À la lumière du processus décrit par Meltzer (1967, 1984b), il devient évident que l’interprétation du rêve demande à la fois un travail intellectuel et une élaboration fantasmatique et émotive de la part du couple thérapeute-patient.
Meltzer (1984a) propose d’aborder le travail sur le rêve en deux étapes, une première d’exploration et une seconde d’analyse. Il voit ce travail comme un périple en spirale où le patient et le thérapeute tentent de se rapprocher progressivement du sens du rêve, reliant ensemble de plus en plus d’éléments jusqu’à formuler une interprétation qui résumerait en quelque sorte ce voyage et dont le sens s’organiserait autour du transfert. L’étape exploratoire est pour lui très importante, puisqu’elle permet au patient de s’identifier à la capacité du thérapeute d’explorer le fantasme. Il rejoint en cela Feigelson (1978) qui mentionne l’importance de montrer au patient à réfléchir sur le rêve.
À l’instar de tout autre matériel produit par l’enfant en psychothérapie, le clinicien doit s’appuyer sur les associations de celui-ci pour réfléchir. Souvent, les associations de l’enfant s’expriment par la succession de thèmes et d’actions qui se déroulent dans son jeu ou encore dans le fil des propos présentés comme du coq à l’âne. Néanmoins, il vaut souvent la peine d’inviter l’enfant à élaborer davantage son rêve en quête d’associations. L’exemple suivant illustre bien la réaction parfois confuse et angoissante de certains enfants suite à la narration de leur rêve.
Jonathan, un enfant psychotique de huit ans, raconte en début de séance qu’un homme a voulu le tuer avec un couteau dans le parc. Il semble ne plus vouloir en parler malgré l’invitation que lui adresse le thérapeute. Peu à peu, il en vient toutefois à situer cette attaque au cours de la nuit précédant la séance! Plus les détails s’ajoutent, plus il devient évident que Jonathan relate, en fait, un rêve. Devant le refus d’élaborer davantage et les manifestations d’angoisse de Jonathan, le thérapeute lui suggère alors qu’il craint peut-être craindre de subir, comme dans son rêve, une attaque de la part du thérapeute. Aussitôt, Jonathan introduit les papiers mouchoirs dans un ventilateur posé sur la table, le papier déchiqueté volant dans tous les sens. Jonathan se met alors à piétiner et à courir dans la pièce visiblement très angoissé. Le thérapeute formule par la suite des interprétations portant sur l’angoisse d’être pris dans une pièce avec quelqu’un qu’il imagine comme pouvant le déchiqueter comme le ventilateur le fait avec le papier. Le rêve puis le jeu du ventilateur pouvant possiblement servir à expulser hors de lui un objet interne déchiquetant afin de ne plus ressentir l’angoisse d’avoir l’ennemi à l’intérieur de soi. Cependant, l’angoisse n’en est pas pour autant conjurée puisque suite à cette tentative d’expulser hors de soi une mauvaise partie, Jonathan se sent dorénavant confronté sur la scène externe avec cette partie persécutrice de lui-même. Ce rêve ainsi que sa mise en scène dans cette séance correspond donc à autant de tentatives d’expulser par identification projective des parties de soi; les interprétations suggérées par le thérapeute cherchent donc à donner un sens à cette projection et à rendre peu à peu le fantasme hostile qu’il représente assimilable et intégrable à la personnalité.
Afin de susciter le matériel associatif, le thérapeute peut poser certaines questions à l’enfant, lui demandant par exemple de décrire certains passages du rêve, les lieux ou encore les personnages qui y sont représentés. Il arrive qu’une question ouverte de ce type fasse démarrer toute une série d’associations, particulièrement chez les enfants moins atteints que ne l’est Jonathan.
Dans un deuxième temps, le thérapeute peut demander à l’enfant de réfléchir avec lui à certains aspects du rêve. Au cours de cette étape d’exploration, le clinicien peut proposer quelques interprétations exploratoires telles que :
· « Est-ce que ce garçon fâché ne pourrait-il pas représenter telle ou telle partie de toi? »
· « Est-ce possible que ce sentiment-là ressemble à la tristesse que tu as ressentie pendant la pause des vacances? »
· « Peut-être que l’on pourrait penser que le professeur sévère de ton rêve ressemble un peu à comment tu t’imagines quelquefois quand je te dis que la séance est terminée? »
D’aucuns diront que de telles interprétations exploratoires ne peuvent qu’augmenter l’angoisse de l’enfant en allant toucher trop rapidement un contenu inconscient. L’expérience démontre cependant bien le contraire car, d’une part, l’angoisse est d’emblée éveillée par le rêve et ressentie comme telle par l’enfant. D’autre part, cette angoisse n’est souvent qu’amplifiée chez l’enfant si aucune tentative de compréhension de la signification inconsciente de son rêve n’est faite avec le thérapeute; ce mutisme par rapport au rêve étant souvent interprété par l’enfant comme la preuve que des pulsions ou désirs transférentiels hostiles exprimés par ce rêve d’angoisse ont réellement atteint le thérapeute et nui ou paralysé sa capacité de penser.
Bégoin et Bégoin (1981) décrivent bien le travail d’analyse constitué par les interprétations exploratoires. Non seulement l’angoisse ressentie par l’enfant qui relate son rêve est-elle contenue par le thérapeute mais de plus, ce dernier montre ainsi à l’enfant qu’il est en mesure de s’identifier aux couches profondes de son inconscient et capable de les contenir et de chercher à les comprendre.
