jeudi 12 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 27e partie


ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL
En 1974, Grunsberg dans les travaux en psycho-pathologie utilise le concept de burn-out pour décrire des symptômes ressentis par des professionnels travaillant auprès de clientèles présentant des problèmes.  Depuis ce temps, la litérature sur le sujet est abondante, diversifiée et souvent contradictoire.  Les études sont descriptives et trop peu orientées vers l’intervention particulièrement au niveau du diagnostic et de la problématique sociale et culturelle qui permet d’énoncer un discours sur le burn-out.
Cette année là, la CSN a demandé à un groupe interuniversitaire en anthropologie et en ethno-psychiatrie de préciser le diagnostic du burn-out afin qu’il soit utilisable par les cliniciens.  Bien sûr, ce contrat répondait au besoin des syndiqués affectés par le burn-out de pouvoir chercher une indemnisation dans le cadre de la loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles.  Et c’est là, la première tâche que s’est donnée la CSN c’est-à-dire médicaliser le burn-out en l’inscrivant dans la nosologie médicale et en précisant son diagnostic.
Dans leur document,
Ces chercheurs ont fait une excellente synthèse des différentes définitions données (Frendenberger 7, Maslach 78, Levinson 81, Aronson 81, Brill 84).
“Tous ont recours aux notions de fatigue, d’épuisement, d’anxiété et de dépression”.
Tout en mettant l’accent sur les symptômes de nature psychologique et comportementale, plusieurs auteurs notent que les problèmes somatiques leur sont associés.
Tous relient l’expression de ces signes à l’espace de travail lequel la personne développe des peurs, devient moins performante et manifeste à un moment donné des sentiments d’impuissance.
Enfin, ces signes se manifesteraient chez des personnes sans histoire, psychologique et qui auraient présenté un niveau acceptable de fonctionnement dans leur travail.
Un clinicien aura tendance à diagnostiquer à partir de ces symptômes une réaction dépressive  situationnelle ou un désordre de l’anxiété généralisée.
Il n’y a pas assez d’études de cas et d’études comparatives qui permettent d’établir un diagnostic clair à partir d’une nomination médicalement reconnue.  Or c’est précisément à cette tâche que s’est appliqué ce groupe de chercheurs mandaté par la CSN : Différencier le diagnostic afin qu’il colle davantage au milieu du travail.
Lorsque l’on aborde les problèmes du burn-out à partir des causes, nous nous introduisions dans la perspective des maladies d’adaptation et des problèmes de stress psycho-social.  Cette perspective permet d’élargir cette problématique et surtout reconnaître socialement les effets du stress en fonction des réponses chez une population plus diversifiée de travailleurs.  C’est-à-dire à toute catégorie de travailleurs : relation d’aide et d’autres.
Le groupe de chercheurs mandaté par la CSN opte pour une telle perspective et considère le burn-out comme un trouble de l’adaptation avec inhibition au travail.
Le processus du diagnostic doit pouvoir intégrer et rendre compte de la complexité du burn-out en intégrant les symptômes physiques, psychologiques et comportementaux.
Farber en 1982 disait:
“Le burn-out peut être vu comme l’étape finale dans une progression de vaines tentatives à affronter une variété de conduites stressantes perçues comme négatives.
En effet, le milieu de travail propose diverses circonstances qui peuvent stimuler de manière agréable ou désagréable à cause de leur intensité ou de leur répétition, ils peuvent représenter une menace pour l’intégrité psychique d’une personne.  Dans ce sens on retrouve dans le burn-out ou l’épuisement professionnel des signes de stress non résolus.
Par ailleurs, la notion d’adaptation met en évidence l’interaction qui existe entre une personne et son milieu.  Tout processus d’adaptation rappelle que le milieu a ses exigences et ses règles propres et que l’individu doit s’y conformer ou le modifier pour en tirer profit et se réaliser.  Le sens qu’il donne à ses conditions de travail, formé de son histoire personnelle, sociale et culturelle, joue un rôle extrêmement important dans le processus de régulation et de transformation de soi en relation avec son milieu.  En effet, les réponses et les stratégies d’actions adoptées par les individus en situation de travail pour faire face aux différentes formes de stress sont à comprendre dans leur rétroactive avec la société dans laquelle ils vivent.
Dans la loi (accident de travail) la notion “d’événement imprévu et soudain” a été élargi afin de considérer une série de microtraumatismes.  Quelques causes de burn-out ont été gagnées en démontrant dans la preuve qu’il y avait accident de travail en tant qu’événement imprévu et soudain.
D’autres causes de burn-out ont été débattues à la Cour sans succès. Une réclamation pour un burn-out doit être appuyée d’une preuve non seulement de diagnostic et du lien entre le trouble et le travail mais aussi d’une preuve à l’effet que le burn-out est caractéristique de ce travail ou relié aux risques particuliers de la tâche.
Si aujourd’hui il nous est possible de parler de burn-out c’est bien parce que ces vingt dernières années, socialement nous avons développé une sensibilité à la vie psychique.  Cette recherche de plus en plus politisée de transformer les conditions sociales du travail afin d’y joindre une qualité de vie est intimement liée au type de promotion de l’individu de ce nouveau millénaire.
Oui, au coeur même du procès de narcisse, celui-ci se débat dans les diverses formes de brisures des réseaux et familiaux, qui lui assuraient du support et dans une solitude qui s’édifie sur le culte de l’autonomie l’affablissant dans un insoutenable isolement.  Comme le dit si bien Lipovetsky en citant R. Sennet “Les sociétés occidentales sont en train de passer d’un type de société à peu près dirigée par les autres à une société dirigée de l’intérieur”.  Dès lors, nous sommes en face d’un individu obsédé par lui-même ayant développé une sensibilité extrêmement fine vis-à-vis de toutes contraintes l’empêchant de réaliser son “moi” et vis-à-vis de tout ce qui s’oppose à ce qu’il se représente comme bien-être.
Cette culture de l’individuel a transformé le rapport au travail l’incorporant dans sa quête absolue d’un devenir infiniment autonome, infiniment connaissant, infiniment conscient, etc.
Le travail est devenu un secteur de réalisation de ces absoluités au même titre que la vie intime  Qui est par ailleurs, disjoint du milieu de travail. Or ces institutions n’ont pas suivi ces nouvelles problématiques sociales et culturelles créant de nombreuses tensions dans les rapports de travail.
D’autre part, pour parodier Gilles Bibeau: “Le burn-out avec ces démarches de reconnaissance sociale par le biais de sa médicalisation et par son appropriation que manifeste les travailleurs par l’adaptation du discours qui s’y rattache, donnent la possibilité pour les personnes d’utiliser un langage avec lequel ils expriment leurs problématiques personnelles d’une façon qui soit la moins stigmatisante”.
Ces auteurs reconnaissent dans le burn-out un modèle socialement accepté qui fournit à une personne un idiome fait de quelques mots clés à travers lesquels, elle traduit le problème qu’elle vit et dans un langage culturel que fournit le burn-out.
La reconnaissance sociale à travers sa médicalisation c’est aussi d’individualiser à outrance cette problématique et aussi perdre la potentialité du discours sur le burn-out qui est celui de concevoir le milieu de travail au niveau de sa relation avec la personne.
Une bonne part des solutions aux problèmes de burn-out réside pour ma part, dans l’habileté des travailleurs à transformer leurs conditions de travail dans le sens de leur conception même de leur rôle dans leur milieu.
Mesurez Votre Degré de Stress

Le stress nous le savons peut être généré par de circonstances extérieures : perte d’un être cher, divorce, accident, licenciement, difficultés professionnelles ou pécuniaires, difficultés relationnelles avec ses pairs, harcèlement de toutes sortes, etc.

Mais avant toute chose, il résulte de conflits intérieurs tels que le manque de confiance en soi et de complexe de l’échec. Donc, pour préserver notre santé, il ne suffit pas de reconnaître rapidement les premiers symptômes indicateurs de stress : encore faut il en identifier l’origine.

Pour ce faire, les chercheurs américains Holmes et Rahé, ont mis au point une échelle des évènements stressants, classés par ordre décroissant d’importance.

Chose étonnante, cette échelle ne recence pas que des évènements « négatifs » : Ceux qui sont réputés « positifs » tout en vous donnant du courage, du bonheur et de la confiance en nous-mêmes – peuvent être également facteurs de stress (sous forme d’excitation ou de tension exceptionnelle)!

