit totalement. Étudiant les vertus antisudorales de l’agaric, Hofmeister et Combemale, sont d’avis que l’acide agaricique est le seul principe actif. Mais les recherches de Bardet semblent prouver que les résines ont également leur action propre: aussi conseille-t-il de prescrire le produit entier.  En ce qui concerne la digitale, tout le monde connaît l’emploi devenu généralisé, de la digitaline dans certaines affections cardiaques.  Or, R. Tissot a montré que “les feuilles de valeur normale et constante sont préférables aux glucosides isolés parce qu’elles renferment une série de corps agissant synergiquement”, ‘les semences de semen-contra ont des propriétés vermifuges fréquemment supérieures à celles de leur principe actif, bien connu, la santonine, qui se révèle, par ailleurs, non toujours dépourvue de toxicité. Les principes totaux du bourgeon de peuplier entraînent une excrétion de l’acide urique supérieure à ce qu’obtiennent généralement certains de ces constituants tels que la populine et la salicine.  Ainsi, par de multiples exemples, la supériorité du complexe naturel “plante entière” se trouve affirmée sur les divers constituants utilisés isolément, “les subtilités d’action des principes actifs d’une plante entière ne peuvent pas être concurrencés par les substances isolées”, écrit Forsch.

C’est que dans la plante entière, les principes actifs se trouvent aidés, mais aussi compensés et neutralisés dans leurs possibles effets nocifs, par les diverses substances qui les accompagnent, qui les environnent, qui les catalysent en même temps qu’elles les modèrent. “Non seulement écrit le Dr Taylor, les composés fabriqués par les plantes sont infiniment plus variés que ceux dont nous disposons à l’heure actuelle, mais ils sont toujours mieux tolérés par l’organisme parce qu’ils sont le produit naturel d’une chimie de la vie.”

Aussi, les plantes, d’une façon générale, bien que douées de propriétés spécifiques, sont elles pourvues surtout de vertus régulatrices.  C’est la raison pour laquelle on pourra voir de nombreux végétaux assortis de qualités apparemment dissemblables, par exemple antispasmodiques. L’usage de nombreuses plantes antispasmodiques (ou sédatives), en combattant l’exacerbation nerveuse préjudiciable, contribuera à rétablir le “calme organique”, mais aussi à stimuler un ou plusieurs organes.  Ces plantes se seront comportées, en fait, en réequilibrants organiques.

vendredi 18 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 4e partie


Si l’utilisation des plantes sous les formes que nous ont transmises les Anciens c’est à dire les infusions, les décoctions, les macérations ou les poudres, ni les préparations plus récentes telles que les alcoolatures, les intraits ou extraits conservent encore, de nos jours, leur grande valeur thérapeutique, l’emploi des essences aromatiques, forme moderne de la médecine des plantes, représente, à plus d’un titre, un progrès considérable.  Progrès concidérable et même, sous certains de ses aspects, parfois insoupçonné.

Dans son De Materra Medica, Dioscoride décrit à peu près toutes les essences connues.  Il recommande le fenouil “ à ceux qui ne peuvent pisser que goutte à goute”, l’origan “à ceux qui ont perdu l’appétit, qui ont l’estomac débile et font des rots acides et fâcheux”. Pour masquer l’odeur désagréable de l’ail et de l’oignon, dont on faisait à son époque une grande consommation, il conseille de conserver sous la langue une petite feuille de  nard ou un morceau de “malobatre”.

On parlait beaucoup au XVIe siècle du vinaigre des quatre voleurs, préparation antiseptique utilisée dans la prévention des maladies contagieuses.  On s’en frottait les mains et le visage, on en brûlait dans les appartements.

Sa formule fut révélée par quatre détrousseurs de cadavres, arrêtés en flagrant délit lors des grandes pestes de Toulouse de 1628 à 1631.  Leur mépris de la contagion avait été un sujet d’étonnement pour les juges.... les archives du parlement de Toulouse rapportent que ces “quatre voleurs furent convaincus, lors de l’ancienne grande peste, qu’ils allaient chez les pestiférés, les étranglaient dans leur lit et, après, volaient leurs maisons: pourquoi ils furent condamnés à être brûlés vifs et, pourqu’on leur adoucit la peine, ils découvrirent leur secret préservatif; après quoi ils furent pendus”.  Ce vinaigre contenait notamment de l’absinthe, de la reine-des-prés, du genièvre, du romarin, du camphre.

