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samedi 13 août 2011

LIVRE - L'ANGOISSE DU DÉSIR DANS LA RELATION CONJUGALE




Ce livre propose d'aider la personne dans son travail de transformation, en direction de : d'exercer un contrôle sur son vécu, de vivre une sexualité épanouissante et de maintenir un bon équilibre entre intimité et autonomie.




Bonne lecture




Prix : CAD$25


Contactez-nous : groupe.ism.ds@gmail.com

vendredi 25 février 2011

VOODOO - BELIEFS, ORIGIN, PROBLEMATICS BOOK


This book is about the phenomology of Voodoo. It focuses on beliefs, the origins and the problems related to this religion by presenting facts based on studies made by Anthropologist and Sociologist PhD Pierre Eddy Constant.

You will find a delight in reading this book by discovering this fascinating religion of Voodoo.


PRICE :cad$20

email us at groupe.ism.ds@gmail.com

lundi 22 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 9e partie

Indications et contre-indications d’une psychothérapie

Il est exceptionnel qu’un enfant ou un adolescent fasse de lui-même la demande d’une psychothérapie. Cette démarche lui est souvent proposée par ses parents ou un professionnel du réseau d’aide à la jeunesse. En proposant au jeune une thérapie, il est important de l’informer que cette démarche va impliquer de sa part une collaboration très active ainsi qu’un engagement à se confier sur son vécu le plus intime. Il est donc très important qu’après avoir été bien informé, le jeune désire entreprendre une telle démarche.

En cours de thérapie, lorsque des aspects sensibles de la dynamique affective sont touchés (quand la tristesse, la colère ou la culpabilité son abordées), il est normal de voir apparaître temporairement une forte anxiété. Conséquemment, une psychothérapie peut être contre-indiquée chez un jeune qui possède un « pattern » de passage à l’acte inadapté très marqué pour contrer ses tensions et ses malaises.

CONCLUSION

Vivre une perte affective importante dans la solitude et le silence constitue une épreuve déchirante qui risque de laisser des séquelles importantes qui vont handicaper la personne toute sa vie durant. Il est cependant réconfortant de savoir que cette situation n’est pas irrémédiable. Ce n’est cependant qu’au prix de la reconnaissance de la perte et de la douleur qui l’accompagne dans un lieu privilégié de parole, de confiance et d’amour que la personne parviendra à se libérer du fardeau émotionnel qui l’accompagne et transformer cette perte en gain.

dimanche 21 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 8e partie

Des mesures d’aide appropriées aux besoins et aux capacités du jeune.

Lorsqu’il est clairement établi que les difficultés d’un jeune sont consécutives aux séquelles d’un deuil pathologique, une psychothérapie peut être envisagée. Cette aide visera essentiellement à permettre à l’enfant ou à l’adolescent d’assumer sa perte dans un climat de confiance, de chaleur et de soutien tout en l’aidant à se libérer des sentiments douloureux et des émotions négatives qui l’habitent.

Il est très exceptionnel que seule une psychothérapie suffise à réhabiliter un jeune présentant des troubles affectifs qui handicapent son adaptation. Dans la très grande majorité des situations, ce travail devra s’effectuer dans un contexte multidisciplinaire. Il sera essentiel de prévoir une intervention professionnelle visant à équilibrer la dynamique familiale, à guider et à soutenir les parents dans leurs interventions éducatives et l’encadrement de leur enfant ou leur adolescent. Un placement dans une ressource spécialisée peut parfois même être nécessaire pour réussir à contrôler les comportements inadaptés du jeune.

Il faut également tenir compte que, sur le plan pratique, il est fréquent que les facteurs éducatif et social s’associent à la perturbation affective de l’enfant ou de l’adolescent pour engendrer ses troubles de comportement. En pareil cas, les mesures éducatives auront préséance sur la psychothérapie qui pourra être envisagée ultérieurement en cours de traitement, lorsque le jeune aura acquis suffisamment de discipline personnelle, de maîtrise de ses pulsions, lorsqu’il aura intégré un système de valeurs sociales et développé une capacité adéquate d’auto-critique sur ses comportements inadéquats.


* à suivre *

samedi 20 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 7e partie

LES MESURES DE RÉHABILITATION

L’importance d’un bon diagnostic socio-affectif

Travailler à la réhabilitation d’un jeune constitue une tâche complexe qui comporte plusieurs volets, social, familial et scolaire, mais qui réfère toujours à deux dimensions essentielles de son développement : son éducation et son affectivité.

Certains jeunes éprouvent des difficultés de comportement principalement attribuables à un déficit dans l’éducation qu’ils ont reçue. On parle alors de mauvais exemple, d’un encadrement trop permissif, d’un manque de constance dans l’application des règles et des sanctions disciplinaires de la part de leurs parents. Ces jeunes ont principalement besoin d’acquérir des habitudes de vie quotidienne saines, de la discipline personnelle, des valeurs sociales plus adéquates. Le travail auprès d’eux s’effectuera donc davantage sur le plan rééducatif.

Chez d’autres jeunes, les difficultés d’adaptation trouvent davantage leurs causes dans des traumatismes affectifs vécus au cours de leur enfance. Ce sont parfois des jeunes qui ont été grandement insécurisés par l’inconstance ou la négligence de leurs parents. D’autres ont été victimes de violence familiale. Les abus physiques et sexuels provoquent également des dommages affectifs importants qui se répercutent dans les comportements de ces jeunes. Une blessure affective engendrée par une perte vécue dans des conditions difficiles peut également constituer un facteur important de mésadaptation.

Avant d’entreprendre un travail de réadaptation auprès d’un jeune qui présente des troubles de comportement, il est très important de déterminer le plus précisément possible les causes de sa mésadaptation. Dans cette optique, une évaluation complète du jeune et de son contexte de vie s’avère essentielle.

En effectuant cette évaluation, il sera très important de questionner le jeune ainsi que son entourage familial afin d’examiner la possibilité de perte(s) importante(s) chez celui-ci ainsi que les circonstances et les conditions dans lesquelles elles ont été vécues. Le cas échéant, une évaluation psychologique, à l’aide d’épreuves projectives, permettra de déceler la présence d’émotions et de sentiments négatifs, souvent inconscients, impliqués dans la dynamique affective du jeune et qui perturbent son comportement et son adaptation.


* à suivre *

vendredi 19 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 6e partie

Des émotions destructrices

Dans le but de se protéger contre sa souffrance, ne pouvant exprimer et partager ses émotions pénibles, le jeune va alors tenter de les dénier en développant des mécanismes de défense dont les principaux sont bien souvent la répression et le refoulement. Il va tenter comme il le peut de se protéger contre sa souffrance en s’insensibilisant émotivement.

Cette situation a pour conséquence d’empêcher le déroulement du processus de deuil. Souvent même, la colère et la révolte s’intensifieront en raison du fait que l’insécurité persiste.

Certes, avec le temps, l’enfant en vient à atténuer sa souffrance mais ses émotions négatives demeurent, cachées à l’intérieur de lui. Elles commencent alors leur ravage sournois et insidieux sur son comportement et son adaptation.

