jeudi 17 septembre 2009
Retour au Bercail - 26e partie
Vous devez vous rappeler que la plupart des schizophrènes se sont adaptés à leur maladie et qu’ils mènent une vie productive au sein de la communauté. Il reste cependant beaucoup à faire pour améliorer les services et sensibiliser davantage le public aux difficultés auxquelles les patients, leur famille et leurs amis doivent faire face. Nous espérons que la possibilité de reconnaître les symptômes et d’apprendre à y remédier diminuera la crainte et permettra de mieux comprendre et de mieux accepter les schizophrènes.
RÉFÉRENCE :
Mary V. Seeman, M.D. C.M., F.R.C.P. (C)
John F Thornton, M.B., F.R.C.P. (C)
Elizabeth Plummer, Inf.
mercredi 16 septembre 2009
Retour au Bercail - 25e partie
TYPES DE PERSONNALITÉ
Les familles des schizophrènes sont souvent bouleversées par le comportement d’un patient qui répète avec insistance qu’il n’est pas malade ou encore qui semble vouloir faire souffrir le reste du monde autant qu’il souffre lui-même. Certains patients sont décrits comme des « manipulateurs » car ils semblent vouloir forcer leur entourage à faire ce qu’ils désirent et se faire passer beaucoup de choses qu’on refuse de passer à d’autres membres de la famille. Certains sont décrits comme étant excessivement timides; par contre, d’autres sont considérés comme étant insubordonnés, indisciplinés ou entêtés. Certaines familles sont dérangées par le manque d’autonomie du schizophrène. Elles décrivent alors le patient comme un être trop dépendant, qui manque de confiance en lui et qui ne peut compter sur lui-même. Dans tous ces cas, il s’agit de types de personnalité et non de symptômes de schizophrénie. Les médicaments ou les autres traitements ne peuvent guérir les comportements associés à ces types de personnalité. Dans la plupart des cas, le patient aura toujours présenté certains de ces traits bien avant de devenir schizophrène. Chez d’autres personnes, le style de personnalité sera nouveau puisque le début de la schizophrénie est parfois marqué par un changement radical de la personnalité. Quel que soit le cas, ces traits doivent être considérés comme des éléments de la personnalité et non comme des symptômes de la maladie.
La modification des traits de personnalité est un long processus. Elle consiste d’abord à refléter au patient ses comportements (il peut en être inconscient) et à lui faire voir que sa maladie n’excuse pas certains de ses comportements. Chez le schizophrène, comme chez tout autre personne, la timidité, l’absence de confiance en soi, la dépendance exagérée envers les autres, l’insubordination, la résistance, l’entêtement ou la manipulation des autres se désapprennent graduellement si la personne est exposée à des situations où ces comportements ne sont pas renforcés. Le rôle de la famille est de s’assurer que le patient est bel et bien exposé à ces situations et qu’il n’en est pas protégé ou écarté.
La négation correspond aussi à un style de personnalité, certains individus étant incapables de reconnaître qu’ils pourraient éventuellement présenter quelques déficiences ou zones de vulnérabilité. La plupart des patients dont la maladie débute vers la fin de l’adolescence ont tendance à nier leurs déficiences car l’adolescence est une période où les faiblesses sont difficiles à accepter. Le problème réside dans le fait que la négation de la maladie rend le traitement impossible. Cette constatation s’applique à toute maladie qui nécessite un traitement et pas uniquement à la schizophrénie. L’absence de traitement dans les cas de schizophrénie pouvant avoir de graves conséquences, les familles doivent se montrer fermes sur ce point.
Exemple : « Je ne veux pas prendre mes médicaments. Pourquoi devrais-je le faire, je ne suis pas malade. »
Réponse inutile : « Tu es malade, Prends-les, sinon….!
Autre réponse inutile : « D’accord. Fais ce que tu veux. Ça m’est égal. »
Réponse plus utile : « C’est vrai que tu n’es pas malade actuellement. Les médicaments te sont prescrits pour t’empêcher de l’être. Tu te brosses les dents tous les jours pour prévenir la carie, pas parce que tu as mal aux dents. C’est la même chose. Tu as accepté de prendre tes médicaments pour venir habiter chez nous. Tu prends tes médicaments ou je t’aide à te chercher une chambre ailleurs. »
L’habitude de blâmer les autres constitue un autre style de personnalité. Les familles ont généralement assez à endurer sans se faire blâmer. Toutefois, il est normal qu’en cas de crise on cherche à blâmer les autres. Faire preuve de sympathie, même quand vous vous sentez blessé et insulté, peut aider le patient.
Exemple : « Tout est de ta faute. Je n’en serais pas arrivé là si tu m’avais élevé comme il faut. »
Réponse inutile : « Je suis vraiment à blâmer. Que pourrais-je faire pour compenser? ».
Réponse inutile : « C’est de ta faute à toi. Si tu nous avais écoutés, les choses seraient maintenant très différentes. »
Réponse plus utile : « Peut-être que nous sommes tous deux à blâmer. Personne ne sait pourquoi ces choses-là arrivent. Il n’est pas important de savoir qui est responsable. Le fait de me blâmer ou de te blâmer n’arrangera rien. C’est à toi d’accepter les faits et de prendre la situation en main pour changer ce que tu peux. Je ferai tout mon possible pour t’aider. »
Il n’y a pas de réponses parfaites. Comme il n’y a pas deux personnes semblables, les réponses varieront selon les circonstances. La chose importante à se rappeler au sujet des problèmes de personnalité est qu’ils diffèrent beaucoup des symptômes de la maladie et que les stratégies pour y remédier diffèrent. Ils exigent le même genre de réponses que celles que vous donneriez aux membres non-schizophrènes de votre famille. Si le comportement indésirable est dû à la maladie, il faut traiter cette dernière. S’il s’agit d’un type de personnalité, tout effort pour le modifier doit se faire en collaboration et impliquer beaucoup plus le patient.
mardi 15 septembre 2009
Retour au Bercail - 24e partie
Ambivalence
L’incapacité de prendre des décisions à cause de l’existence de sentiments partagés au sujet de presque tout est un autre symptôme négatif de la schizophrénie. Cette incapacité amène l’individu à changer d’idée, à dire non alors qu’il pense oui, puis à le regretter (ou vice versa), à dépenser un temps énorme pour prendre des décisions banales. Ce comportement ressemble parfois à de l’entêtement ou à des tentatives délibérées pour irriter les autres. Le patient se trouve vraiment à la merci de sentiments conflictuels dont aucun ne « donne l’impression d’être réel. » On est alors tenté de prendre toutes les décision à la place du patient pour sauver du temps. Cette attitude est à éviter car le patient devient alors très dépendant des autres et il ne peut apprendre par expérience. Les essais, les échecs et les succès l’amèneront éventuellement à avoir plus confiance en lui et à être plus indépendant, mais la famille et les amis doivent se contenter de rester là et le regarder faire ses erreurs.