Depuis, certains auteurs ont démontré que la découverte de ces principes dans les plantes ne saurait expliquer, pour tous les cas, leur action curative dans son intégralité.  En effet, à côté du “principe actif” ou du constituant principal, les végétaux contiennent de nombreux autres facteurs dont l’association permet une action plus complète, plus soutenue, en évitant certains effets secondaires préjudiciables.

Ainsi, divers travaux récents ont attiré l’attention sur la valeur de la médication par le tanin dans la tuberculose, mais ce principe garde l’inconvénient de provoquer souvent des crampes gastriques ou intestinales, ce qui en limite singulièrement l’emploi: or, l’écorce de chêne, riche en tanin, ne présente pas de tels désagréments, parce qu’elle contient, combinés au tanin, divers éléments mucilagineux, amers, aromatiques qui en corrigent l’action.

L’opium a une action sédative plus complète que la morphine, bien que les autres alcaloïdes entrant dans sa composition n’aient, par eux-mêmes, aucun effet narcotique.  L’acide ascorbique (ou vitaimine C, appelée encore vitamine antiscorbutique) ne suffit pas pour guérir le scorbut, au contraire du jus de citron; c’est que le citron, toujours donné en exemple pour sa richesse en vitamine C, contient d’autres principes utiles, notamment la vitamine P, également antiscorbutique.

Ces exemples démontrent que si chaque plante, chaque végétal se voit déjà nanti de nombreuses indications connues, tant par le fait de l’expérience que par les analyses phytochimiques, on ne devra pas s’étonner d’en découvrir de nouvelles au hasard des observations.  C’est pourquoi le bouleau, connu particulièrement comme diurétique, est-il susceptible de guérir un eczéma rebelle.  Nul, sans doute, ne peut expliquer pour quelle raison.  Peut-être, tout simplement, parce que c’est un agent dépuratif.  Peut-être encore parce que le malade guéri ainsi était d’une physiologie particulière apte à bénéficier de cette thérapeutique qui, pour un autre cas comparable, se serait soldée par un échec.

mardi 15 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 3e partie


Ainsi, dès le début du XVIe siècle, la pharmacopée connaît-elle à peu près toutes les plantes utiles d’Europe et du monde entier.  C’est de cette époque que datent les corporations d’apothicaires et les codex, tandis qu’abondent les formules les plus variées.

Le siècle de louis XIV eut la passion des plantes et surtout des essences aromatiques.  Le Roi Soleil les utilisait abondamment (ainsi que l’argile), pour tenter de neutraliser les inconvénients d’un solide appétit qu’il ne pouvait refréner.  Dans son entourage, beaucoup de grands et plus encore de grandes voulurent donner leur nom à des compositions aromatiques.  On vit alors apparaître les “poudre de la Maréchale X”, les “eau de la Duchesse Y”, les “vinaigre de la Comtesse Z.”

C’est en 1798 que paraît le Dictionnaire des Drogues simples, de Lemery, ouvrage auquel ou se référera souvent par la suite par l’étude et l’utilisation des végétaux.  

Avec le XIX siècle, les progrès de la chimie analytique permirent d’inventorier certains constituants des végétaux et de leurs essences aromatiques, et de faire ainsi un choix, parmi les plantes et les essences, pour le traitement des affections diverses.

Il ne saurait être question d’évoquer tous ceux qui, depuis le début de notre siècle, étudièrent les plantes et les huiles essentielles. Mais Miquel qui, en 1894, démontra le pouvoir bactéricide de l’essence de thym; B. Cabasse qui étudia certaines essences odorantes; Chamberland, J. Marchand Forgues et M. Neurisse qui étudièrent, entre autres, les vertus de l’essence de Lavange; Brisse-Moret, Vulpian, Trousseau, Cadeac et Meunier sont des noms qui reviennent constamment dans les ouvrages ayant trait à ces études.  Et plus près de nous, attachés à des recherches et expérimentations particulières concernant tels ou tels fruits, légumes, plantes ou leurs huiles volatiles il faut citer R.M. Gattefossé, les professeurs Courmont, Morel, Rochaix, Bay, H. Leclerc, F. Decaux.....il faudrait en citer combien d’autres!  Et à l’étranger, les écoles Anglaise, Allemande, américaine, italienne, russe, chinoise, japonaise se signalent depuis longtemps dans cette voie par d’éminents chercheurs bien connus des milieux scientifiques.

