jeudi 15 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 55e partie

DÉPENDANCE AUX MÉDICAMENTS


1) Anxiolytiques (tranquillisant mineur)
Atarax        Noctec
Ativan        Noludar
Dalmane    Serax
Librium       Valium

2) Antidépresseurs
Anafranil      Parnate
Aventyl        Surmontil
Déprex        Sinequan
Elavil           Tofranil

3) Antipsychotiques (tranquillisant majeur)
Haldol          Neuleptil
Largactil       Neuroleptique
Majeptil        Nozinan
Mellaril         Stelazine
Modecate     Tarasan
Moditen        Trilafon

4) Antiparkisonniens
Artane          Congentin
Benadryl       Kemadrin

5) Antiépileptiques
Mysoline

6) Lithium
Carbonate

7) Sédatifs et hynoptiques
Phenergan

8) Autres

lundi 12 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 54e partie

LES DÉPENDANCES


Dépendance aux substances  comme la Cocaïne et ses effets  sur la santé.
Déjà en 1974( ?), dans une chanson française intitulée «  le coco », une jeune femme délaissée par son amant, parlait à peu près en ces termes de la drogue à laquelle elle s’adonnait : «  Je prends de la cocaïne, elle embrume mon cerveau, (ma) raison disparaît (mes) chagrins s’envolent, et je deviens folle. »

Et pourtant, c’est au début des années 80 que les experts des drogues commencèrent à reconnaître avec netteté les effets néfastes de la cocaïne dont l’existence remonte jusqu’aux années 5000 avant l’ère chrétienne chez les indigènes sud-américains. Ces derniers ingéraient en effet les feuilles de la coca en guise d’aliment et aujourd’hui encore leurs descendants font  usage de la plante, plutôt comme stimulant. D’un autre côté, les Incas du Pérou considéraient la coca comme sacrée et restreignaient son usage en faveur des nobles. Malheureusement, avec la conquête espagnole au seizième siècle, la drogue se propagea au sein des couches sociales moins privilégiées, ce qui provoqua d’emblée la chute de l’économie alimentaire des Incas.

Utilisée dans des élixirs ou des potions vers 1863 par des hommes comme Angelo Mariani qui vendait ces potions à des clients célèbres (Pape Léon X111, Thomas Edison, Jules Vernes…), la cocaïne fut toutefois dénoncée par d’autres hommes tels que Sigmund Freud qui en fait avait succombé à la toxicomanie de cette drogue.

La cocaïne est extraite des feuilles de coca ( Erythroxylum Coca), plante largement cultivée dans les Andes montagneuses de l’Amérique du Sud. Quoique la drogue occupe une certaine place dans la pharmacopée (recueil des recettes ou formules pour préparer les médicaments), disons au départ que la cocaïne est un stupéfiant dont l’usage répété et prolongé aboutit à une toxicomanie grave.

L’usage de l’alcaloïde par des adolescents et même des enfants est en train de se répandre dans des proportions épidémiques à travers le monde Occidental. À nous de veiller à ce que les familles soient imbues des dangers de cette drogue, lesquels peuvent se classer en deux groupes
  1. Dangers d’ordre physiologique ou physique.
  2. Dangers de nature psychologique.
 Sans entrer dans les détails pharmacologiques pour montrer comment ces effets surviennent chez l’humain, je dirai que les effets physiologiques ou physiques sont nombreux, la mort instantanée en étant le plus grave, car l’arrêt cardiaque peut survenir brusquement chez une personne ayant inhalé ou ingéré de la cocaïne. Bien que 1.200 
 milligrammes soient généralement considérés comme la dose capable de tuer un adulte, des effets toxiques sévères se sont produits avec une dose aussi faible que 20 milligrammes. Et cette mort peut survenir à la suite de l’aspiration, de l’injection intraveineuse ou de l’ingestion de l’alcaloïde, tant chez l’individu expérimenté que chez le novice à son premier contact avec le stupéfiant. D’une manière générale, la mort arrive tôt après la dose fatale; au cours de la première heure ou bien moins de cinq heures après le contact. Un arrêt respiratoire entraînant aussi la mort peut se produire par suite de l’effet toxique sur le centre cérébral de la respiration.

Autres effets sérieux de la cocaïne : convulsions sévères, maux de tête, stupeur ou coma, toux chronique, fatigue persistante, insomnie, saignement du nez  ou perforation de la cloison nasale causée par l’absorption de la drogue par le nez. Des nausées ou vomissements apparaissent aussi, ainsi que la diarrhée. Outre cette fin précoce qui guette les usagers de la cocaïne, il y a les dérangements psychologiques de degrés divers, à commencer par la toxicomanie.

La toxicomanie est cette déviation morbide qui contraint un individu à rechercher une drogue pour en faire un usage répété. Le sujet devient comme obsédé. Il est prêt à faire n’importe quoi  pour trouver de la drogue. Il ne raisonne plus et son corps réagit différemment si la drogue n’est pas prise, sans que le soient les symptômes de retrait en ce qui concerne la cocaïne. Les experts s’accordent à dire que la toxicomanie de la cocaïne a trois caractéristiques : une perte de contrôle quant à l’usage du stupéfiant, une faim et un désir incontrôlés pour ce dernier, la persistance des toxicomanes à s’administrer la drogue malgré les troubles divers et dangereux que celle-ci leur cause. En fait ces gens cherchent à minimiser les problèmes, de sorte qu’ils puissent continuer à s’adonner à ce qui les détruira tôt ou tard.

Les autres effets psychologiques de la cocaïne consistent en dépression, anxiété, paresse, paranoïa, perte de la libido (désir sexuel), tendances à la violence, hallucinations comme les sensations d’insectes rampant sous la peau.
Ce n’est pas trop de dire qu’un usager de la cocaïne ou de tout autre stupéfiant est un esclave de deux maîtres. Son premier maître est la drogue elle-même, tandis que le 

trafiquant représente le second maître, être le plus souvent sans scrupules, capable d’utiliser la drogue dont il fait le commerce comme une dangereuse arme susceptible de tenir d’autres êtres humains dans la plus vile dégradation.

Se sentant victime des épreuves de la vie (conflits interpersonnels, frustrations, échecs, stress, solitude, chômage), l’homme en détresse va vouloir remplir un manque affectif lié à son passé en consommant des produits anxiolytiques ou les médicaments antidépresseurs.