Exemple : « Maman, je ne peux pas aller faire des courses avec toi parce que je suis trop grosse et que je suis affreuse. Mais si tu me dis quoi porter, j’irai peut-être. »
Réponse inutile : « Bon, mets ta robe noire, elle t’amincit. »
Réponse utile : « Je trouve que tu as belle apparence dans tous les nouveaux vêtements. Je te laisse décider, mais n’oublie pas que nous partons dans une heure. »
En agissant ainsi, vous laissez suffisamment de temps à la personne pour prendre sa décision, vous faites preuve de patience et vous montrez un certain respect pour la capacité décisionnelle du sujet. S’il y a urgence et qu’une décision immédiate s’impose, il vaut mieux tirer à pile ou face pour décider de la robe à porter que de prendre vous-même la décision. En agissant ainsi, vous risquez moins de susciter du ressentiment chez le patient et vous lui fournissez une stratégie de prise de décisions qu’il pourra employer dans les situations où il n’arrive pas à se faire une idée.
lundi 14 septembre 2009
Retour au Bercail - 23e partie
Apathie, absence de motivation, d’intérêt et d’énergie
Ces symptômes négatifs apparentés sont souvent confondus avec de la paresse. Ils en ont l’apparence mais, en fait, ils sont un effet de la maladie et ils se présentent comme une incapacité à passer à l’action. Le patient passe beaucoup de temps au lit, il est peu disposé à participer aux activités de la maison et il ne fait pratiquement rien d’autre que de manger et dormir. Les symptômes négatifs sont très affligeants pour la famille et les amis et ils peuvent prendre beaucoup de temps à disparaître. Ils peuvent persister de six mois à cinq ans après un épisode aigu de schizophrénie.
Bien qu’elle ne soit pas aussi pénible que la dépression, l’apathie semble comme un vide intérieur à la personne qui l’éprouve. L’individu a l’impression d’être ennuyeux, assommant et lassant. On voit des cas où les patients arrêtent volontairement leur traitement pour redevenir gravement malades et ainsi ressentir autre chose qu’un pur vide.
Le meilleur traitement de ces symptômes négatifs se compose des éléments suivants : stimulation graduelle, milieu bien structuré, interactions sociales et beaucoup d’appui. La stimulation, la structure, la socialisation et le soutien sont les quatre facteurs importants dans la schizophrénie. La stimulation consiste à ajouter de nouveaux éléments au répertoire de la personne sur les plans suivants : emploi du temps quotidien, rencontres sociales, événements divers, activités, milieux. Il est important de procéder lentement et graduellement puisque trop de nouveauté à la fois risque de perturber le patient. Commencez d’abord par des activités simples qui exigent peu d’habileté (jeux de cartes, jeux de société, ping pong) et qui ne requièrent la participation que d’une ou deux autres personnes. N’ayez pas de grandes attentes et ne comptez pas que les patients vont prendre plaisir à ces activités. Le plaisir viendra plus tard, une fois surmontées les difficultés et l’anxiété. Reconnaître qu’un travail est bien fait, apprécier, complimenter, tout cela peut aider. L’apprentissage de nouvelles tâches se fait plus facilement si l’accomplissement de la tâche est suivi d’une récompense immédiate. Ne demandez qu’une chose à la fois et non plusieurs. N’oubliez pas que les aptitudes non verbales sont parmi les mieux préservées chez le schizophrène; faites donc surtout appel à ce genre d’aptitude.
Le structure regroupe l’emploi du temps quotidien et les attentes pour chaque partie de la journée : moments pour se lever, pour se vêtir, pour manger et pour participer aux activités. L’horaire quotidien doit être prévisible et comporter des changements graduels pour éviter l’ennui. Le patient doit connaître ses responsabilités et savoir à quoi s’attendre s’il ne les assume pas. Les membres de la famille doivent être prêts à appliquer les mesures prévues si les tâches ne sont pas accomplies.
Exemple : Lucie reste au lit jusqu’à midi et son père en est irrité.
Réaction inutile : « Sors du lit, espèce de paresseuse. Ta mère ne t’apportera plus ton repas au lit. »
Réaction utile : « Lucie, la famille mange à 13 heures. Viens nous rejoindre. Nous comptons sur toi. La table sera desservie à 13 heures 45 et ce sera long avant le souper. Essaie donc de ne pas être en retard. »
(Tous les membres de la famille doivent alors demeurer fermes sur ce point et ne pas lui apporter de nourriture au cours de l’après-midi si elle ne les rejoint pas à table.)
La socialisation et l’appui ne nécessitent pas d’explication. Même si les patients désirent rester seuls, ils ont, comme tout le monde, besoin d’interactions sociales. Ils en ont besoin pour des raisons affectives mais aussi pour des raisons strictement pratiques. La présence des autres dans leur vie est nécessaire pour les aider à accomplir diverses tâches comme faire le bilan de leurs finances, se garder en bonne santé, se procurer suffisamment à manger, régler les problèmes juridiques, etc. Les familles ne devraient pas tenter de pourvoir à tous ces besoins. Il faut inciter le patient à voir d’autres personnes, même si ces contacts sont limités et superficiels. On ne doit pas oublier que les interactions sociales sont difficiles pour le patient qui doit donc compter sur beaucoup d’appui et d’encouragement. Les nouvelles tâches, surtout si elles impliquent des gens, sont plus faciles à accomplir en compagnie d’un ami. Il ne faut pas s’attendre à ce que les patients entreprennent de nouvelles choses de leur propre initiative. Vous devez être prêts à les accompagner tant qu’ils ne se seront pas fait d’amis au nouvel endroit.
dimanche 13 septembre 2009
Retour au Bercail - 22e partie
Retrait social/Dépression
Pendant la période de convalescence, les schizophrènes passent la grande partie de leur temps seuls. Ils ne cherchent pas la compagnie d’autrui et ne semblent d’ailleurs pas la tolérer très bien. Ce comportement est partiellement attribuable à la maladie. Les patients semblent avoir perdu quelque chose et l’énergie et l’intérêt normalement associés aux interactions sociales n’existent plus. Il faut faire preuve de tolérance et de patience pour venir à bout de cette attitude. Une augmentation graduelle des stimulations sociales est utile, mais elle doit être très progressive et il faut y mettre fin si elle semble avoir un effet défavorable.
L’isolement est en partie attribuable à la dépression. Le patient peut se rendre compte après un épisode aigu de maladie qu’il a mal agi ou qu’il s’est abaissé de quelque façon, qu’il a interrompu ses études ou délaissé ses amis, qu’il a gâché sa carrière, qu’il souffre d’une affection récurrente pouvant entraver la réalisation de ses ambitions, ou qu’il ne peut plus supporter autant de stress que ses amis. Tout cela peut être déprimant. La disparition des délires qui contribuaient peut-être à renforcer son estime de soi entraîne aussi de la dépression. L’idée délirante d’être quelqu’un d’exceptionnel, ou l’idée d’être aimé par quelqu’un de spécial ou encore l’idée d’être aimé par quelqu’un de spécial ou encore l’idée d’avoir un destin extraordinaire en sont des exemples. Le traitement ayant fait disparaître cette conviction, le patient peut devenir déprimé même s’il a retrouvé le sens de la réalité. La réalité ne peut remplacer la beauté de l’illusion.
Les sentiments dépressifs sont douloureux puisqu’ils regroupent le regret, l’angoisse, l’impression d’impuissance et le désespoir. La personne se sent souvent maladroite, laide, terne, débraillée et peu attachante. Elle a l’impression que nul ne l’aime. Elle peut même songer au suicide.
Le suicide n’est pas rare chez les schizophrènes et cette possibilité doit toujours être présente à l’esprit. Il survient le plus souvent parmi les hommes jeunes au cours des cinq premières années de la maladie. Une fois cette période dangereuse passée, le risque de suicide diminue considérablement. Habituellement, une personne qui a l’intention de se blesser commence d’abord par en parler, puis elle peut faire plusieurs tentatives superficielles avant de passer à quelque chose de plus grave. Il est souvent difficile de déterminer à quel point il faut prendre au sérieux l’expression de ces intentions ou une blessure légère. Il est préférable de toujours prendre ces choses au sérieux et de signaler au thérapeute toute idée suicidaire ou toute tentative pour se blesser.