Reportez-vous au tableau : « Échelle des évènements « stressants » et additionnez les points qui correspondent aux évènements vécus durant l’année doublée, ou qui risquent de se reproduire durant l’année à venir.
EXPLICATION PÉDAGOGIQUE
Qu’est-ce que l’épuisement professionnel?
La notion d’adaptation pour en parler. Cette notion met en évidence l’interaction qui existe entre un individu et son milieu. L’adaptation signifie aussi que toute personne développe des stratégies pour composer avec son milieu. Celui-ci a ses exigences et ses règles propres et l’individu doit s’y conformer et s’y ajuster pour en tirer profit et se réaliser.
Par ailleurs, lorsque l’on parle d’interaction, on sous-entend l’existence d’Une réciprocité dans la relation entre l’individu et son milieu. Le milieu agit sur l’individu comme l’individu agit sur son milieu. Dans la réalité, chacune des parties de cette relation se doit de négocier continuellement pour assurer son équilibre. Or, si un milieu se montre rigide et fermé, il nuit à la qualité de l’échange et réduit les possibilités qu’a l’individu de se réaliser.
L’interaction suppose la réciprocitéIl faut bien saisir que les difficultés du travailleur ou de la travailleuse à résoudre les problèmes liés à sa transaction avec son milieu de travail proviennent de multiples facteurs inter-reliés les un aux autres : individuels, sociaux, économiques, culturels, politiques et organisationnels.
Qu’est-ce que l’épuisement professionnel?
Une maladie?
Le ralentissement de ses activités. Elle peut aussi s’accompagner d’une perte de sommeil, d’appétit et de goût de vivre et de rire.
“ Je diagnostique un état de dépression lorsqu’à une douleur morale, à une peine psychologique, s’associe une réaction globale de l’organisme que j’appelle une réaction d’immobilité : le sujet ne réagit plus, n’a plus envie de réaliser ses goûts naturels. Il y a dans ce cas un blocage de l’action, de langage, de la spontanéité, du geste, de la pensée » (Daniel Wildlöcher, 83)
Dépression et épuisement professionnelOn peut parler de maladie lorsqu’un individu s’installe dans sa dépression et en devient prisonnier. Cependant, dans bien des cas, la dépression est une réaction aigüe mais transitoire à des évènements difficiles.
Pour comprendre la dépression d’une personne et en saisir l’ampleur, nous devons la replacer dans son contexte d’apparition. La dépression peut-être liée dans le temps à un traumatisme affectif : deuil, abandon, échec sentimental ou professionnel. Dans ces cas, la réaction dépressive apparaît dans les jours qui suivent l’événement. Cette réaction peut être apathique et inhibée ou agitée et anxieuse.
Dans certains cas, la dépression résulte de situations qui mettent à jour des conflits névrotiques anciens. Dans d’autres cas, les maladies physiques sont susceptibles d’être la source de réactions dépressives. En dernier lieu, la dépression peut être liée à un épuisement émotionnel et affectif dû à une situation prolongée de stress, de tension ou de conflits.
Lorsque la dépression est utilisée comme indicateur de l’épuisement professionnel d’un travailleur ou d’une travailleuse, il est important de ne pas réduire son épuisement.
QUELS SONT LES INDICATEURS DE L’ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL
Quels sont les troubles perceptibles et observables permettant de déceler un état d’épuisement? Comment établir avec clarté que les maladies ressenties par un travailleur constituent ensemble un signe d’épuisement professionnel?
La contagion du burn-outDans ce qui suit, nous présentons trois types d’indicateurs physiologiques, psychologiques et comportementaux, pour rendre compte qu’une personne soumise à une situation de stress est impliquée dans sa globalité. Nous ne les présentons séparément que pour des raisons pratiques. Il faut toujours garder à l’esprit qu’en réalité on est en présence d’un ensemble de symptômes appartenant aux trois types d’indicateurs. C’est cette configuration ou combinaison de symptômes, pris non plus isolément mais ensemble, qui devient signifiante et qu’on appelle burn-out.
Ce n’est pas un symptôme pris isolément mais un ensemble de symptômes qui traduit la présence du burn-out.
Avant de présenter ces trois types d’indicateurs, il est nécessaire de faire une autre remarque. Le professionnel ou la professionnelle étant en interaction avec son milieu de travail, ses malaises émotionnels et comportementaux vont se répercuter dans le groupe. Un problème qui, au départ, est vécu individuellement devient rapidement un problème de groupe de travail.
Le burn-out a un double aspect : individuel et collectif
Quels sont les indicateurs de l’épuisement professionnel?
“Lorsqu’il y a exposition régulière au stress et que les reactions de lutte ou de fuite se répètent, des désordres physiques peuvent apparaître ». H. Seiye
“Lorsqu’il y a exposition régulière au stress et que les reactions de lutte ou de fuite se répètent, des désordres physiques peuvent apparaître ». H. Seiye
Le travailleur ou la travailleuse ressent :
De la fatigue physique, un manque d’énergie, un affaiblissement de l’organisme
Quels sont les indicateurs de l’épuisement professionnel?
· Anxiété « flottante », sentiment constant de malaise, inquiétude.
· Tension émotionnelle, sensation d’être gonflé à bloc, nervosité, hyperexcitation.
· Tendance à être facilement effrayé, alarmé,
· Cauchemars
· Sentiments récurrents de non espoir pour affronter la vie, sensation générale d’ennui.
· Anxiété à propos de l’argent.
· Peurs irrationnelles de la maladie et de la mort
· Sentiments de colère réprimés
· Sentiments de rejet par les membres de la famille
· Crainte d’échouer en tant que parent
· Au travail sentiments de crainte à l’approche d’une fin de semaine ou des vacances.
· Sensation que les problèmes ne peuvent être discutés avec les autres.
Ces indicateurs psychologiques sont un autre reflet de l’interaction entre l’individu et son milieu de travail. Le tableau sera complet avec la troisième série d’indicateurs.
LES INDICATEURS COMPORTEMENTAUX
Les sentiments d’insatisfaction au travail font surgir un certain nombre de comportements qui ont une fonction de défense. La personne réagit contre ce qu’elle croit être les sources de son insatisfaction. Simultanément ou alternativement, elle modifie son attitude vis-à-vis de sa tâche, ses relations de travail, ses pairs, sa famille ou son réseau social.
· Arriver en retard ou repartir avant l’heure
· Ne point travailler du tout. « je m’en foutisme ».
Quelles sont les causes de l’épuisement professionnel?
  • facteurs environnementaux
    et organisationnels
  • facteurs individuels
  • facteurs collectifs
  • facteurs inhérents à la tâche
Quel est-il, ce milieu?
Qu’est-ce que le milieu de travail? D’une part, on sait qu’il s’agit du milieu de travail au sens strict du terme, c’est-à-dire du milieu mettant en œuvre les facteurs environnementaux, organisationnels et inhérents à la tâche.
Ensuite, il faut tenir compte du fait que l’individu, au travail, reste en relation avec lui-même. C'est-à-dire que son environnement interne (sa personnalité) intervient dans cette transaction.
Enfin, la vie au travail ne peut être isolée du contexte culturel, plus global de notre société, parce qu’au travail, on retrouve les normes et règles culturelles qui ont cours aux autres niveaux de la vie sociale.
Quelles sont les causes de l’épuisement professionnel?
LES FACTEURS INDIVIDUELS INFLUENCENT LA PERCEPTION ET LES REACTIONS AU STRESS
« Chaque individu à sa propre hiérarchie de besoins, sa propre vision du monde, sa façon unique d’évaluer et d’affronter le stress ».
(Pines & Aronson)
Les différences de perception individuelle peuvent expliquer pourquoi deux individus exposés aux mêmes conditions de travail réagissent quelquefois différemment, voire même de façon opposée.
Par exemple, la tâche générale de travail, les capacités personnelles et le support fourni par le milieu de travail peuvent, entre autres, être évalués différemment par chacun. Il est donc important de s’attarder à des bases individuelles précises susceptibles d’influencer la perception des agents stresseurs qui se présentent dans l’environnement de travail et les réponses immédiates au stress ressenti.
Il ne s’agit pas d’inventorier les caractéristiques fixes de la personnalité mais plutôt d’aborder des dispositions personnelles qui varient dans le temps.
Dobin et Arsenault (1980) se sont attardés, entre autres, aux effets probables de quelques facteurs individuels sur le travail. La figure suivant illustre les liens qu'ils ont établis :
La valeur accordée au travail par rapport à la vie personnelle
La perception des agents stresseurs en milieu de travail
Influencent:
Les attentes personnelles face à l'avenir et au travail
La satisfaction au travail
Pour la plupart d’entre nous, le travail occupe une portion considérable de notre vie. Même si nous n’y consacrons plus, du moins en occident, douze ou quinze heures par jour comme le faisaient nos grand-pères. Il représente du tiers de nos journées et souvent davantage encore quand il s’agit de ceux d’entre nous qui travaillent pour leur propre compte. C’est dire si les émotions qui surgissent en nous à l’occasion du travail peuvent faire une différence notable dans l’équation de notre bonheur ou de notre malheur.
Les effets des émotions sont biens connus : d’une part enthousiasme, productivité exceptionnelle, créativité, mais d’autre part, stress exagéré, “burn-out”, absentéisme, dépression, rapports tendus ou hostiles entre employeurs et employés, temps perdu, sabotage et autres manifestations, malencontreuses qui viennent ajouter leur poids à celui que représente déjà l’accomplissement de tâches souvent pénibles en elles-mêmes.
Attardons-nous à certains de ces phénomènes et tentons d’en découvrir et d’en analyser les causes émotives.
ANXIÉTÉ, STRESS et EXIGENCE
Tant que le stress demeure modéré il ne présente pas d’inconvénient notable pour la vie humaine.
Il est devenu coutumier de décrire notre époque comme étant une époque stressante et c’est souvent au travail et au rythme de vie qu’il impose qu’on reproche de causer ce stress.
Commençons par établir qu’une certaine dose de stress est inséparable de la vie. Le stress en effet, comme l’a défini Hans Selye, est la réponse de notre organisme à toute demande qui lui est adressé. Il y a un stress à lever un crayon, à s’attabler, et bine plus encore, cela va de soi, à concentrer son esprit sur une tâche intellectuelle, à lever des objets pesants ou à conduire un autobus à l’heure de pointe. Il est donc impossible de n’éprouver aucun stress et seuls les cadavres sont complètement dé-stressés. Tant que le stress demeure modéré, il ne présente pas d’inconvénient notable pour la vie humaine.
Il n’en va pas ainsi quand le stress s’accroît pour devenir d’abord inconfortable, puis graduellement destructeur. Il est clair qu’un humain passant de nombreuses heures chaque jour dans un lieu de travail pollué, bruyant, où il est continuellement bousculé et pressé de produire plus rapidement, éprouvera un stress plus considérable qu’une autre personne travaillant dans un milieu paisible où elle est libre de déterminer ses propres tâches et son propre rythme de travail. Certaines sources de stress sont donc physiques mais ce ne sont pas les seules.
LE STRESS D’ORIGINE PSYCHOLOGIQUE`
En effet, nous connaissons tous des personnes qui travaillent sans patron dans des lieux aérés et silencieux, à des tâches n’exigeant pas une grande dépense d’énergie physique et qui sont malgré tout stressées. Leur stress est avant tout d’origine psychologique. Très souvent, ces personnes sont anxieuses. À leurs yeux, il faut absolument que leur travail soit accompli de façon impeccable sans la moindre erreur. Que ce soit à la maison, au bureau, il faut toujours pour elles que tout ce qu’elles font soit parfait. Très souvent ces personnes redoutent plus que tout la désapprobation des autres et se figurent avoir un véritable besoin d’affection de diverses autres personnes.
La prévention du burn-out est un sujet bien documenté. Ceci est dû au fait que les facteurs corrélés avec ce syndrome sont bien connus. Il est donc facile de suggérer des moyens.
Plusieurs des facteurs associés au développement du burn-out ayant été attribués aux organisations, on propose d’intervenir à ce niveau. On suggère tout d’abord aux administrateurs d’assurer que le personnel reçoive de la formation sur l’épuisement professionnel. Ceci permet aux professionnels (les) de détecter très tôt les signes avant-coureurs ou encore, d’identifier l’origine des maux dont ils souffrent. De plus, une telle formation informe sur les facteurs prédisposants et sensibilise à l’importance des mesures préventives mises par l’organisation. En ce qui a trait à ces mesures, on propose de sensibiliser l’ensemble du personnel à l’importance de la communication. Il est très important de s’assurer que chaque professionnel (le) ait accès à un réseau de support. De plus, il est préférable de promouvoir l’autonomie. On suggère d’orienter les efforts afin d’augmenter les ressources des professionnels (les) et d’arrêter la chaîne des pertes, activer la spirale des gains et des récompenses en plus de permettre aux professionnels (les) de voir à l’aboutissement de leur travail sont aussi des facteurs préventifs importants. Il est aussi nécessaire de donner un environnement physique et sécuritaire et non stressant (Hobfoll et Fredy, 1993; Kahiel 1988; Lee et Ashforth, 1996) tout ceci semble bien séduisant mais on sait qu’il peut être difficile d’obtenir de telles conditions de travail. Il est donc souvent nécessaire de travailler aussi au niveau individuel.
Heureusement, plusieurs facteurs protecteurs sont connus. A cet effet, on constate que les professionnels (les) les moins affectés sont ceux qui on un bon réseau de support social (Dolan, 1995). On note aussi que d’avoir un but dans la vie, du plaisir dans ses temps libres et une vie bien équilibrée sont tous des facteurs de protection.
Il est aussi important de travailler l’estime de soi, un forte estime de soi étant corrélée négativement avec le burn-out.
De plus, il est fortement conseillé d’utiliser des stratégies de gestion directe du stress. On peut penser, par exemple à développer des habilités de communication pour pouvoir gérer les relations interpersonnelles difficiles, ou encore, à suivre des formations pour augmenter sa compétence dans un domaine où l’on se sent démuni.
Mais une chose dont on ne parle pas dans la littérature est le rôle des organismes formateurs. Il est essentiel de parler du phénomène de l’épuisement professionnel le plus tôt possible dans la formation. Les nouveaux professionnels (les) n’ont généralement jamais reçu de formation à ce sujet. Ils ne sont donc pas sensibilités à cette problématique. L’information abondante que nous avons sur les causes, effets et la prévention du burn-out nous permettent de sensibiliser l’ensemble des professionnels (les) et de cesser la propagation de ce syndrome « mieux vaut prévenir que guérir! ».
Heureusement, car la littérature offre très peu de matériel sur l’intervention et encore moins d’études empiriques à cet effet. On y trouve plutôt des recommandations générales sur les mesures à prendre selon les diverses étapes de développement du burn-out. Aux premières manifestations de symptômes physiques et psychiques en lien avec le travail, on suggère d’établir un programme pour empêcher la détérioration. Il s’agit à ce moment, de diminuer la tâche de travail et de réduire le rapport employeur- professionnel (le), les demandes émotionnelles étant tenues pour grandes responsables du burn-out. Par exemple, si les stress sont souvent associés au fait de manquer de compétence, on pourra déterminer des moyens de formation.
Si les stress sont plutôt générés par de trop grandes attentes, celles-ci pourront être travaillées de façon à être réduites.
Lorsque l’état est plus avancé, et donc que les symptômes sont intenses, on dit qu’il est nécessaire d’arrêter de travailler. La psychothérapie devient alors nécessaire. Il est aussi possible que l’on ait recours à des traitements pharmacologiques s’il y a des symptômes de dépression. Les apprentissages visés en thérapie sont les suivants :
· Apprendre à utiliser des stratégies de gestion directe du stress
· Réajuster ses attentes en fonction des accomplissements possibles
· Modifier ses habitudes de vie afin qu’elles soient plus équilibrées
· Apprendre à détecter les signaux de fatigue
· Prendre conscience de ses limites personnelles
Il est difficile d’établir la durée requise pour un rétablissement car chaque cas est différent; mais on peut parler d’au moins plusieurs mois avant le retour à une activité normale de travail.
Nous avons interrogé (2001) plusieurs professionnels (les) et nous avons conclu qu’une série d’étapes était nécessaire au recouvrement d’un burn-out. Il s’agit d’abord du processus d’acceptation qui consister à accepter la nécessité de prendre des mesures pour remédier à son état. Vient ensuite l’étape de distanciation.
À ce moment, le professionnel (le) doit prendre une distance de sont travail en s’en retirant. Le temps libre permet alors au professionnel (le) de récupérer physiquement, mentalement et émotionnellement; c’est le moment de la récupération. Une autre étape peut alors s’amorcer, celle de la réflexion. Cette étape est la plus déterminante de toutes car elle permet de faire le point. Suite à cette réflexion, le (la) professionnel (le) entre dans une période d’exploration. À ce moment, il y a reprise de contact avec le monde du travail, mais sur un mode exploratoire seulement.
Finalement, il y a rupture. Cette rupture peut impliquer un arrêt définitif du travail, une réorientation professionnelle ou encore, un retour au travail avec une nouvelle attitude. Il apparaît clairement que la connaissance et la compréhension de ces étapes seraient d’une grande utilité tant pour les professionnels (les) que pour tous les individus qui travaillent et qui sont plus ou moins à risque de souffrir de burn-out.
Il semble que le phénomène de l’épuisement professionnel soit de plus en plus fréquent et ce, dans divers domaines de travail. Cette problématique est pourtant abondamment discutée dans la littérature. On connaît bien les facteurs de risque tant du point de vue de l’environnement que du point de vue individuel. On connaît aussi très bien les signes et symptômes ainsi que les étapes de développement du burn-out.
En fait, il est très rare d’avoir autant d’informations concrètes sur une problématique liée à la santé mentale.
Nous avons donc amplement d’informations pour informer, éduquer et prévenir. Et surtout, il est important de se rappeler que chacun(e) d’entre nous est membre à part entière de l’organisation dans laquelle il (elle) œuvre et que nous avons, de ce fait, la responsabilité de bien connaître ce type de problématique afin de pouvoir modifier nos attitudes, nos attentes, nos croyances et de mettre en place des stratégies de prévention individuelle et collective.