Ainsi, à travers les interprétations exploratoires du rêve, le clinicien cherche à clarifier et à préciser des hypothèses de travail sujettes à modification et à révision en fonction de ce qu’exprime l’enfant verbalement ou à travers son jeu. L’alliance thérapeutique est consolidée par ce type de travail en favorisant une collaboration entre le thérapeute et la partie saine du patient. Cette collaboration prend appui bien sûr sur le rôle de « bon objet » attribué au thérapeute par l’enfant, bon objet qui accepte de prendre en lui un peu de la douleur psychique de son client sans en être contrôlé ni détruit.
Les interprétations exploratoires, en tant qu’hypothèses de travail, suscitent chez l’enfant de nouvelles séries d’associations. Bégoin et Bégoin (1981) accordent de plus à cette façon de faire le mérite de ne pas inviter le patient à croire en l’omniscience du thérapeute. Croyance qui est particulièrement répandue en ce qui concerne l’interprétation du rêve tant chez le patient que chez bon nombre de psychothérapeutes!
Le but du travail associatif et d’interprétation exploratoire est d’en arriver à une interprétation complète du rêve qui inclut les aspects génétiques, structuraux et dynamiques mis en rapport avec l’élucidation de la relation transférentielle. Lorsque le scénario transférentiel est suffisamment clair et élaboré, lorsqu’il est possible d’enfin reconnaître quels objets internes, quelles parties du self sont en jeu et lesquels sont attribués au thérapeute, l’interprétation permet alors à l’enfant de récupérer ces objets internes de façon plus harmonieuse et de les reprendre en lui.
RÊVER LE RÊVE
Grâce au travail d’analyse et d’association, le thérapeute cherche à comprendre et à identifier quels sont les éléments (monstres, humains, animaux, objets concrets) du rêve de l’enfant qui représentent des parties de son monde intérieur.
Le thérapeute s’appuie, pour ce faire, sur ses propres capacités identificatoires et associatives; en bref, il doit être capable de rêver lui-même le rêve. Comme pour tout autre travail analytique, le thérapeute est aux prises dans son travail d’analyse du rêve avec son contre-transfert, ses limites personnelles et sa capacité, toujours menacée, de s’identifier à la douleur et à l’angoisse de celui qu’il veut aider.
Cependant, le thérapeute peut aussi s’appuyer sur sa théorie et sur certains points de repères conscients pour favoriser sa recherche du sens du rêve. Ainsi, il peut être utile de rechercher consciemment à répondre à certaines questions en réfléchissant au rêve :
· Les divers éléments (humains, animaux, objets concrets) du rêve représentent quels objets internes de la fantasmatique du rêveur?
· Ces éléments représentent quelles parties de la personnalité du rêveur?
· Dans quels éléments le thérapeute peut-il être représenté?
· Quelle est la nature des affects et de l’angoisse mis en scène dans le rêve?
· Quels conflits se jouent entre les objets internes figurés dans le rêve?
· Quelle est la solution proposée dans le rêve pour résoudre ce conflit?
· Quel rapport existe-t-il entre le scénario du rêve et la relation transférentielle?
· Quel est le rapport analogique entre le climat du rêve et le climat de la séance au cours de laquelle le rêve est rapporté?
S’aidant d’un questionnement de ce genre, le clinicien recherche les multiples identifications projectives et reconstruit les fantasmes inconscients et les angoisses liant les objets internes du rêveur. Comme dans tout fantasme, les identifications sont multiples et il est habituel que le rêveur se projette à la fois dans l’assaillant et la victime, le bon et le méchant de telle façon que les adversaires représentent souvent deux parties irréconciliables et en conflit de la personnalité du sujet.
INTERPRÉTER LE RÊVE
La recherche des multiples identifications projectives et leur reprise au sein de la personnalité du rêveur grâce aux interprétations du thérapeute permettraient en définitive la croissance psychique du sujet. En effet, Meltzer (1967) conçoit que l’interprétation des identifications projectives, en favorisant la réintégration au sein de la personnalité des objets et parties du self clivés et méconnus du sujet, permet non seulement de soulager la souffrance psychique de l’individu mais également, en diminuant le recours aux mécanismes de défense appauvrissants, permet d’atténuer peu à peu la confusion entre réalité psychique et réalité extérieure.
Pour permettre à l’interprétation d’atteindre un but intégrateur et que le rêveur puisse reprendre en lui ce qu’il a cru devoir expulser, il est nécessaire que l’angoisse, source de la manœuvre projective, puisse être soulagée. C’est pour cette raison que les thérapeutes d’enfant cherchent habituellement, comme Klein (1932) l’avait suggéré, à interpréter là où est l’angoisse latente maximale et à relier cette intervention à une interprétation du transfert. Plutôt que de procéder lentement de la surface vers les couches profondes de l’inconscient, du plus évolué vers le plus archaïque, l’interprétation de l’angoisse, lorsqu’elle est faite sans égard au degré de profondeur qu’on lui attribue, évite à l’enfant l’obligation inconsciente de maintenir de façon rigide des stratégies défensives qui souvent contribuent à un appauvrissement de sa personnalité.
Petot (1979) résume bien les éléments essentiels de la technique utilisée par Klein dans l’analyse d’enfants. Ces balises techniques peuvent avantageusement guider le travail interprétatif du clinicien en thérapie d’enfant. Ils se résument en trois points : l’interprétation centrée sur l’angoisse plutôt que sur les mécanismes de défense, l’interprétation transférentielle et l’interprétation profonde. Ces balises techniques peuvent également être retenues pour ce qui est du travail interprétatif du rêve.
VIGNETTE CLINIQUE : UN RÊVE RÉPÉTITIF
Une adolescente de 15 ans fait une demande d’aide dans une clinique de pédopsychiatrie car elle se sent angoissée et présente des symptômes assez déroutants.
Accompagnée de ses parents, elle raconte que fréquemment au réveil, elle constate douloureusement que ses bras sont tailladés et sanguignolents. Nul ne comprend dans sa famille ce qui se passe dans sa chambre la nuit. On songe à une intrusion et sa porte est verrouillée de l’intérieur. En vain car les étranges marques refont toujours leur apparition.