dimanche 11 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 53e partie


TRAITEMENT AU LITHIUM

la découverte du lithium est survenue par accident.  En 1949, Cade remarque l’effet sédatif du carbonate de lithium chez des cobayes et déduit que le même résultat pourrait être obtenu chez des patients souffrant de manie (Good et Gilman 1970).  L’acceptation du lithium comme agent thérapeutique efficace n’est venue qu’après plusieurs années de controverse, surtout en ce qui concerne son efficacité et sa sécurité.  Le lithium est utilisé à long terme en tant qu’agent prophylactique pour prévenir les rechutes des désordres affectifs ou pour diminuer leur intensité.  Il sert aussi dans le contrôle des états aïgus de manie et dans certaines dépressions.
Une partie de la psychopathologie du maniaco-dépressif dans son état aïgu est difficile à différencier de la schizophrénie.  Cependant, ces deux désordres présentent des caractéristiques divergentes dont il faut tenir compte tant dans le diagnostic que dans le traitement.  Le maniaco-dépressif passe par des hauts et des bas suivis de périodes normales; il présente une très faible probalité de détérioration et l’histoire familiale est souvent positive en ce qui concerne les désordres affectifs et l’alcoolisme, et négative en ce qui concerne la schizophrénie. Il est très important que le diagnostic soit approprié étant donné que les probabilités d’amélioration du maniaco-dépressif traité avec le lithium sont excellentes, alors qu’elles sont très pauvres pour le schizophrène (Fieve, 1975).
Le traitement par lithium doit se faire avec supervision clinique suivie.  Il est contre indiqué chez des patients qui présentent des troubles rénaux, des troubles cardiaques manifestes et des troubles neurologiques.
Le danger de toxicité est toujours présent dans le traitement par lithium.  Pendant une phase maniaque, la tolérance au lithium augmente, mais elle descend une fois l’épisode passé. Une diète normale, avec des niveaux de sodium et d’eau normaux est nécessaire pour le bon fonctionnement de ce traitement.
Effets secondaires
Quand le taux de lithium présent dans le sérum du malade est plus élevé que 1,5 mEg|1, plusieurs effets secondaires peuvent se présenter; tremblement des mains, douleurs abdominales, nausées, vomissements diarrhée, soif et polyurie, fatigue et augmentation de poids.  Ces symptômes ont lieu dans les quatre premières semaines, ils disparaissent spontanément ou avec une réduction de la dose thérapeutique.
Un problème majeur avec le traitement au lithium est que s’il est donné en quantité excessive et que les reins n’arrivent pas à éliminer le médicament adéquatement, le taux de sérum monte à 2.0 mEg|1 et un état d’empoisonnement se produit.  Si le patient demeure dans cette situation pendant quelques jours, les risques d’accident grave peuvent survenir.  Ce danger dans le traitement par lithium peut être évité avec la surveillance nécessaire du taux de lithium dans le sérum.

vendredi 9 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 52e partie


LES MÉDICAMENTS QUI SUPPORTENT L'INTERVENTION

Les AntiDépresseurs 
On retrouve de la dépression chez à peu près 3% de la population et, de quelque intensité qu’elle soit, elle est toujours temporaire.  Même sans aucun traitement, elle peut durer jusqu’à 6-7 mois et rentrer dans l’ordre par la suite.  Malgré sa faible incidence dans la population en général et sa durée limitée, il reste que plusieurs déprimés doivent être aidés à cause de leur souffrance morale, et des dangers de suicide.  C’est pourquoi les médicaments contre la dépression appelés les antidépresseurs, peuvent être d’une grande utilité dans le traitement des malades déprimés (fondation pour la recherche sur les maladies mentales).
Historique
Il faut souligner que la découverte des médicaments antidépresseurs a été purement fortuite.  En effet, un spécialiste en médecine s’aperçut qu’un traitement efficace contre la tuberculose rendait les malades euphoriques.  Il confie son observation à des collègues psychiatres qui administrèrent le même médicament à des déprimés et notèrent une nette amélioration de leur humeur.  De son côté, c’est en évaluant un nouveau composé biochimique qu’un clinicien Suisse observa que ce médicament était totalement inéfficace dans le traitement de la schizophrénie.  Ces constatations démontrent que plusieurs découvertes scientifiques surviennent lors d’observations cliniques plutôt qu’au cours des études en laboratoire chez l’animal.
Effets bénéfiques
a) les tricycliques (amipramine, amitriptyline, désipramine)
Avec des patients sévèrement déprimés, les tricycliques donnent lieu à une réduction importante de la dépression et à une amélioration évidente du comportement. Un fait important, c’est que ces changements se produisent dans les trois premières semaines du début du traitement.  Si un malade ne répond pas au traitement dans les trois premières semaines, la probabilité est grande qu’il ne pourra pas être traité par ces médicaments.  En plus, la réponse au traitement  dans les trois premières semaines prédit biensouvent le résultat thérapeutique.
En général, la recherche montre que 20% des patients sont aidés par les tricycliques, en comparaison de, 40% par un placebo. Ceci veut dire que les chances de guérison dans les trois premières semaines doublent si les tricycliques sont utilisés en lieu et place d’un placebo (Cole et Davis, 1975).
Les tricycliques sont des médicaments antidépresseurs les plus éfficaces.  Une des questions importantes concernant le déroulement du traitement est celle qui se rapporte à la discontinuation de la médication.  Étant donné que la dépression est un désordre qui récidive, la question se pose donc de savoir si un traitement continu pourrait empêcher les rechutes.  L’étude de Mindham et al (1972) indique que l’utilisation de l’amitriptyline ou de l’amipramine pendant 15 mois à des doses de maintien évite les rechutes.  Seulement 22% des sujets dans le groupe de maintien montrent des rechutes alors que dans le groupe placebo, le taux de rechute est de 50%.  Cependant, il n’existe pas de données qui peuvent aider le clinicien à détecter le type de patient qui peut bénéficier d’un traitement de maintien.

b) les inhibiteurs de la monoamine oxydases (IMAO) toujours selon Cole et Davis (1975), il existe des malades qui ne répondent pas au traitement par tricycliques, mais qui répondent aux IMAO. Étant donné que les tricycliques sont le traitement de choix, ils sont utilisés en premier et les IMAO suivent en cas d’échec.  L’idée existe que les drogues tricycliques répondent mieux aux dépressions secondaires et les phobies. La recherche visant à savoir quel type d’antidépresseurs est primordiale.  Cependant, les études éxistantes ne permettent pas d’arriver à des conclusions finales à ce sujet.  À cause des dangers de crise d’hypertension artérielle, les IMAO sont peu prescrits de nos jours.
Effets secondaires
Les différents tricycliques produisent en général des effets secondaires semblables.  Les plus fréquents sont la sècheresse de la bouche, des palpitations; de la tachycardie, une perte d’accommodation visuelle, de l’hypotension orthostatique, des étourdissements, de la constipation et de l’oedème (Chouinard 1977).
En général, les effets secondaires dus aux tricycliques ne sont pas très sévères.  Ils diminuent après les premières semaines de traitement et peuvent être facilement réglés par un ajustement de la dose du médicament.  Quant aux effets secondaires au niveau du système nerveux central, on retrouve principalement des tremblements au niveau des extrémités supérieures