mardi 10 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 26e partie

LA DÉTRESSE DES HOMMES VS PAUVRETÉ ET VIOLENCE

"Cette constatation nous suggère que le stress engendré par la pauvreté pourrait être épargné à un nombre important de familles si les politiques économiques de notre société visaient à empêcher les familles de tomber sous la barre critique d'un revenu insuffisant durant certaines périodes de transition."

"Une autre raison explique le scepticisme de plusieurs à vouloir attribuer à la pauvreté économique un poids important dans l'explication de la violence familiale. Même si la relation est forte, elle n'est pas pour autant comprise, ni exclusive, après tout, la très vaste majorité des familles pauvres ne présentent pas de violence."


"Les mécanismes qui font de la pauvreté un élément de risque dans le genèse de la violence sont peu ou mal connus. On affirme le lien, mais on tente rarement d'en expliquer les processus. L'état de la recherche nous permet cependant d'avancer avec plus de fermeté des hypothèses explicatives aptes à mieux nous faire saisir la dynamique engendrée par la pauvreté dans certaines familles."

"La pauvreté c'est comme une courbe réputée dangereuse sur une route nationale, disait l'autre. Bien que les automobilistes soient avertis par des poteaux indicateurs de la difficulté de la courbe, bon an mal an, on rapporte un nombre plus élevé d'accidents mortels sur ce segment de la route que n'importe où ailleurs. Tous les automobilistes ne s'y cassent pas la figure."

"La pauvreté engendre des problèmes au niveau des ressources personnelles, des ressources sociales et des ressources familiales elles-mêmes. Parce que la pauvreté ne dure pas longtemps pour certaines familles, ou parce qu'elles ont en réserve des ressources financières, personnelles sociales ou familiales qui leur permettent de mieux résister au stress de la pauvreté, certaines familles s'en tirent mieux que d'autres. Mais cela ne devrait pas nous faire oublier que le risque de discorde ou de violence n'en demeure pas moins plus élevé pour les familles placées en situation de pauvreté. Les données sont impitoyables: comme dans le cas des courbes dangereuses, il nous est possible, à partir du taux de familles pauvres dans les voisinages, de prédire avec énormément d'exactitude là où l'on trouvera le plus d'accidents intra-familiaux durant les six prochains mois."

"En reconnaissant ce lien, ce ne sont pas les familles pauvres que l'on interpelle; c'est plutôt la situation qui leur est faite qui est mise en cause. Se cacher cette partie de la réalité nous éloigne d'interventions socio-économiques nécessaires à la prévention de la violence familiale. La résistance à reconnaître l'impact négatif de la pauvreté sur la qualité des relations entre les membres de la famille permet ou conduit l'ensemble de la société à retarder le moment où elle devra prendre des décisions majeures concernant la prévention des incidents de violence intra-familiale, car, il faut bien le constater et mesurer le formidable effort de changement que cela implique; si une cause importante de la détérioration des relations familiales est d'ordre économique, c'est aussi à ce niveau que doit porter l'intervention préventive."

"En refusant de reconnaître ou en ignorant cette relation entre la misère économique et la misère dans les relations entre les membres des familles ou a cru longtemps, et souvent en toute bonne foi, protéger la réputation de ces personnes. Toutefois, ce faisant, on obtient exactement l'effet inverse. Ne pas vouloir divulguer cette réalité de crainte d'accabler les familles pauvres, c'est implicitement donner crédit à ceux qui mettent le blâme sur les familles plutôt que la situation très éprouvante dans laquelle elles se retrouvent. On est en fait alors confiné à développer des programmes qui s'attaquent aux prétendus déficits ou faiblesses de ces familles."


Les tergiversations concernant le poids réel joué par la pauvreté dans 'l'acidification' des relations intra-familiales n'est pas sans évoquer les lenteurs à reconnaître le rôle des pluies acides dans la détérioration et le déséquilibre de l'écosystème arboricole et aquatique.
Cette résistance tient aussi à la représentation que l'on se fait de la pauvreté. Les pauvres seraient des personnes qui vivraient sous le seuil de la pauvreté depuis longtemps, qui recevraient des prestations d'assurance chômage ou de bien-être social durant de longues années et qui partageraient de génération en génération des valeurs culturelles et sociales qui en feraient un sous-groupe à part. Or, les études viennent complètement bouleverser cette représentation. On estime à cinq pourcent à peine les familles qui correspondent à cette image d'une pauvreté chronique, presque apprise et enfermée dans un cercle de transmission intergénérationnelle. Les personnes pauvres, qui représentent grosso modo le quart de la population totale d'une métropole comme Montréal, le deviennent en grande majorité lorsqu'il y a rupture familiale, ajout d'un membre, ou perte d'un emploi.
Ces situations se redressent après quelques mois pour les uns ou plus longtemps pour d'autres dépendant de leur succès à se retrouver un emploi ou à s'accaparer un travail plus rémunérateur. Le groupe des personnes pauvres est un groupe mouvant, beaucoup plus hétérogène que prétendu; sur dix personnes pauvres cette année, trois ou quatre de ces personnes le seront encore l'an prochain. Les autres s'en seront sorties et seront remplacées par de nouvelles familles.



"Les expressions de violence prennent la forme d'agressions psychologiques, physiques et sexuelles.
Ce mot évoque des notions comme : attaque, virulence, démesure, brutalité, contrainte, abus, hostilité, agressivité, guerre. L'idée contraire est exprimée par les mots : douceur, mesure, calme, paix. D'aucuns s'entendent pour dire que si tout homme possède un "instinct inné d'agressivité", cette agressivité peut dégénérer en violence lorsqu'il y a débordement d'émotions, de passions. Face à cette violence, nous sommes amenés à l'une ou l'autre des réactions suivantes : la fuite ou la contre attaque."

"En chaque femme battue, il y a la honte, non plus tellement celle de son image sociale, mais la honte d'avoir été battue. Dans les violentes batailles conjugales, il n'y a pas de gagnants et encore moins de bonnes perdantes! L'amour que la femme attend la distrait de la honte et de la colère qu'elle ne montrera pas à cet homme qui, après sa brève et dérisoire victoire, s'offre à elle repentant et souvent aimant. Ainsi, l'homme violent opère quérir rapidement le pardon auprès de sa partenaire pour un acte qu'il a commis et vis à vis lequel il peut éprouver de la culpabilité. Le pardon de sa compagne lui permet souvent l'évitement du sens de responsabilité eu égard à sa violence."


lundi 9 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 25e partie

DÉTRESSE DES HOMMES VS L'INQUIÉTUDE


La dépression est une maladie qui entraîne des conséquences sociales énormes : mariages brisés, enfants perturbés, suicides et même meurtres.

L’institut national de la santé mentale indique qu’un américain sur cinq, c’est-à-dire 40 millions de personnes, a des symptômes marquants de dépression. Et environ 2.4 millions d’entre eux souffrent de dépression clinique grave.

Les deux tiers d’entre elles sont des femmes. Pourquoi? Les spécialistes ne le savent pas très bien.

« La dépression est un désastre naturel », dit Maggie Scarf, auteur d’une étude sur la dépression chez les femmes. Freud a déclaré; « que quiconque a un mal de dents ne peut pas être amoureux. Eh bien, une personne qui est déprimée a le mal de vivre et sa douleur submerge tout le reste. »

Le mal peut être fatal. Un cas de dépression sur deux cents se termine en suicide. Pour chaque suicide, dix victimes de dépression essaient de se tuer et n’y réussissent pas.

La dépression est le désordre psychiatrique le plus ancien connu. Même les anciens Grecs en souffraient. Mais les spécialistes ne savent toujours pas ce qui cause la dépression. Toutefois, ils ont réussi à identifier deux formes de dépression. La plus courante se manifeste par un sentiment intense de tristesse et de désespoir, de culpabilité.

Quatre vingt-dix pourcent des victimes de dépression souffrent de cette forme, appelée dépression unipolaire.

Dans un cas moyen, la personne perd la faculté de ressentir du plaisir à faire quelque chose et se sent triste et désespérée. Dans un cas aigu, la personne peut en être paralysée. Perte d’appétit, perte d’intérêt puis perte de goût de vivre.