Des amis de la famille évoquent la possibilité qu’elle soit possédée « d’esprits » maléfiques et suggèrent l’exorcisme. Bien que séduite par l’idée d’être ainsi possédée par « le mal », de concert avec ses parents, elle opte d’abord pour la consultation en santé mentale. L’hypothèse du somnambulisme est retenue, couteaux, ciseaux et instruments tranchants sont retirés de la maison la nuit et les étranges lésions aux bras cessent.
Parallèlement à ces mesures, une psychothérapie psychanalytique à raison de deux séances par semaine est entreprise avec l’adolescente qui confie au psychothérapeute, dès la première séance, être troublée depuis plusieurs semaines par un cauchemar répétitif : elle rêve qu’elle est poursuivie et attaquée par un homme. Le rêve présente peu de variantes, il s’agit toujours d’un homme qui la poursuit avec un couteau pour la tuer. Au cours des six mois qui suivront, ce rêve sera régulièrement repris et retravaillé en psychothérapie.
Lors du travail de son rêve, les associations de Mademoiselle C. se centrent dans un premier temps sur l’idée de la possession par des esprits maléfiques. Elle imagine que son rêve signifie qu’elle a en elle un démon, responsable des mutilations qu’elle présente au réveil. Son seul désir étant d’en être débarrassée, elle craint cependant que le psychothérapeute ait recours à l’hypnose mais se rassure en se rappelant le cadre psychanalytique et les règles de travail suggérées en début de thérapie. « Comme si une partie de toi m’imaginait semblable à cet homme qui t’attaque en rêve » dira le thérapeute.
L’hypnose suggère pour elle la possibilité que le thérapeute n’abuse d’elle… ce qui l’amène à dire qu’elle aurait été violée vers l’âge de quatre ans. Elle pense aussitôt que l’homme du rêve serait le violeur qui revient la hanter parce qu’elle ne lui a jamais pardonné cette agression. Il faudrait donc, selon elle, retrouver la tombe de cet homme (elle le croit mort) et lui pardonner pour qu’elle soit enfin libérée de lui.
L’adolescente ajoute aussi, timidement, que ses cauchemars ont commencé suite à sa première relation sexuelle, vécue quelques semaines plus tôt, qu’elle craint d’être enceinte (il semble aussi qu’elle le désire) et que cette relation sexuelle fut douloureuse et décevante pour elle.
À la séance suivante, Mademoiselle C. se dit très déçue de ne pas être enceinte et passe la séance à explorer le fait qu’elle n’aime pas être une femme. Elle affirme d’ailleurs se considérer comme un garçon et effectivement, son allure est ambiguë : coupe de cheveux et vêtements sont masculins mais les traits et les manières sont féminines. Mademoiselle C. ajoute toujours se vêtir en garçon et ne jamais porter de robe, ni jupe, craignant qu’ainsi vêtue, elle serait alors scrutée d’un regard vicieux par tous les hommes qu’elle croiserait. Elle avoue se sentir plus en sécurité habillée en garçon, n’ayant alors plus peur de sortir de la maison. Tout ce discours éveille de l’angoisse en elle car elle sait fort bien qu’elle est une femme. Plus que tout, elle désire que toute cette confusion cesse, aspirant, découragée, à se sentir « bien dans sa peau ». Une des interprétations proposées à Mademoiselle C. à ce moment tente de réunir ces parties du self clivées : « On dirait qu’une partie de toi voudrait être un homme pour ne plus avoir peur d’être attaquée mais ça te rend malheureuse parce que tu te rends compte que même en t’imaginant ça, tu ressens quand même la peur d’être attaquée ». Une seconde interprétation permet, suite aux associations de Mademoiselle C. et à l’expression de son découragement, de soulager quelque peu son angoisse. En effet, cette interprétation : « J’ai l’impression que, de la même façon que tu te sens en danger d’être attaquée quand tu marches dans la rue, une partie de toi ne peut pas faire autrement que de te sentir ici aussi en thérapie, avec moi, en situation de danger », amène Mademoiselle C. à réaliser le caractère subjectif de sa crainte mais aussi à mieux identifier le sentiment diffus de découragement qu’elle ressentait par rapport à la possibilité d’être aidée par le thérapeute.
Grâce aux associations de plus en plus nombreuses, l’analyse de son cauchemar progresse, révélant un tableau complexe d’identifications projectives. Deux séries principales d’identifications fortement clivées apparaissent donc comme étant plus importantes que les autres, formant, en quelque sorte, la base de deux sentiments d’identité ressentis comme étant irréconciliables.
Le conflit entre les parties masculine et féminine de la personnalité de Mademoiselle C. devient évident pour elle au fil des interprétations exploratoires qui lui sont proposées et des nombreuses associations qu’elles ont suscitées. Bien qu’il serait trop long de décrire ici ce cheminement, il est cependant utile de chercher à cerner ce qui est mis en scène dans ce rêve et tenter de décrire le chemin qu’a pris la compréhension de sa signification.
Il est devenu rapidement clair que le cauchemar de Mademoiselle C. constituait la représentation d’un scénario sado-masochique vécu sur la scène interne. Celle-ci croyait que ce scénario provenait d’un évènement de la réalité : une agression sexuelle subie à l’âge de quatre ans. Bien que ce rêve puisse être envisagé comme une simple répétition sans fin d’un traumatisme, le matériel associatif suggère dans la création de ce rêve. Ceci apparaît d’autant plus certain que la sexualité occupe une place centrale, non seulement dans son rêve, mais dans les préoccupations, les rêveries, les angoisses et le transfert de celle-ci.