mercredi 7 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 51e partie

INTERVENTION AU NIVEAU DES ANXIOLYTIQUES



Les anxiolytiques ou tranquillisants mineurs
De tout temps, les sédatifs ont surtout été utilisés dans le traitement de l’insomnie et de l’anxiété. L’alcool est sûrement le plus vieux sédatif et par la suite, les barbituriques ont joué le même rôle.  Cependant, depuis la découverte de nouveaux médicaments qu’on appelle les anxiolytiques, la prescription de sédatifs ne se justifie plus car tous savent maintenant que l’alcool et les barbituriques sont dangereux en cas de surdose et qu’ils induisent de la dépendance physique.
La découverte des substances anxiolytiques tels qu’on les connaît aujourd’hui a été en grande partie le fruit du hasard.  En 1930, Sternbach, en Pologne, découvre une nouvelle molécule, mais il ne sait qu’en faire.  Vingt cinq ans plus tard, en 1955, en voulant faire une réaction chimique avec cette molécule, Sternbach obtient une substance à laquelle il ne s’attendait pas du tout, le chlordiazoposide, qu’on connaît sous le nom de librium.  Son emploi chez l’humain fut accepté au Canada et aux USA en 1960.  Les recherches continueront et en 1963, le diazépam, c’est-à-dire le valium, apparaît sur le marché.
Les benzodiazépines agissent surtout comme agents anxiolytiques dans le traitement des troubles aïgues ou chroniques qui provoquent une incapacité et qui sont caractérisés par de l’anxiété. La pratique courante définit ces états comme des syndromes généraux d’anxiété et de panique.  En 1981, on vendait au Canada dix types de benzodiazépines et l’un des médicaments les plus populaires de cette catégorie a été le diazépam (santé bien être social Canada, 1982).
Selon l’équipe de lipman (1977), la nature de l’amélioration produite par les anxiolytiques va plus loin qu’une simple réduction de l’anxiété.  Selon ces auteurs, plus de cas d’événements positifs et moins de cas d’événements négatifs dans la vie étaient relevés chez les sujets traités avec le Chlordiazépoxide que chez les sujets du groupe soumis au placebo.  Ce résultat peut être dû à une sorte de transformation perceptuelle produisant la disposition à évaluer la réalité de façon plus positive.
Dans cette étude, le Chloriazépoxide peut avoir aidé à diminuer les symptômes psychiatriques affaiblissants et à augmenter l’insight du processus thérapeutique.
On a également trouvé que les benzodiazépines étaient utiles:
  • Dans le sevrage alcoolique aïgue (sellers et Kalant, 1976)
  • Dans le traitement de certains genres de crises continues et dans une variété de troubles neuromusculaires comme la paralysie cérébrale et l’hypotension posturale (Sellers 1978)
  • Comme prémédication aux interventions chirurgicales, comme anesthésique intraveineux au cours d’interventions chirurgicales mineures et dans une variété de tests diagnostiques et shader, 1974.  Bellantwond et al;1980)
Effets secondaires
L’effet secondaire le plus remarqué des anxiolytiques est la somnolence et un certain affaiblissement cognitif quand ils sont utilisés comme hypnotiques (Cole et Davis, 1975).
Cependant, toute substance pharmacologiquement active qui a des effets positifs est susceptible d’avoir des effets négatifs chez certaines personnes et dans certaines circonstances.  En outre, les médicaments qui agissent pour le système nerveux central et modifient l’humeur sont également susceptibles d’être utilisés dans un but non thérapeutique et de façon inappropriée, qu’ils soient illicités ou non.
De nombreuses études en laboratoire ont révélé une déficience motrice consécutive à l’usage de doses légères de benzodiazépines (Kleinknecht et Donaldson, 1975; Liljequist et Matela, 1979). Une étude faite en Grande Bretagne montre un lien très significatif entre l’usage des tranquillisants mineurs et le risque d’accidents de la route.  Malheureusement, la consommation d’alcool et son rôle possible dans ces accidents n’ont pas été déterminés (Skegg, Richards et Doll, 1979).
La dépendance et l’apparition de symptômes de sevrage sont des faits reconnus après administration de doses thérapeutiques de benzodiazépines.  Néanmoins, peu d’études systématiques ont été effectuées sur les problèmes associés au sevrage découlant d’un usage normal et il est extrêmement difficile de donner des chiffres quant au nombre de personnes qui dépendent à l’heure actuelle des médicaments anxiolytiques (Preskorn et Denner, 1977; Covi et al. 1973; Pevnick et al. 1978; Greonblatt et shader, 1978).  Selon une étude (Tyrer et al, 1981), l’incidence élevée des symptômes de sevrage laisse supposer qu’une proportion importante de malades qui consomment des anxiolytiques de façon chronique sont pharmacoliquement dépendants. La thérapie à court terme, d’une durée inférieure à quatre semaines, ne produira pas de dépendance, croît-on, ni de problème de sevrage (Sellers 1978).
Il semblerait que les anxiolytiques soient contre indiqués pour des trouble caractérisés par un comportement agressif, parce qu’ils accroissent l’hostilité (workam et Cunningham, 1975). Il a été aussi observé que le diazépam semble être associé à l’augmentation des idées suicidaires.  Dans une étude à ce sujet (Hall et Joffe, 1972), les sujets groupe placebo ne développaient de tels symptômes.  Ces résultats pourraient expliquer en partie le fait que les benzodiazépines aient été trouvées inférieures au groupe placebo pour le traitement de la dépression.

lundi 5 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 50e partie

Pharmacothérapie comme traitement psychologique 


La pharmacothérapie peut-être utilisée dans le cas de dépression pour intervenir sur des symptômes comme l’insomnie ou l’angoisse. On peut catégoriser les médicaments à partir des effets qu’ils ont sur l’organisme, en : neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseurs, et le Lithium. L’absorption de médicaments, bien qu’elle ait des effets bénéfiques, entraîne aussi des effets secondaires qu’il importe de connaître.
Cette lecture vous propose de connaître l’intervention pharmaco thérapeutique.
1-Les neuroleptiques ou tranquillisants majeurs qui sont surtout utilisés dans le traitement de la schizophrénie et de la psychose maniaco-dépressive.
2-Les anxiolytiques sont surtout utilisés comme traitement mineur dans les cas d’anxiété.
3- Les antidépresseurs qui, comme leur nom l’indique, servent dans le traitement de la dépression.
4- Le Lithium surtout utilisé dans la dépression sévère et dans la psychose maniaco-dépressive.
                             
Les Neuroleptiques ou tranquillisants majeurs.
La découverte des médicaments utilisés dans le traitement des psychoses a eu lieu au début des années 50. Delay et Deniker (1952) avaient observé l’effet tranquillisant de la Chlorpromazine, observation qui donna lieu à l’application expérimentale de ce médicament avec des patients schizophrènes. À la même période, la Réserpine, composante active de la plante Rauwolfia Serpentina, utilisée par les patients natifs de l’Inde, comme tranquillisant, est introduite dans le champ de la psychiatrie. Les effets anti schizophréniques de ces médicaments causent un véritable changement dans le traitement de ces désordres et conduisent à une meilleure utilisation de la thérapie de milieu, de la thérapie de groupe, de la thérapie occupationnelle et de la psychothérapie en général en ce qui concerne la schizophrénie.
L’utilisation de la psychothérapie devient donc possible du fait que les aspects les plus destructifs de  la maladie peuvent être mieux contrôlés. Ces changements ont eu pour 

résultat  la réduction massive du nombre de malades schizophrènes hospitalisés. La schizophrénie est une des maladies les plus graves que la société moderne connaisse. Son coût annuel a été évalué à 14 milliards de dollars aux USA et on estime que 2% de la population souffrira au cours de sa vie d’un épisode psychotique nécessitant une hospitalisation ( Babigian, Mosher, Guvarson et Buschsbaum, 1973.)
                         
Principales propriétés des neuroleptiques.
Les neuroleptiques possèdent les principales propriétés suivantes :
  1. Ils provoquent un ralentissement de l’activité psychologique et motrice sans pour autant induire le sommeil. À cause de cette action, ils inhibent donc surtout l’agitation de l’agressivité.
  2. Ils amènent aussi une diminution ou une guérison complète du délire et des hallucinations.
Effets Secondaires
Malheureusement, les neuroleptiques produisent également des effets secondaires désagréables pour le malade, et disgracieux pour son entourage.
 Plusieurs personnes ont sans doute vu des malades qui présentent une attitude figée, un faciès peu expressif, une démarche raide et de légers tremblements de mains.
Ces signes ne font pas partie de la maladie, mais sont dus à la prise de tranquillisants. Ces symptômes demeurent aussi longtemps que persiste le traitement, mais bien qu’ils soient saisissants, ils ne sont pas dangereux, du moins à court et à moyen terme. En raison de ces effets secondaires désagréables et continus, il est donc recommandé de limiter l’administration des tranquillisants aux grands malades psychiatriques (Fondation pour la recherche sur les maladies mentales, 1982 c) 
Le plus grand problème causé par les neuroleptiques est sûrement la dyskinésie tardive, syndrome qui peut être irréversible. Ce syndrome peut survenir après une administration prolongée des neuroleptiques. La maladie présente alors des mouvements involontaires qui varient de lieu et de forme et qui impliquent le plus  souvent la bouche, les lèvres et la mâchoire ou  des mouvements anormaux du cou, du tronc  ou des membres. Chouinard a démontré que la dyskinésie tardive, apparaissait chez au moins 31%  des schizophrènes traités aux neuroleptiques et surtout chez les malades âgés et chez ceux qui ont eu de longues hospitalisations, À lui seul, ce problème grave soulève l’importance de la découverte de nouveaux médicaments qui soient moins dangereux pour le malade à long terme, tout autant que la recommandation de ne prescrire des neuroleptiques qu’aux grands malades psychotiques et de suivre de très près leur évolution.