Sa tristesse réprimée sape sa motivation à l’effort scolaire et l’amène à s’enliser dans le fatalisme et dans une situation d’échec de plus en plus irrémédiable. Son angoisse affecte ses capacités d’attention et de concentration. Sa colère lui fait développer des comportements agressifs et anti-sociaux. Sa révolte et son amertume le conduisent à se méfier de l’adulte et à défier son autorité. La plus grave et la plus insidieuse de ces émotions est sans doute la culpabilité qui le pousse inconsciemment et involontairement à se punir de multiples façons (mutilation, suicide à petit feu par la drogue, échecs dans ses entreprises qui concourent dans un cercle vicieux à alimenter son fatalisme et son désespoir). Le jeune en vient à développer une image très négative de lui-même, à se dévaloriser et à se mésestimer intensément.

Il en vient alors à refuser l’affection à laquelle il croit inconsciemment ne plus avoir droit. Il devient alors de plus en plus difficile à rejoindre affectivement, la barrière de ses défenses étant de plus en plus étanche.

Ses comportements inadaptés devenant de plus en plus fréquents et sévères, les adultes intensifient auprès de lui leurs mesures de contrôle et de discipline. Classifiant ce dernier de marginal, ils amplifient son sentiment de solitude et de révolte.

C’est parfois auprès d’autres jeunes marginaux qu’il satisfera ses besoins d’affection et de valorisation ainsi qu’un certain plaisir de vivre. C’est aussi par leur fréquentation qu’il accentuera ses comportements délictuels. On peut alors assister à une escalade des mesures répressives de la part des adultes en autorité qui, à leur tour, provoqueront chez le jeune des réactions inadaptées toujours plus fortes.


* à suivre *

jeudi 18 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 5e partie

Solitude et silence

Pour bien comprendre le deuil pathologique chez l’enfant et l’adolescent, tentons d’abord d’approfondir les conditions dans lesquelles Nathalie, Jacques et François ont vécu leur deuil.

Le père de Nathalie, un homme responsable dans l’éducation de ses enfants mais rigide et autoritaire, lui-même mal à l’aise avec ses émotions, a imposé à ses enfants la loi du silence suite au décès de leur mère. Il a tenté de censurer chez ses enfants toute expression de chagrin et de colère. Nathalie s’est vu imposer des tâches supplémentaires au sein de sa famille, remplaçant pour une bonne part sa mère dans l’accomplissement des tâches domestiques. Elle a également tenté de remplacer sa mère comme présence affective auprès de sa jeune sœur et de sont petit frère. En plus de réprimer l’expression de ses sentiments et de ses émotions, en plus de s’imposer de fortes exigences aux plans physique et affectif dans le remaniement de l’équilibre familial, Nathalie a sérieusement compromis son mouvement en vue de se définir une identité propre, bien à elle, clairement démarquée de celle de sa mère en prenant en quelque sorte sa place au sein de la famille.

Jacques pour sa part est sérieusement délaissé par ses parents aux prises avec des difficultés conjugales importantes. Deux figures paternelles se succèdent et disparaissent complètement de son univers au cours de ses trois premières années de vie. La mère qui éprouve de sérieuses difficultés amoureuses, puis des problèmes de santé très importants, va beaucoup négliger son fils en termes de présence attentive et d’affection. Jacques connaîtra très jeune et de façon très intense l’abandon et la solitude. À ces sentiments pénibles s’ajoutera un profond sentiment d’insécurité généré par l’instabilité des figures parentales auprès de lui. Tout au long de son enfance, Jacques demeurera très seul et tentera de contenir à l’intérieur de lui-même les sentiments et les émotions pénibles qui l’habitent. Au cours de son enfance, il n’aura jamais vraiment l’occasion d’exprimer le profond malaise qu’il ressent. Chacune des pertes qu’il subira sera vécue dans le silence.

Au décès de son épouse, le père de François se lance de façon frénétique dans son travail. Parti tôt le matin, il revient tard en soirée, souvent lorsque son fils est couché. Cette situation va durer plusieurs années. Par crainte d’être de nouveau blessé affectivement, le père de François ne s’engagera plus dans de nouvelles relations affectives. La petite compagnie de consultant en informatique qu’il possède deviendra toute sa vie et occupera tout son temps.


La grand-mère de François est une bonne personne mais triste et très renfermée sur elle-même. Elle devient très mal à l’aise lorsque son petit-fils exprime spontanément du chagrin ou de la révolte. Elle se met alors à pleurer, François apprend à réprimer l’expression de ses émotions et de ses sentiments pour éviter de faire de la peine à sa grand-mère. Au fil des mois, il devient cependant plus irritable et agité. Les quelques tentatives qu’il fera au cours de son enfance pour aborder la mort de sa mère avec son père ou sa grand-mère seront très rapidement découragées par ceux-ci qui changent le sujet de conversation. Les comportements dérangeants de François conduisent son père à adopter de plus en plus à son égard des attitudes de contrôle, de discipline et de réprimande. Malgré tous les efforts de la part du père pour « corriger » son fils, les comportements inadaptés de ce dernier ne font au contraire qu’augmenter pour finalement créer un conflit dramatique entre père et fils.

En approfondissement le processus de deuil chez ces trois jeunes, une constante essentielle ressort clairement. Ces adolescents n’ont pas eu la chance d’exprimer spontanément, dans un climat de confiance, les sentiments et les émotions qui les animaient suite à la perte d’un être aimé.

Il arrive que lors d’une perte importante les enfants affectés ne trouvent pas l’accueil, le réconfort, l’attention et le soutien de leur entourage dont ils ont besoin et se retrouvent seuls pour transiger avec leur chagrin, leur douleur et leur insécurité. Ginette Raimbault écrit :

« Le plus grand dommage pour l’avenir d’un enfant n’est pas la perte d’un parent
mais le fait qu’aucune parole de l’entourage ne soit venue lui permettre de
nommer l’événement, de le métaboliser et de le faire entrer dans son histoire. »


* à suivre *

mercredi 17 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 4e partie

Un grand besoin de soutien de la part de l’entourage

Au cours de cette période de crise, la personne affectée a besoin d’exprimer les émotions pénibles et de confiance. Elle a également besoin de recevoir du soutien et du réconfort dans sa souffrance de la part de son entourage.

Exprimer ses émotions, partager sa douleur, recevoir un soutien chaleureux, sympathique et sécurisant favorisent la diminution de la souffrance, l’apaisement des tensions et de l’angoisse en plus d’aider la personne endeuillée à rompre le sentiment de solitude qui l’habite souvent de façon très intense.

Chez la personne affectée par une perte importante, la culpabilité s’associe souvent à la colère et à la tristesse. On en veut d’abord à la personne décédée de nous avoir quitté puis, on s’en veut de nourrir son égard une telle hostilité. Un accueil inconditionnel et chaleureux de la part de l’entourage de ce sentiment de culpabilité contribue grandement à le dissiper et à restaurer chez la personne endeuillée une image d’elle-même plus positive.