Puisque l’apparition du rêve a précédé le début de la psychothérapie, le travail de mise à jour du transfert en est rendu un peu plus ardu pour le thérapeute. Mais les associations de Mademoiselle C., et notamment sa crainte que le thérapeute ne l’agresse sexuellement après l’avoir hypnotisée, permettent cependant de révéler, non seulement comme une partie d’elle ressent dans le transfert le psychothérapeute comme un violeur sexuel potentiel, mais aussi comment au plan symbolique elle le voit comme un « violeur » des parties secrètes et cachées en elle.
Parallèlement, tout comme elle place le thérapeute sur la scène interne comme un objet partiel de violeur, force est-il de constater, suite au travail sur le rêve, qu’elle croit fantasmatiquement avoir en elle, simultanément et conflictuellement, une propre partie violeur et une propre partie violée. La partie self-violeur apparaît être en identification avec la partie masculine alors que la partie self-violée semble associée à la partie féminine de sa personnalité.
Mademoiselle C. constate être tout à la fois : l’homme et la femme, le violeur et la violée, l’homme qui agresse avec un couteau-pénis et la femme attaquée, violée dans son intérieur durant la nuit. Ceci éveille beaucoup d’angoisse en elle car, en tant que femme, elle se sent possédée, habitée par un homme démonique qui la torture. Mais, en raison de son identification projective à une homme violeur en elle, elle n’aime pas ce corps de femme qu’elle désire agresser, percer, dévitaliser; signe d’une identification à un phallus sadique et destructeur. Pour conjurer l’angoisse que cette lutte intérieure provoque en elle, Mademoiselle C. a recours à l’identification à l’agresseur (une forme d’identification projective) en tentant de se définir comme homme. Aussi espère-t-elle pouvoir contrôler la situation intrapsychique sans toujours craindre d’être agressée, vidée et humiliée; bref, être celle qui dominera et attaquera l’autre. Cependant, elle ne peut éviter d’être aussi celle qui est attaquée et en danger d’être dépossédée et vidée des parties bonnes cachées en elle.
Pourquoi ces doubles identifications? Qui sont ces personnages et qui est vraiment cette adolescente? Les séances suivantes amènent Mademoiselle C. à parler de plus en plus abondamment de sa mère. Peu à peu, s’exprime une colère envers elle, allant en s’amplifiant de séances en séances jusqu’au souvenir d’avoir souhaité la tuer vers l’âge de cinq ou six ans lorsque sa mère l’a temporairement confiée à une famille d’accueil. À ce moment, au cours de la séance, l’adolescente ressent avec intensité la colère et l’angoisse d’abandon de ce temps passé. Elle reconnaît l’importance et la violence de ces émotions dont elle tente depuis de protéger sa mère. Il devient assez clair, lors d’une de ces séances, que la jeune fille cherche, à travers son identification à l’homme violeur, à attaquer sa mère, à se venger d’elle et à tuer celle-ci au plan fantasmatique. Ce matériel donne lieu à des interprétations telles : « Peut-être qu’une partie de toi se sent comme un violeur enragé qui aurait le goût de tuer à la fois la partie de toi qui est une femme et ta mère que tu ressens comme si méchante dans ces moments-là ». L’interprétation de ces deux pôles identificatoires n’a pas surpris outre mesure Mademoiselle C. Elle se sent en accord avec ces interprétations, se reconnaissant nettement à la fois dans la peau de l’homme violeur et de la femme-victime. Elle voit aussi le piège dans lequel l’enferment ces identifications et a alors le même désir de pardonner l’autre que celui exprimé lors de la première séance. Plutôt que de retrouver la tombe du violeur, cette fois, c’est à sa mère qu’elle veut pardonner.
Des changements importants surviennent suite à cette série d’interprétations. Le rêve disparaît, tout comme les automutilations auxquelles il donnait naissance. Aussi, Mademoiselle C. changera d’allure, s’habillant, sans en ressentir d’angoisse, en robe, en jupe et se sentant, quant à elle, guérie.
Aussi bien le rêve d’angoisse de Jonathan que le rêve répétitif de Mademoiselle C. et leur élaboration à travers le travail psychothérapique démontrent bien la richesse et la complexité potentielle du rêve, même le plus simple. La technique d’interprétation du rêve proposée à travers ce texte peut en conclusion se résumer ainsi : un premier temps d’association et d’identification au fantasme, un deuxième composé d’interprétations exploratoires et un dernier d’interprétations transférentielles. Bien que la technique d’interprétation du rêve suggéré dans cet article soit proposée avant tout pour le travail auprès des enfants, cette façon d’explorer le rêve et de profiter au mieux du matériel inconscient qui y est associé peut s’appliquer aussi bien au rêve des adultes qu’au matériel provenant des jeux libres et des dessins des enfants au cours de la séance de psychothérapie. En cela, un rapprochement certain peut être fait entre rêve, jeu, dessin et association libre en tant que manifestations du monde fantasmatique de l’individu.
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mercredi 17 décembre 2008
dimanche 14 décembre 2008
Rêve et Transfert
En mettant en scène les scénarios internes et les fantasmes du sujet concernant ses objets internes et leurs interrelations, le rêve illustre la relation transférencielle vécue par l'enfant au cours de sa psychothérapie.
Les concepts du contenant-contenu, d'identification projective et de fonction alpha proposés par Klein (1946) et Bion 1962) et approfondis par Meltzer (1984b) permettent d'entretenir le processus transférentiel et ses manifestations oniriques selon une perspective plus large et plus complexe.
Décrivant l'interaction mère-enfant, Meltzer (1984b) trace un parallèle entre ce qui est vécu au sein de la relation maternelle et ce qui est vécu dans le couple thérapeute-patient.