En général, la dépression doit être prise au sérieux et il faut en signaler tous les symptômes au thérapeute. Celui-ci peut alors poser un diagnostic précoce et intervenir sans délai. Ce comportement contribue à rassurer le patient sur les soins et l’intérêt que vous lui prodiguez. Il importe aussi de s’assurer que le patient s’alimente convenablement, fait de l’exercice, dort pendant la nuit et reçoit des stimulations pendant la journée. La satisfaction de ses besoins psychologiques est également importante : compréhension, encouragement, valorisation, attitudes flexibles, loyauté, réconfort et marques d’espoir. Cela contribuera à construire son estime de soi. Parmi les moyens pouvant combattre la dépression figure aussi l’augmentation graduelle des responsabilités sur le plan du travail, des activités sociales, récréatives et professionnelles. Ces activités permettent à certains individus d’acquérir des techniques de survie qui les aident à s’adapter à la maladie. Une patiente dit utiliser une « échelle de mesure interne », c’est-à-dire qu’elle se compare à ce qu’elle était un mois ou un an plus tôt. Elle peut ainsi compter les « gains positifs » et apprécier sa détermination. Cet exercice lui évite les déprimantes comparaisons avec autrui.
Les dépressions sont habituellement limitées dans le temps et elles obéissent à des antidépresseurs spécifiques que le médecin peut souhaiter prescrire. Chez certains patients, les antidépresseurs accentuent les symptômes de la schizophrénie; le médecin doit donc décider de la mesure la plus judicieuse dans chaque cas.
samedi 12 septembre 2009
Retour au Bercail - 21e partie
Fin - des Symptômes Positifs
AGITATION
Agitation, anxiété, tension et excitation sont des mots utilisés pour décrire des états semblables. Il ne s’agit pas de symptômes positifs de la schizophrénie mais, à l’instar du comportement agressif, ils ont tendance à se manifester en concomitance avec les symptômes positifs. Ils peuvent découler de la crainte et de l’appréhension associées au caractère terrifiant des hallucinations et des délires. S’il en est ainsi, il faut tenter de rassurer le patient et de le calmer. Les patients qui s’inquiètent de ce qui leur arrive ont besoin de quelqu’un auprès d’eux pour leur fournir des explications et leur donner de la stabilité. Une diminution du stress et l’administration d’un médicament antipsychotique permettent aussi de diminuer l’anxiété.
L’agitation qui apparaît après le début du traitement médicamenteux peut constituer un effet secondaire des médicaments. Cette agitation se traduit généralement par des tremblements des jambes et le besoin de faire les cent pas. On peut voir les patients se balancer sur leurs jambes ou, lorsqu’ils sont assis, agiter la jambe dans un mouvement de haut en bas, en appuyant la plante du pied sur l’autre jambe. Lorsqu’ils sont à table, ce mouvement constant peut faire bouger toute la table.
Le tremblement est un autre mouvement qui s’observe souvent. Il s’agit d’une contraction rythmique des muscles, surtout des muscles des membres. Ce tremblement n’est habituellement pas trop ennuyeux pour le patient, sauf si celui-ci joue du piano ou se sert d’un clavier d’ordinateur. L’agitation est cependant très inconfortable. Le patient peut la surmonter jusqu’à un certain point ou y mettre fin pendant quelques instants, mais elle réapparaît dès que son attention fléchit. Elle peut être très pénible pour certains patients et doit être signalée au médecin qui peut modifier la dose d’antipsychotiques ou prescrire un autre médicament afin de maîtriser cet effet secondaire et de l’éliminer. Ces mêmes mesures permettent aussi de diminuer le tremblement d’origine médicamenteuse.
Après plusieurs années d’usage d’antipsychotiques, certains patients commencent à présenter d’autres formes de troubles de mouvement; il s’agit généralement de mouvements saccadés autour de la bouche et dans les membres. Bien que généralement non incommodants, ces mouvements peuvent être disgracieux. Le médecin traitant doit être mis au courant de ce problème afin de modifier la dose des médicaments en conséquence. Ces mouvements sont plus difficiles à maîtriser. En fait, ils peuvent empirer pendant un certain temps, même après la diminution de la dose des médicaments. Dans la plupart des cas, l’arrêt prolongé du traitement amène une disparition graduelle des mouvements, mais l’absence de traitement comporte un risque de rechute aiguë.
Les stimulants (café, thé, boissons à base de cola, chocolat, comprimés contre le rhume) accentuent l’agitation et la tension, que celles-ci soient d’origine psychologique ou secondaires aux médicaments. Les sédatifs peuvent aider, mais il faut les administrer seulement sur recommandation du médecin traitant. La compréhension aide également. Ne critiquez pas le patient qui fait les cent pas. Essayez plutôt de l’accompagner pour une promenade à pied et encouragez-le à faire de l’exercice, du jogging et de la bicyclette. Si les cent pas du patient deviennent insupportables dans la maison, suggérez-lui d’autres endroits à l’extérieur de la maison où il pourra marcher sans déranger les autres.
vendredi 11 septembre 2009
Retour au Bercail - 20e partie
COMPORTEMENT VIOLENT OU AGRESSIF
La violence n’est pas vraiment un symptôme de schizophrénie, mais chez les schizophrènes, elle a tendance à se manifester au même moment que les hallucinations, le délire, les préoccupations et la confusion. Ce symptôme est également déclenché par le stress, mais il s’atténue sous l’action de doses suffisantes d’antipsychotiques.
Le comportement violent est beaucoup plus fréquent dans les troubles mentaux qui n’ont rien en commun avec la schizophrénie. On en fait ici la description surtout parce qu’il effraie grandement les patients et leur famille et qu’il suscite beaucoup de crainte et de souci. Le comportement violent est plus courant chez les hommes jeunes. Il peut être déclenché par les stimulants psychologiques ou chimiques. La violence envers les autres provient souvent d’une interprétation fautive de leurs intentions et du sentiment d’être mis au pied du mur qui en résulte. Au cours d’un épisode aigu de schizophrénie, une personne peut exagérer l’irritation d’autrui et l’interpréter comme de la fureur. Elle peut se sentir ridiculisée par ce qui n’était qu’une plaisanterie ou encore avoir l’impression d’être en danger alors qu’elle ne l’est pas et, dans ces circonstances, devenir violente. La violence du malade à son propre endroit s’observe plus souvent et il ne sera question à la rubrique « Dépression. »
Pour éviter de susciter de la violence, il faut se garder de blâmer, de ridiculiser, de taquiner, d’insulter le patient ou de s’opposer à lui. Le schizophrène doit pouvoir compter sur un certain degré d’intimité et de liberté psychologique. Cependant, s’il devient violent, vous ne devez pas vous laisser intimider par lui. Prenez toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de toute personne en cause. Cela peut exiger de la fermeté ou l’aide des amis et des voisins. Il peut s’avérer nécessaire d’appeler la police. Mettez le thérapeute du patient au courant des accès de violence qui surviennent au foyer. Demandez-lui de vous donner des conseils sur la façon, d’aider le patient à acquérir la maîtrise de soi. De plus, gardez toujours à jour une liste des ressources communautaires utiles : infirmières visiteuses, police, équipes d’urgence psychologique, juge de paix et services d’urgence des hôpitaux de votre arrondissement. L’expérience peut vous enseigner que le patient réagit mieux à certains amis lorsqu’il est effrayé, bouleversé et potentiellement violent. N’hésitez pas à faire appel à ces moments dangereux est de les prévoir et de disposer d’un plan d’action efficace permettant de parer à toute éventualité. Même si la violence est rare chez les schizophrènes, elle peut se structurer en comportement chez certains d’entre eux. Si vous avez auprès de vous un schizophrène vivant d’une situation semblable, discutez avec son thérapeute des modalités de vie et des mesures préventives qui conviennent.
jeudi 10 septembre 2009
Retour au Bercail - 19e partie
Symptômes Positifs
Préoccupations
Il s’agit d’idées fixes qui ne sont pas nécessairement fausses (comme dans le cas du délire), mais amplifiées. Elles revêtent donc une importance extraordinaire et le patient dépense un temps énorme à les retourner dans sa tête.