Les enfants, encore très dépendants des adultes pour leurs besoins essentiels en plus de vivre la déchirure de la perte, vivent souvent une très grande insécurité qui décuple leur angoisse. Ils ont alors grandement besoin d’être rassurés sur le fait que le parent qui demeure auprès d’eux saura continuer de répondre à leurs besoins avec affection, constance et compétence. Besoin d’être assurés, en d’autres circonstances, qu’en l’absence de leurs parents, des adultes forts et stables qui les aiment vont continuer de prendre soin d’eux adéquatement.

Deux conditions apparaissent donc essentielles à la résolution saine d’un deuil chez l’enfant. D’une part, la possibilité pour ce dernier d’exprimer spontanément les émotions douloureuses qui l’habitent dans un climat d’accueil, de confiance et de chaleur. D’autre part, la possibilité pour ce dernier d’être reçu, entendu, soutenu et réconforté dans sa peine et dans son chagrin ; d’être rassuré dans sa peur ; d’être accueilli avec bienveillance dans l’expression de sa colère et des reproches qu’il peut s’adresser à lui-même.


« le degré de souffrance qu’une personne peut accepter dépend beaucoup de
l’amour et du support que celle-ci reçoit de la part de son entourage. Le grand
facteur aidant lorsqu’une personne vit un deuil, c’est le support de son
entourage qui la rend capable d’entrer dans sa souffrance et d’en sortir. »


* à suivre *

mardi 16 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 3e partie

Une plongée dans le monde des sentiments et des émotions

Afin d’établir un lien entre la perte affective et les difficultés de comportement chez l’enfant et l’adolescent, examinons d’abord de plus près le processus normal de deuil ainsi que les conditions dans le milieu de vie du jeune qui facilitent le passage de cette difficile épreuve.

Se détacher, une démarche qui demande beaucoup d’énergie

Le deuil est essentiellement un processus de détachement qui s’instaure, bon gré mal gré, à la suite d’une perte. Ce processus se déroule principalement au niveau des sentiments et des émotions. Le père Jean Monbourquette nous apprend que l’importance de la perte et l’intensité du processus de détachement dépendent de l’intensité des liens affectifs que la personne endeuillée avait établis avec la personne disparue.

La perte d’une personne aimée, surtout si elle est subite et inattendue, plonge les personnes affectées dans un bouleversement affectif et émotionnel très intense. Dès les premiers moments suivant la perte, la personne endeuillée est submergée par un flot d’émotions très pénibles et très intenses qui provoquent chez elle une grande souffrance. Tristesse, colère, révolte, peur, culpabilité, sentiment d’abandon, angoisse se bousculent en elle et provoquent bien souvent une grande détresse.


* à suivre *

lundi 15 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 2e partie

Un douloureux héritage

Nathalie

Nathalie, âgée de quinze ans, est un joli brin de fille que l’on décrit comme très raisonnable et très bien adaptée dans ses relations avec son entourage ainsi que dans son fonctionnement scolaire. Voilà qu’elle perd subitement sa mère qui décède d’un arrêt cardiaque. Quelques mois après le décès de sa mère, elle commence à devenir irritable à la maison et agressive à l’endroit de sa jeune sœur et de son petit frère. Elle entre de plus en plus souvent en conflit avec son père et conteste de plus en plus son autorité. Sa tenue vestimentaire est de plus en plus négligée. À l’école, son rendement accuse une baisse importante. Ses professeurs la trouvent de plus en plus apathique et démotivée. Elle s’isole de plus en plus des jeunes de son âge. Un matin, elle entre sans préavis dans le bureau de la travailleuse sociale et lui confie en pleurant qu’elle pense sérieusement à se suicider.

Jacques

Jacques est un adolescent de treize ans qu’on a dû récemment placer en centre d’accueil de réadaptation en raison de ses troubles sérieux de comportement. Ce jeune a déjà à son actif plus de vingt vols importants. Il se tient avec des pairs marginaux beaucoup plus âgés que lui et il a déjà commencé à consommer de la drogue. Jacques s’absente souvent de ses cours et sa motivation à l’étude est presque inexistante. L’an dernier, il a été mis à la porte de la polyvalente à trois reprises en raison de son comportement provocateur à l’égard de ses professeurs et de nombreuses bagarres avec des jeunes de son âge.

L’histoire de Jacques est chargée de pertes affectives. Ses parents se sont séparés alors qu’il n’était âgé que de deux ans. Il ne reverra jamais plus son père naturel. Sa mère qui en assume la garde se marie à nouveau l’année suivante pour se séparer alors que Jacques atteint ses cinq ans. À nouveau la figure paternelle disparaît sans laisser de trace. L’année suivante, Jacques doit être placé dans une famille d’accueil car sa mère vient d’être hospitalisée pour une maladie qui la gardera alitée pendant plusieurs semaines. Suite à sa maladie, sa mère connaît une période d’instabilité émotionnelle qui l’amène à délaisser complètement son fils. Finalement, en raison de la faiblesse physique et psychologique de sa mère, Jacques demeurera trois ans dans cette famille. Durant cette période, ses parents d’accueil donneront naissance à deux enfants et Jacques se sentira passablement délaissé au moment de ces naissances. À l’âge de neuf ans, Jacques est rendu à ce point agressif dans sa famille d’accueil qu’on doit le déplacer dans une autre famille. À l’âge de onze ans, Jacques perd son grand-père maternel auquel il était très attaché et qui constituait pour lui un point de repère affectif stable. L’année suivante, ses troubles de comportement sont si importants que l’on entreprend des démarches pour le placer en centre d’accueil.

François

François est âgé de quinze ans mais il a l’air d’en avoir à peine treize. Il vient d’être signalé à la Direction de la protection de la jeunesse en raison de ses difficultés très sérieuses de comportement, oscillant entre un isolement très profond et un comportement très exubérant auquel se mêle une très forte agressivité à l’endroit de son entourage. La tristesse et la révolte habitent cet adolescent et se manifestent en succession de façon très intense dans son comportement. François est également très méfiant à l’endroit des adultes. Il est presque impossible de créer un lien avec lui. À l’égard de ses compagnons et compagnes de classe, il adopte des comportements provocateurs qui entraînent le rejet de ceux-ci. Malgré son âge, François ne sait encore ni lire ni écrire.

François aussi a connu une importante histoire de pertes. Sa mère ainsi que deux de ses tantes décèdent accidentellement dans un accident de voiture à l’été 2008. Deux ans plus tard, c’est au tour de son père d’avoir un grave accident de voiture qui le gardera hospitalisé pendant plusieurs semaines et convalescent pendant plusieurs mois. Au décès de sa mère, c’est sa grand-mère paternelle qui vient habiter avec son père et lui et qui fait figure maternelle. Celle-ci meurt subitement d’un arrêt cardiaque à l’automne 2009. Depuis lors, François a connu de nombreux déplacements, soit un pensionnat ainsi que deux familles d’accueil. Chaque déplacement est motivé par sa trop grande agressivité. Depuis quelques semaines, François fait l’objet d’un placement en centre d’accueil de réadaptation.