La plupart des victimes de dépression unipolaire perdent tout goût de manger, bien que quelques unes se mettent à manger tout le temps. La plupart se sentent fatiguées, sans énergie et ont de la difficulté à s’endormir. Bien que quelques unes se mettent à s’endormir tout le temps. Les symptômes de la dépression unipolaire peuvent être si contraires que beaucoup de personnes déprimées ne savent pas ce qui ne va pas.

La dépression attaque l’ensemble de l’organisme. Elle cause la constipation, les crampes d’estomac, l’impuissance ou la frigidité, les maux de tête, le mal de dos, l’insomnie.

Le complexe des symptômes est bien documenté, mais un médecin qui ne pense pas qu’il s’agit d’une dépression peut conclure qu’il y a un mal physique. Et parfois, les personnes déprimées soutiennent qu’elles souffrent d’une maladie. Les personnes qui souffrent de dépression unipolaire finissent généralement par se rétablir. Le traitement s’étend de la thérapie par la parole et les médicaments aux chocs électriques. L’une ou l’autre de ces thérapies finit par porter fruit dans 85 pourcent des cas, disent les spécialistes.

La dépression prend une autre forme moins courante, comme sous le nom de dépression bipolaire. Elle frappe une personne seulement sur dix personnes qui souffrent de dépression unipolaire et elle atteint les hommes presque aussi souvent que les femmes.

La dépression bipolaire dans sa forme la plus aiguë modifie l’humeur de ses victimes d’une façon tellement incontrôlable, puisqu’elles passent d’un état d’exagération à un état de dépression profonde.

Les études ont permis de constater que la dépression bipolaire tend à se retrouver dans les familles et les spécialistes croient que cela peut être héréditaire.

vendredi 6 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 24e partie

DÉTRESSE DES HOMMES VS LA DÉPRESSION

La dépression fait partie des troubles de l'humeur. Elle affecte les pensées, les émotions, le comportement et les fonctions biologiques d'une personne.

La dépression devient une maladie lorsque les sentiments de tristesse, d'être inutile, de vide sont graves, durent plusieurs jours et nuisent à l a vie de l'individu.

Il est maintenant prouvé que les dépressions majeures, qui persistent parfois durant toute une vie, peuvent débuter au cours de la jeunesse.

Symptômes de dépression chez les individus.
Les symptômes les plus connus chez les individus comprennent :
- un sentiment de tristesse
- manque d'intérêt pour les activités quotidiennes
- une perte d'appétit
- des problèmes de sommeil tels que des cauchemars
- de la difficulté à se concentrer ou des problèmes de mémoire
- un soudain retrait social ou des comportements agressifs subtils
- des tendances suicidaires

Les taux de dépression clinique sont peu élevés dans l'enfance et au début de l'adolescence, mais ils augmentent de façon importante à la fin de l'adolescence (environ 17%)

Causes de dépression chez les adultes

Des événements perturbants, des antécédents familiaux de dépression, un manque de soutien familial, une discipline stricte et une attitude négative par rapport à soi-même, au monde et à l'avenir, peuvent tous contribuer à la dépression.

Les facteurs de contribution au risque suicidaire chez les gens incluent la dépression et les autres maladies mentales, l'abus d'alcool et les drogues, les conflits interpersonnels et familiaux ainsi que la disponibilité des armes à feu.

Des dysfonctions dans les systèmes de communication du cerveau, particulièrement ceux qui touchent à la sérotonine, peuvent contribuer à la fois à la dépression et au suicide chez les gens.

Les traitements
- l'adaptation personnelle
- la tolérance à la frustration
- la maîtrise de Soi
- la capacité de faire face aux situations
- des attentes positives pour l'avenir
- sens de l'humour
- des relations familiales saines et positives
- l'éducation et l'information sont importantes pour traiter la dépression.  Elles peuvent prendre plusieurs formes:
- des thérapies peuvent aider dans le traitement des adultes dépressifs et/ou suicidaire.
- des thérapies comportementales cognitives visent à changer les pensées négatives à propos de soi et du monde en général.
- des thérapies interpersonnelles traitant des problématiques communes telles que l'indépendance, le détachement, la pression des pairs et les relations amicales.
- d'autres thérapies peuvent viser l'amélioration des relations et de la confiance envers les autres ou l'amélioration des habiletés sociales et des relations familiales.
- une thérapie médicamenteuse peut également aider, elle vise à rétablir les échanges des neuro-transmetteurs  dans le cerveau qui, en phase dépressive sont altérés.

La dépression est le désordre psychiatrique le plus ancien connu. Même les anciens Grecs en souffraient. Mais les spécialistes ne savent toujours pas ce qui cause la dépression. Toutefois, ils ont réussi à identifier deux formes de dépression. La plus courante se manifeste par un sentiment intense de tristesse et de désespoir, de culpabilité.

Quatre vingt-dix pourcent des victimes de dépression souffrent de cette forme, appelée dépression unipolaire.

Dans un cas moyen, la personne perd la faculté de ressentir du plaisir à faire quelque chose et se sent triste et désespérée. Dans un cas aigu, la personne peut en être paralysée. Perte d’appétit, perte d’intérêt puis perte de goût de vivre.

La plupart des victimes de dépression unipolaire perdent tout goût de manger, bien que quelques unes se mettent à manger tout le temps. La plupart se sentent fatiguées, sans énergie et ont de la difficulté à s’endormir. Bien que quelques unes se mettent à s’endormir tout le temps. Les symptômes de la dépression unipolaire peuvent être si contraires que beaucoup de personnes déprimées ne savent pas ce qui ne va pas.

La dépression attaque l’ensemble de l’organisme. Elle cause la constipation, les crampes d’estomac, l’impuissance ou la frigidité, les maux de tête, le mal de dos, l’insomnie.

Le complexe des symptômes est bien documenté, mais un médecin qui ne pense pas qu’il s’agit d’une dépression peut conclure qu’il y a un mal physique. Et parfois, les personnes déprimées soutiennent qu’elles souffrent d’une maladie. Les personnes qui souffrent de dépression unipolaire finissent généralement par se rétablir. Le traitement s’étend de la thérapie par la parole et les médicaments aux chocs électriques. L’une ou l’autre de ces thérapies finit par porter fruit dans 85 pourcent des cas, disent les spécialistes.

La dépression prend une autre forme moins courante, comme sous le nom de dépression bipolaire. Elle frappe une personne seulement sur dix personnes qui souffrent de dépression unipolaire et elle atteint les hommes presque aussi souvent que les femmes.

La dépression bipolaire dans sa forme la plus aiguë modifie l’humeur de ses victimes d’une façon tellement incontrôlable, puisqu’elles passent d’un état d’exagération à un état de dépression profonde.

Les études ont permis de constater que la dépression bipolaire tend à se retrouver dans les familles et les spécialistes croient que cela peut être héréditaire.

jeudi 5 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 23e partie

DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE DE L'HOMME IMMIGRANT

En approche clinique, partir d’où sont rendus les hommes immigrants dans leur remise en question, en lien avec leur milieu familial; reconnaître les affects négatifs liés aux différentes pertes de statut qu’ils vivent au cours du processus migratoire; les aider à cheminer dans le nouveau contexte socioculturel en tenant compte de leurs résistances avec un maximum de respect, d’ouverture et de flexibilité; les encourager à faire apprécier à leurs enfants leurs valeurs et leur fierté culturelles, tout en les amenant à s’ouvrir davantage à la culture québécoise. Organiser des activités de prévention avec les pères immigrants pour valoriser leur rôles dans la société (aide reliée à l’emploi, projets collectifs, groupes d’entraide, jumelage…) et dans leur famille (trouver de bonnes manières d’exercer leur autorité). Sensibiliser avec tact les familles immigrantes sur la réalité des jeunes québécois, sur les valeurs liées à l’éducation et sur le rôle du père tel qu’il est valorisé au Québec. Pour la plupart de ces hommes qui ont décidé – ou on été contraints – d’abandonner leurs pays d’origine pour s’établir avec leur famille au Québec, l’immigration rime avec une multiple perte de statuts qui se traduit par des difficultés d’accès à l’espace socio-économique et la remise en question de l’autorité et du maintien d’une rigueur morale au sein de leur propre famille. On réalise encore à peine la complexité du processus qu’ils doivent vivre pour ajuster leurs repères symboliques et leur identité masculine à cette véritable révolution des mœurs qui s’est étalée au Québec sur plusieurs générations. Aux différents acteurs sociaux préoccupés par l’adaptation/intégration, les dynamiques interpersonnelles conflictuelles et la violence familiale vécues au sein des familles immigrantes, il est essentiel de tenir compte du père, de son état de vulnérabilité et de son étape de cheminement.

La culture masculine est un monde de force, de courage, de bravoure, de détermination et de victoire. Cet univers est peuplé de rois, de princes, d’amants magnifiques, de héros, de magiciens, de chevaliers superbes et d’athlètes (Nantel, 1998). Il est aussi hanté par la solitude, par la coupure du lien ainsi que par la peur de la vulnérabilité, de l’échec et de la honte. La solitude des hommes comme un aspect central de leurs difficultés, favorise le développement de plans d’intervention davantage pertinents en ce qui touche les individus, les groupes, la relation d’aide est porteuse de valeurs, d’attitudes et d’orientations qui peuvent amplifier l’isolement masculin. Une vision de la pratique, considérant les diverses institutions et les communautés. L’intervention sociale auprès des hommes est essentiellement une question de liens car elle questionne l’image associée aux rôles masculins ainsi que les rapports sociaux basés sur l’individualisme, la productivité et les valeurs patriarcales dominantes. L’approche structurelle utilise les mêmes techniques d’intervention avec lesquelles tout intervenant social formé à « l’école du féminisme » est familier. Elle sensibilise à préserver une ouverture d’esprit pour l’ensemble des populations et tient compte des diverses relations de pouvoir et des multiples sources idéologiques d’aliénation qui affectent les relations entre les hommes de diverses masculinités à être plus près d’eux-mêmes, plus près des autres et de leurs collectivités au-delà des autres et de leurs collectivités au-delà des visions stéréotypées, des dogmes et des idéologies dominantes, dualisantes et aliénantes.

mercredi 4 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 22e partie

DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE DE L'HOMME IMMIGRANT
L’une des seules choses qui reste à l’homme immigrant après s’être arraché à sa terre nourricière, après avoir abandonné son emploi, son statut, ses repères, ses liens les plus significatifs avec son milieu d’origine, c’est l’impérieuse responsabilité qu’il assume à l’égard des membres de sa famille partis avec lui, et qui est ravivée dans une période de bouleversement intense. C’est son autorité légitime et instituée auprès d’eux, inscrite profondément dans sa culture et son identité, à laquelle est rattaché son sentiment de dignité. Or le nouveau contexte social, économique et culturel vient remettre peu à peu en question ces prérogatives ainsi que leur reconnaissance par les autres membres de sa famille.