La même idée peut revenir sans cesse à l’esprit du patient. Il s’agit souvent d’une préoccupation suscitée par le désir de faire ce qu’il faut, de bien le faire et de le faire à temps. Généralement cette préoccupation grandit et devient irréaliste. Les choses se passent couramment ainsi : la préoccupation consume tellement du temps du patient que celui-ci n’accomplit pas « ce qu’il faut faire » et attribue alors cette omission aux mauvaises intentions d’autrui. Le patient peut aussi rationaliser son incapacité d’agir en invoquant la volonté de Dieu. Tout aussi souvent, il peut lui arriver de conclure qu’il est physiquement incapable d’accomplir la tâche.
Voici quelques exemples d’explications non réalistes : « Je ne peux pas me lever parce que je suis paralysé. » « Je suis censé rester au lit aujourd’hui parce que c’est le jour du Seigneur. » « Si je me lève, je vais me blesser. »
Ces explications semblent bizarres à l’entourage du schizophrène, mais elles paraissent justifiées au patient lui-même. Celui-ci ne comprend pas pourquoi les autres n’y voient que des « excuses ». Il lui semble que les explications qu’il invoque pour rendre compte des faits sont meilleures que n’importe quelle autre.
Ces préoccupations ont parfois pour le patient un caractère mystifiant. Elles semblent exiger une réflexion intense et un décodage. Le schizophrène consacre beaucoup de temps à cette activité et c’est pourquoi il croit avoir résolu des énigmes que les autres n’ont pas éclaircies puisqu’ils n’y dépensent pas de temps. Lorsqu’il est perdu dans ses pensées, il ne veut pas en être distrait. Il lui semble qu’il a une tâche importante à accomplir à ainsi essayer d’en arriver au fond du « problème » et, à ces moments-là, il n’apprécie pas les tentatives faites par autrui pour amorcer la conversation ou l’impliquer dans des activités.
Les préoccupations se manifestent généralement au cours de la phase active de la maladie, mais elles peuvent persister durant la convalescence et elles peuvent prendre la forme des rêveries diurnes. Il ne faut pas les laisser régir la vie du patient ou de ses proches. En ce sens, les distractions sont utiles tout comme peuvent l’être la discipline et un emploi du temps quotidien qui laissent peu de temps au patient pour s’asseoir et penser. Il faut veiller à assurer les nécessités de la vie tels le sommeil, la bonne alimentation, l’exercice, l’air frais, la propreté, la santé et les contacts sociaux. Les préoccupations ne doivent pas perturber la satisfaction de ces besoins. Si la chose se produit, c’est probablement qu’il faut augmenter la dose des médicaments.
mercredi 9 septembre 2009
Retour au Bercail - 18e partie
Langage incohérent
Le langage incohérent s’observe généralement au cours de la phase active de la maladie. Il peut parfois réapparaître lorsque la dose de médicaments est trop faible ou que le stress est trop grand. Le langage du patient devient incompréhensible pour son entourage soit parce que ses phrases n’ont aucun lien logique entre elles, soit parce que ses propos ne riment à rien ou encore parce qu’il passe d’un sujet à l’autre à un rythme accéléré. Les mots peuvent prendre un sens spécial pour le schizophrène soit parce que celui-ci fait des associations personnelles, soit parce qu’il porte attention aux sons plutôt qu’aux mots entiers. Ainsi, « psychiatrie » peut ressembler à « qui c’est qui a ri » et les moqueries dont le patient croit être l’objet. Le patient peut éviter d’employer certains mots qui lui semblent cruels pour des raisons semblables. La voix revêt à l’occasion un ton incantatoire pour écarter toute menace. Même si les poètes et les paroliers utilisent les mots de cette façon, il n’en est pas ainsi pour la plupart des gens et cela donne lieu à de l’incompréhension et à des interactions perturbées.
La difficulté à tenir un discours logique aux yeux des autres est un symptôme de la phase aiguë de la maladie. Il est presque impossible de communiquer avec les patients qui sont dans cette phase de la maladie. Cette situation est très pénible pour la famille et les amis. Il est bon alors de tenter de communiquer non verbalement. Transmettre les messages par écrit peut s’avérer efficace car la pensée est généralement mieux organisée sur papier. Ne vous forcez pas à écouter et à comprendre les propos du patient car vous en récolterez probablement des maux de tête et de l’agacement. Lorsque vous parlez aux autres, évitez de le faire comme si le patient n’était pas là. Ne le taquinez pas et ne l’imitez pas.
La plupart des gens emploient un côté de leur cerveau pour le langage et l’autre côté, pour les arts, la musique ou le mouvement. Si le côté langage est perturbé, il serait peut-être bon de se concentrer sur l’autre côté et d’encourager le patient à dessiner, à chanter ou à jouer d’un instrument, à faire de l’exercice ou de la danse. Il s’agit là de moyens de communication qui peuvent se révéler efficaces. Tout comme les autres symptômes positifs, les troubles de la pensée obéissent bien à une baisse du stress et à une hausse de la dose d’antipsychotiques.
mardi 8 septembre 2009
Retour au Bercail - 17e partie
Délires
Les délires sont des idées fausses ou des interprétations erronées des événements et de leur signification. Une personne peut, par exemple, se faire accidentellement bousculer dans le métro et conclure qu’il s’agit là d’un complot gouvernemental pour la harceler. Elle peut être réveillée par le bruit que fait son voisin d’appartement et décider que c’est une tentative délibérée pour perturber son sommeil. Chacun a tendance à interpréter les événements en fonction de lui-même et à se tromper sur leur sens, particulièrement pendant les moments de stress et de fatigue. Toutefois, ce qui caractérise le schizophrène, surtout au cours d’un épisode aigu, c’est sa ferme conviction et son incapacité à envisager la possibilité d’autres explications pour les événements vécus. Les tentatives faites pour le raisonner ou pour l’amener à donner d’autres significations à la bousculade et au bruit nocturne n’ont habituellement pour résultat que de renforcer sa conviction que l’intervenant fait lui aussi partie du complot. Essayer de raisonner une personne en état de délire ne fait qu’accroître sa méfiance ou sa colère. Elle tient tenacement et contre toute raison à des idées que, généralement, personne d’autre ne partage. En d’autres mots, la personne en cause est la seule à y croire.
La famille, les amis du patient doivent avant tout se rendre compte que le délire est causé par la maladie et qu’il ne s’agit pas d’entêtement ou de stupidité. Bien que les délires obsédants soient énervants, il faut éviter les réactions émotives ainsi que les sarcasmes et les menaces. Il y a presque toujours quelque chose dans une idée délirante qui permette d’user d’empathie avec le patient.