En examinant l’histoire de vie de Nathalie, Jacques et François, nous pouvons dégager à la lumière des informations qui nous ont été fournies jusqu’ici au moins deux grands points communs : tous les trois ont vécu une ou des perte(s) affective(s) importante(s) et tous les trois éprouvent des difficultés d’adaptation et de comportement très sérieuses.



* à suivre *

dimanche 14 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 1e partie

Pour Jean Decoster, Le deuil : une lourde épreuve à traverser

Vivre un deuil constitue toujours une expérience douloureuse. Le Dr. Elizabeth Kübler-Ross, pionnière dans l’étude des phénomènes affectifs liés au deuil, mentionne que cette expérience, vécue dans de bonnes conditions, peut constituer une très grande source de croissance personnelle. Par contre, vécue dans des conditions défavorables, elle peut engendrer des difficultés importantes d’adaptation, voire même des troubles sérieux de l’affectivité. Cette situation sera d’autant plus vraie chez un enfant ou un adolescent dont la personnalité est en pleine formation.

Une expérience humaine universelle

Au cours de leur vie, très rares sont les personnes qui ne seront pas confrontées à un deuil important. Certains auront la chance d’être parvenus à l’âge adulte et d’être mieux armés affectivement et socialement pour traverse cette épreuve. Plusieurs, par contre, devront envisager cette dure réalité durant leur jeunesse alors qu’ils sont beaucoup plus vulnérables psychologiquement.

De multiples situations peuvent engendrer un deuil chez les enfants et les adolescents : la séparation de leurs parents ; le décès d’un de ceux-ci par maladie, par accident, parfois même par suicide ; le décès d’un frère, d’une sœur, d’un ami ; lorsque ceux-ci doivent quitter leur milieu familial pour être placés dans une famille d’accueil ou un centre d’accueil ; une déception amoureuse chez un adolescent.

Dans cet article, nous tenterons de démontrer que lorsque ce processus de détachement est vécu dans des conditions défavorables par l’enfant ou l’adolescent, il peut ultérieurement entraîner de très sérieuses difficultés dans leur comportement et leur adaptation. Pour illustrer cette démarche, nous utiliserons trois situations de jeunes dont les noms sont fictifs et dont nous avons modifié quelque peu la trame et le scénario familial pour en assurer l’anonymat.


* à suivre *

vendredi 12 mars 2010

Abus Sexuel - 5e partie

Comment expliquer qu’il y ait plus d’abus sexuel au sein des familles recomposées?

Afin d’expliquer la surreprésentation des familles recomposées dans les cas d’abus sexuels, Finkelhor avance l’idée que le triangle oedipien pourrait rendre l’enfant plus vulnérable aux abus sexuels de son beau-père Cette explication théorique sous-tend que l’enfant peut se sentir trahi par sa mère qui s’engage dans une relation avec un nouveau conjoint ou encore avoir le sentiment que sa mère lui porte une attention moins grande. Selon Finkelhor, ce sentiment pourrait amener l’enfant à concourir avec sa mère afin d’avoir l’attention du beau-père. Il importe cependant de souligner que les écrits d’orientation féministe s’opposent à de telles explications de la problématique de l’inceste en affirmant que celles-ci contribuent à déresponsabiliser le père abuseur en imputant la responsabilité de l’abus à l’enfant victime et à la mère non abuseure (Walby, Clancy, Emetchi et Summerfield, Wattenberg).

D’autre part, plusieurs auteurs soulignent l’absence de lien de consanguinité ainsi que la déficience du lien d’attachement entre le beau-parent et l’enfant afin d’expliquer la prévalence d’abus sexuels au sein des familles recomposées (Hébert et Tremblay; Giles-Sims; Charbonneau et Oxman-Martinez, Williams et Finkelhor, Pauzé et Mercier; Warren et al., Finkelhor; Daly et Wilson; Gouvernement du Québec). En fait, il a été démontré que, lorsque les parents passent moins de temps avec leur jeune enfant et qu’ils lui prodiguent moins de soins, ils sont davantage à risque d’en abuser sexuellement (Giles-Sims). À cet égard, une étude comparative portant sur des pères et beaux-pères incestueux ou non fait ressortir deux facteurs significativement liés au passage à l’acte incestueux, soit le passé carencé du père et la non-participation aux soins de l’enfant entre zéro et trois ans (Gauthier). Ainsi, on considère le beau-père plus enclin à l’agir incestueux avec sa belle-fille, car il n’aurait pas développé ce lien d’attachement que suscite l’intimité physique dans les premières années de la vie, lien qui semble conditionnel à l’inhibition de l’inceste (Langevin et Watson; Pauzé et Mercier; Parker et Parker). La plupart des écrits sur la question suggèrent donc l’hypothèse que plus les pères participent tôt aux soins de leur enfant, moins ils sont susceptibles d’en abuser sexuellement (Williams et Finkelhor). Par contre, dans le but de tester cette hypothèse, deux études ont comparé les scores de déviance obtenus par des pères biologiques et des beaux-pères à la suite d’une évaluation phallométrique (Rice et Harris; Seto, Lalumiere et Kuban). Ces études postulaient que pour surpasser leur aversion d’avoir des relations sexuelles avec leurs propres enfants, les pères biologiques (qui sont présumés avoir passé plus de temps avec leurs filles durant la petite enfance que les beaux-pères) devraient présenter des préférences sexuelles plus fortes envers les jeunes enfants que les beaux-pères. Contrairement à leur hypothèse de départ, les résultats de ces études indiquent que les pères biologiques qui abusent leurs filles n’ont pas de préférences sexuelles plus déviantes que celles des beaux-pères. Les conclusions de ces études jettent donc un doute sur l’idée selon laquelle l’absence d’un lien de consanguinité entre le beau-parent et l’enfant augmente les risques d’inceste.

Suivant l’hypothèse de la déficience du lien d’attachement afin d’expliquer le passage à l’acte incestueux, certaines études soulignent que la présence d’un beau-père peut également accroître le risque que l’enfant soit sexuellement abusé par des individus à l’extérieur de la famille. En effet, Hébert et Tremblay avancent l’idée que les amis et les connaissances du beau-père peuvent percevoir le manque d’attachement de ce dernier envers sa belle-fille et être ainsi plus enclins à en abuser sexuellement. Dans le même sens, Finkelhor souligne que la plus grande vulnérabilité des enfants qui vivent en famille recomposée n’est pas seulement attribuable à la présence du beau-père, mais aussi au fait que l’enfant est alors amené à développer un nouveau réseau familial. À cet égard, il est intéressant de rapporter les résultats de l’étude de Margolin qui a porté sur les abus sexuels commis par les grands-parents. Dans le cadre de cette recherche, 9 dossiers des services de protection de l’enfance de l’Iowa ont été examinés concernant des enfants qui avaient été abusés sexuellement par un grand-parent. Cette recherche fait, entre autres, ressortir que les abus sexuels commis par les grands-parents sont souvent assez sévères, que le père du beau-parent est plus dangereux pour l’enfant que son grand-père biologique et que plusieurs grands-pères abuseurs ont aussi abusé leur fille lorsqu’elle était plus jeune.