Ainsi l'enfant, aux prises avec une angoisse intolérable, ressent le besoin de projeter dans la mère cette angoisse afin de s'en soulager lorsque la mère peut s'identifier à cette angoisse et la tolérer, elle joue pour son enfant un rôle de contenant de l'angoisse psychique. Grâce à sa propre capacité de penser ( à sa fonction alpha) et à son désir de réparation, elle cherche à offrir à son enfant une réponse satisfaisante à cette angoisse afin de la soulager - lorsque ce processus de communication entre la mère et l'enfant réussit, ce dernier peut reprendre en lui, maintenant transformée en une forme tolérable, pensable, la partie de sa personnalité d'abord projetée hors de lui dans sa mère. S'identifiant à sa mère et à son produit "pensé", l'enfant pourra reprendre en lui un self réparé, décontaminé, tout en s'identifiant à la capacité maternelle de réparation. En reprenant ce jeu des identifications projectives entre le parent et l'enfant pour l'appliquer au processus thérapeutique, Meltzer (1967) décrit avec soin le processus par lequel le patient vient déposer chez le thérapeute des parties clivées et angoissantes de lui-même. Le simple processus de décharge de ces parties procure certes un soulagement au patient mais à moins de pouvoir profiter de la réintrojection de ces parties décontaminées le soulagement ressenti est bien éphémère. Aussi, le thérapeute doit-il à la fois survivre à cette décharge de projectionner et réussir à digérer, à penser et transformer ces contenus angoissants pour que, selon Meltzer (1967), ces projections deviennent digestibles et assimilables par le patient.
En ce sens, les productions oniriques apparaissent parfois en psychothérapie comme des projections massives de parties clivées angoissantes dont l'enfant cherche à se débarrasser en les expulsant chez le thérapeute. Souvent, l'enfant refusera d'élaborer ou d'associer sur son rêve et cherchera plutôt à s'en éloigner affectivement et à se distancer du même coup du thérapeute qui devient alors à ses yeux, dépositoire de parties clivées dangereuses. Des réactions d'angoisse suivent d'ailleurs souvent le moment de soulagement ressenti par l'enfant qui a relaté son cauchemar en psychothérapie, comme si secondairement, il se sentait de nouveau replongé dans une atmosphère dangereuse de son rêve. Par son interprétation du rêve, le thérapeute remplit alors la fonction alpha décrite par Bion (1962) et Meltzer (1967) en rendant pensable et digestible le contenu angoissant expulsé de par la narration même du rêve.
Les concepts du contenant-contenu, d'identification projective et de fonction alpha proposés par Klein (1946) et Bion 1962) et approfondis par Meltzer (1984b) permettent d'entretenir le processus transférentiel et ses manifestations oniriques selon une perspective plus large et plus complexe.
Décrivant l'interaction mère-enfant, Meltzer (1984b) trace un parallèle entre ce qui est vécu au sein de la relation maternelle et ce qui est vécu dans le couple thérapeute-patient.
Ainsi l'enfant, aux prises avec une angoisse intolérable, ressent le besoin de projeter dans la mère cette angoisse afin de s'en soulager lorsque la mère peut s'identifier à cette angoisse et la tolérer, elle joue pour son enfant un rôle de contenant de l'angoisse psychique. Grâce à sa propre capacité de penser ( à sa fonction alpha) et à son désir de réparation, elle cherche à offrir à son enfant une réponse satisfaisante à cette angoisse afin de la soulager - lorsque ce processus de communication entre la mère et l'enfant réussit, ce dernier peut reprendre en lui, maintenant transformée en une forme tolérable, pensable, la partie de sa personnalité d'abord projetée hors de lui dans sa mère. S'identifiant à sa mère et à son produit "pensé", l'enfant pourra reprendre en lui un self réparé, décontaminé, tout en s'identifiant à la capacité maternelle de réparation. En reprenant ce jeu des identifications projectives entre le parent et l'enfant pour l'appliquer au processus thérapeutique, Meltzer (1967) décrit avec soin le processus par lequel le patient vient déposer chez le thérapeute des parties clivées et angoissantes de lui-même. Le simple processus de décharge de ces parties procure certes un soulagement au patient mais à moins de pouvoir profiter de la réintrojection de ces parties décontaminées le soulagement ressenti est bien éphémère. Aussi, le thérapeute doit-il à la fois survivre à cette décharge de projectionner et réussir à digérer, à penser et transformer ces contenus angoissants pour que, selon Meltzer (1967), ces projections deviennent digestibles et assimilables par le patient.
En ce sens, les productions oniriques apparaissent parfois en psychothérapie comme des projections massives de parties clivées angoissantes dont l'enfant cherche à se débarrasser en les expulsant chez le thérapeute. Souvent, l'enfant refusera d'élaborer ou d'associer sur son rêve et cherchera plutôt à s'en éloigner affectivement et à se distancer du même coup du thérapeute qui devient alors à ses yeux, dépositoire de parties clivées dangereuses. Des réactions d'angoisse suivent d'ailleurs souvent le moment de soulagement ressenti par l'enfant qui a relaté son cauchemar en psychothérapie, comme si secondairement, il se sentait de nouveau replongé dans une atmosphère dangereuse de son rêve. Par son interprétation du rêve, le thérapeute remplit alors la fonction alpha décrite par Bion (1962) et Meltzer (1967) en rendant pensable et digestible le contenu angoissant expulsé de par la narration même du rêve.
samedi 13 décembre 2008
Nature et Fonction 4e
Bion (1964) quant à lui; en développant une théorie psychanalytique de la pensée, on est venu à considérer le rêve comme une manifestation de la fonction de penser. Le rêve devient ainsi une tentative d'élaboration psychique de sensations corporelles autrement "non pensables" Le rêve permet au rêveur de trouver des évolutions à ses conflits intrapsychiques en favorisant le recours à ce qu'il nomme la fonction alpha, c'est à dire la capacité de penser les pensées, ce qui, pour Bion (1964), ouvre la voie à la croissance psychique. Pour Meltzer (1984), suivant en cela les travaux de Klein (1946, 1958) et Bion (1964), tout rêve devient donc une tentative de solutionner un conflit de la scène interne sur la scène interne. Les rêves sont des expériences (Meltzer, 1984a) quelquefois couronnées de succès, d'autres fois vouées à l'échec. Le but de ces expériences psychiques est de trouver une solution à un problème se posant au sein de la personnalité du rêveur.