Dosages
Le médicament peut être pris 3 à 4 fois par jour surtout durant la phase aigüe de la maladie; lorsque l’état du malade le permet, une dose unique, de préférence au coucher, suffit dans la plupart des cas; les patients doivent consulter leur médecin de façon périodique pour faire réviser leur médication, car le processus des maladies mentales est dynamique et les besoins du malade sont par conséquent sujets à variation. D’ailleurs, le clinicien doit continuellement faire un effort de façon à donner au patient une dose thérapeutique minimale.
Comme nous venons de le voir, les tranquillisants décrits également sous le nom de neuroleptiques, comprennent une catégorie de médicaments qui provoquent une sédation marquée, qui agissent sur l’agitation et l’agressivité des malades souffrant de troubles mentaux sévères, qui améliorent ou guérissent le délire et les hallucinations, mais qui sont également la cause d’effets indésirables et désagréables autant pour le malade que pour sa famille.

Malgré les problèmes qu’ils engendrent, il reste que  les neuroleptiques ont permis la guérison de plusieurs patients, et à plusieurs malades schizophrènes d’être traités en clinique externe. À cause des désagréments causés par ces médicaments, plusieurs patients cessent spontanément leur médication, et ce, bien souvent avec l’accord de leurs proches. L’arrêt  brusque de la médication occasionne bien souvent des rechutes qui, malheureusement, auraient pu être évitées. Plusieurs équipes de recherche tentent de mettre au point de nouveaux médicaments qui seraient tout aussi efficaces que les tranquillisants, sans pour autant incommoder le malade.

vendredi 2 mars 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 49e partie


LE MIGRANT HAÏTIEN

Malgré les efforts consacrés depuis les dernières décennies pour essayer de définir les grands symptômes psychiatriques de façon à en universaliser les critères, les classifications internationales (CIM, DSM-I, DSM-II, DSM-III et DSM-III-R) restent des outils correspondant aux syndromes que l’on retrouve dans le monde occidental blanc.

Ces critères ne peuvent s’appliquer stricto sensu à certaines cultures qui ont connu l’esclavage, le despotisme, l’oppression et la dictature. L’objet de cet article est de décrire certaines formes cliniques de la dépression particulière à l’Haïtien. Nous pensons que la préhistoire et l’histoire de l’Haïtien, de même que sa culture et le mode d’éducation reçue, contribuent à donner un aspect particulier à la dépression de ce dernier, ce qui explique que sa dépression ne ressemble pas à celle de l’Européen ou du Nord-Américain de race blanche.
Après une tentative d’explication socio-historico-génétique de ce que l’un de nous a appelé la « pensée paranoïde » chez l’Haïtien et un rappel des critères de la dépression majeure, selon le DSM-III-R, nous décrirons six formes de dépression rencontrées chez l’individu d’origine haïtienne.

Formation de la « pensée paranoïde » chez l’Haïtien
Dès l’an 1503, la colonisation espagnole ayant décimé rapidement les Indiens caraïbes, premiers habitants de l’île, le gouverneur Ovando eut l’idée de faire venir d’Afrique de la main-d’œuvre noire.

Des milliers d’Africains, arrachés des côtes d’Afrique, enchaînés dans les cales des bateaux appelés « négriers », pendant de longues traversées jusqu’en Amérique, furent vendus sur les marchés publics comme esclaves. Ce n’est qu’après trois siècles d’esclavage, en 1804, que ces « damnés de la terre » (considérés sans âme par un religieux du nom de Las Casas) gagnèrent leur indépendance en battant les troupes du général Leclerc. Cette épopée put être réalisée grâce à la conjoncture de deux événements :
- la cérémonie vaudou du Bois Caïman, où eut lieu une rencontre qui devait rassembler, cimenter les troupes dispersées et démunies des esclaves révoltés;
  • une épidémie de fièvre jaune qui annihila les troupes de Leclerc, fièvre contre laquelle le Noir a une immunité naturelle.
Après la déportation, l’esclavage et la glorieuse épopée de l’indépendance de ce peuple, Haïti, loin de connaître enfin la liberté, commença l’apprentissage de la division, de l’oppression, des dictatures sanglantes sous toutes les formes (royautés, empires, présidence à vie, régimes militaires, etc.).

Quand de plus on connaît l’importance que revêt l’autorité des parents (et de tout adulte) dans l’éducation de l’Haïtien, l’utilisation à outrance des sévices corporels, du fouet (du point de vue psychanalytique, l’utilisation du fouet par les parents, c’est, chez l’Haïtien, une forme d’identification à l’agresseur du temps de l’esclavage), on peut saisir davantage le mélange de sentiments de méfiance ou de toute puissance (ou les deux) que l’on peut retrouver dans certaines expressions de la maladie chez l’Haïtien. Le jeune apprend vite, pour éviter les sévices corporels, à utiliser le mécanisme de la projection, précurseur de la pensée paranoïde.
Mentionnons enfin que la deuxième « déportation » des Haïtiens, soit l’émigration vers l’Europe et l’Amérique du Nord, n’a pas été sans leur réserver de nombreuses difficultés d’adaptation avec de nouvelles cultures qui, très souvent, entraîneront des frustrations dans les pays hôtes (difficultés avec les services d’immigration, problèmes de racisme ouvert ou camouflé dans le logement et les milieux de travail, rapports avec les corps policiers et la justice, même avec les corporations professionnelles).

Rappel des critères de la dépression selon le DSM-III
Dans le manuel révisé (DSM-III-R), les critères diagnostiques de la dépression peuvent se résumer comme suit :
-tristesse de l’affect;
-présence de quatre des huit éléments suivants pendant environ deux semaines :
-baisse de l’appétit,
-insomnie ou hypersomnie,
-augmentation ou retard de l’activité psychomotrice,
-perte d’intérêt ou de plaisir dans les activités courantes ou baisse du désir sexuel (ou les deux),
-perte de l’estime de soi avec sentiment de culpabilité,
-perte d’énergie,
-impression que la capacité de penser ou de se concentrer a diminuée,
-pensées récurrentes de mort, idées suicidaires, désir de mourir.


Quelques formes de dépression chez l’Haïtien
Nous décrirons ici six vignettes correspondant à six formes de dépression chez l’Haïtien. Cette liste n’est exhaustive, ce sont les six formes que nous avons rencontrées le plus souvent.