Finalement, certains chercheurs expliquent la grande prévalence des abus sexuels au sein des familles recomposées par le fait que les parents y sont généralement plus autoritaires ou coercitifs et qu’ils possèdent moins d’habiletés de résolution de problèmes (Lightcap, Kurland et Burgess). Pour sa part, l’étude de Gordon démontre que les familles biologiques avec une histoire d’inceste possèdent davantage de caractéristiques problématiques que les familles recomposées. En effet, cette étude, qui compare les abus commis par des pères biologiques et des beaux-pères, a révélé que les pères biologiques ressentent plus de stress personnels, sociaux et économiques que les beaux-pères.

De façon générale, les caractéristiques pathologiques qui sont associées à l’émergence de l’inceste ne semblent donc pas nécessairement découler de la structure familiale dans laquelle l’abus prend place. En ce sens, certaines études scientifiques, qui ne font pas de distinction entre les pères biologiques et les beaux-pères, démontrent que, dans l’ensemble, les familles incestueuses se caractérisent par l’omniprésence des conflits ainsi que par moins de cohésion, d’expression affective et d’activités de loisirs (Dadds, Smith, Webber, et Robinson; Carson, Gertz, Donaldson et Wonderlich). Dans ce même ordre d’idées, les écrits cliniques sur les familles incestueuses soulignent la multiplicité des structures et des relations au sein de celles-ci. Ainsi, les auteurs notent la présence de structures familiales chaotique ou, à l’inverse, ultrarigides (Peronne et Nannini), la faible différenciation des structures identitaires des individus (Barudy), l’inversion des rôles mère-fille (Vallée; Tinling, Foucault) ainsi que la répartion inégale du pouvoir au sein de la famille (Strand); Joyce, Russell). Cette dernière caractéristique est également notée dans de nombreuses études qui laissent entendre que les conjointes d’abuseurs sexuels sont fréquemment victimes de violence conjugale, la prévalence de violence conjugale variant entre 44,3% et 85% selon les études consultées (Deblinger et al.; Sirles et Franke; Truesdell, McNeil et Deschner; Cyr, McDuff et Wright).


* à suivre *

mercredi 10 mars 2010

Abus Sexuel - 3e partie

Les caractéristiques de l’abus sexuel au sein des familles recomposées

Étant donné les taux de prévalence importants des abus sexuels au sein des familles recomposées, certains chercheurs se sont intéressés aux caractéristiques propres à ce type d’abus. Pour ce faire, ces études ont tenté de distinguer les abus sexuels perpétrés au sein de différentes structures familiales en fonction des caractéristiques de l’enfant victime et de la gravité des gestes posés par l’abuseur.

Les caractéristiques de l’enfant victime

De façon générale, les recherches indiquent que les filles sont plus souvent victimes d’abus intrafamilial que les garçons (Finkelhor, Leventhal), sans pour autant préciser le lien qui unit l’enfant à l’abuseur. Pour leur part, Kendall-Tackett et Simon ont effectué une étude visant à vérifier si l’expérience d’abus sexuel est différente chez les garçons et chez les filles en tenant compte de la structure familiale. Basée sur un échantillon composé d’un population clinique de 365 adultes (325 femmes et 40 hommes) abusés sexuellement dans l’enfance, cette étude indique que, si les beaux-pères agressent davantage les filles (22% des femmes ont été abusées par leur beau-père comparativement à 8% des hommes), les pères biologiques abusent autant de leur fils que de leur fille (pour 33% des hommes et 39% des femmes, l’agresseur était le père biologique). De leur côté, Erickson et al. concluent que le choix des victimes en fonction du sexe n’est pas différent chez les pères que chez les beaux-pères. L’apparente contradiction entre ces deux études peut s’expliquer par les choix méthodologiques effectués. En effet, Erickson, Walbek et Seely ont rencontré les agresseurs (59 beaux-pères, 70 pères biologiques et 158 agresseurs extérieurs à la famille) plutôt que les victimes, dans le but de vérifier pourquoi l’inceste est plus fréquent dans les familles recomposées. Pourtant, l’étude de Phelan démontre que les perceptions des pères et des filles entourant l’établissement et le maintien de la relation incestueuse sont souvent diamétralement opposées. En outre, certaines recherches indiquent que l’âge auquel un enfant est susceptible de se faire agresser varie aussi selon le lien entretenu avec l’abuseur. En effet, dans son étude comparative sur les relations incestueuses entre 56 familles recomposées et 46 familles biparentales intactes. Phelan note que les pères biologiques commencent généralement à abuser de leurs filles lorsqu’elles ont atteint l’adolescence, alors que les beaux-pères ont plutôt tendance à débuter leurs abus dès la préadolescence. Afin d’expliquer ses résultats, Phelan avance que le beau-père abuserait d’un enfant plus jeune afin d’acquérir du pouvoir sur ce dernier, alors que le père biologique utiliserait la relation sexuelle dans le but de maintenir son contrôle sur sa fille qui grandit. Cependant, dans une étude qui portait sur le sens donné aux actes incestueux, cette même chercheure a découvert que neuf beaux-pères sur 26 affirmaient être motivés par un désir de contrôle et de pouvoir sur l’enfant victime, alors qu’aucun des quatorze pères biologiques n’a exprimé ce type de motivation (Phelan).

De son côté, la recherche de Gordon et Creighton affirme que c’est chez les pères biologiques que l’on observe le plus haut taux d’abus d’enfants âgés de 3 ans et moins (8% contre 5% chez les pères substituts et 2% chez les beaux-pères), bien que cette différence ne soit pas statistiquement significative. Par ailleurs, c’est chez les pères substituts que l’on observe le plus haut taux d’abus sexuel d’enfants prépubères (68% contre 44% des victimes des pères biologiques et 41% des beaux-pères). Enfin, 59% des victimes des beaux-pères ont entre treize et dix-sept ans contre 56% des victimes des pères biologiques et 32% des victimes des pères substituts. Cette observation a été confirmée dans une seconde étude (Gordon) portant sur un plus grand échantillon (4132 pères biologiques et 2241 beaux-pères). En soi, ces résultats ne sont pas surprenants. En effet, les chercheurs s’entendent généralement pour affirmer que les victimes d’abus intrafamiliaux sont plus jeunes que les victimes d’abus extrafamiliaux (Fisher et McDonald). Afin d’expliquer cette tendance, les auteurs soulignent que les enfants plus jeunes passent plus de temps à l’intérieur de leur famille et sont moins souvent en contact avec des étrangers que les enfants plus âgés (De Jong, Hervada et Emmett). Dans le même sens, les résultats exposés précédemment peuvent s’expliquer par le fait que, de façon générale, le beau-père entre plus tardivement dans la vie quotidienne de l’enfant.


