mercredi 10 mars 2010

Abus Sexuel - 3e partie

Les caractéristiques de l’abus sexuel au sein des familles recomposées

Étant donné les taux de prévalence importants des abus sexuels au sein des familles recomposées, certains chercheurs se sont intéressés aux caractéristiques propres à ce type d’abus. Pour ce faire, ces études ont tenté de distinguer les abus sexuels perpétrés au sein de différentes structures familiales en fonction des caractéristiques de l’enfant victime et de la gravité des gestes posés par l’abuseur.

Les caractéristiques de l’enfant victime

De façon générale, les recherches indiquent que les filles sont plus souvent victimes d’abus intrafamilial que les garçons (Finkelhor, Leventhal), sans pour autant préciser le lien qui unit l’enfant à l’abuseur. Pour leur part, Kendall-Tackett et Simon ont effectué une étude visant à vérifier si l’expérience d’abus sexuel est différente chez les garçons et chez les filles en tenant compte de la structure familiale. Basée sur un échantillon composé d’un population clinique de 365 adultes (325 femmes et 40 hommes) abusés sexuellement dans l’enfance, cette étude indique que, si les beaux-pères agressent davantage les filles (22% des femmes ont été abusées par leur beau-père comparativement à 8% des hommes), les pères biologiques abusent autant de leur fils que de leur fille (pour 33% des hommes et 39% des femmes, l’agresseur était le père biologique). De leur côté, Erickson et al. concluent que le choix des victimes en fonction du sexe n’est pas différent chez les pères que chez les beaux-pères. L’apparente contradiction entre ces deux études peut s’expliquer par les choix méthodologiques effectués. En effet, Erickson, Walbek et Seely ont rencontré les agresseurs (59 beaux-pères, 70 pères biologiques et 158 agresseurs extérieurs à la famille) plutôt que les victimes, dans le but de vérifier pourquoi l’inceste est plus fréquent dans les familles recomposées. Pourtant, l’étude de Phelan démontre que les perceptions des pères et des filles entourant l’établissement et le maintien de la relation incestueuse sont souvent diamétralement opposées. En outre, certaines recherches indiquent que l’âge auquel un enfant est susceptible de se faire agresser varie aussi selon le lien entretenu avec l’abuseur. En effet, dans son étude comparative sur les relations incestueuses entre 56 familles recomposées et 46 familles biparentales intactes. Phelan note que les pères biologiques commencent généralement à abuser de leurs filles lorsqu’elles ont atteint l’adolescence, alors que les beaux-pères ont plutôt tendance à débuter leurs abus dès la préadolescence. Afin d’expliquer ses résultats, Phelan avance que le beau-père abuserait d’un enfant plus jeune afin d’acquérir du pouvoir sur ce dernier, alors que le père biologique utiliserait la relation sexuelle dans le but de maintenir son contrôle sur sa fille qui grandit. Cependant, dans une étude qui portait sur le sens donné aux actes incestueux, cette même chercheure a découvert que neuf beaux-pères sur 26 affirmaient être motivés par un désir de contrôle et de pouvoir sur l’enfant victime, alors qu’aucun des quatorze pères biologiques n’a exprimé ce type de motivation (Phelan).

De son côté, la recherche de Gordon et Creighton affirme que c’est chez les pères biologiques que l’on observe le plus haut taux d’abus d’enfants âgés de 3 ans et moins (8% contre 5% chez les pères substituts et 2% chez les beaux-pères), bien que cette différence ne soit pas statistiquement significative. Par ailleurs, c’est chez les pères substituts que l’on observe le plus haut taux d’abus sexuel d’enfants prépubères (68% contre 44% des victimes des pères biologiques et 41% des beaux-pères). Enfin, 59% des victimes des beaux-pères ont entre treize et dix-sept ans contre 56% des victimes des pères biologiques et 32% des victimes des pères substituts. Cette observation a été confirmée dans une seconde étude (Gordon) portant sur un plus grand échantillon (4132 pères biologiques et 2241 beaux-pères). En soi, ces résultats ne sont pas surprenants. En effet, les chercheurs s’entendent généralement pour affirmer que les victimes d’abus intrafamiliaux sont plus jeunes que les victimes d’abus extrafamiliaux (Fisher et McDonald). Afin d’expliquer cette tendance, les auteurs soulignent que les enfants plus jeunes passent plus de temps à l’intérieur de leur famille et sont moins souvent en contact avec des étrangers que les enfants plus âgés (De Jong, Hervada et Emmett). Dans le même sens, les résultats exposés précédemment peuvent s’expliquer par le fait que, de façon générale, le beau-père entre plus tardivement dans la vie quotidienne de l’enfant.


* à suivre *

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