Les noms d’auteurs et ouvrages cités ont donc été choisis parmi des centaines d’autres de valeur comparable.  On ne peut les mentionner tous, pas plus que toutes les recherches récentes, car, ainsi que le souligne le Professeur Paris “les travaux effectués en chimie végétale sont de plus en plus nombreux et dans des pays très variés”.  On en tirera seulement cette conclusion que l’énorme quantité des ouvrages publiés témoigne de l’intérêt que suscite les phyto et l’aromathérapie chez les savants, tandis que les médecins et l’opinion commencent à les redécouvrir.  “Beaucoup de choses renaîtront, qui étaient depuis longtemps oubliés”, disait déjà Horace.

dimanche 13 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 2e partie


Puis on remplit d’abdomen de myrrhe triturée, de cassie et de toutes sortes de substances fumigènes.  Ceci fait, on baigne de cadavre pendant 70 jours dans le natron (carbonate de soude naturel).  Ensuite le cadavre est lavé, enveloppé de bandellettes enduites de gommes et de résines.

Dans un travail considéré comme le plus ancien ouvrage de médecine, élaboré vingt siècles avant J.C., Kisang Ti fait état notamment du grenadier, de l’opium, de la rhubarbe, en décrivant d’ailleurs les indications que les recherches ultérieures, y compris les plus modernes, ont depuis confirmées entièrement.  Le Peng T Soo, de Li Che Ten (2,500 ans avant J.C.), fait état d’environ 1100 végétaux répartis en 68 classes.  Il cite plus de 8000 recettes ou formules.

D’ailleurs, quand on lit certains traités anciens, ou leur relation, on les croirait parfois écrits par des contemporains.  Ainsi les Égyptiens antiques croirait parfois écrits par des contemporains.  Ainsi les Egyptiens antiques connaissaient les principes de l’alimentation saine et des régimes, chez l’homme comme chez les animaux.  Ils buvaient du vin, de la bière, des liqueurs, des jus de fruits, des eaux minérales, et les thermes leur étaient familiers.  Ils savaient suturer et panser les blessures, ils savaient trépaner.  Ils soignaient de nombreuses affections, les maladies vénériennes, le mal de mer, certaines tumeurs.  Ils connaissaient admirablement les propriétés générales les plantes et les utilisaient pour guérir leurs malades.  Ils savaient anesthésier par des macérations vineuses de certains végétaux. Ils utilisaient aussi les plantes dans de nombreux fards et onguents de beauté.  Même la thérapeute cellulaire leur était coutumière.  Mais, à l’époque, on n’injectait pas encore des broyats, on se contentait d’ingérer les organes préconisés. Les momifications en usage à l’époque étaient réalisées à l’aide de plantes, d’essences aromatiques, de résines et de saumures diverses, suivant une technique minutieuse. Les propriétés antiseptiques des aromates étaient donc parfaitement connues des égyptiens.

C’est de la Chine, de l’Inde, de la Perse que les Égyptiens avaient appris l’art de la distillation des plantes pratiquée dans ces pays depuis des millénaires. Ils en intruisirent à leur tour les Grecs dont, plus tard, les Romains utilisèrent le savoir.

Il y a environ 4000 ans que les Égyptiens paraissent avoir su préparer une essence de cèdre.  Ils chauffaient du bois de cèdre dans un récipient d’argile dont l’ouverture supportait une claie portant des brins de laine.  L’essence imprégnait la laine qu’il suffisait alors de presser.  Dès cette époque, on le voit, l’humanité en savait déjà long en matière médicale, notamment en Phyto et aromathérapie.

Aussi ne saurait-on désormais s’étonner que les Hindous, environ 1000 ans avant J.C., aient connu l’acore, le cumin, le basilic, le gingembre, la noix muscade, l’oeillet, le poivre, la réglisse, le safran, etc.  Le livre de vie, de suscrutas, mentionnait à l’époque de nombreux traitements par les plantes.