Vignette #1
« Ou sanblé moun mô pété sou li » : « tu ressembles à quelqu’un sur qui le vent de la mort a soufflé ».
C’est un déprimé profond, dont l’humeur n’est pas nécessairement triste. Le caractère principal de ce tableau clinique est l’indifférence. Le sujet est capable de sourire, mais c’est un sourire béat, sans relation avec l’humeur. Il peut vaquer à ses occupations habituelles, mais tout se fait avec un détachement affectif, il paraît absent. Cet état d’indifférence peut atteindre une profondeur pouvant être assimilée à un état catatonique.

Vignette #2
« Yo fè li mal » : « il a été « quimboisé », il est l’objet de maléfices ».
C’est le cas typique du malade qui se présente au médecin avec un délire paranoïde franc. Il dit qu’il est l’objet de persécutions, que son patron ou son voisin ou même son conjoint et sa famille complotent contre lui, que tout ce qu’il fait est connu de tous, que ses gestes sont épiés.
Son affect peut être triste, non parce qu’il se sent coupable ou se juge inadéquat mais parce qu’il s’estime incapable de lutter contre ses persécuteurs.

Vignette #3
« Ou sé yon anvi mouri kap chèche yon anvi touyé » : « tu as envie de mourir et tu cherches quelqu’un qui pourrait te tuer ».
Cette forme de dépression chez l’Haïtien par des troubles du comportement. Son activité psychomotrice est augmentée, son seuil de frustration est bas, l’humeur peut être exubérante. Il cherche à provoquer de façon évidente, comme quelqu’un qui voudrait trouver un adversaire capable de lui donner la mort. Jusqu’à un certain point, on pourrait parler d’une recherche « de suicide par procuration ».

C’est le patient qui va provoquer des bagarres et enfreindre ouvertement les lois et les forces de l’ordre, en particulier s’il repère un policier aux alentours. S’il est en Haïti, il cognera sur la voiture d’un officiel dans le but – peut-être inconscient – de se faire arrêter, bastonner ou même tuer. En quelque sorte, bien que son comportement évident ne traduise pas un état dépressif, tout se passe comme s’il recherchait une punition qui lui permettrait d’expier pour une présumée faute commise.

Son activité psychomotrice augmentée peut simuler un état maniaque.

Vignette #4 (dépression avec espoir)
« Mwen sé pitite Bon Dié » : « je suis enfant de dieu ».
C’est la forme de la dépression situationnelle. Le malade vit des situations difficiles, les stresseurs sont nombreux mais il ne se laisse pas abattre. Il conclut comme Job dans les Écritures : « Vous m’avez tout donné, Vous m’avez tout enlevé, que Votre saint nom soit béni ». Attention cependant à l’écueil linguistique : si cette phrase de Job, en créole : « Mwen sé pitite Bon Dié », est traduite mot pour mot : « Je suis enfant de Dieu », on risque de conclure que ce malade se prend pour Jésus-Christ et de diagnostiquer une psychose paranoïde, ce qui serait une erreur diagnostique qui entraînerait un traitement aux neuroleptiques avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Le sujet s’exprimant ainsi n’est pas paranoïde. Il vit avec difficulté ses malheurs (perte d’objet d’amour, insécurité financière), mais il exprime un espoir : ses malheurs prendront bientôt fin.

Vignette #5 (dépression sans espoir)
C’est la forme clinique qui correspondrait le plus à la dépression psychotique. Elle est caractérisée par des plaintes témoignant de la souffrance morale, mais l’individu n’est pas nécessairement triste. Il est fatigué de lutter contre « le sort » et a adopté une attitude de résignation sachant qu’il est « condamné ». Cela se traduit même dans son discours objectif; il décrit ses malheurs, ses luttes inutiles menées pour s’en sortir et conclut avec logique qu’il n’y a plus rien à faire et que son sort ne changera jamais. Dans ce cas aussi, l’expression facile peut ne pas être affectée de façon apparente.

Vignette #6 (dépression avec manifestations somatiques)

Chez l’Haïtien, c’est la forme la plus commune. Elle est caractérisée par des troubles somatiques : sensation de faiblesse, brûlures d’estomac et autres troubles digestifs, météorisme abdominal, maux de tête, etc.
Bien sûr, il consultera différents médecins et se tournera vers des prêtres du vaudou pour trouver une solution à son ou à ses problèmes. Il pensera qu’il souffre d’une maladie que personne ne peut diagnostiquer, et encore moins traiter.
Même après avoir épuisé toutes les ressources médicales et autres, il se peut que son affect reste relativement inatteignable.


En conclusion, rappelons que l’Haïtien exprime ses émotions par son corps, par la danse. Son émotion est rarement exprimée par la douleur morale. D’autant plus que la culpabilité individuelle semble être inexistante. En Haïti, la culpabilité est partagée par la famille, le quartier, la communauté, d’où l’efficacité des traitements de groupe offerts par les prêtres du vaudou.

Nous avons voulu décrire ici ce que, pour notre part, nous considérons être les formes les plus couramment retrouvées. Nous ne voudrions pas laisser croire que l’Haïtien ne peut être déprimé comme l’Européen ou le Nord-Américain de race blanche. Notre objectif était de décrire certains cas cliniques qui ne répondent pas aux critères internationaux, qui sont des formes particulières de la dépression et qui peuvent être prises pour un autre syndrome et traitées à tort avec des neuroleptiques plutôt qu’avec des antidépresseurs, la sismothérapie ou la thérapie du lithium.

Rappelons enfin que la pensée paranoïde n’est pas particulière à l’Haïtien. Nous l’avons observée chez des Italiens du Sud, des Vietnamiens et aussi chez des Canadiens français (pour ne pas citer que quelques exemples).