Par exemple : « Se faire bousculer dans le métro est très désagréable ». Vous devez avoir l’impression que tout le monde est indifférent, que personne ne fait attention, que vous n’êtes pas assez important pour mériter un « pardon » ou un « excusez-moi ». (L’idée d’être au centre d’un complot orchestré par le gouvernement vient probablement, en partie du moins, de la crainte d’être un individu vraiment dépourvu d’importance ou de valeur.) Ou encore : « il est terrible de se faire réveiller la nuit. C’est tellement difficile de se rendormir. Cela vous enlève toute votre énergie. Si vous croyez que votre voisin est malveillant envers vous, il est important d’être fort et en bonne santé. » (Ce raisonnement peut persuader une personne de consulter un spécialiste de la santé ou de faire augmenter la dose de ses médicaments afin d’être forte et en mesure de parer aux ennuis causés par autrui. Il est efficace d’agir ainsi que de dire : « Tu délires, du devrais voir un psychiatre »)
Il y a aussi une autre approche qui consiste à éviter les stimuli déclenchant les idées délirantes. Si l’usage du métro aux heures de pointe donne lieu à des expériences qui suscitent des idées de persécution, il est possible de l’éviter. L’apparition d’idées délirantes, qu’elles soient des idées de persécution ou des idées de grandeur (se croire exceptionnel), indique habituellement qu’il y a une activité trop intense ou des émotions trop fortes et peut-être trop de monde autour du patient.
Exemple : « Je crois que je suis Jésus ».
Réponse inutile : « C’est complètement illogique; tu es fou. »
Réponse utile : « Je pense que tu te sens vraiment spécial et différent aujourd’hui. C’est peut-être à cause de toute l’excitation qu’il y a ici. Essayons de réduire notre train-train quotidien à un minimum au cours des prochains jours ».
Si la personne, quoiqu’elle fonctionne bien sous l’effet de ses médicaments, persiste à parler d’idées délirantes déjà survenues, la réponse suivante pourrait aider : « C’est ta façon de voir les choses. Je t’ai expliqué que je n’étais pas d’accord. Entendons-nous pour dire que nous ne sommes pas d’accord. » (C’est une réponse qui reconnaît son point de vue tout en mettant fin à une discussion inutile.).
lundi 7 septembre 2009
Retour au Bercail - 16e partie
Hallucinations
Les hallucinations sont des perceptions fausses, des inexactitudes qui affectent nos sens et nous amènent à entendre, voir, goûter, toucher ou sentir des choses qui n’existent pour personne d’autre. Au cours des phases aiguës de la schizophrénie, le patient insistera probablement sur le fait qu’il entend des voix qui lui seul peut entendre. Il entend parfois des bruits, des claquements ou des sons qui ne sont pas des mots. Bien que cela soit plus rare, il lui arrive de voir, de sentir ou de ressentir des choses que les autres ne peuvent déceler. La description de ces perceptions diffère d’un patient à l’autre. Il s’agit parfois d’idées qui s’imposent et qui lui apparaissent comme étant importantes. Cependant, elles semblent souvent provenir de l’extérieur de la personne et elles sont perçues comme des conversations entre d’autres personnes, ou encore comme des ordres ou des compliments (ou des insultes) à l’endroit du patient. À certains moments les voix sont rassurantes, à d’autres moments elles se font menaçantes. Assez souvent, les remarques entendues ne s’adressent pas au patient bien qu’elles semblent le concerner d’une certaine façon (elles peuvent même être désobligeantes). Les individus qui entendent ces voix affirment qu’elles sont « comme une bande magnétique qui joue dans ma tête ». L’expérience est à ce point réelle que plusieurs schizophrènes sont convaincus qu’on leur a implanté un émetteur dans la tête. Ils peuvent aussi en arriver à croire que cette sensation étrangère est d’origine surnaturelle. Elle est tellement réelle pour le patient qu’il lui est impossible de l’écarter comme étant seulement le fruit de son imagination.
Au cours des périodes de convalescence, les patients ont le dessus sur leurs « voix »; souvent ils peuvent les entendre ou les écarter à volonté. Ils peuvent aussi apprendre à ne pas en tenir compte ou à les considérer comme des incidents bénins de la vie courante. Cependant, au cours des épisodes aigus, les hallucinations (généralement les mêmes d’un épisode à l’autre) prennent le dessus, et le patient a alors l’impression d’être une victime impuissante à la merci d’une « présence étrangère ».
Les patients et leur proche doivent admettre que les hallucinations sont des symptômes de la maladie. Il ne sert à rien de discuter de leur existence objective ou de leur vraisemblable. L’expérience est vraie et très réelle et il faut l’accepter comme telle. Les tentatives visant à « redresser la personne » entraînent de la résistance, de la tension et de l’hostilité. Il est néanmoins utile de préciser au patient que les autres n’entendent pas, ne voient pas, ne sentent pas et n’éprouvent pas les mêmes choses que lui. Cela permet d’identifier cet épisode comme une expérience spéciale vécue par le patient, qu’il soit ou non en mesure de l’accepter comme un symptôme de la maladie. Au moins, tous et chacun sont à même de reconnaître qu’il se passe quelque chose.
Les hallucinations répondent bien à une diminution du stress et à une augmentation des doses d’antipsychotiques. Il est important de garder le patient occupé puisque cela constitue une distraction utile. Les autres stimuli peuvent parfois entrer en concurrence avec les « voix » et les faire taire. Il faut encourager le patient à parler avec son thérapeute de ses hallucinations, de leur moment d’apparition et de leur contenu. Cela peut aider à découvrir la nature du stress qui les provoque. Une autre stratégie utile consiste à faire voir au patient qu’il a un certain pouvoir sur ses hallucinations. Souvent le patient a inconsciemment pris l’habitude d’écouter ses voix comme si celles-ci s’adressaient à un objet passif. Il peut être étonnamment efficace d’orienter son esprit vers d’autres centres d’intérêt et de l’aider à reconnaître qu’il n’a pas besoin d’attendre la manifestation de ses voix. Il s’agit là de techniques que le patient met lui-même au point avec le temps et dont l’apprentissage comporte de nombreux tâtonnements. Il est important d’encourager le patient à persévérer, à ne pas abandonner, à parler de ces choses avec le thérapeute et de l’assurer de la compréhension de sa famille et de ses amis intimes. Entendre parler constamment d’hallucinations peut devenir exaspérant, mais il est facile de comprendre que ces événements extraordinaires préoccupent le patient. Les hallucinations chroniques doivent être acceptées comme faisant partie de la vie de tous les jours et elles ne constituent habituellement pas une excuse suffisante pour s’exempter de participer aux activités ou aux travaux ménagers.
dimanche 6 septembre 2009
Le Retour au Bercail - 15e partie
La schizophrénie se rencontre autant chez les hommes que chez les femmes, mais pour des raisons de grammaire nous employons habituellement le masculin universel au lieu de nous encombrer des deux pronoms « il » et « elle » à la fois.