Histoire des plantes

On ne peut guère lire d’ouvrage de médecine sans que le nom d’Hyppocrate y figure.  Le médecin ambulant, devenu prince de la médecine, semble n’avoir laissé aux médecins qui sont venus après lui, écrivait un confrère, d’autre gloire que celle d’être des disciples et des commentateurs.  Les ouvrages du médecin des Cos (qui n’hésitait pas à interroger l’homme de la rue pour connaître “ la chose qui guérit”) fait état de plus de 250 plantes utilisées dans sa thérapeutique.  Chiron enseigna également l’usage médical des plantes.

Dioscoride et un peu plus tard Galien traitèrent des nombreux végétaux de leur culture, de leur récolte et de leurs indications thérapeutiques.

L’inventaire de Dioscoride porte sur 800 plantes.  Chez les Romains, Pline et le jeune, Caton l’ancien, de nombreux botanistes, médecins et écrivains discourent des végétaux et de leurs applications médicales.  Le chou semble avoir été, à cette époque, une vedette depuis longtemps confirmée puisque, grâce à lui, écrit Caton l’Ancien, les Romains purent se passer de médecins pendant six siècles. Criton, médecin de Trajan, utilisait une vingtaine d’huiles odorantes.

Charlemagne reconnut l’intérêt primordial des plantes, et ses capitulaires ayant trait à la culture des jardins ordonnent de cultiver de nombreux végétaux, arbres et arbustes, légumes et fleurs.

Au moyen âge, les arabes redécouvrent et font progresser l,art de la distillation des plantes.  Averroès, médecin et philosophe arabe né à Cordoue, Honul-Baytar, né à Malaga, attachent leur nom à de nombreuses études végétales concernant les plantes méditerranéennes.  Le dernier en décrit près de 1500.

C’est à la même époque que l’abbesse bénédictine sainte Hildegarde écrit physica, qui étudie l’intérêt thérapeutique d’un grand nombre de végétaux.

Aux XIIIe siècle, en France, sous la poussée de la pharmacie naissante, la distillation commence à connaître un grand essor.  Les “maîtres gantiers” de l’époque étaient autorisés à parfumer leurs gants et à vendre des huiles odorantes.  Rappelons aussi que le moine allemand Albert le Grand consacra une grande partie de son activité à l’étude des plantes.

Gildemeister estime qu’au XVe siècle étaient déjà connus beaucoup de végétaux et de plantes aromatiques.  De nombreus travaux de tous les pays, des missions diverses (surtout espagnoles) complètent alors les notions acquises.  Au XVIe siècle, Nicolas Monardès et José de Acosta, entre autres, favorisèrent l’introduction dans nos pays des plantes médicinales du nouveau monde (Aztèques et Incas) le premier cultivait lui-même des plantes exotiques dont il assurait l’expérimentaion. Le second publia son Historia natural y moral de las indias.

mardi 8 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 1e partie


“Dans la plante, quelque chose de plus que dans la matière, quelque chose qui procède de la vie.”

Depuis quelques années, les maladies médicamenteuses ont attiré l’attention du corps médical sur certains effets seconds des produits de synthèse.  De plus en plus, les malades se tournent vers les plantes ou leurs essences.  Les exemples abondent de l’agressivité de certaines médications chimiques et synthétiques modernes employées inconsidérément, comme de résultats heureux et parfois spectaculaires des traitements végétaux généralement dépourvus de toxicité.

après l’enthousiasme compréhensible qui salue l’apparition du remède nouveau, surviennent souvent les déceptions : déceptions devant les échecs renouvelés, déceptions devant le camouflage des signes, le simulacre de guérison, la réapparition du mal ou la naissance consécutive d’un syndrome nouveau, déception devant les trop nombreux incidents ou accidents provoqués par des traitements inadaptés.

Le malade demande alors à la médecine des plantes des remèdes à ses maux, avec d’autant plus de ferveur que ses misères sont plus grandes et plus anciennes, que les thérapeutiques utilisées l’ont déçu davantage, et qu’il lui a été donné d’observer autour de lui de nombreuses preuves de ce qu’est susceptible d’obtenir, même dans les cas les plus graves, une phytothérapie ou une aromathérapie bien conduites.