Lorsque Gammil (1981) décrit l'espace psychique intérieur du rêveur, il soutient que celui-ci est à la recherche d'une solution réparatrice de la part de ses bons objets internes. Reprenant la formulation de Kanser (1955), il précise que le rêveur ne dort pas seul mais en état d'identification projective avec ses bons objets internes. La solution psychique à laquelle réfère Meltzer (1984a) et Gammil (1981) serait donc la réparation des objets internes, attaqués, fantasmatiquement par d'autres objets internes ressentis comme étant méchants ou encore par des parties du self vécues inconsciemment comme étant persécutrices ou mauvaises.
En ce sens, en plus de jouer le rôle d'un révélateur de l'inconscien tel que d'abord découvert par Freud (1900), le rêve apporte au psychothérapeute non seulement des indications au sujet des conflits entre diverses parties de la personnalité (objets internes, Self) mais également l'informe à propos des différentes solutions prises en oeuvre pour résoudre ces conflits.
Lorsque Gammil (1981) décrit l'espace psychique intérieur du rêveur, il soutient que celui-ci est à la recherche d'une solution réparatrice de la part de ses bons objets internes. Reprenant la formulation de Kanser (1955), il précise que le rêveur ne dort pas seul mais en état d'identification projective avec ses bons objets internes. La solution psychique à laquelle réfère Meltzer (1984a) et Gammil (1981) serait donc la réparation des objets internes, attaqués, fantasmatiquement par d'autres objets internes ressentis comme étant méchants ou encore par des parties du self vécues inconsciemment comme étant persécutrices ou mauvaises.
En ce sens, en plus de jouer le rôle d'un révélateur de l'inconscien tel que d'abord découvert par Freud (1900), le rêve apporte au psychothérapeute non seulement des indications au sujet des conflits entre diverses parties de la personnalité (objets internes, Self) mais également l'informe à propos des différentes solutions prises en oeuvre pour résoudre ces conflits.
jeudi 11 décembre 2008
Nature et Fonction 3e
Ainsi, les notions métapsychologiques nouvelles introduites par Klein (1940, 1955, 1958) décrivant les objets internes et leur organisation en un monde intérieur au sein du sujet permettent de mieux rendre compte de la richesse et de la complexité de l'expérience psychique. Au plan dynamique, la personnalité est donc vue comme le fruit de l'interaction des objets internes entre eux et avec le Self alors qu'au plan structural, l'organisation des objets internes selon la qualité qui leur est attribuée est vue comme en déterminant la structure. Ainsi, le surmoi, par exemple, peut être considéré comme un objet interne ou encore comme la synthèse de plusieurs objets internes qui exercerait une pression agressive ou persécutrice sur une partie du Self ou encore sur un autre objet interne (Brunet, Casoni 1989).
En outre, en enrichissant la psychanalyse de ces deux notions métapsychologiques, Klein définit mieux le champ d'investigation découvert par Freud et qui est constitué par l'espace psychique. Ce faisant, elle apporte au concept de fantasme une signification plus concrète en tant qu'expression idéationnelle et émotionnelle des relations entre objets internes et parties du Self.
Dans ce sens, les concepts d'objets internes et de monde intérieur permettent au clinicien de comprendre le rêve comme un phénomène d'interaction entre objets internes et parties du Self à l'intérieur du sujet. Cette conceptualisation permet de dépasser la notion limitative de rêve en tant que reflet du monde externe et des interrelations avec des objets réels ou comme simple accomplissement d'un désir (Meltzer, Harris, 1980). Le rêve met ainsi en scène avant tout la fantasmatique individuelle du sujet en rapport avec l'équilibre des objets internes et du Self, constituant en cela une fenêtre privilégiée sur l'inconscient.
En outre, en enrichissant la psychanalyse de ces deux notions métapsychologiques, Klein définit mieux le champ d'investigation découvert par Freud et qui est constitué par l'espace psychique. Ce faisant, elle apporte au concept de fantasme une signification plus concrète en tant qu'expression idéationnelle et émotionnelle des relations entre objets internes et parties du Self.
Dans ce sens, les concepts d'objets internes et de monde intérieur permettent au clinicien de comprendre le rêve comme un phénomène d'interaction entre objets internes et parties du Self à l'intérieur du sujet. Cette conceptualisation permet de dépasser la notion limitative de rêve en tant que reflet du monde externe et des interrelations avec des objets réels ou comme simple accomplissement d'un désir (Meltzer, Harris, 1980). Le rêve met ainsi en scène avant tout la fantasmatique individuelle du sujet en rapport avec l'équilibre des objets internes et du Self, constituant en cela une fenêtre privilégiée sur l'inconscient.
mercredi 10 décembre 2008
Nature et Fonction 2e
Ella Freeman-Sharpe (1937) reconnaît, quant à elle, au rêve deux valeurs fondamentales. Pour elle, le rêve est à la fois le clé de la compréhension des fantasmes inconscients et la clé de la réserve des souvenirs infantiles. Cependant, il est clair que pour elle, fantasmes inconscients et souvenirs infantiles ne sont que les deux faces d'une même pièce.