Une étude montréalaise basée sur des exemples cliniques (Scandariato) décrit les caractéristiques importantes liées à la fragilisation de la fonction paternelle en contexte migratoire. D’abord, le père n’est plus l’intermédiaire entre sa famille et l’environnement. Ce sont plutôt les enfants qui vont assumer ce rôle, étant plus rapidement acculturés que leurs parents et maîtrisant souvent beaucoup mieux la langue du pays d’accueil. De plus, n’étant souvent plus le seul à travailler, il ne peut plus assumer à lui seul le rôle de pourvoyeur au sein de sa famille. En outre, alors que le père devrait être « la pierre angulaire des identifications » en intégrant sa descendance dans une généalogie et un système d’appartenance, il se trouve dans un nouveau pays, privé de son réseau social d’origine et où l’identité familiale n’est plus inscrite dans le patrimoine historique. Enfin, la société québécoise, basée sur des principes d’égalité et d’autonomie individuelle, remet souvent en question son autorité et certains de ses comportements à l’égard des autres membres de sa famille, jugés trop sévères ou coercitifs. Les normes québécoises en matière d’éducation des enfants soulignent l’interdiction de toute forme de correction physique et autorisent un interventionnisme étatique qui peut aller jusqu’à séparer les familles lorsqu’il y a des abus, ce qui donne à certains hommes immigrants le sentiment d’être limités ou même bafoués dans l’exercice de leur autorité parentale. Ils sont alors tentés de démissionner de leur rôle de parents-éducateurs.

D’autres études ont aussi relevé des indices de cet établissement du rôle du père au sein de certaines familles immigrantes (Schnapper; Bibeau et al.). Pour sa part, Hammouche s’est intéressé à l’effet de la nucléarisation de la famille maghrébine immigrée en France sur la gestion de l’autorité paternelle. Privé de la société traditionnelle patriarcale du milieu rural d’origine, le rôle du chef de famille n’est plus aussi manifeste; le père n’est plus a priori l’intermédiaire entre sa famille et l’environnement. Alors qu’auparavant, les règles qui régissent les statuts, les rôles et les rapports entre les différents membres de la famille, étaient bien définies, solidement instituées et rarement remises en question, celles-ci deviennent subitement sujettes à la justification – les nouvelles structures sociales ne les autorisant plus explicitement, les décourageant parfois. Sans période de transition, les positions de chacun dans l’organisation familiale s’improvisent et se renégocient au gré des nouvelles contingences sociales et économiques. Au sein d’une société moderne où les liens familiaux sont désacralisés et où l’accent est mis sur l’individu et sa liberté de choix, le rôle traditionnel de chef de famille est considéré comme un frein à l’épanouissement de la conjointe et des enfants. Hammouche soutient même que l’homme-mari- et père – étant souvent considéré comme le gardien de la tradition dans les communautés maghrébines immigrées en France, s’intégrer correspond alors pour les autres membres de la famille à se « libérer » de lui, voire à le considérer comme un enfant qui doit tout réapprendre.

Cette dissolution brutale de la fonction paternelle s’accompagne aussi de gains pour les femmes qui consistent surtout en leur possibilité d’ascension socioéconomique et à l’existence de recours légaux et communautaires dans la société québécoise. Cela se traduit par une transformation des rapports de pouvoir au sein du couple, ce qui provoque, chez beaucoup d’hommes immigrants, le douloureux sentiment d’avoir perdu leur statut au sein de leur propre famille (Bibeau et al.).

Lors de l’activité de groupe effectuée avec les pères immigrants de Côte-des-Neiges (ci-haut mentionnée), cette question de la perte de l’autorité masculine a surgi spontanément dans les échanges. Ces hommes tentent de comprendre et de s’ajuster aux nouvelles réalités. Ils restent néanmoins déchirés entre deux désirs : celui de s’insérer avec succès dans la nouvelle société – ce dont dépend, le plus souvent, le succès du projet migratoire – et celui, non moins intense, de conserver continuité, sens et dignité dans leur rôle. Dans leurs discours mêlés de contradictions, ils disent accepter certains efforts et sacrifices au nom du projet familial, au nom de l’amour porté à leur conjointe et à leurs enfants pour lesquels ils ont émigré. Mais on sent dans le même élan qu’ils sont touchés dans leur identité profonde, dans leur estime d’eux-mêmes, un peu comme s’ils avaient l’impression de perdre l’emprise sur leur propre famille, de ne pas être en mesure d’accomplir leur rôle, de ne pas se conformer aux préceptes implicites du noyau dur de leur culture. Peut-être sentent-ils qu’ils sont en train de perdre la seule source de gratification, la seule promesse de dignité qu’il leur reste depuis leur arrivée au pays? Ou encore qu’ils perdent la face devant leur communauté d’origine, devant leurs ancêtres défunts?

La résolution de ce conflit intérieur ne se fait pas en ligne droite mais plutôt en spirale et s’accompagne le plus souvent de crises répétées, de résistances diverses et de retours en arrière vers une recherche constante d’équilibre. De ce point de vue, ces derniers éléments ne doivent pas être considérés comme des signes d’une mauvaise adaptation ou comme un refus systématique des valeurs de la société d’accueil, mais plutôt comme des étapes normales d’un processus lent et complexe menant vers une stabilisation nouvelle, fonctionnelle et dynamique (Barudy) comme « des projections vers l’avenir d’une autonomie à la fois retrouvée et renouvelée » (De Rudder et Giraud). Toutefois, il est clair que ce chemin difficile peut parfois déraper vers toutes sortes de débordements et menacer grandement l’unité familiale et le bien-être de chacun des membres. Parfois, le couple ne parvient pas à développer de nouvelles formes de communication et à négocier de nouveaux rôles et de nouvelles responsabilités; chacun se rebiffe et durcit ses attitudes; les frustrations s’accumulent; les tensions et les conflits familiaux naissent, s’organisent et, sans l’intervention régulatrice du réseau familial ou de voisinage, explosent en violence conjugale et familiale ou en destruction de l’unité familiale (Juteau; Bibeau et al.,). À partir de là, un constat s’impose : les crises susceptibles de mettre en péril l’équilibre de ces familles en processus de renégociation des rôles doivent être endiguées et, pour cela, les membres les plus influents ont un grand besoin d’être accompagnés.

mardi 3 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 21e partie

DÉTRESSE PSYCHOLOGIE DE L'HOMME IMMIGRANT


Les hommes immigrants arrivent au Québec souvent très éduqués. Ceci est vrai autant pour les immigrants de la catégorie « indépendants économiques » que pour les réfugiés (Renaud et Gingras). En fonction de leur âge, ils sont aussi forts d’une expérience de travail et/ou d’une expertise professionnelle. Lorsqu’ils immigrent au Québec, ils se buttent à toutes sortes de barrières qui se posent comme autant d’entraves à l’accomplissement de leur rôle de pourvoyeur économique. La conjoncture économique déjà difficile s’accompagne d’une série de mécanismes d’exclusion qui touchent plus spécifiquement les néo-québécois et limitent beaucoup leur accès à un emploi correspondant à leurs capacités : barrières linguistiques, non-reconnaissance des acquis, exigence d’une expérience canadienne, protectionnisme corporatiste, contingentement professionnel, racisme et discrimination (Langlais et al.; Drudy; Renaud et al, 2001). L’étude de Renaud et al. (2001), qui suit sur dix ans une cohorte d’immigrants admis au Québec révèle que l’insertion dans l’emploi dans les deux ou trois premières années suivant leur arrivée est marquée d’une manière générale par une plus grande instabilité et une rémunération moins élevée, comparativement aux années subséquentes. Du surcroît, après trois années d’établissement en sol québécois, près de la moitié des travailleurs immigrants (eu égard au sexe) affirment avoir un emploi moins qualifié que celui qu’ils occupaient avant leur migration quoique sept ans plus tard, cette proportion n’atteint pas les 30%. Les « immigrants indépendants » sont d’autant plus déçus que c’est justement parce qu’ils répondaient aux critères d’une insertion rapide sur le marché de l’emploi qu’ils ont été choisis par le gouvernement québécois.

Ces multiples obstacles limitant l’accès à l’emploi signifient surtout, pour le chef d’une famille immigrante, une impossibilité de faire vivre convenablement ses membres. Pour celui dont les plus grandes aspirations sont « assurer le bien-être de (sa) famille et profiter des mêmes possibilités que les Canadiens de souche » (Bibeau et al.), cette situation peut affecter profondément son identité personnelle et sociale, son estime de soi, voire son équilibre mental (Beiser et al.; Austin et Este). Même s’il travaille et comble assez bien les besoins de ceux qui dépendent de sa responsabilité, lors des toutes premières années de son installation, il est parfois contraint d’étudier tout en occupant un emploi afin d’apprendre le français ou d’obtenir les équivalences de ses diplômes. Ou encore, il doit cumuler plusieurs emplois faiblement rémunérés pour lesquels il est surqualifié (souvent dans les secteurs les plus mous de l’activité économique), ce qu’il peut vivre de manière très humiliante (Bibeau et al.). Ses nombreux engagements pour subvenir aux besoins de sa famille ne lui permettent pas toujours de consacrer assez de temps à sa conjointe et à ses enfants (Battaglini; Dyke et Saucier). Alors peuvent s’accumuler frustrations, déceptions, angoisse, insécurité, culpabilisation, qui risquent de fragiliser non seulement les hommes mais aussi l’équilibre de toute leur famille.

Cette perte de statut économique s’accompagne souvent d’une perte du statut social. Alors que dans son milieu d’origine, l’immigrant avait développé de multiples appartenances et divers liens de sociabilité en fonction de ses diverses relations sociales et professionnelles, il se retrouve, dans le nouveau pays, porter d’une identité qui ne fait plus écho chez ceux qui l’entourent. Même s’il ressent parfois le poids d’une non-reconnaissance ou d’un rejet de la société d’accueil (Abou; Langlais), il doit travailler à développer un sentiment d’appartenance et d’utilité dans ce pays où il désire s’établir. Sans l’établissement de ce lien social vital, les relations familiales risquent de s’en ressentir fortement :

« Le sentiment d’exclusion, c’est-à-dire de ne pas pouvoir prendre place dans la société, de ne pas y participer à la hauteur de son propre potentiel, est vécu par plusieurs hommes qui ont autant de malaise à trouver une place satisfaisante dans la famille. Il semblerait que moins un homme se sent intégré dans la société, plus il a de difficulté à trouver une place dans sa famille. » (Dyke et Saucier).

mercredi 28 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 20e partie

Soumise aux contraintes historiques de la guerre, de l'exil, et de la réinstallation, la société vietnamienne (qui bien que traditionnelle n'en demeure pas moins une société complexe) s'est modifiée et réorganisée pour s'adapter aux exigences de la transplantation.  Désormais, l'espace social vietnamien au Canada ne se réduit plus aux seules valeurs traditionnelles, l'acculturation ayant fait son office on assiste à une "occidentalisation" des discours et des pratiques.  La persistance des traditions s'estompent semble-t-il chez les plus jeunes, au grand désespoir des plus âgés.  Toutefois en dépit de ces changements, les réseaux familiaux et collectifs qui fondent la structure traditionnelle vietnamienne se maintiennent dans l'exil, et coexistent avec une organisation sociale géographiquement plus ouverte et éclatée.  Cette prégnance d'un "noyau" traditionnel se manifeste plus volontiers dans les situations concrètes, dans les expériences individuelles et collectives, plutôt que dans les discours généraux, le plus souvent désabusés, que les Vietnamiens tiennent sur leurs compatriotes au Canada.  À ce titre, il est d'ailleurs singulier de constater que, dans cette population soumise à tant de drames, brutalement déplacée (alors que les Vietnamiens n'avaient pas l'habitude de changer de pays) et exposée par là-même à un risque psychopathologie sévère, c'est précisément autour des expressions "pathologiques" liées à ces drames qu'émergent les expériences et les validations collectives d'expériences qui ressortissent, au-delà du temps et du lieu, à l'univers Vietnamien traditionnel.  Sans doute, le rapport du sujet à la conception du monde de sa culture est plus tenace que les autres éléments culturels.  Toutefois, ce n'est la persistance de "croyances" ou de "superstitions" "désuètes" qui caractérise la spécificité vietnamienne de cet espace social, mais bien plutôt la relation singulière qui unit le sujet aux conceptions du monde que sa culture véhicule.  La maladie, l'affliction, sont sans doute les moments privilégiés au cours desquels cette relation s'exprime avec la force de "l'évidence" et se présente pour le malade et pour ses proches comme la réalité elle-même, attestant ainsi de la nature sociale de "l'évidence" qui unit l'expérience à son explication.

