lundi 8 mars 2010

Abus Sexuel - 1e partie

ABUS SEXUEL VOUS DITES?

Voyons ce qu’en pensent Ève Pouliot et Marie-Christine Saint-Jacques

L’abus sexuel d’enfants constitue un problème social dont l’ampleur n’est que partiellement connue, mais pour lequel des séquelles importantes, à court et à long terme, ont été identifiées (Beitchman et al.). Ainsi, les meilleures estimations du taux d’incidence de l’abus sexuel sont de 2,4 sur 1000 aux Etats-Unis (Finkelhor) et varient entre 0.87 et 1,38 sur 1000 au Québec (Wright et al.). Toutefois, ces statistiques sous-évaluent les taux réels d’enfants abusés sexuellement puisqu’elles se fondent uniquement sur les cas connus des responsables de la protection de la jeunesse. En effet, une trentaine d’études ont démontré qu’au mieux, seulement 30% des cas d’agression sexuelle sont rapportés aux autorités (Finkelhor et Dziuba-Leatherman). Dans ce même ordre d’idées, une étude de Tourigny, Péladeau et Bouchard, qui portait sur les caractéristiques des agressions sexuelles de 287 jeunes Québécois, a révélé que seulement 18% des cas d’agression rapportés au centre d’intervention téléphonique Tel-Jeunes étaient connus d’un professionnel de la DPJ (suggérant qu’au moins un cas sur quatre n’est pas rapporté aux responsables de la protection de la jeunesse). Il importe également de souligner les écarts dans les taux d’incidence et de prévalence selon les études consultées, ces derniers variant de 2% à 62% selon la définition de l’abus sexuel utilisée, les méthodes de collecte de données, l’hésitation possible des répondants à dévoiler une situation abusive ainsi que la non-détection de cas réels (Bolen et Scannapieco).

Étant donné l’ampleur de la problématique de l’abus sexuel ainsi que l’importance et la persistance des séquelles qui en découlent, certains chercheurs ont tenté d’identifier les facteurs de risque et de protection qui y sont associés en vue de développer des interventions préventives auprès d’enfants jugés vulnérables. Ainsi, les données disponibles à ce jour permettent d’identifier des caractéristiques personnelles ainsi que des composantes de l’environnement familial qui semblent rendre les enfants plus susceptibles de vivre une situation d’abus sexuel et qui prédisent le soutien accordé par la mère suivant le dévoilement de celui-ci (Hébert et Tremblay). Parmi celles-ci, les caratéristiques suivantes sont fréquemment citées : naître de sexe féminin, être âgé entre six et douze ans, vivre avec un beau-père entre six et douze ans, vivre avec un beau-père, être séparé d’un parent naturel, bénéficier d’une supervision parentale inadéquate ou vivre dans une famille conflictuelle (Lightfoot et Evans; Volgeltanz et al.; Whetsell-Mitchell; Finklehor; Finkelhor et Baron). Pour sa part, Finkelhor observe que la présence d’un beau-père est la caractéristique familiale qui a été la plus démontrée comme facteur de risque important de l’abus sexuel. De plus, dans les cas où l’abuseur est le beau-père ou l’homme fréquenté par la mère, cette dernière offre généralement moins de soutien à son enfant que lorsqu’il s’agit du père biologique ou d’un membre de la famille élargie (Sirles et Franke).

Malgré l’apparent consensus existant dans la littérature clinique concernant la surreprésentation des situations d’abus sexuels au sein des familles recomposées, peu d’études empiriques ont porté spécifiquement sur cette question. Pourtant, l’augmentation du nombre de familles recomposées dans notre société exige que les recherches s’intéressent davantage aux facteurs de risque et de protection associés à l’abus sexuel au sein de celles-ci. Les familles recomposées constituent-elles vraiment un risque supplémentaire dans la trajectoire développementale de l’enfant en augmentant la probabilité que ce dernier soit abusé sexuellement? C’est à cette question que le présent article est consacré. Il brosse d’abord un tableau des connaissances empiriques issues des 25 dernières années sur la question de l’abus sexuel et la recomposition familiale tout en faisant état des principales limites méthodologiques de ces recherches. Par la suite, quelques résultats extraits d’une étude de plus large envergure (Saint-Jacques et al.) portant sur la spécificité des risques associés à la recomposition familiale dans un contexte de protection de la jeunesse seront présentés et discutés.


* à suivre *

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