Les techniques d'interprétation du rêve ont d'abord été centrées sur les mécanismes de déformation du rêve découverts par Freud (1900) dans le but de retracer derrière le contenu manifeste du rêve les éléments inconscients qui en constituent le contenu latent.
Ces contributions de Freud (1900) sur le rêve ont été enrichies plus tard avec les apports de Klein (1946) concernant le monde intérieur du sujet et ceux de Bion (1964) à propos du fonctionnement de la pensée.
C'est en décrivant l'appareil psychique comme un monde intérieur peuplé d'objets internes en interaction entre eux et avec le sujet que Klein (1940, 1955, 1958) a ouvert la voie à une compréhension approfondie de l'inconscient. Le rêve en plus d'être vu comme l'expression symbolique de conflits inconscients, a pu désormais être également vu comme la manifestation des introjets et identifications multiples de l'individu et des fantasmes qu'il entretient à leur sujet.
L'objet interne est donc conceptualisé comme un fantasme. Dépendant des affects qui y sont liés et des mécanismes de défense qui sont utilisés par l'individu, les objets internes peuvent être ressentis comme totaux et/ou persécuteurs. Ils sont, de plus imaginés comme possédant leur vie psychique propre et comme existant concrètement à l'intérieur de la psyché et du corps de sujet selon une organisation fantasmatique nommée 'monde intérieur' par Klein (1940).
Les techniques d'interprétation du rêve ont d'abord été centrées sur les mécanismes de déformation du rêve découverts par Freud (1900) dans le but de retracer derrière le contenu manifeste du rêve les éléments inconscients qui en constituent le contenu latent.
Ces contributions de Freud (1900) sur le rêve ont été enrichies plus tard avec les apports de Klein (1946) concernant le monde intérieur du sujet et ceux de Bion (1964) à propos du fonctionnement de la pensée.
C'est en décrivant l'appareil psychique comme un monde intérieur peuplé d'objets internes en interaction entre eux et avec le sujet que Klein (1940, 1955, 1958) a ouvert la voie à une compréhension approfondie de l'inconscient. Le rêve en plus d'être vu comme l'expression symbolique de conflits inconscients, a pu désormais être également vu comme la manifestation des introjets et identifications multiples de l'individu et des fantasmes qu'il entretient à leur sujet.
L'objet interne est donc conceptualisé comme un fantasme. Dépendant des affects qui y sont liés et des mécanismes de défense qui sont utilisés par l'individu, les objets internes peuvent être ressentis comme totaux et/ou persécuteurs. Ils sont, de plus imaginés comme possédant leur vie psychique propre et comme existant concrètement à l'intérieur de la psyché et du corps de sujet selon une organisation fantasmatique nommée 'monde intérieur' par Klein (1940).
lundi 8 décembre 2008
Nature et Fonction du Rêve
Nature et Fonction du Rêve.
Si Freud (1900) voyait dans le rêve un outil idéal pour comprendre l'inconscient, il envisageait d'abaord la production onirique comme le gardien du sommeil. Ainsi le rêve prévenait le réveil du sujet en permettant une satisfaction fantasmatique de désir ou de la pulsion ressentie pendant le sommeil. Pour Freud (1900) donc, le rêve réussit lorsque le sommeil est préservé et échoue si le rêveur s'éveille.
Aujourd'hui, pour L. Brunet et Dianne Casoni, les découvertes scientifiques nous ont permis d'apprendre qu'une fonction neuronale spécifique serait la véritable gardienne du sommeil paralysant les mouvements suscités par les rêves. La remise en question du rôle de gardien de sommeil, attribué par Freud (1900) au rêve a, pour d'autres motifs, également été proposée par Meltzer (1984) qui estimait à l'inverse de Freud (1900) que le sommeil est le gardien de notre capacité à rêver.
Cependant, l'intérêt premier que porte le clinicien au rêve provient de l'accès qu'il permet à l'inconscient du rêveur: derrière le contenu manifeste du rêve se profile, comme l'a énoncé Freud (1900), un contenu latent retraçable en partie grâce aux associations du patient et à la connaissance des divers processus régissant le monde inconscient à condensation, déplacement, symbolisme, déformation ou absence des notions de temps et d'espace.
Le rêve, comme l'association libre, permet donc au thérapeute de poser un regard direct sur le monde intérieur du patient dans le but de le connaître et de le lui interpréter. Meltzer (1984) utilise le terme "monitorer" pour décrire ce travail d'observation.
Si Freud (1900) voyait dans le rêve un outil idéal pour comprendre l'inconscient, il envisageait d'abaord la production onirique comme le gardien du sommeil. Ainsi le rêve prévenait le réveil du sujet en permettant une satisfaction fantasmatique de désir ou de la pulsion ressentie pendant le sommeil. Pour Freud (1900) donc, le rêve réussit lorsque le sommeil est préservé et échoue si le rêveur s'éveille.
Aujourd'hui, pour L. Brunet et Dianne Casoni, les découvertes scientifiques nous ont permis d'apprendre qu'une fonction neuronale spécifique serait la véritable gardienne du sommeil paralysant les mouvements suscités par les rêves. La remise en question du rôle de gardien de sommeil, attribué par Freud (1900) au rêve a, pour d'autres motifs, également été proposée par Meltzer (1984) qui estimait à l'inverse de Freud (1900) que le sommeil est le gardien de notre capacité à rêver.
Cependant, l'intérêt premier que porte le clinicien au rêve provient de l'accès qu'il permet à l'inconscient du rêveur: derrière le contenu manifeste du rêve se profile, comme l'a énoncé Freud (1900), un contenu latent retraçable en partie grâce aux associations du patient et à la connaissance des divers processus régissant le monde inconscient à condensation, déplacement, symbolisme, déformation ou absence des notions de temps et d'espace.