mercredi 21 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 20e partie

Dès lors, on pourrait admettre cette première formulation selon laquelle: ce n'est pas parce qu'un parent est mort qu'il revient, mais c'est parce qu'il revient que l'on sait être dans la situation d'un défaut de sépulture honorable, ou d'un manquement aux rites propitiatoires.  C'est l'expérience de la "rencontre" qui définit a posteriori la situation du sujet aux regards des défunts.  Parmi le catalogue vietnamien des causes et des origines de la maladie, du malheur, ou des simples expériences "surnaturelles", le retour des décédés de malemort est une explication toujours forcement répandue dans le contexte de la transplantation.  Toutefois, les exemples précédents montrent que si la conception vietnamienne affirme que les décédés de malemort, ou que les ancêtres non honorés, sont susceptibles de venir "hanter" les vivants, force est de reconnaître que tous les décédés de malemort ne reviennent pas.  D'une certaine manière ce n'est pas la "croyance" au "retour des fantômes" qui s'exprime dans le discours des immigrants, mais c'est l'expérience qu'ils vivent qui confirme la réalité du phénomène.  Les expressions même des immigrants semblent traduire ce phénomène.  Lorsqu'un patient "voit un fantôme" la nuit, il n'applique pas la théorie locale du retour habituel des décédés de malemort, pour conclure au retour du fantôme, mais lorsque cette image (et quelle que soit sa valeur pour un occidental) s'impose à lui, il sait qu'il s'agit d'un fantôme.  Or, ce savoir sur la réalité de la rencontre avec un fantôme semble correspondre chez celui qui l'énonce, et chez ceux qui l'écoutent et l'approuvent, à un fait d'expérience, plutôt qu'à l'application d'une croyance.  "Ce n'est pas tellement le croyant, (....), qui affirme sa croyance comme telle, c'est plutôt l'incroyant qui réduit à une simple croyance ce qui pour le croyant est comme un savoir".

mardi 20 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 19e partie

À chaque fois qu’il était fait mention d’une rencontre avec un esprit, on pouvait pressentir que le patient se trouvait dans un rapport particulier avec le défunt et avec son entourage, au moment du décès et même actuellement. En effet, il apparaît que toutes les situations traumatiques, ainsi que tous les décédés de malemort ne donnent pas lieu à un retour de fantômes; certains immigrants ne parleront jamais de fantômes, tandis que d’autres évoqueront alternativement des mauvais rêves et des fantômes pour caractériser des phénomènes radicalement différents. On ne saurait donc supposer que tous les immigrants traduisent leurs “cauchemars” par des énoncés standards, culturellement déterminés, au moyen de représentations traditionnelles de la maladie. À ce titre, l’alternance des énoncés chez un même patient nous incite à croire que le “mauvais rêve”, bien que moins “exotique”, serait aussi une représentation traditionnelle traduisant pour le sujet une expérience d’une toute autre nature.

lundi 19 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 18e partie

DÉTRESSE DES HOMMES - RÊVES POST-TRAUMATIQUES

Monsieur X, plus âgé, vivant en France depuis plus de dix ans, consultait régulièrement pour une tristesse profonde, associée à une grande fatigue. Il était depuis un an en arrêt de travail, et n’envisageait plus de reprendre une quelconque acitvité professionnelle, tant il se sentait faible. Au Vietnam, il habitait Hanoi et enseignait le français dans un lycée : marié et père de six enfants dont trois filles et trois garçons, il vécût heureux jusqu’à l’arrivée des Viet Cong. Dès les premiers mois du nouveau régime, la famille fût séparée et déportée, et Monsieur X, ne devait plus jamais revoir ses fils et sa femme. Il ne doit d’avoir survécu qu’à sa force personnelle, et grâce à l’aide de certains villageois qui, à plusieurs reprises le protègerent contre la barbarie des Viet Cong. Depuis son arrivée au Canada, il reste hanté par ses souvenirs, et rêve régulièrement de ses enfants, et il revit intensément les moments d’une déchirante séparation. D’autres cauchemars l’agitent souvent - c’est le terme qu’il emploie - au cours desquels il “revit” les scènes de violences auxquelles il assista comme témoin impuissant. Jamais, dit-il, il n’a rêvé de sa femme, et pourtant, “elle est revenue” plusieurs fois pendant qu’il dormait, cherchant à l’étranger pour l’emmener avec lui. Il décrivît ces expériences avec une intense émotion, allant même jusqu’à nous mimer l’étranglement qu’il avait ressenti et maglré sa parfaite connaissance du français, il ne trouvait pas les mots pour désigner ce phénomène. Cependant, il distinguait fort bien cette expérience des cauchemars précédents; en effet, il s’agissait pour lui d’une tout autre expérience, car il ne dormait pas, ni rêvait, mais participait à une réalité dont le vocabulaire français était inapte à rendre compte. Certes, un clinicien pourrait y voir l’effet d’une hallucination, ou d’un cauchemar, et compatible avec le diagnostic de névrose traumatique : mais il nous semble que la compréhension d’un tel phénomène ne se réduit pas à sa seule traduction et langage psychiatrique. En effet, il lui arrivait de voir ses fils lors de ses rêves, parfois même il recherchera le concours d’un devin pour les interpréter, mais jamais il ne considéra qu’il puisse s’agir de la visites des esprits de ses défunts enfants: il est vrai qu’il refusait d’admettre qu’ils puissent être morts, supposant qu’un d’entre eux au moins était toujours vivant. Par contre, il était convaincu de la mort de sa femme, et cela lui avait été encore confirmé récemment. Il ne s’agit pas, à ce stade de l’étude, de conclure que seuls les esprits de parents ou de proches, dont on est certain de la mort, reviennent chez les traumatisés, mais il conviendrait plutôt de s’interroger sur les raisons et les conditions qui aboutissent au fait que dans certains cas on puisse parler de mauvais rêves, et que dans l’autres, apparemment similaires pour le clinicien, il soit question d’une rencontre avec un esprit de malemort.

mardi 13 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 17e partie

DISCUSSION CLINIQUE SUITE

Une jeune femme africaine et bouddhiste, rapportait qu'à la pire époque du régime congolais, elle avait vu sa belle-soeur se faire assassiner par des soldats africains, alors qu'elle était cachée non loin de là.  Elle avait pu quittter le Congo juste après cet événement.  Dès son arrivée au Canada, elle fût adressée à la consultation psychiatrique pour des céphalées, des troubles de la concentration, et une hyperémotivité avec de brusques variations de l'humeur.  À aucun moment elle ne fit mention de mauvais rêves; son sommeil était bon, disait-elle, sauf que régulièrement sa belle-soeur défunte venait, dans sa chambre, lui dire et lui faire des choses terribles.  Il ne s'agissait ni d'un rêve, ni d'un cauchemar, mais bien d'une expérience vécue, puisqu'elle ne survenait pas pendant son sommeil, affirmait-elle.  Devant la force de cette sensation, les catégories du sommeil et du rêve semblaient n'avoir aucune pertinence pour cette patiente; en effet, elle ne disait pas "je crois que", ni même "je vois ou je pense que", mais elle affirmait, avec conviction, que sa belle-soeur venait, était présente, et qu'elle agissait dans la pièce.  Par contre, elle réfutait tout lien entre les visites de sa belle-soeur et les symptômes dont elle se plaignait.  Pour ses proches aussi, deux réalités distinctes semblaient se juxtaposer: d'une part, les déboires nocturnes occasionnés par l'esprit de malemort (bien qu'eux-mêmes ne l'avait jamais rencontré), et d'autre part, une grande fatigue, un malaise général, et des modifications de son comportement: et si tous s'accordaient à la reconnaître comme malade, aucun ne laissait entendre que cette maladie fût causée par l'esprit de la belle-soeur.  Aussi, l'énonciation par la patiente ou par ses proches d'une rencontre avec un "fantôme" ne nous semble pas traduire une cause, mais à ce stade une expérience.

lundi 12 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 16e partie

DISCUSSION

Tous les immigrants n'ont pas eu recours aux mêmes interprétations,  certains ont parlé de mauvais rêves, puis de fantômes, pour traduire des expériences différentes et pourtant apparemment identiques pour le clinicien.  L'expression même de ces interprétations semblait étroitement liée au contexte et pas seulement aux déterminants psychopathologiques du "malade", et dans tous les cas, il existait un concensus sur l'interprétation développée par les patients et les autres immigrants interrogés.  Plusieurs caractéristiques de la "rencontre avec un fantôme" sont régulièrement apparues dans le discours des patients et dans celui de leurs proches.  Il est apparu une nette distinction entre ce qui relevait du "retour des fantômes" et l'ensemble des signes cliniques que nous pouvions relever.  En d'autres termes, la peur de devenir "fou", traduisant un changement de comportement ,n'était jamais imputée à une possession par l'esprit "revenant", ni à un effet quelconque de cette expérience; il n'a jamais été dit, par un malade, ou par un proche, que les troubles manifestés étaient causés par les "fantômes".  L'interprétation selon laquelle un esprit "malfaisant" venait toutes les nuits, et parfois même le jour, ne se présentait pas comme un énoncé causal de la maladie, mais comme une expérience relevant d'un registre différent de celui de la 'maladie' pour laquelle les immigrants consultaient. Il convient encore de distinguer la peur de devenir fou exprimée par le patient qui constate un changement dans son comportement, de la désignation par le groupe qu'Untel est "possédé" par un esprit.  Dans le premier cas, c'est le sujet qui craint de devenir fou, puisque c'est la seule explication qui rendrait compte des abérrations de son comportement sans lui imputer une responsabilité délibérée qu'il craint que le groupe lui accorde.  Tandis que dans le deuxième cas, c'est le groupe qui considère qu'Untel est Bôcô (prêtre vodou), alors que le bôkô en question ne prétend qu'être possédé, et ne se considère nullement comme fou.  Nous prendrons deux exemples pour éclairer ces faits.

vendredi 9 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 16e partie

LES AUTRES SIGNES

On peut retrouver derrières ces formulations des traits caractéristiques des sociétés asiatiques comme par exemple, le souci de ne pas faire "perdre la face" à son interlocuteur, et l'attente que celui-ci se comporte pareillement pour ne pas perdre la face soi-même, qui s'associe au respect des aînés et des étrangers. Ces rapports entre aînés et cadets, ce souci de garder la face régissent l'établissement d'une relation sociale et sont hautement valorisés, tandis que l'inverse est péjorativement connoté et même réprimé. Celui qui manque à ces règles sociales est un déviant ou, si son comportement n'est pas intentionnel, c'est qu'il est "fou".