lundi 27 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 48e partie


RELATION THÉRAPEUTIQUE
Grondin souligne le fait que dans tout processus thérapeutique quel qu’il soit, un changement s’opère presque toujours dans le contexte d’une relation personnelle et chaleureuse lorsque la personne médite seule sur ses expériences, affirme Grondin, il ne survient que rarement des changements majeurs.
La présence d’un témoin attentif nous rend confiants dans l’environnement et donc ouvert à la communication.  Hillman (!972) élargit cette perspective en soutenant que la thérapie est un acte d’amour.  Si le thérapeute consent à devenir partenaire dans l’échange, la relation s’établit sur une base de complicité dans laquelle chacun trouve matière à transformation.  Dans cette dimension, Hillman rejoint l’extrapolation de Lock Land lorsque ce dernier transpose  l’étape supérieure de croissance au domaine de la thérapie : le client, écrit Lock Land (1973), ne s’ouvra à l’influence du thérapeute que si celui-ci se laisse lui-même atteindre.  Si le climat perçoit que le thérapeute se refuse à toute ouverture, il vit la preuve de son incapacité à grandir dans des voies de mutualité et risque de régresser vers des formes d’interaction élémentaires.  Il apparaît alors que la neutralité prônée par les techniques traditionnelles est en contradiction totale avec l’objectif visé : la transformation du client vers des formes de relations élaborées.
Le fait de partager déboulonne obligatoirement le thérapeute de son piédestal (Hillman 1972) minimise le transfert, procure au client un sain recul.  Ce dernier attend de l’autre accueil, amour, partage, mais ne le perçoit plus comme démiurge.  C’est lui (Lopez-Pedreza, 1977) au contraire, qui devient le démiurge de sa propre métamorphose. Il est conscient que, en prenant et donnant tour à tour, il agit comme agent de transformation et il trouve un sens à sa vie.
Ainsi, la vie est perpétuel changement, mouvement irrésistible vers la croissance de l’être.  Notre itinéraire de vie, loin d’être linéaire, évolue en spirale, d’interrogation en conflit, de conflit en résolution, de résolution en nouvelles interrogations.  La spirale est d’ailleurs symbole de ces cycles dans de nombreuses traditions.
Parce qu’elle possède la remarquable propriété de croître en gardant la permanence de sa forme (Durand, 1969) elle constitue l’image de l’équilibre dans le chaos.  Elle exprime la continuité de notre être à travers les rythmes perpétuels du changement intérieur, alors que la multiplicité de nos tendances contraires devient unité (Jung 1934).
Le langage Jungien décrit fidèlement cette progression spiralée: surviennent les premières interrogations, les premiers malaises dus au travail de l’inconscient; commence l’aveugle périple dans “l’ombre”, période dionysiaque, noire, chaotique, dans laquelle notre moi conscient est aux prises avec des forces qu’il ne peut définir et qui ne sont autres que lui-même.  Cette phase dépressive est cependant essentiellement féconde.  Car elle est gestation.
Parvenu au bas de la boucle spiralée, le cycle s’inverse, nous découvrons la complémentarité de nos forces contraires.  Dans la lumière et l’harmonie, nous vivons une période extatique et créative pendant laquelle nos conflits trouvent leur résolution.
Nous ordonnons notre vie avec le nouvel acquis de notre expérience.  Chargés de forces neuves, nous sommes alors prêts à affronter une autre plongée dans l’ombre; qui appellera une autre période de lumière.  À travers le périple, nous nous dépouillons peu à peu de fardeaux inutiles et nous approchons du centre de notre être.
Nous serons d’autant plus agents de changement que nous accueillerons de plein gré nos propres périodes d’ombre; nous saurons alors aider nos clients à percevoir l’aspect positif de leur maladie.  Nous pourrons leur communiquer, pour l’avoir vécu, que leur handicap, quel qu’il soit, peut être intégré et facteur de développement de richesses intérieures actuellement en friche.
À travers cette synthèse, nous pouvons affirmer que la maladie a une signification profonde dans tout itinéraire de vie.  Cette optique n’a rien à voir avec la sublimation ou une quelconque mystique; elle est tout simplement naturelle.  Le point de vue actuel sur la nocivité de la maladie peut être envisagé comme une perversion si l’on considère que la maladie est une tentative pour contrer la stagnation et par conséquent la mort “Bien et mal sont tout un” disait Héraclite.  Cette fonction insolite de la maladie fait partie du plan du vivant.
Selon le physicien Charon (1974) le vivant a deux projets; d’une part accroître l’ordre autour de lui.  Si nous acceptons le paradoxe que la maladie est une tentative d’ordre, par opposition à la stagnation qui est désordre, et que cette tentative d’ordre est propension à la mutualité, nous nous englobons dans une optique dynamique de l’être et de son environnement, où “la vie est mouvement, la vie est choix, la vie est conquête de la liberté.”

dimanche 26 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 47e partie


CROÎTRE
Ne nous fions pas aux apparences: maladies et crises de tous genres ne signifient pas désordre - seule est désordonnée la matière inerte (Charon, 1976) dont les molécules figées sont distribuées au hasard.  La structure de tout être vivant est organisée, ordonnée vers un but précis : participer par son action à l’action de son milieu environnant. La qualité de cette participation va déterminer la qualité de croissance de l’être et, par conséquent, la qualité de sa vie.
Lock Land (1973) perçoit trois alternatives de croissance. La plus élémentaire, la forme “d’accrétion”, est une tentative d’expansion de soi.  À ce stade, l’organisme vivant cherche à amplifier son volume et l’être humain cherche à étendre sa puissance.  Dans une forme supérieure de croissance que Lock Land nomme “réplicative”, l’être vivant tente d’essainer dans l’environnement des copies exactes de lui-même.  L’être humain de ce stade ne s’accoie qu’avec des gens qui partagent ses propres vues.  La forme la plus élevée de croissance, dite de “mutualité”, est basée sur l’échange entre le moi et le monde extérieur.  L’ëtre se transforme et grandit à travers ses multiples expériences avec l’environnement , l’environnement se transforme avec lui.  Dans les systèmes biologiques, ce sont ces dernières formes de croissance, assure Lock Land, qui se développent avec le plus de succès, le fait d’affecter les autres et d’ëtre affecté avec eux dans l’échange et le partage.
Le comportement humain ne se manifeste pas seulement dans le développement de l’autonomie ou la manifestation de son contraire, la dépendance, constate Argyal (1965) .  L’homme adulte ne fait pas que s’affirmer, devenir maître de soi, agir en être libre.  Il éprouve aussi la soif de se trouver une place dans l’environnement, il se bat pour avoir un sentiment d’appartenance: C’est ce qu’Argyal (1965) dénomme l’homonomie, ce que Lard Land (1973) appelle la mutualité, ce besoin de faire partie d’un tout qui est plus grand que nous-mêmes. Et (Charon 1974), en donnant l’exemple de la cellule, reprend le même concept à peu près dans les mêmes termes.
Le rôle de la cellule est de participer directement à la vie du milieu qui l’entoure (le tissu vivant auquel elle appartient) la cellule consacre sa vie à faire vivre un vivant plus grand qu’elle-même. La vocation profonde du vivant est sa participation à l’évolution de l’univers. “Heraclite ne concevait l’humain qui fonde dans la pensée universelle, l’homme ressent la nécessité de vivre dans l’union, la participation.  Ce concept d’homonomie est à la fois opposé et complémentaire au concept d’autonomie.  Ces deux forces s’expriment simultanément lors du développement de l’enfant; celui-ci se permet d’autant plus de grandir et de se séparer de sa mère qu’il la sent proche et attentive.  En l’absence de tout égard; il perd son désir de croissance, du même qu’en l’absence d’une rétroaction positive et nourrissante de l’environnement, l’ëtre vivant s’étiole, stagne et s’oriente vers la mort.

vendredi 24 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 46e partie


MA TÊTE EST PLEINE COMME DU COCA-COLA TROP GAZEUX
Les crises ne doivent jamais être évaluées négativement.  Chaque crise confronte l’individu à lui-même et à son environnement.  Et Jung écrit; “la maladie n’est pas un fardeau superflu et vide de sens; elle est nous-mêmes”.