Le rêve, comme l'association libre, permet donc au thérapeute de poser un regard direct sur le monde intérieur du patient dans le but de le connaître et de le lui interpréter. Meltzer (1984) utilise le terme "monitorer" pour décrire ce travail d'observation.
* à suivre *
dimanche 7 décembre 2008
Les Caractères qui Permettent de Distinguer Le Rêve de La Veille 1er
À côté de la veille, la vie humaine comporte le sommeil, et celui-ci, parfois à son début ou vers son terme, parfois au moment même où il est le plus profond, se peuple d’images qui s’enchaînent, se combinent et semblent former un tout : c’est le rêve.Ces rêves hypnagogiques, les rêves du sommeil léger ou du sommeil profond, peuvent-ils être distingués de l’état de veille? On connaît la boutade de Pascal : «Nul ne sait, hors la foi, s’il veille ou s’il dort». Et Spencer affirme : « Ce qu’un sauvage connaît en rêve est juste aussi réel pour lui que ce qu’il voit quand il est éveillé». (Spencer et Gillen, cités par Lévy-Bruhl, Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, 55).
Est-ce vrai? Durant le sommeil évidemment, l’illusion est complète; mais durant la veille bien des caractères peuvent nous aider à faire la distinction.
L’analyse que nous allons en faire montrera que les différences et même les rapports qui existent entre la veille et le rêve et le rêve peuvent aider à établir cette distinction.
I. La veille et le rêve : opposition.
A. Pour que la comparaison ait une base, il faut partir d’exemples vivants et concrets. En ce qui concerne la veille : je suis par exemple dans telle station balnéaire ou estivale, je rencontre tel ami, j’admire tel site, je décide de faire telle excursion. Ou encore : la succession des divers actes d’une de mes journées d’étudiant.
Pour le rêve, tel exemple qui peut m’être personnel, ou de ceux signalés par Maury ou Freud. Celui où la chute d’un ciel de lit sur la tête du dormeur déclenche une série de scènes se rapportant à la Terreur et aboutissant au couperet de la guillotine. Ou cet autre dans lequel, d’un pèlerinage à Jérusalem, il passe chez M. Pelletier, chimiste à Paris, qui lui fait don d’une pelle marchant sur une route et lisant des bornes kilométrique, il est brusquement transporté sur une balance où s’accumulent des kilos dans l’Île de Gilolo, et, après divers épisodes se rapportant à la fleur de Lobélia et au général Lopez, il se réveille faisant une partie de loto (MAURY, Le sommeil et les rêves, p.137-138 et 151).
B. Ces quelques exemples permettent de distinguer dans le rêve les caractères suivants :
a) Les représentations se manifestent souvent imprécises et floues, très vives, mais avec des contours vagues, ce qui facilite les associations et des combinaisons parfois inattendues.
b) L’enchaînement des faits apparaît souvent désordonné et sans suite logique; mais il est à noter que cette incohérence n’est souvent qu’apparente, les images étant dirigées par les lois de l’association et la logique des tendances : les exemples de Maury font ressortir le premier facteur, les exemples de Freud mettent en lumière le second.
Mais, dans un cas comme dans l’autre, le lien d’enchaînement se fait d’une façon qui heurte souvent le sens de la réalité.
c) Cette désadaptation par rapport au réel apparaît plus encore en ceci : l’absence à peu près totale des notions de temps et de lieu : on passe sans transition d’un bout du monde à l’autre; des évènements se déroulent, dont la durée dépasse celle d’une nuit; et si l’on en croit certains exemples ce déroulement ne prendrait que quelques instants et se ferait à une vitesse vertigineuse.
d) Les impressions sont souvent grossies et déformées par rapport à leur origine : une piqûre d’épingle devient un coup d’épée; on rêve à un bain rafraîchissant, et c’est l’air frais du matin qui a envahi la chambre.
e) Enfin ces images sont hallucinatoires, et, si invraisemblables qu’elles soient, elles sont immédiatement objectivées par la conscience du seul sujet sans le contrôle des sens, de la mémoire et de l’esprit coordonnées entre eux.
La rêverie, d’ailleurs, celle de Perrette par exemple, se présente déjà avec les mêmes caractères, mais atténués et limités par une certaine censure des sens externes et de l’esprit.
C. Au contraire, la perception et autres éléments de la veille se présentent comme.
a) précis et de contours plus nets;
b) coordonnée entre eux et se déroulant souvent en une suite qu’on constate;
c) en tenant compte des contingences de lieu et de temps;
d) proportionnés aux excitations et autres causes qui les provoquent;
e) le tout cohérent qu’ils constituent s’objective sous le contrôle de mes facultés diverses et en accord avec mes semblables.
Il est donc aisé déjà d’établir une distinction; un autre aspect de l’analyse vient encore la renforcer.
II. Le veille et le rêve : relations.
Il importe, en effet, de faire trois remarques :
A. La perception ne suppose nullement le rêve et n’en a pas besoin, tandis que le rêve suppose des éléments de l’état de veille : perception antérieure ou concomitante, qu’il réforme, préoccupation, tendances.
B. L’état de veille, du moins normalement, connaît le rêve en tant que tel et le distingue de lui (c’est une constatation psychologique), tandis que le vrai rêve ne connaît pas l’état de veille, en tant que distinct de lui-même.
C. Enfin, il y a entre les deux états un passage généralement observable et connu par l’état de veille : soit transition lente (états hypnagogiques), soit un réveil brusque.
CONCLUSION : Veille et rêve; distinction.
Cette double analyse amène donc aisément à reconnaître.
Dans la veille : un état normal et premier, dans lequel nos représentations cohérentes et coordonnées correspondent à des objets réels, et tous nos états sont contrôlés par l’attention et gouvernés par la volonté
Ainsi s’obtient la conscience nette et le sens du réel.
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