* à suivre *

mardi 9 mars 2010

Abus Sexuel - 2e partie

La prévalence de l’abus sexuel au sein des familles recomposées

Les écrits cliniques portant sur l’abus sexuel d’enfants tendent généralement à affirmer que la présence d’un beau père augmente considérablement les risques d’abus sexuel au sein d’une famille. Les résultats des recherches empiriques appuient cette affirmation. En effet, les études sur la question concluent que le fait de grandir dans une famille recomposée constitue un facteur de risque important dans les cas d’abus sexuels. (Ferguson, Linskey et Horwood; Finkelhor; Finkelhor et al.; Finkelhor et Baron). Ainsi, le fait d’avoir un beau-père double les risques qu’un enfant soit abusé sexuellement (Finkelhor). De son côté, Russell observe que seulement 2,3% des filles qui grandissent avec leur père biologique sont victimisées comparativement à 17% des filles grandissant avec un beau-père. Dans le même sens, Gordon et Creighton font ressortir la surreprésentation des beaux-pères parmi les agresseurs sexuels. Effectivement, parmi tous les cas d’abus sexuels rapportés au Royaume-Uni, ces auteurs soulignent que 46% sont commis par un beau-père, alors que seulement 10% des enfants vivent en famille recomposée dans ce pays. Au Québec, l’étude de Tourigny et al. conclut que les victimes sont plus exposées au risque d’être abusées par un membre de leur famille nucléaire si elles vivent dans une famille recomposée ou si elles ne vivent avec aucun parent biologique. Pour leur part, Warren, Gary et Moorhead font ressorti que parmi les jeunes qui ont fugué de la maison pour cause d’abus sexuel, la plupart ont mentionné que l’agresseur était leur beau-père. Plus récemment, une étude menée en Finlande a démontré que les cas d’inceste impliquant un beau-père sont approximativement quinze fois plus fréquents que les cas d’inceste père-fille (Sariola et Utela). Finalement, dans une recension des écrits sur cette question, Giles-Sims remarque qu’un abus sexuel sur trois à un sur deux est commis par un membre de la famille et que, sur l’ensemble des cas d’abus sexuels, les familles recomposées demeurent surreprésentées. L’étude de McCloskey et Bailey figure parmi les rares recherches n’ayant pas pu démontrer que la présence d’un beau-père est associée à une surreprésentation de cas d’abus sexuels. En effet, cette recherche visait à comparer l’influence relative de plusieurs facteurs de risque potentiellement reliés à l’abus sexuel auprès de 179 familles victimes de la violence conjugale. Aucune différence significative n’a été notée entre les filles abusées sexuellement et le groupe contrôle en ce qui concerne la présence d’un beau-père à la maison.


* à suivre *

lundi 8 mars 2010

Abus Sexuel - 1e partie

ABUS SEXUEL VOUS DITES?

Voyons ce qu’en pensent Ève Pouliot et Marie-Christine Saint-Jacques

L’abus sexuel d’enfants constitue un problème social dont l’ampleur n’est que partiellement connue, mais pour lequel des séquelles importantes, à court et à long terme, ont été identifiées (Beitchman et al.). Ainsi, les meilleures estimations du taux d’incidence de l’abus sexuel sont de 2,4 sur 1000 aux Etats-Unis (Finkelhor) et varient entre 0.87 et 1,38 sur 1000 au Québec (Wright et al.). Toutefois, ces statistiques sous-évaluent les taux réels d’enfants abusés sexuellement puisqu’elles se fondent uniquement sur les cas connus des responsables de la protection de la jeunesse. En effet, une trentaine d’études ont démontré qu’au mieux, seulement 30% des cas d’agression sexuelle sont rapportés aux autorités (Finkelhor et Dziuba-Leatherman). Dans ce même ordre d’idées, une étude de Tourigny, Péladeau et Bouchard, qui portait sur les caractéristiques des agressions sexuelles de 287 jeunes Québécois, a révélé que seulement 18% des cas d’agression rapportés au centre d’intervention téléphonique Tel-Jeunes étaient connus d’un professionnel de la DPJ (suggérant qu’au moins un cas sur quatre n’est pas rapporté aux responsables de la protection de la jeunesse). Il importe également de souligner les écarts dans les taux d’incidence et de prévalence selon les études consultées, ces derniers variant de 2% à 62% selon la définition de l’abus sexuel utilisée, les méthodes de collecte de données, l’hésitation possible des répondants à dévoiler une situation abusive ainsi que la non-détection de cas réels (Bolen et Scannapieco).

Étant donné l’ampleur de la problématique de l’abus sexuel ainsi que l’importance et la persistance des séquelles qui en découlent, certains chercheurs ont tenté d’identifier les facteurs de risque et de protection qui y sont associés en vue de développer des interventions préventives auprès d’enfants jugés vulnérables. Ainsi, les données disponibles à ce jour permettent d’identifier des caractéristiques personnelles ainsi que des composantes de l’environnement familial qui semblent rendre les enfants plus susceptibles de vivre une situation d’abus sexuel et qui prédisent le soutien accordé par la mère suivant le dévoilement de celui-ci (Hébert et Tremblay). Parmi celles-ci, les caratéristiques suivantes sont fréquemment citées : naître de sexe féminin, être âgé entre six et douze ans, vivre avec un beau-père entre six et douze ans, vivre avec un beau-père, être séparé d’un parent naturel, bénéficier d’une supervision parentale inadéquate ou vivre dans une famille conflictuelle (Lightfoot et Evans; Volgeltanz et al.; Whetsell-Mitchell; Finklehor; Finkelhor et Baron). Pour sa part, Finkelhor observe que la présence d’un beau-père est la caractéristique familiale qui a été la plus démontrée comme facteur de risque important de l’abus sexuel. De plus, dans les cas où l’abuseur est le beau-père ou l’homme fréquenté par la mère, cette dernière offre généralement moins de soutien à son enfant que lorsqu’il s’agit du père biologique ou d’un membre de la famille élargie (Sirles et Franke).

Malgré l’apparent consensus existant dans la littérature clinique concernant la surreprésentation des situations d’abus sexuels au sein des familles recomposées, peu d’études empiriques ont porté spécifiquement sur cette question. Pourtant, l’augmentation du nombre de familles recomposées dans notre société exige que les recherches s’intéressent davantage aux facteurs de risque et de protection associés à l’abus sexuel au sein de celles-ci. Les familles recomposées constituent-elles vraiment un risque supplémentaire dans la trajectoire développementale de l’enfant en augmentant la probabilité que ce dernier soit abusé sexuellement? C’est à cette question que le présent article est consacré. Il brosse d’abord un tableau des connaissances empiriques issues des 25 dernières années sur la question de l’abus sexuel et la recomposition familiale tout en faisant état des principales limites méthodologiques de ces recherches. Par la suite, quelques résultats extraits d’une étude de plus large envergure (Saint-Jacques et al.) portant sur la spécificité des risques associés à la recomposition familiale dans un contexte de protection de la jeunesse seront présentés et discutés.