Le terme de maladie est employé à dessein dans un but de réhabilitation du terme : vue par le corps médical et par l’ensemble de la population comme une aberration de notre organisme, comme un ensemble de symptômes qu’il faut faire disparaître, il est grand temps de la concevoir sous son angle positif; elle appartient aux cycles évolutifs de l’être.  Elle doit être traitée comme faisant partie intégrante du processus vital - Jung (1934), insiste sur le fait d’assurer la maladie, de s’acharner à découvrir son enseignement; plus encore, soyons lui reconnaissants, car elle nous donne l’occasion de suspendre nos activités, d’être enfin à notre écoute, Elle est un chemin douloureux, mai concret, qui nous conduit vers notre réalité.
L’être humain est alors stimulé à faire appel à ses plus hautes potentialités, à s’actualiser selon la perspective de (Maslow 1968), à entrer en contact avec la totalité de son être : il s’agit comme le dit Rogers (1961), d”être vraiment soi-même”.  Ainsi nous pouvons nous permettre d’affirmer qu’une période dépressive, un accident physique deviennent fructueux; car ils invitent l’être à s’arrêter, à s’interroger, à explorer ses aspects sombres et chaotiques, à se livrer au conflit générateur de transformation.
En accueillant sans discrimination le positif et le négatif, la délectation à la souffrance (Hillman, 1972), nous assumons le conflit, nous accueillons la maladie qui, paradoxalement, est voie de guérison de par sa possibilité et volonté de croissance les mouvements vers le bas, s’ils sont tout naturellement acceptés, enrichissent l’être. Ils font partie des allées et venues du flux vital.
Le concept de maladie auquel nous faisons référence englobe tant les crises psychiques que physiques.  Le changement touche toutes les dimensions de l’être humain, y compris le biologique (Riegel, 1976, Gendlin 1978), qui travaille depuis plus de vingt ans à élaborer une théorie du changement de la personnalité, et qui a mis au point sa technique de focalisation pous susciter et stimuler ce changement, prend comme point de départ le corps.
Par le biais de la relaxation, il demande au client d’être attentif au mesage que son corps est prêt lui transmettre.  Ce message se traduit donc d’abord par une sensation physique.  Tout en étant profondément attentif à la mouvance de cette sensation, le client s’efforcera d’en déceler l’image symbolique dans son monde imaginaire et de découvrir l’émotion correpondante dans son monde affectif.  À la fin du processus, lorsque les liens sont tissés entre toutes les zones de la personnalité, lorsque tout est synchronisé, dirait Riegel, le client s’ouvre à la conceptualisation: il établit des rapports entre ce vécu du moment et les événements de son quotidien; le corps transmet généralement alors une dernière sensation, chaleur, force, énergie, qui est message d’unification, de synchornicité entre les différents niveaux de l’être et l’environnement. Partant du corps et revenant du corps, la focalisation de Gendlin suit, elle aussi, comme toute transformation du vivant, un rythme spiralé.  Le corps est le miroir et le réceptable de toute notre vie psychique.  Il n’est donc pas étonnant qu’un conflit psychique ait pour conséquence une maladie physique; et que cette dernière puisse être cause et initiative de changement de l’être dans sa totalité.

mercredi 22 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 45e partie


TOUT ME TORTURE

L’homme en détresse doit saisir l’aspect nécessairement conflictuel de l’être humain
avec l’environnement. Il doit y apercevoir une interaction dialectique. L’homme se
développe grâce aux contradictions qui surgissent en lui, et entre lui et l’environnement.
Les rythmes des mouvements qui surviennent entre les différentes dimensions de l’être
et son environnement sont rarement synchronisés; ce manque de concordance
provoque un déséquilibre que nous appelons crise, conflit ou maladie. On doit s’efforcer
de découvrir de nouvelles stratégies, de fournir des réponses créatives qui apportent
l’équilibre désiré. Mais ce plateau d’équilibre, sitôt acquis, appelle de nouvelles
questions qui provoquent un nouveau conflit. Nous retrouvons dans cette vue
dialectique du changement ce même mouvement cyclique qui, de pire en pire, nous
mène et nous ramène de phases de conflit en phases de repos, phases semblables et
cependant toujours neuves puisque ayant bénéficié de la croissance des phases
précédentes. Pour parodier l’autre “ce qui est contraire est utile et c’est de ce qui est en
lutte que naît la plus belle harmonie; tout se fait par discordance.”
Il insistait sur le mouvement dialectique des forces contraires qui s’exercent dans
l’univers et à l’intérieur de l’ëtre. Les forces opposées s’éloignent et se rapprochent tour
à tour pour finalement s’unir car on peut percevoir les opposés comme compatibles. Le
changement s’effectue avec ses répétitions qui oscillent régulièrement de chaos en
harmonie.

Nous avons au cours des siècles, perdu cette vision cyclique du changement pour
acquérir une vision linéaire, causale et fragmentaire du mouvement de la vie. Certains
auteurs perçoivent donc comme fondamentalement indispensable toute forme de conflit
sans lequel aucun changement ne pourrait s’effectuer. Jung refuse la dichotomie que
nous avons l’habitude d’établir entre bien et mal, entre tous les pôles contraires. Il base
en grande partie son oeuvre sur l’intégration du mal dans son aspect paradoxal. Par
mal, il voit tout ce qui nous torture, tout ce que avec quoi nous nous torturons, c’est-à-
dire nos conflits, nos maladies, nos contradictions, notre part de folie. Il affirme que si
nous ne succombons pas au moins en partie, à la tentation du mal, “il ne peut y avoir ni
renouvellement, ni guérison” Il nous invite donc à intégrer ce mal pour découvrir son
côté salutaire.

Les tendances contraires s’affrontent lorsqu’on nie leur complémentarité. Leur synthèse
s’accomplit quand nous accueillons les événements en étant attentifs à leur
synchronicité. Rien n’est l’effet du hasard, écrit Jung (1930). Tous les événements de
notre vie sont intérdépendants (Riegel 1976) considère que le manque de
synchronisation dans les différentes zones d’activité d’un être humain avec son
environnement génère le conflit, par là même, permet d’introduire des réarrangements
constructifs.

Jung (1930) va plus loin : si nous cessons, écrit-il, de lutter contre les événements qui
surviennent, si nous cessons de nous interroger sur leur causalité, si nous les
accueillons nous percevons soudain que les faits s’articulent selon nos besoins
profonds. Ils deviennent des messages et sont significatifs pour notre évolution. Nos

découvrons que notre vie a un sens, et alors, des solutions créatives se pressent
soudain à notre conscience.

lundi 20 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 44e partie

JE VIS POUR VIVRE


L’homme en détresse vit un trouble de la personnalité se manifestant par des
perturbations émotionnelles. Il vit aussi une forme de psychose beaucoup plus grave de trouble consistant en une désorganisation grave de la personnalité et une perte de contact avec la réalité. Ainsi, certains hommes en détresse sont dirigés parce qu’ils ressentent, à tel point que leur pensée rationnelle joue qu’un rôle accessoire.

Chez d’autres, au contraire, que l’on considère comme “froids” la raison exerce une véritable tyrannie, alors que la vie affective et imaginative demeure indigente. L’homme en détresse vit une crainte imprécise d’un danger émanant de sources inconnues, pour parfois devenir si grave que ce dernier demeure dans un état de crainte continuel sans raison apparente; vit une appréhension constante, l’incapacité de se concentrer et bon nombre de symptômes physiologiques du stress. On pense ce type de comportement est la conséquence d’une incapaité de l’individu d’apprendre des comportements de défense appropriés. Il vit des idées qui se fixent comme des parasites dans l’esprit. Obsédé, il est assiégé par une idée ou un sentiment pénible qui s’impose irrésistiblement à son esprit et lui cause des angoisses souvent de ses affects en ce sens qu’il souffre un genre de perturbations pouvant connaître des états émotionnels apathiques ou dépressifs, on peut passer à divers reprises de l’état maniaque à l’état dépressif.

L’homme en détresse doit connaître les signes précurseurs des troubles émotionnels avant qu’il ne soit trop tard pour y remédier.
Les signes peuvent être:
• Repliement sur soi-même : craindre l’échec avec, comme résultat,, la recherche
constante d’évasion, cinéma, télévision, excès d’alcool, le refus de responsabilités
maritales, familiales ou professionnelles.
• Agressivité: chercher la querelle, continuellement et sans raison valable.
• Égocentrisme : être incapable de partager, son temps, son amitié, ses connaissances, ses biens; être égoïste, se placer au premier plan, imaginer que la terre tourne autour de soi.
• Méfiance exagérée : croire que tout n’est que malhonnêteté, déceptions, obstacles ou frustrations; n’avoir confiance en personne, entretenir envers tous des sentiments de suspicion.
• Insomnie: être incapable de dormir, se sentir toujours fatigué et vivre au ralenti; avoir de la difficulté à se sortir du lit même après une bonne nuit de sommeil, refuser de se lever au risque de perdre son emploi et de négliger sa famille.
• Anxiété: s’inquiéter de tout et de façon excessive; craindre l’avenir; avoir peur de prendre des décisions, petites ou grandes.
• Rêvasserie: perdre son temps à imaginer ce qui pourrait être pour oublier ce qui est; fermer la porte aux problèmes et vivre dans un autre monde.
• Hypochondrie: se préoccuper outre mesure de malaises physiques mineurs;
s’imaginer des maladies et se convaincre d’en souffrir.