Une femme fut, dans son enfance, il y a quelques années, sauvée de la mort par la seule utilisation des plantes.  Elle avait alors dix-huit mois.  À la suite d’une intoxication, sans doute alimentaire, elle se trouvait dans le coma lorsqu’une paysanne conseilla à la mère d’appliquer sur le bas ventre de la petite malade, des cataplasmes préparés avec des plantes qu’elle lui apportait.  L’histoire se passait à la campagne et le médecin avait, trois jours plus tôt, écarté tout espoir.  Quelques heures après les premières applications, l’enfant émettait une grande quantité de selles nauséabondes et sortait de son coma.  Le lendemain, elle recommençait à s’alimenter normalement.

La littérature médicale des siècles passés fournit quantité d’exemples analogues.  Si, depuis longtemps, nous en lisons beaucoup moins, c’est que la plupart des médecins ne traitent plus par de tels procédés et mettent souvent sur le compte du hasard les guérisons par la phytothérapie qu’il leur a été donné de constater.

Ou encore, sans doute, redoutent-ils d’affronter l’ironie de certains de leurs pairs.  “Notre esprit, écrivait Carrel, a une tendance naturelle à rejeter ce qui n’entre pas dans le cadre des croyances scientifiques ou philosophiques de notre époque.  Les savants, après tout, sont des hommes.  Ils sont imprégnés par les préjugés de leur milieu et de leur temps. Ils croient volontiers que ce qui n’est pas explicable par les théories courantes n’existe pas.”  OR, si de nombreux auteurs ont pu trouver une explication “scientifique”,c’est-à-dire actuellement acceptable, des résultats obtenus par de simples cataplasmes de végétaux ou d’aromates, les pratiques curatives comparables des anciens n’ont pas encore été toutes expliquées.  Est-ce que les faits observés n’existent pas?

La science moderne a d’ailleurs permis d’expliquer déjà, comme nous le verrons, le mode d’action de nombreux végétaux, longtemps utilisés de manière empirique par voie interne ou par voie externe.  C’est pouquoi; bénéficiant d’un recul qui a permis d’en confirmer les indications et d’en connaître les effets secondaires, la phyto et l’aromathérapie rénovées, rajeunies, “actualisées” grâce aux nombreuses recherches et expérimentation modernes se placent désormais au premier rang des thérapeutiques actives de notre siècle.

“Originaire de la matière vivante et compatible avec celle-ci, écrit le Pr Paris, le médicament naturel est, dans l’ensemble, mieux toléré par l’organisme que les substances étrangères créées artificiellement et dont on connaît mal la toxicité à longue échéance et les effets accesoires.”

Pendant une période très longue de l’histoire, les hommes n’avaient guère, pour se soigner, d’autres moyens que les plantes.  De tous temps, ils se sont rendus dans les montagnes, dans les bois,dans le champs pour y trouver les végétaux, récolter les résines et les gommes.

La simple observation, par quoi tout débute lorsqu’elle est au service d’hommes intelligents qui s’accordent le temps de méditer, a permis, voilà des millénaires, de dresser un bilan considérable des vertus offertes par les plantes dans la lutte contre la maladie, voire les épidémies.

“La vérité scientifique est une explication du moment à un moment de la science”, écrivait H. Poincaré.  Cette opinion est partagée par de nombreux auteurs, tel Auguste Lumière, pour qui “toutes les théories médicales sont provisoires: elles ne correpondent nullement à des vérités définitives.”.  En face des théories et explications “scientifiques” sujettes à de multiples remaniements, se situent les faits qui, eux, sont objectifs, réels et, dans des considérations identiques, constamment observées.  “C’est toujours la pratique qui juge la valeur des méthodes prophylactiques.  Il faut un singulier entêtement pour prétendre avoir raison contre les faits”, dit à son tour le Professeur Delbet.

Il n’est pas interdit de penser que l’usage des plantes, surtout aromatiques, joua un rôle dans la prévention ou la limitaion des certaines épidémies.  Rappelons la fameuse épidémie de peste d’Athènes jugulée par Hippocrate en faisant brûler des plantes odorantes dans les rues.

Le secret des embaumements appartenait aux prêtres, l’historien grec Hérodote en a donné la description suivante:  Après avoir nettoyé les viscères avec du vin de palme, on les saupoudre d’épices triturées.