* à suivre *

lundi 9 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 4e partie

Ramener tout l’intérêt de la pièce du dehors au dedans, du spectacle extérieur, si pittoresque soit-il, et tentant pour l’imagination, vers le monde intérieur, vers la conscience, par l’analyse des sentiments et la peinture des passions, ce n’est rien de moins qu’une révolution au théâtre. Corneille l’a faite, résolument. C’est par là qu’il est « inventeur », comme l’a dit Voltaire, et qu’il a créé la tragédie.

Il suit de là qu’il devait condenser et simplifier ce qui est épars et multiple dans la pièce de Castro, ce qui eût séduit aussi l’imagination d’un romantique. S’assujettissant avec peine aux unités, Corneille s’y est pourtant contraint, et son drame en devient plus pressant, plus fort; c’est une action haletante qui précipite les courages vers des actes héroïques où ils se surpassent eux-mêmes. Rodrigue, dirait un sportif, bat son propre record (comme le feront d’autres personnages cornéliens). Dans une atmosphère détendue où se mêleraient des scènes à demi comiques, l’effet s’évanouirait : c’est ce que n’a pas toujours vu Victor Hugo.

Par la même raison, Corneille sacrifie l’élément pittoresque de scènes étranges et brutales, qui choqueraient pas trop ses contemporains (le comte se lavant la joue avec le sang de son ennemi); loin de chercher à conserver ce qui fait primitif, farouche, les traits de race pas trop espagnols, Corneille ne veut assimiler que ce qui est le plus humain : le sentiment de l’honneur, l’ardente passion amoureuse pas dépaysés; c’est là, comme on disait alors, « une belle morale », qui honore l’humanité et qui s’apparente aux mœurs françaises héroïques et galantes de l’époque.

De même encore les personnages secondaires sont bien maintenus au second plan et à titre de repoussoirs : l’infante et son babil précieux, comparée à Chimène ardente et résolue; Don Sanche, pâle soupirant auprès de l’impétueux et triomphant Rodrigue.
Non, le Cid n’est pas véritablement un drame romantique : il n’en a ni le décousu, ni le pittoresque extérieur, ni la pauvreté psychologique, mais il garde pourtant du texte espagnol où il a pris naissance, du tempérament du jeune Corneille et de la génération hardie, passionnée et fringante qui l’inspira, comme un ton plus chaleureux et des couleurs plus vives qui font de cette pièce, classique dans ses caractères essentiels, un drame unique dans la carrière théâtrale de Corneille.

dimanche 8 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 3e partie

Comment Victor Hugo aurait-il traité le sujet du Cid?

Sans doute d’une façon bien différente. On sait que Corneille eut connaissance du romancero du Cid et s’inspira directement de la pièce de Guilhem de Castro : Los mocedades del Cid (les prouesses du Cid), pièce en trois journées (1618). Nul doute que le poète romantique n’eût recherché avant tout ce qui, soit dans le romancero, soit dans l’œuvre de Castro, est de la plus violente couleur moyenâgeuse et espagnole. Le Cid : un condottiere faiseur de rois, hautain et protecteur vis-à-vis de don Fernand, grand féodal indiscipliné, vainqueur des Maures et reconquistador du sol espagnol, pieux comme saint de vitrail (épisode du lépreux), enfin fils valeureux, amant passionné et brutal tout ensemble. Personnage complexe et fait de contrastes éclatants. L’abolition des règles eût facilité l’extension du drame comme chez Castro, où il s’étend sur trois années, et le dénouement heureux du mariage eût terminé la pièce.

Les grandes « scènes à spectacle » auraient toutes été faites : le Cid armé chevalier dans la chapelle de Burgos, et le coup de foudre qui fait de Chimène une amoureuse passionnée du beau seigneur, le soufflet infligé à Don Diègue par Don Gormas en plein conseil royal.

Dans la salle d’armes du château, Don Diègue essaye de décrocher sa trop lourde épée qui l’entraîne après elle, et voici l’épreuve que le vieillard fait subir à ses trois fils : il leur serre la main dans les siennes à les faire crier de douleur et il mord Rodrigue au doigt : « Lâchez-moi, s’écrie le jeune homme, si vous n’étiez pas mon père je vous donnerais un soufflet! » Le duel aurait lieu sur la place publique et les gentilshommes et les dames en seraient témoins; Gormas tomberait inanimé dans les bras de sa fille.

La bataille, comme dans Castro, serait connue par l’arrivé de prisonniers maures et racontée par un berger facétieux qui a vu la scène du haut d’un arbre. Ici, apparition du grotesque, car le berger est proche parent de Sancho Pança.

Des scènes galantes où Rodrigue s’entretient avec l’infante au balcon alterneraient avec des scènes de brutalité, comme celle où le jeune homme, qui rôde autour du jardin de Chimène, lui tue ses colombelles dont le sang rejaillit sur sa robe (souvenirs des cantilènes du romancero).

Tout cela serait, comme le dit Jules Lemaître, « singulier, magnifique et lointain ».

Bien différente est la conception de Corneille.

« Partout, a dit Sainte-Beuve, Corneille a rationalisé, intellectualisé la pièce espagnole, variée, amusante, éparse, bigarrée, il a mis les seuls sentiments aux prises. »

Que se propose-t-il, en effet? Il a dégagé du beau scénario de Guilhem de Castro l’élément rationnel, ou, ce qui revient ici au même, l’élément moral. « Faut-il punir le père de Chimène? » Voilà la question plantée au cœur de Rodrigue comme une épée, voilà le tragique essentiel : l’angoisse d’une âme devant un devoir terrible qui exige le sacrifice de ce qui vous est plus cher que la vie. Et cette angoisse va gagner le cœur de Chimène. « Que je sens de rudes combats…. ». Ces combats intérieurs, voilà qui est assez grand pour capter toute l’attention du spectateur, et les beaux coups d’épée des duels et des batailles ne sont que le symbole de la vaillance plus haute des héros, luttant contre eux-mêmes et remportant la plus belle victoire.
* à suivre *

vendredi 6 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique? 2e partie

Corneille ne s’interdit pas encore le mélange des genres. Nous avons bien affaire à une tragi-comédie, où parfois le langage s’abaisse jusqu’à la familiarité et la bonhomie, prend le tour galant et précieux de la comédie romanesque déjà employé par Corneille (rôle du roi, de l’infante).

Enfin nous trouvons dans le Cid le mélange des tons, suite du mélange des genres. Comme le souhaitera Victor Hugo dans la Préface de Cromwell, Corneille passe du ton dramatique le plus vif (dialogues coupés, admirables répliques des scènes du 1er acte (Rodrigue, as-tu du cœur? –À moi, comte, deux mots) au couplet lyrique (le désespoir de Don Diègue, les stances), et au récit épique (le combat des Maures).