La schizophrénie est une maladie caractérisée par l’alternance des périodes de rémission et de rechute. Les périodes aiguës, ou « rechutes », surviennent lorsque les patients éprouvent un certain nombre de sensations qui s’ajoutent à leur répertoire habituel de sentiments. Du fait qu’elles s’ajoutent, ces sensations sont appelées « symptômes positifs », bien que, dans ce contexte, le mot positif n’ait pas du tout le sens d’ « être voulu ». Il s’agit en fait des hallucinations, du délire et de l’incohérence dans les idées qui semblent revenir périodiquement, probablement sous l’effet d’un certain nombre de facteurs de stress. Ces symptômes cèdent généralement devant une baisse de stimuli, des interactions calmes et l’emploi de médicaments antipsychotiques. Les périodes aiguës sont entrecoupées de périodes de rémission plus ou moins longues au cours desquelles les patients éprouvent souvent des « symptômes négatifs ». Il s’agit d’éléments soustraits au répertoire normal du vécu des patients dont la perte d’intérêt, la perte de cordialité et la perte du sens de l’humour. Les symptômes négatifs ne réagissent généralement pas aux médicaments mais nécessitent une aide psychologique plus poussée.
Cette série porte sur les symptômes positifs et négatifs ainsi que sur les traits de personnalité qui risquent d’être confondus avec les symptômes de la maladie. Nous espérons que les renseignements que cette série contienne permettra d’élaborer certaines stratégies qui aideront à surmonter les situations difficiles, les sentiments partagés et les confrontations pénibles.
samedi 5 septembre 2009
Retour au Bercail - 14e partie
« Les personnes-ressources ont-elles elles-mêmes besoin d’aide? ».
La réponse est simple : oui. Il est extrêmement important pour les personnes-ressources de comprendre l’état du malade qu’elles tentent d’aider. Cela leur permet de fonder des espoirs plus réalistes quant à la façon idéale de traiter la schizophrénie et d’aider le malade à surmonter sa maladie et à vivre avec elle. Les membres de la famille, en particulier, doivent avoir la chance d’apprendre davantage sur la schizophrénie et sur les moyens pratiques pour y faire face. Partager les expériences d’autres personnes dans la même situation constitue une autre façon vraiment importante d’acquérir de nouvelles idées mais aussi d’avoir de la compagnie et de combattre l’isolement. Les personnes-ressources professionnelles utilisent régulièrement ces procédés et les para-professionnels (famille et amis) doivent pouvoir jouir des mêmes privilèges. Il est aussi important de se rappeler que plus les liens affectifs sont mis en valeur, plus l’échec du traitement sera affligeant et plus il faudra déployer d’efforts pour maîtriser la maladie. Parfois, malgré un effort surhumain de la personne-ressource, la schizophrénie peut ne pas réagir aussi bien qu’on le voudrait. Les personnes-ressources doivent échapper à la douleur, la tristesse, la colère et la frustration profondes provoquées par ces situations. Le fait d’exprimer ses sentiments peut empêcher la personne-ressource d’user ses forces et de s’épuiser.
* à suivre *
jeudi 3 septembre 2009
Retour au Bercail - 13e partie
La famille et les amis du malade constituent les plus importantes personnes-ressources mais aussi les plus susceptibles d’être négligées. L’absence d’expérience professionnelle ne diminue en rien la contribution de la famille et des amis dans le but de soutenir le schizophrène. Plusieurs familles en font beaucoup plus qu’elles ne le croient. Elles écoutent, conseillent, encouragent, appuient, divertissent, soignent et facilitent les conditions de vie et de travail, pour ne mentionner que quelques-unes de leurs activités. Cependant, comme toutes les personnes-ressources, la famille a ses limites. Personne n’est en mesure de tout faire, ni ne doit s’en croire capable. Les limites seront définies différemment selon les personnes-ressources et, bien sûr, selon les malades. Il est nécessaire, en particulier pour les membres de la famille, d’établir ces limites, autrement, ils risquent de prendre l’habitude de dépasser leurs capacités, en pensant qu’avec plus d’amour et de soins, le malade se portera mieux. Bien qu’on ne puisse trop insister sur l’importance des soins et de l’amour donnés au malade, il ne faut pas y voir un traitement miracle. Le danger de nourrir des espoirs irréalistes, c’est de les voir tôt ou tard anéantis, créant chez la personne-ressources un sentiment de colère, de désappointement, de frustration, de tristesse ou, parfois, un état de désespoir et de profonde dépression. Surestimer ses capacités, en plus d’être irréaliste, rend encore plus difficile la tâche de la personne-ressource.
En résumé, les parents doivent tenir compte de leurs besoins personnels et éviter l’épuisement puisqu’en général, ce sont eux qui donneront le plus de temps et d’affection au malade, en particulier, s’il vit avec eux. Comme le disait un parent avisé : « Si je dois vivre à côté d’un volcan, je choisirai le siège le plus confortable. »
Le médecin, l’infirmière thérapeute, le travailleur social et l’hôpital constituent le deuxième groupe de personnes-ressources, mais dont les compétences sont également limitées. Le médecin établit le diagnostic concernant les signes et les symptômes, puis résout les problèmes de la médication. Il fait généralement appel à d’autres professionnels. On peut remarquer, à certains moments, un chevauchement entre les compétences des différentes professions, qui nous force à considérer de nouveaux points de vue et signifie que davantage de thérapeutes sont en mesure d’aider le malade. Lorsque le malade ou le parent émet des doutes concernant un traitement ou un programme particulier, il est toujours plus sage d’en discuter avec le ou les thérapeutes concernés. Malgré les énormes progrès réalisés dans la compréhension de la schizophrénie, au cours des cinquante dernières années, la maladie ne réagit pas toujours complètement au traitement; ainsi, de nouvelles démarches plus utiles sont constamment mises à jour et évaluées.
La police constitue un autre groupe-ressource important, en particulier en cas de violence. La mesure de son intervention est habituellement bien précisée dans la Loi sur la protection des malades mentaux de la province, du territoire ou de la juridiction concernée. Par exemple, on Ontario, les policiers peuvent conduire à l’établissement psychiatrique le plus près toute personne dont le comportement pourrait occasionner des blessures corporelles graves soit à elle-même, soit à autrui, et qui présente des signes de désordre mental. Évidemment, bien que cette loi prévoit de nombreux problèmes, il existe des situations qui ne sont pas couvertes par celle-ci et où la police est donc impuissante. Ainsi, le cas où une personne a nettement perdu contact avec la réalité mais ne manifeste pas de violence n’est pas couvert par la loi. Dans les situations équivoques, les policiers peuvent être plus utiles si la famille leur explique les faits en détail et s’ils sentent qu’ils ont son appui pour entreprendre une action. Dans les situations où la police est impuissante, l’intervention d’un juge de paix ou d’une autre personne désignée, appuyée par une preuve se référant aux articles appropriés de la Loi sur la protection des malades mentaux, peut réussir à conduire le malade dans un établissement psychiatrique afin d’y être évalué.
mercredi 2 septembre 2009
Retour au Bercail - 12e partie
« Quand doit-on demander de l’aide? »
La plupart des gens demandent de l’aide lorsqu’ils ressentent de l’incertitude face à un problème ou lorsqu’ils ne sont plus capables de maîtriser la situation.
Beaucoup de problèmes de ce genre peuvent survenir avec la schizophrénie. Les parents devraient demander de l’aide toutes les fois qu’ils sont confrontés à un dilemme relatif à la violence, au crime, au suicide, l’homicide et au refus d’accepter de l’aide lorsque celui qui refuse présente des signes évidents de maladie. Le refus de prendre les médicaments peut naître du refus d’accepter la maladie ou à cause des effets secondaires incommodants. Dans le premier cas, les parents peuvent devoir prendre une position ferme; dans le second, les médicaments additionnels pour corriger les effets secondaires peuvent être nécessaires.