Derrière cette peur de perdre la face et l'angoisse de devenir fou il semble aisé au clinicien de retrouver les brusques accès de colère, les troubles de la concentration, le sentiment de devenir étranger aux autres et les réactions de sursauts exagérés qui caractérise le PTSD. Mais on comprend aussi que le contexte culturel donne à ces symptômes une résonance toute particulière et probablement "pathogène", tandis qu'il n'est pas certain que le retour des "fantômes" présente le caractère "pathogène" que l'on accorde aux cauchemars de répétition en Occident. En effet, il est probable que le "travail de la culture", pour reprendre le terme forgé par Arthur Kleinman, puisse permettre d'attribuer une signification non pathologique et peut-être même non pathogène à des cauchemars de répétition, par l'intermédiaire des représentations traditionnelles de la mort et des rites funéraires; tandis que pour les signes traduisant un changement de comportement fortement dévalorisé dans la société traditionnelle, les significations qui s'y attachent, ne correspondant pas à un état habituel de l'individu, ne favoriseraient pas la banalisation des symptômes.

Ces considérations sont probablement utiles aux cliniciens, et elles permettent, très certainement, d'améliorer la qualité de l'écoute transculturelle et de la thérapeutique qui en découle; toutefois, elles ne nous renseignement pas sur les conditions de production de ces interprétations dans une situation sociale précise.

mercredi 7 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 15e partie

Les autres signes

Les immigrants consultants essentiellement pour des troubles du comportement qu'ils jugeaient pathologiques comme les brusques accès de colère, les troubles de la concentration, l'hyperhémotivité, les sursauts exagérés....

Mais il est frappant de constater que de nombreux immigrants ont exprimé ces troubles du comportement sous la forme d'une peur angoissante de devenir fou. Ils remarquaient qu'ils n'étaient plus en mesure de se contrôler, qu'ils se mettaient fréquemment et violemment en colère pour des broutilles, qu'ils ne supportaient plus leurs enfants, ni les règles coutumières, et que leur souhait était de s'exclure de la collectivité (notamment asiatique). Un fort sentiment de honte était associé à ces manifestations, et seule leur "folie" pouvait expliquer qu'ils perdent ainsi la face, qu'ils ne parviennent plus à se concentrer, ou à avoir des relations sociales. Et même le simple fait de relater ces changements de comportements dans le cadre de l'entretien psychiatrique était péniblement vécu.

mardi 6 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 14e partie

Les cauchemars

Dans le DSM III, l'accent est mis sur l'aspect pénible de la réminiscence du souvenir traumatique qui s'accompagne d'un "sentiment de détresse" (DSM III). Or, rarement une telle détresse était présente chez les nouveaux immigrants. En effet, lorsque les cauchemars étaient présents, ils étaient rarement évoqués spontanément. Ce n'était que lorsque les patients étaient interrogés sur la qualité de leur sommeil que certains reconnaissaient en avoir fréquemment. Peu de nouveaux immigrants semblaient préoccupés par ces rêves, même lorsqu'ils leur reconnaissaient les caractéristiques d'un cauchemar, ou plus exactement d'un mauvais rêve.

En fait le plus souvent, les nouveaux immigrants ont exprimé, avec une certaine réticence, l'idée que des fantômes venaient les déranger la nuit. Ces fantômes représentaient généralement les esprits de parents, ou de proches, décédés sous leurs yeux ou encore qui n'avaient pu bénéficier des rituels funéraires appropriés. On reconnaîtra dans ces propos l'expression d'une conception qui se rencontre souvent chez les immigrants et qui fait appel à un fond commun chez eux où le rêve et la réalité sont perçus en étroite relation.

Il sembleraient donc que ces immigrants exprimaient leurs "angoisses" ou leurs "cauchemars" au moyen de représentations traditionnelles du pays concerné. Cependant, il y aurait un risque à réduire trop vite ce "retour de fantômes" à la simple catégories des cauchemars. En effet, ces patients ne présentaient pas ces "visites nocturnes" comme quelque chose de pathologique; au contraire, ils insistaient sur le caractère "normal" de cette expérience, qui selon eux ne constituait pas la raison de la consultation, puisqu'elle traduisait un rapport "d'évidence" entre la venue de fantômes ou d'esprits et l'absence de rite funéraire.

lundi 5 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 13e partie

LE SENTIMENT DE DÉTRESSE

Le DSM III met en valeur cinq critères diagnostiques spécifiques de ce trouble. D'emblée il est important de noter que c'est le permier manuel qui définit le traumatisme parmi les critères diagnostiques, en se référant à des caractéristiques générales de l'événement, décrit comme "hors du commun", et surtout susceptible d'engendrer "des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus et (qui) dépasse généralement le domaine des expériences communes, telles que le deuil, la maladie chronique, les mauvaises affaires ou les conflits conjugaux. Ainsi les catastrophes naturelles, ou causées par l'homme, les guerres et la torture peuvent conduire à ces troubles. Les quatre autres critères sont : 1) "l'événement traumatique est constamment revécu" : ce critère recouvre les cauchemars et les reviviscences diurnes. 2) "Évitement persitant des stimuli associés au traumatisme ou émoussement de la réactivité générale", 3) "Présence de symptômes persistants traduisant une hperactivité neurovégétative" : sursauts, colères...., 4) "la perturbation persiste au moins un mois".

dimanche 27 novembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 12e partie

SE FAIRE VIOLENCE

L'homme en détresse se confond et ne se choisit pas. Comment alors subir ces violences sans que monte une colère, voire une rage intérieure qui cherche des issues pour éclater? « Ce qui est enfermé dans le cœur devient grande colère » dit un grand maître japonais. Certains êtres écorchés survivent : ils vivent dans leurs fonctions biologiques mais ils agonisent parfois dans leur vie psychique….Être mort vivant, ne pas pouvoir développer ses ressources endormies parce que le vécu d’enfant a dépassé les capacités d’absorption : n’est-ce pas là la pire violence qu’un être humain peut subir? Nous pouvons alors mieux comprendre que des victimes deviennent à leur tour bourreaux, qu’ils s’arment contre le ressentir douloureux et passent à l’attaque à leur tour, comme s’ils criaient dans l’agir : « Voyez ce qu’on m’a fait! »

Comment, alors, briser le cycle répétitif de cette course à relais d’une génération à l’autre? Des cliniciens chevronnés se sont penchés sur ce phénomène humain, à commencer par Sigmund Freud, puis Silma Fraiberg, Arthur Janov, Jack Lee Rosenberg, Alice Miller et d’autres. Touts ont parlé de l’importance de liquider les émotions liées au souvenir douloureux afin de pouvoir vivre enfin le présent d’une façon dégagée, et ainsi éviter de reproduire le scénario stérile.

Selon moi, la voie royale pour la prévention de la répétition intergénérationnelle est, par conséquent, de permettre aux enfants, dès leur jeune âge, de s’exprimer sur les événements qu’ils vivent et les émotions liées, leur livrant ainsi le message qu’il est permis de ressentir, et qu’il est bienfaisant d’exprimer ce ressentir pour s’en délivrer. La parole prend sens de communication; elle ne se limite pas à un langage utilitaire ou exhibitionniste. À chaque fois qu’elle se présente, une telle communication par la parole pleine devient un pas de plus vers la confiance dans les relations humaines, donc une prévention contre la fermeture sur et par là même, contre la répétition. Et la présence de cet espoir est essentielle lorsqu’arrive un coup dur.

Mais lorsque la répétition est déjà installée, l’antidote – i.e. le moyen de briser ce cycle de douleur subie et infligée – est, selon moi, l’engagement dans une démarche personnelle vers un changement de cap…démarche très difficile parce qu’elle implique un déséquilibre majeur entre le connu et l’inconnu : la personne désirant mettre fin à la reproduction de comportements problématiques se retrouve acculée à l’évidence de devoir effectuer des modifications importantes dans sa vie. Il s’agit d’une démarche lourde d’exigences en temps et en énergie, lourde aussi en conséquences; elle requiert souvent une aide professionnelle appropriée. Les trajets empruntés ne se font pas nécessairement de façon successive, mais ils représentent des portes d’accès possibles au changement:

Prendre conscience de la répétition
Constater l’emprise du cycle répétitif; être déterminé à en sortir, c’est d’abord prendre conscience de ce qui se rejoue dans sa propre vie et des moyens adoptés jusque là pour se protéger de la souffrance. En considérant ce qui est répété, comment où et avec qui, on peut dire que déjà, l’exorcisme du passé est commencé.

S’autoriser à se souvenir
Reconnaître son histoire, en revenant sur les faits passés, au risque de briser ainsi l’illusion d’une enfance totalement heureuse. Se souvenir des blessures subies (physiques, psychologiques), et peut-être aussi infligées à d’autres; mettre en images et en mots, sans minimiser, sans nier les passages difficiles; reconnaître les failles du système familial, les siennes aussi bien que celles des objets d’amour idéalisés….Cette démarche ne se fait pas sans un sentiment désagréable de manquement à la loyauté, mais aussi de reconnaissance de ses propres limites.

Toutefois, mettre à jour le passé ne le transforme pas ou ne l’efface pas; croire que le fait de s’en souvenir puisse en « débarrasser » le sujet, serait en nourrir une autre illusion tout aussi dommageable.

S’autoriser à ressentir
Retourner un passé laissé en suspens. Laisser monter les sentiments douloureux liés à certains souvenirs et les exprimer, c’est faire place au devenir, dégager un espace pour construire, vivre sa génération plutôt que d’emprunter les dédales tortueux et stériles transmis par la précédente.

samedi 26 novembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 11e partie

L'HOMME - QUÊTEUR D'AMOUR

L'homme en détresse se laisse contaminer par la vérité de l'autre, vit toujours une incontinence affective. Son corps souffrant exprime ce qu'il ne peut nommer dans sa relation conjugale. Il s'illusione sur la femme de sa vie et voilà là où le bât blesse.

"Il y a de l'animal, du spirituel, du mythologique dans l'amour. L'ensemble forme un 'complexe' et toute réduction à l'une de ces dimensions mutilerait sa richesse et son mystère. Pour autant, il n'est pas indéchiffrable."

"Lorsque je parle de complexe d'amour le mot complexe doit être pris dans son sens littéral: complexe, ce qui est tissé ensemble. L'amour est quelque chose de 'un', comme une tapisserie qui est tissée de fils extrêmement divers, et d'origine différente."

"Derrière l'unité évidente d'un 'je t'aime', il y a une multiplicité de composants tout à fait divers qui fait la cohérence du 'je t'aime’. À un extrême, existe une composante physique et dans le mot 'physique' s'entend la composante 'biologique' qui n'est pas seulement la composante sexuelle, mais aussi l'engagement de l'être corporel".

"À l'autre extrême, il y a la composante mythologique, la composante imaginaire; et je suis de ceux pour qui le mythe, l'imaginaire n'est pas une simple superstructure, encore moins une illusion, mais une réalité humaine, profonde. Ces deux composantes sont modulées par les cultures, par les sociétés".

"La Rochefoucauld disait que, s'il n'y avait pas eu les romans d'amour, l'amour serait inconnu. Alors, est-ce que la littérature est constitutive de l'amour, ou bien est-ce que simplement elle catalyse et le rend visible, sensible et actif? De toute façon, c'est dans la parole que s'expriment à la fois la vérité, l'illusion, le mensonge, qui peuvent entourer ou constituer l'amour."

"L'amour est enraciné dans notre être corporel, ô paradoxe et, dans ce sens, on peut dire que l'amour précède la parole. Mais l'amour est en même temps enraciné dans notre être mental, dans notre mythe, lequel suppose évidemment le langage, et on peut dire que l'amour procède de la parole. L'amour à la fois procède de la parole et précède la parole."