• Piètre contrôle émotionnel: réagir exagérément devant des choses de peu
d’importance; faire des crises de colère démesurées.
• Humeur : s’adonner à de fréquentes sautes d’humeur; se sentir déprimé; avoir
l’impression que rien n’en vaut la peine; penser au suicide.
• Sentiment d’impuissance et de dépendance: laisser les décisions aux autres, les laisser agir pour vous et à votre place. Tout remettre au lendemain.

Se réapproprier face à ce mal de vivre

« Il nous arrive de supprimer ou de dénier nos sentiments, de crainte que notre
entourage ne les comprenne pas ou refuse de les accepter si nous les verbalisons. Mais
c’est seulement en honorant et en reconnaissant nos véritables sentiments que peut
s’opérer notre rétablissement affectif et que nous pouvons aller de l’avant. »

Comprendre son rétablissement affectif doit évidemment passer par la reconnaissance
de ses sentiments. En admettant honnêtement ses sentiments,
nous pouvons commencer à débroussailler ma vie et voir plus clairement les motifs de ses agissements. En admettant que nous avons été blessés et en pleurant nos peines, nous devenons en quelque sorte le propriétaire de mes angoisses et de mes frustrations.

Aujourd’hui, nous reconnaissons que nous sommes humains, que nos sentiments sont importants et qu’ils doivent trouver leur expression dans notre vie.

samedi 18 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 43e partie


MA VIE AFFECTIVE DEMEURE INDIGENTE

Le patient déprimé rumine sans cesse de façon morbide le passé et il est incapable de se projeter dans l’avenir sans une appréhension énorme; pour lui, le passage du temps est ralenti comme une éternité. Il anticipe volontiers des catastrophes dans l’avenir.  Les moindres détails de la vie courante deviennent souvent des sources d’angoisse douloureuse que rien ni personne ne peut soulager.  Ces ruminations peuvent prendre un caractère obsédant et être associées à des rituels compulsifs de vérifications.
Les symptomes neurovégétatifs prennent une place notable dans le tableau dépressif.  Dans la majorité des cas, on observe une perte d’appétit et de sensibilité gustative. (“je n’ai pas faim et je dois me forcer pour manger.”)  Cette perte d’appétit est souvent associée à une perte de poids. On constate également de l’insomnie, surtout matinale, c’est à dire un éveil précoce, au moins deux heures plutôt qu’habituellement.
Quand le talbeau dépressif est installé depuis quelques mois et atteint une intensité marquée, il n’est pas rare de rencontrer alors des perturbations très marquées du sommeil avec insomnie initiale, moyenne et terminale.
À ce stade, le patient a l’impression qu’il n’est virtuellement plus capable de dormir ou que le peu de sommeil qu’il peut avoir est très léger, entrecoupé de cauchemars fréquents.
Cette symptomatologie révélée par le patient est confirmée par les enregistrements de sommeil à l’EEG qui montrent un début précoce du sommeil paradoxal, ainsi qu’une diminution des stades 3 et 4 du sommeil (Kupper et al, 1978; Vogel, 1980). Les antidépresseurs ont d’ailleurs pour effet de retarder l’apparition des phases de sommeil paradoxal.
Il y a aussi des dépressions marquées par une augmentation de l’appétit et une hypersomnie.  Le patient déprimé manifeste souvent des perturbations autonomiques : palpitations, sensations de pression thoracique, vertige, diaphorèse,sècheresse de la bouche, diarrhée de constipations, réactions plus fréquentes.  Ces symptômes autonomiques sont précipités habituellement par des stresseurs émotionnels et sont de fréquence et d’intensité variables au cours de la journée, pouvant parfois devenir très incapacitants.  On note aussi une diminution de la libido dans la grande majorité des cas.
L’atteinte du fonctionnement de la pensée et de la sphère cognitive est également  notable chez le déprimé et passe trop souvent inaperçue, probablement en raison de la preéminence des symptômes affectifs et somatiques nombreux.  On observe fréquemment une diminution de la capacité de concentration, de la capcité d’abstraction et une perturbation de la mémoire.  Le patient déprimé révèlera qu’il est moins alerte sur le plan intellectuel et que, parfois même, il éprouve beaucoup de difficulté à lire un article de journal, à suivre une émission de télévision ou une conversation.  Il sera volontiers tenté d’attribuer ces phénomènes à ses ruminations obsédantes.
Chez la majorité des patients déprimés, la motricité est réduite.  Le débit verbal, la gestuelle, la démarche sont ralentis.  Mais on observe aussi, dans bien des cas, une agitation qui consiste en des gestes stéréotypés, improductifs et qui est reliée à l’état de tension intérieure ressentie par le déprimé qui n’arrive pas à tenir en place.  Il ne s’agit donc pas ici d’une augmentation de l’activité motrice normale, mais plutôt d’une hyperactivité anxieuse. C’est sur la foi de ces observations cliniques qu’on avait établi une distinction entre la dépression ralentie (retarded) et la dépression agitée (agitated). Dans sa forme clinique la plus sévère, la dépression ralentie peut atteindre la stupeur; la dépression agitée, qu’on retrouve dans la forme mélancolique, peut aboutir à une agitation extrême, incessante, que personne ne peut calmer verbalement et qui mène parfois à un geste suicidaire imprévisible. Dans ces deux formes cliniques extrêmement graves de dépression, l’electroconvulsivothérapie (ECT) produit habituellement une amélioration spectaculaire en l’espace de 48 à 72 heures.
On constate, dans environ 15% des cas, des symptômes psychotiques associés à la dépression majeure.  Les délires ou les hallucinations sont le plus souvent congruents à l’humeur, c’est à dire qu’ils font référence à des thèmes dépressifs typiques tels que l’autodévalorisation, le sentiment de culpabilité pour des vétilles, la conviction inébranlable d’une mort imminente, la pauvreté, l’indignité, l’anéantissement de soi ou la punition méritée.  On observe aussi des délires hypocondriaques portant sur la conviction d’avoir une maladie physique grave.  On remarque chez certains patients des idées paranoïdes mais qui demeurent vagues; le patient se sent persécuté pour ses propres fautes, ce qui vient corroborer l’interprétation psychodynamique qu’a faite Freud (1917) de la dépression mélancolique, en la définissant comme un retournement de l’agressivité contre soi-même.
L’ensemble des symptômes dépressifs décrits ci-dessus évolue habituellement de façon insidieuse et progressive sur une période de plusieurs semaines à plusieurs mois.
Le patient va souvent d’abord consulter en médecine générale pour des malaises somatiques.  La plupart du temps, le bilan physique ne révèlera aucune anomalie et le tableau clinique continuera d’évoluer.   Après de multiples tentatives pour s’en sortir, le patient manifestera des sentiments de désarroi (helplessness), d’autodévalorisation (worthlessness) et de désespoir (hopelessness).  Ces trois sentiments, classiquement identifiés comme la “triade dangereuse”, augmentent énormément le risque suicidaire.  On reconnaît également que la présence des symptômes psychotiques aggrave le risque suicidaire.