Il existe donc un éventail très large de raisons pouvant nécessiter de l’aide. La personne à appeler dépend de la nature du problème. S’il est question de violence ou de crime, la police doit être avisée en premier; le thérapeute entre en scène une fois la crise maîtrisée. Celui-ci peut toutefois être le premier contacté lorsqu’un conflit survient après que le malade ait manqué aux règles familiales. En d’autres termes, il faut s’adresser à la personne susceptible de pouvoir résoudre le problème auquel on fait face.
mardi 1 septembre 2009
Retour au Bercail - 11e partie
La responsabilité ultime de chacun est une décision strictement personnelle et le fait de souffrir de schizophrénie n’y change rien. Cela ne décharge cependant pas les personnes-ressources de leur responsabilité à encourager le malade à se prendre en main. Lorsqu’il perd le contact avec la réalité, ses proches doivent s’assurer qu’il recevra un traitement. Cette tâche revient plus fréquemment aux parents, aux amis ou aux compagnons de travail. Après son congé de l’hôpital, lorsque le traitement a stabilisé son état, le malade est de nouveau capable d’assumer ses responsabilités. À ce stade, que faire s’il décide de cesser prématurément le traitement parce que, dit-il, « tout va très bien pour moi? » On est forcé d’attendre que l’état du malade se détériore avant de pouvoir agir, à moins de réussir à le convaincre au moyen de la persuasion ou de la négociation. (« Si tu prends tes médicaments, tu pourras rester à la maison. ») Malheureusement, il n’y a pas de règles absolues à suivre dans ce cas-ci. Chaque personne-ressource devra décider jusqu’où vont ses responsabilités.
dimanche 30 août 2009
Retour au Bercail - 9e partie
Lorsque le malade sort de l’hôpital, les effets secondaires précoces des antipsychotiques se seront dissipés à l’exception de quelques-uns. Parmi ces effets précoces, on note la somnolence, l,a lipothymie, des palpitations, la sécheresse de la bouche, l’enchifrènement nasal et la vision brouillée.
De tous, la somnolence semble être l’effet le plus sérieux. Il est en effet difficile de savoir si la somnolence est réellement un effet des médicaments ou s’il n’est pas plus facile pour le schizophrène de sommeiller toute la journée plutôt que de faire face aux problèmes que comporte sa maladie. De plus, il arrive souvent que la personne s’ennuie, lorsqu’elle n’a rien à faire, ce qui peut aggraver cet état de somnolence.
À l’exception du médicament injectable à délitement prolongé, administré entre une fois par semaine à une fois par mois, la plupart des antipsychotiques ne doivent être pris qu’une fois par jour. Si l’ex-malade est somnolent et qu’il prend ses médicaments le jour, demandez au médecin s’il est possible de les lui administrer tous ensemble au coucher. Parlez-lui également des stimulants, comme le café : une trop grande quantité est déconseillée mais une petite quantité peut s’avérer profitable. Il peut être prématuré de réduire la dose des antipsychotiques immédiatement après l’hospitalisation; il est préférable d’aviser le médecin de l’état de somnolence et de le laisser décider quand diminuer la dose.
Essayez de favoriser une longue nuit de sommeil et déconseillez la sieste pendant la journée. Autrement, il s’établit un cercle vicieux : les siestes de l’après-midi nuisent à une bonne nuit de sommeil et favorisent la somnolence le lendemain. Des activités structurées, variées et intéressantes, préviennent l’ennuie et contribuent à diminuer la somnolence.
La lipothymie résulte habituellement d’une chute de la tension artérielle à la suite d’une lever trop rapide. Cet effet est imputable au médicament mais se dissipe après que le malade se soit habitué au produit. Se lever lentement résout le problème. Lorsque l’ex-malade ressent un étourdissement, faites-lui incliner la tête plus bas que le cœur afin d’éliminer ce malaise.
L’effet secondaire le plus pénible pour la famille est « l’attitude de zombi » qu’adopte parfois le malade traité par des antipsychotiques. Cette attitude consiste en une combinaison de mouvements lents, d’un visage sans expression de mouvements lents, d’un visage sans expression et d’une raideur des bras et des jambes. Cet effet disparaît avec la diminution de la dose des antipsychotiques ou avec l’introduction d’anti-parkinsoniens. Bien que la raideur semble étrange, elle n’est pas inconfortable pour le malade.
Le sentiment de fatigue et l’incapacité de rester assis peuvent générer de l’inconfort. On peut confondre cet état avec la nervosité et l’anxiété, mais il s’agit d’effets secondaires réels des antipsychotiques dont il faut prévenir le médecin, qui sera généralement en mesure d’y remédier. Il est plus facile pour l’ex-malade de se promener que de rester assis; c’est pourquoi il a tendance à faire les cent pas. Il faut considérer cet état comme secondaire au traitement et ne pas s’en formaliser.
Les médicaments peuvent également provoquer des spasmes musculaires mais ces effets généralement précoces cessent lorsque les doses sont rajustées de façon appropriée. Un tremblement peut toutefois persister; le tremblement des doigts et parfois de la langue, des mains et des pieds peut être assez perceptible et, comme la somnolence, peut être injustement, imputé aux « nerfs ». Ce symptôme s’atténue lorsque le malade est calme mais, fondamentalement, il s’agit d’un effet secondaire dont il faut aviser le médecin afin qu’il y remédie par un médicament approprié.
La raideur et le tremblement s’apparentent aux symptômes de la maladie de Parkinson et se traitent au moyen d’anti-parkinsoniens. Le malade ne souffre évidemment pas de la maladie elle-même. Tous ces effets secondaires disparaissent à mesure que l’on diminue la dose des antipsychotiques.
Certains antipsychotiques peuvent aussi prédisposer aux insolations. La peau doit être protégée par une lotion solaire ou un chapeau à large bord. On note également une tendance au gain pondéral, en particulier chez les personnes qui mangent et ne font pas d’exercice. Certaines femmes peuvent observer une interruption dans leur cycle menstruel et un gonflement des seins et même de la lactation. Il s’agit d’effets hormonaux liés à la dose du médicament. Les hommes peuvent éprouver un certain degré d’impuissance et une baisse de la libido. Ces effets peuvent devenir pénibles s’ils persistent et il vaut mieux en discuter avec le médecin.
La disparition de la spontanéité et de la créativité constitue l’effet secondaire le plus affolant. Il est davantage imputable à la maladie qu’aux médicaments. Toutefois, les malades sentent souvent que les médicaments qu’ils absorbent sont responsables de cet état de vacuité. Il est important de réaliser que celui-ci peut constituer, temporairement, la rançon à payer pour se libérer de la crainte d’une psychose. Ce n’est surtout pas le moment d’abandonner la médication; il faut plutôt corriger ces effets secondaires lorsque c’est possible et les supporter dans le cas contraire.
Plus loin dans cette série, nous parlerons des manifestations dyskinétiques tardives, un effet retard possible du traitement antipsychotique.
samedi 29 août 2009
Retour au Bercail - 8e partie
Essayez de l’y intéresser mais ne vous offusquez pas s’il refuse.
Par exemple :
Un jeune homme regarde sa sœur jouer au ballon dehors « Robert, ne reste pas assis là à me regarder. Si tu veux jouer, viens au lieu de passer la journée assis. » (Une invitation mieux formulée) : « Tu te souviens comme nous jouions au ballon autrefois, Robert? Je parie que ça te tente encore. Viens ici et je vais te le lancer. »
« L’encouragement familial est-il bénéfique? ».