"Le fait de dire que l'amour est un complexe nécessite un regard polyoculaire. Les constituants de l'amour précèdent sa constitution même. On peut voir l'origine de l'amour dans la vie animale. Cela est justifié parce que nous sommes des mammifères évolués et nous savons que l'affectivité s'est développée chez les mammifères. Il y a donc une source animale incontestable dans l'amour. Les oiseaux manifestent des phénomènes plus proches des nôtres que ceux des primates ou de la plupart des mammifères. Pensons à des couples, à ces oiseaux qu'on appelle 'inséparables' qui passent leur temps à se bécoter, d'une façon quasi obsessionnelle. Comment ne pas voir là l'accomplissement dans des potentialités de cette relation si intense, si symbiotique entre deux êtres d'un sexe différent qui ne peuvent s'empêcher de se donner sans cesse des charmants petits coups de bec."

"Avec les mythes, dès l'humanité archaïque, apparaissent des personnages divinisés, et autour d'eux des phénomènes de culte, de vénération et d'adoration. Nous avons déjà les ingrédients anthropologiques de l'amour, mais ils ne sont pas encore assemblés, ils existent du point de vue physique, biologique, mythologique. Ces consistants vont se cristalliser en amour."

"L'amour se fonde non seulement sur l'union, mais aussi sur la séparation. Lorsqu'il s'accomplit, on peut reprendre la formule que Hegel appliquait à un autre propos: 'c'est l'union de l'union et de la désunion'. L'amour peut comporter le désir, le sexe. Il peut se fixer aussi bien sur la prostituée, qui dès lors se sacralise dans le rôle qu'on lui fait jouer. Mais le véritable amour se reconnaît en ce qu'il survit au coït, alors que le désir sans amour se dissout dans la fameuse tristesse post-coïtale. Vous connaissez l'adage 'homo triste post coitum', celui qui est sujet de l'amour est 'felix post coitum'."

"La bipolarité de l'amour, si elle écartèle l'individu entre amour sublimé et désir infâme, se trouve aussi en dialogue, en communication: il y a des moments bien heureux où à la fois la plénitude du corps et la plénitude de l'âme vont se rencontrer".

"Comme tout ce qui est vivant et tout ce qui est humain, l'amour est soumis au deuxième principe de la thermodynamique qui est un principe de dégradation et de désintégration universel. Mais les êtres vivants vivent leur propre désintégration en la combattant."

"Héraclite disait: 'Mourir de vie et vivre de mort' nos molécules se dégradent et meurent, et sont remplacées par d'autres. Nous vivons en utilisant le processus de notre décomposition pour nous rajeunir, jusqu'au moment où évidemment nous n'en pouvons plus. À la différence d'une machine artificielle qui se dégrade dès qu'elle commence à fonctionner, nous nous usons à force de rajeunir et, à la fin, on en meurt. Il en est de même de l'amour qui ne vit qu'en renaissant sans cesse."

"L'amour, c'est la régénération permanente de l'amour naissant. Tout ce qui s'institue dans la société, tout ce qui s'installe dans la vie commence à subir des forces de désintégration ou d'affadissement. Le problème de l'attachement dans l'amour est souvent tragique, car l'attachement s'approfondit souvent au détriment du désir."

"On peut se demander si ce long attachement du couple qui le consolide, qui l'enracine, qui crée une affection profonde ne tend pas à détruire effectivement ce qui avait apporté l'amour à l'état naissant. Mais l'amour est comme la vie, paradoxal, il peut y avoir des amours qui durent, de la même façon que la vie dure. On vit de mort, on meurt de vie. L'amour devrait pouvoir, potentiellement, se regénérer, opérer en lui-même une dialogique entre la prose qui se répand dans la vie quotidienne et la poésie qui donne de la sève à la vie quotidienne."

" Ce qui est tout à fait remarquable, c'est que l'union du mythologique et du physique se fait dans le visage: les yeux. Dans le regard amoureux, il y a quelque chose qu'on aurait tendance à décrire en termes magnétiques ou électriques, quelque chose qui relève de la fascination du boa sur le poulet, mais qui peut être réciproque. En même temps, dans ces yeux qui portent une sorte de pouvoir extraordinaire, un pouvoir physique, la mythologie humaine a mis des localisations de l'âme."

"Notre visage permet donc de cristalliser en lui toutes les composantes de l'amour. D'où le rôle dès l'apparition du cinéma, de la magnification du gros plan du visage qui, comme l'hologramme, contient la totalité de l'amour. La catégorie du sacré, du religieux, du mystique et du mystère est entrée dans l'amour individuel et elle s'y est enracinée au plus profond."

"On dit de l'amour que c'est une illusion, une folie, une pathologie: le sexe, la jalousie, le plaisir, l'amitié, la tendresse, oui ; mais l'amour est un délire. De fait, la froide raison tend non seulement à dissoudre l'amour, mais aussi à le considérer comme illusion et comme folie. Dans la conception romantique, l'amour devient la vérité de l'être. Y-a-t-il une raison amoureuse comme il y a une raison dialectique, qui dépasse les limitations de la raison glacée?"

"L'amour, c'est le comble de l'union de la folie et de la sagesse. Comment démêler cela? Il est évident que c'est le problème que nous affrontons dans notre vie, et qu'il n'y a aucune clé qui puisse trouver une solution extérieure ou supérieure. L'amour porte justement cette contradiction fondamentale, cette co-présence de la folie et de la sagesse. On peut dire la même chose de l'amour et du mythe. Dès qu'un mythe est reconnu comme tel, il cesse de l'être."

"Nous sommes arrivés à ce point de la conscience où nous nous rendons compte que les mythes sont les mythes. Mais nous nous rendons compte en même temps que nous ne pouvons pas nous passer de mythes. On ne peut pas vivre sans mythes, et j'inclurai dans 'mythes' la croyance à l'amour, qui est un des plus nobles et des plus puissants, et peut-être le seul mythe auquel nous devrions nous attacher. Et pas seulement, alors, amour interindividuel, mais dans un sens beaucoup plus élargi, sans évidemment scotomiser l'amour individuel."

"On ne peut pas prouver empiriquement et logiquement la nécessité de l'amour. On ne peut que parler pour et sur l'amour. Avoir avec notre foi, avec notre mythe l'attitude du pari, c'est être capable de dialoguer, de nous donner à lui, tout en étant critique à son égard. Nous avons aussi un besoin profond, intime, qui tisse notre sens de la vie (nous ne pouvons pas vivre uniquement dans la prose), d'une dialogique permanente entre la prose et la poésie. L'amour fait partie de la poéticité de la vie. Nous devons vivre cette poésie, qui ne peut pas se répondre sur toute la vie parce que, si tout était poésie, tout ne serait que prose. Il n'y aurait pas la différence qui fait la différence. De même qu'il faut de la souffrance pour connaître le bonheur, il faut de la prose pour qu'il y ait de la poésie."

"Dans l'idée de pari, il faut savoir qu'il y a le risque de l'erreur ontologique, le risque de l'illusion. Il faut savoir que l'absolu est en même temps l'incertain. Il faut que nous sachions que, à un certain moment donné, nous engageons notre vie, d'autres vies, souvent sans le savoir et sans le vouloir. L'amour est un risque terrible car ce n'est pas seulement soi que l'on engage. On engage la personne aimée, on engage aussi ceux qui nous aiment sans qu'on les aime, et ceux qui l'aiment sans qu'elle les aime."

"Mais, comme disait Platon de l'immortalité de l'âme, c'est un beau risque à courir. L'amour est un très beau mythe. Évidemment, il est condamné à l'errance et à l'incertitude: 'Est-ce bien moi? Est-ce bien elle? Est-ce bien nous?' "

"Avons-nous la réponse absolue et cette question? L'amour peut aller du foudroiement à la dérive. Il possède en lui le sentiment de vérité, mais rien n'est plus trompeur que le sentiment de vérité qui est à la source de nos erreurs les plus graves. Combien de malheureux (ses) se sont illusionné(e)s sur la 'femme de leur vie', l' 'homme de leur vie' !"

"Mais rien n'est plus pauvre qu'une vérité sans sentiment de vérité. Nous constatons la vérité que deux et deux font quatre, nous constatons la vérité que cette table est une table, et non pas une chaise, mais nous n'avons pas le sentiment de la vérité de cette proposition. Nous en savons seulement l'intellection. Or, il est certain que, sans sentiment de vérité, il n'est pas de vérité vécue. Mais justement, ce qui est la source de la plus grande vérité est en même temps la source de la plus grave erreur."

"C'est pour ça que l'amour est peut-être notre plus vraie religion et en même temps notre plus vraie maladie mentale. Nous oscillons entre ces deux pôles aussi réels l'un que l'autre. Mais dans cette vérité, ce qu'il y a d'extraordinaire. C'est que notre vérité personnelle est révélée et apportée par l'autre. En même temps, nous voyons et nous découvrons la vérité de l'autre dans l'amour."

"L'authenticité de l'amour, ce n'est pas seulement de projeter notre vérité sur l'autre et finalement ne voir l'autre que selon nos yeux, c'est de nous laisser contaminer par la vérité de l'autre. Il ne faut pas être comme ces croyants qui trouvent ce qu'ils cherchent parce qu'ils ont projeté la réponse qu'ils attendaient. Et c'est ça, aussi, la tragédie: nous portons en nous un tel besoin d'amour que parfois une rencontre au bon moment ou peut-être au mauvais moment déclenche le processus du foudroiement, de la fascination."

"À ce moment-là, nous avons projeté sur autrui ce besoin d'amour, nous l'avons fixé, durci, et nous ignorons l'autre qui est devenu notre image, notre totem. Nous l'ignorons en croyant l'adorer. C'est là, effectivement, une des tragédies de l'amour. L'incompréhension de soi et de l'autre. Mais la beauté de l'amour, c'est l'interprétation de la vérité de l'autre en soi, de celle de soi en l'autre, c'est de trouver sa vérité à travers l'altérité."

"La question de l'amour revient à cette possession réciproque: posséder ce qui nous possède. Nous sommes des individus produits par des processus qui nous ont précédés: Nous sommes possédés par des choses qui nous dépassent, et qui iront au-delà de nous mais, d'une certaine façon, nous sommes capables de les posséder. Nous ne les utilisons pas pour nous égoïstement mais pour constituer la trame et l'expérience même de la vie. La recherche de l'amour est, selon la formule de Rimbaud, la recherche d'une vérité qui soit à la fois dans une âme et dans un corps."

"L'amour n'est-il qu'une chimère? N'est-il que le résultat d'un calcul intéressé? Rien ne permet de penser que ceux qui disent s'être mis à vivre ensemble par amour n'éprouvent pas ce sentiment. Mais il serait erroné de limiter le sentiment amoureux à des préférences inexplicables ou à des besoins mystérieux se développant hors de toute inscription sociale. Le lien qui se forme entre deux personnes lors d'une rencontre amoureuse a un contenu social."

"En somme, l'amour ne révolutionne guère la structure sociale, parce qu'il est lui-même structuré par des contraintes invisibles. Le jeu ségrégatif de la sociabilité, la distribution sociale des goûts et des préférences, la structure inégalitaire des rapports entre hommes et femmes orientent avec fermeté les choix conjugaux, aussi spontanés et romanesques qu'ils paraissent."

"On peut se dire en amour même si le couple va très mal. La notion d'amour est très abstraite. Des femmes battues vont dire 'je l'aime quand même'..."

"F. Benoît et co. notent dans le vocabulaire actuel sur le couple un rapprochement entre rapports amoureux et rapports marchands.
Aujourd'hui, on déclare 'investir dans une relation'; 'se caser, c'est un placement'; 'se fiancer, c'est se financer'; 'on fait des ententes avec son partenaire, on passe un marché mais il arrive que celui-ci ne soit plus rentable'; c'est alors qu'on parle d'échec et même de la 'faillite de la relation'."