Ici, la comparaison s’impose à l’esprit, du drame de Corneille et du drame de Victor Hugo, Hernani ne fut-il pas « le Cid du romantisme »? Le ténébreux Hernani n’a-t-il pas pour frère, plus juvénile et plus viril tout ensemble, Rodrigue, et le vieillard Ruy Gomez, qui ne peut souffrir de déchoir aux yeux de ses ancêtres, ne ressemble-t-il pas à Don Diègue, incapable de souffrir une tache sur son blason? Les épées ne sont-elles pas aussi promptes à sortir du fourreau pour le point d’honneur dans l’une et l’autre pièce? Dona Sol n’est-elle pas la sœur (ardente, mais plus instinctive et passive) de Chimène, par cette vive flamme d’amour qui caractérise leur race passionnée? Le roi Fernand n’est-il pas un roi « mal obéi », par ses vassaux toujours prêts à la révolte et qui courbent difficilement l’échine, de même que Don Carlos doit encore redouter dans son royaume des bandits et des conspirateurs?
* à suivre *

jeudi 5 novembre 2009

Le Cid est-il un drame romantique?

Le Cid est-il un drame romantique? Voilà la question que pose Jules Lemaître :

Début : J. Lemaître, pour soutenir sa thèse, dégage bien les caractères romantiques de la pièce de Corneille, mais il néglige les autres, plus importants, somme toute, qui font néanmoins du Cid la première en date des tragédies classiques.

Ce qu’il y a de romantique dans le Cid :
a) Le sujet qui n’est pas pris à l’antiquité, mais au moyen âge espagnol.
b) La liberté relative vis-à-vis des règles : les trois unités comprises d’une manière large.
c) Le mélange des genres : ton, parfois familier, de la tragi-comédie, ou ton précieux de la comédie romanesque.
d) Introduction de la poésie lyrique (Stances) et de la poésie épique (combat de Maures).

Pourquoi le Cid n’est pas une pièce romantique :
Il suffit d’imaginer ce qu’aurait fait Victor Hugo de ce sujet :
a) un drame d’un réalisme brutal, selon les mœurs primitives du romancero;
b) un spectacle dégageant tout le pittoresque espagnol;
c) un duo d’amour où la passion aurait tenu l’honneur en échec et qui eût tourné au noir (dénouement sanglant).
Le Cid est la première de nos tragédies classiques.
Qu’a fait Corneille du scénario fourni par Guilhem de Castro?
a) un drame de conscience où les seuls sentiments sont aux prises;
b) il a concentré et simplifié l’action selon les exigences de la raison française;
c) il a sacrifié les richesses extérieures pour développer les richesses morales.

Conclusion :
Cette pièce, classique en ses caractères essentiels, reste pourtant un drame unique dans la carrière de Corneille.

DÉVELOPPEMENT
Cette comparaison de la pièce de Corneille avec un drame romantique semble au premier abord justifiée par certaines ressemblances. Très étroitement, Jules Lemaître en a dégagé les traits principaux les plus frappants, et il néglige les autres caractères. Il serait imprudent d’admettre sans examen cette assertion de l’auteur des Impressions de théâtre. Peut-être n’est-ce là qu’une « impression », et l’on pourrait soutenir, surtout si l’on songe à ce qu’un vrai romantique eût fait d’un tel sujet (Victor Hugo, par exemple), que Corneille, dans ce drame, hardi, d’ailleurs, et que son époque n’accepta pas sans résistance, s’avère, avec le Cid, le premier des classiques au théâtre et mérite d’être appelé « le père de la tragédie ».

Voyons d’abord ce qu’il y a de « romantique » dans le Cid. Si l’on entend par là une forme assez libre vis-à-vis des traditions et des règles, selon les revendications de la Préface de Cromwell, on est frappé de l’indépendance de Corneille et de la liberté d’allure de son drame.

Le sujet est pris au moyen âge espagnol et non à l’antiquité, ce moyen âge que chérira le romantisme et cette Espagne dont s’inspirera trois fois, au théâtre, Victor Hugo (Hermani, Ruy Blas, Torque-mada).

Il use encore d’une liberté relative quant aux unités. L’unité d’action est entendue au sens large, mais il se greffe sur l’action essentielle des épisodes parasites : romanesque amour de l’infante, récit épique de la bataille des Maures. Le lieu des scènes n’est pas unique, Corneille s’en excuse dans son Examen de la pièce (palais du roi, maison de Chimène, rue ou place publique).
Quant au temps, les vingt-quatre heures sont observées, mais au prix de la vraisemblance, les héros « travaillent la montre à la main », et visiblement Corneille eût souhaité que le spectateur ne s’aperçût pas que l’heure tourne.

* à suivre *

dimanche 25 octobre 2009

LA MARGINALISATION DES AMÉRINDIENS - 7e partie

Le marginal, clôture nécessaire d’un monde en mal d’identité

La leçon est simple : tout centre pour se définir lui-même a besoin de sa marge. La marge constitue la limite à ne pas franchir pour être accepté dans la société du centre. Pour créer un marginal, prendre n’importe qui et ne pas lui reconnaître de cohérence interne. C’est ainsi qu’émergent les « sauvages », les « errants », les « fous », les « enfants » (serait-il tellement déplacé de mentionner les « femmes »), les « analphabètes », les « illettrés », certains groupes sociaux, certains groupes de travailleurs, certains tenants de sous-culture, ceux que, comme par hasard, Soi prive de rationalité. Par bravade peut-être, ou pour mieux asseoir son autorité? Plus vraisemblablement et plus simplement, dans le cas des Amérindiens au moins, parce que sans eux les Eurocanadiens et Québécois « ne pourraient sentir leur être propre »; parce qu’ils sont « ce à partir de quoi on existe », « la limite constitutive de la clôture » qui seule permet de définir sa propre identité.


L’idéal d’un monde sans marge et donc sans préjugé est utopique. Ce que l’on pourrait sans doute éviter cependant, c’est ce modèle statique et hiérarchisant basé sur la certitude, dans laquelle Soi se drape, de l’existence d’une vérité rationnelle et scientifique justificatrice d’abus de pouvoir et de comportements plus ou moins pathologiques. Sans doute pourrait-on penser à sortir du piège que nous tend le rapport d’altérité en apprenant à jouer de la dynamique des marges. Pour cela il faudrait que la distance entre Soi et l’Autre ne soit plus conçue comme nette, mais diluée en une multitude de possibilités, ce qui entraînerait aussitôt une multitude de possibilités dans la définition de l’identité de Soi. C’est en perdant son pouvoir de catégorisation, de classification unique et claire de l’univers, en apprenant à sauter d’un centre à l’autre, à nuancer l’image qu’il a de lui-même, à pratiquer le déséquilibre intégral que Soi retrouverait peut-être une sorte d’équilibre dans ses rapports avec l’Autre. Mais peut-être s’y perdrait-il lui-même. La ténacité avec laquelle le Soi québécois continue à s’arrimer à un Autre amérindien indique à quel point cet Autre est nécessaire à la constitution de l’identité québécoise.