L’encouragement et la solidarité des membres de la famille sont vitaux. Cela comprend la force spirituelle, la créativité, les liens étroits avec d’autres membres de la famille (grands-parents, tantes et oncles). Cet encouragement est communicatif et finit par atteindre le parent malade.
« Que peut faire la famille pour l’état de santé général du schizophrénie?».
Choisissez un régime bien équilibre. Préparez des repas hautement protéinés (viandes, poissons, fromages, œufs) et vitaminés (légumes frais et cuits, fruits) ainsi que des aliments contenant des fibres (céréales, pains).
Déconseillez les grandes quantités d’hydrates de carbone (frites, beignes), les stimulants (café, boissons au cola). Essayez de ne pas créer de conflits au sujet des aliments. Encouragez le schizophrène à manger avec les membres de la famille mais, s’il refuse, ne vous affolez pas. S’il ne mange, pas donnez-lui des suppléments vitaminiques. Avisez le médecin de famille s’il est trois ou quatre jours sans prendre un repas convenable.
Incitez-le à s’occuper lui-même de son hygiène personnelle, mais aidez-le à l’occasion, en préparant l’eau pour son bain, par exemple. Vous pouvez commencer par sortir des vêtements propres et tôt ou tard l’idée lui viendra de le faire lui-même. La lessive et l’entretien de la chambre font partie de la corvée d’hygiène.
Favorisez l’exercice, quoique cela constitue un problème pour plusieurs ex-malades. Ils préfèrent rester au lit ou rester assis des heures et des heures. Proposez des promenades dans le parc cet jusqu’aux magasins. Essayez de ranimer le goût du malade pour les sports. Certains accepteront s’ils ne sont pas seuls; il est effrayant d’agir seul les premières fois. Essayez de susciter un intérêt pour une variété de passe-temps et ne vous découragez pas si vos suggestions ne semblent pas porter fruits au début.
L’usage de drogues non prescrites, comme la marijuana et l’alcool, n’est pas une bonne idée. Cela doit être clairement précisé mais ne doit pas faire l’objet d’une bataille continuelle. Le malade, comme quiconque, doit subir un examen médical périodique; le médecin de famille doit connaître les médicaments absorbés par le malade car ils peuvent être responsables des symptômes qu’il présente comme la constipation, la vision brouillée et la sécheresse de la bouche. Le malade doit également voir le dentiste périodiquement.
« Et la sexualité? »
Certains schizophrènes sont très préoccupés par toute question, sexuelle, d’autres ne le sont pas du tout. Les deux extrêmes effraient les familles des malades. Cette question, comme toutes les autres, doit être traitée en s’en tenant aux faits et sans émotivité. Il faut répondre d’une façon directe aux questions directes et diriger le schizophrène vers les personnes qui pourront lui donner davantage de conseils (le médecin de famille, le sexologue). Il doit être informé franchement au sujet de la contraception et on doit lui procurer des renseignements discrets touchant les relations sexuelles.
Par exemple :
Un jeune homme aborde prudemment la question des fréquentations avec son père :
« Tu ne peux pas inviter une fille dans l’état où tu es. Tu ne nous adresses même pas la parole, qu’est-ce que tu aurais à lui dire? » (Réponse inappropriée.)
« Cette jeune fille semble te plaire. Pourquoi ne l’invites-tu pas à la maison? Nous ne nous montrerons pas à moins que tu le désires. » (Beaucoup plus encourageante).
vendredi 28 août 2009
Retour au Bercail - 7e partie
Vous pouvez prendre un certain temps avant de réaliser que la vie avec une personne atteinte d’une maladie mentale chronique est très éprouvante. Ne jouez pas au martyre. (Cette attitude se termine dans le ressentiment et l’amertume.) Ne vous condamnez pas à vivre éternellement avec votre parent; faites-en l’essai pendant un certain temps. Vous pouvez réaliser qu’il est plus facile pour tout le monde que le malade vive en dehors du foyer. Une atmosphère calme convient mieux si vous pouvez la supporter. Essayer de contenir vos émotions. Ne soyez pas trop affectueux et ne posez pas trop de questions. Une certaine distance affective est probablement souhaitable bien que toutes les familles ne soient pas capables d’adopter une telle attitude. Exprimez vos sentiments et ne vous sentez pas coupable d’être en contradiction ou en désaccord avec votre parent malade; essayez toutefois de garder un ton neutre plutôt que passionné. Vous pouvez dresser la liste des autres parents et des personnes-ressources qui vous apportent leur aide. Participez à des activités afin de ne pas être trop préoccupé par le malade. Prenez des vacances. Continuez de voir à vos intérêts, visitez vos amis, ne vous montrez pas trop impliqué ou critique. Votre parent se portera d’autant mieux si vous en faites moins que trop.
« Que peuvent ressentir les membres de la famille? »
La plupart éprouvent de la colère, de la honte, de la culpabilité, du ressentiment, de la tristesse, de la panique. Ces réactions sont normales et il ne faut pas s’en vouloir. Connaître les exigences de la maladie peut contribuer à l’accepter. Il est possible de se procurer des renseignements à plusieurs endroits, auprès du personnel de l’hôpital, des associations communautaires sur la santé mentale, des groupes d’initiative personnelle, du médecin de famille, et dans les bibliothèques. Vous observerez que le traitement s’avère rentable puisqu’il lui donne de l’amour-propre et de l’entrain.
jeudi 27 août 2009
Retour au Bercail - 6e partie
Comportement de la famille du schizophrène de retour au bercail.
En admettant que ce comportement ne puisse être vraiment prévu à l’avance, voici quelques-unes des questions habituelles et des réponses partielles :
« Comment pouvons-nous éviter la tristesse et le regret face à tous les rêves et les espoirs que nous avions et qui semblent si irréalistes après cette terrible maladie? »
La maladie aura transformé beaucoup de rêves et il est naturel, et probablement nécessaire, de pleurer ensemble leur disparition. De nouveaux rêves, plus adaptés aux nouvelles possibilités, devront remplacer les autres au moment opportun.
« Comment doit-on lui parler? Cela semble si difficile? »
Après une crise de schizophrénie, la conversation s’établit péniblement et tenter de se faire comprendre par quelqu’un qui ne répond pas amène une grande frustration. Mais on doit se rappeler qu’il n’est pas méchant, entêté, méfiant ou taciturne. Il a de la difficulté à définir ce qui lui est arrivé et il n’est pas facile de décrire cette confusion par des mots. Essayer de saisir ses gestes et l’expression de son visage. Exprimez-vous par de simples phrases, concises et claires, sur un ton encourageant. Laissez-le libre de répondre, de prendre son temps et préparez-vous à écouter, pendant de longues périodes, même si ce qu’il dit n’est pas entièrement sensé. Soyez patient.
Par exemple :
Une jeune femme assise dans le salon avec d’autres membres de sa famille : « Vous m’avez placée dans cet hôpital pour vous débarrasser de moi! ».
Une réponse possible (inutile) : « Ne dis pas de bêtises, ne te rappelles-tu pas à quel point tu étais malade?! »
Une autre réponse (plus bénéfique) : « C’est l’impression que tu as eue. Tu ne te croyais pas malade mais tu as dit…. (rappelez-lui ce qu’elle a dit) et tu as fait… (rappelez-lui ce qu’elle a fait) et nous avons craint pour ta santé et ta sécurité. ».