jeudi 11 novembre 2010

ENFANTS ET LE DIVORCE - 4e partie

Neuf (9) stratégies utilisées par l’enfant ont été répertoriées :

1 - Stratégie de réconciliation
Peut s’exprimer par le développement de comportements symptomatiques ou par des comportements de régression. L’enfant recherche ainsi à maintenir ses parents ensemble dans une interaction le concernant.

2 - Stratégie pour réduire la détresse de la séparation
L’enfant peut avoir de fortes réactions émotives lors des visites de ses parents car il réexpérimente à chaque fois l’anxiété de la séparation. Le parent peut très bien interpréter cela comme un refus de voir l’autre parent alors que c’est l’expression d’une détresse psychologique.

3 – Stratégie pour déclencher les tensions. Souvent la tension entre des parents séparés hostiles est ressentie par l’enfant comme un volcan en attente d’éruption. L’enfant, inconsciemment ou non, s’offre alors lui-même temporairement comme bouc émissaire afin d’absorber l’hostilité existant entre ses deux parents.

4 – Stratégie pour vérifier l’amour
Wallerstein et Kelly ont démontré combien les parents sont peu présents pendant la première année qui suit le divorce. L’enfant a peur de perdre ses parents et il sera porté à tester l’amour qu’ils éprouvent pour lui.

5 – Stratégie pour vérifier la loyauté
L’enfant peut se sentir terriblement tiraillé entre ses deux parents et penser qu’il ne peut les aimer tous les deux étant donné qu’ils ne s’aiment pas mutuellement. L’enfant sacrifiera alors un parent au profit de l’autre. Il développera un lien dysfonctionnel très proche avec un parent et un lien dysfonctionnel distant avec l’autre parent. L’émotion sous-tendue est la peur de perdre les deux parents.

6 – Stratégie de recherche d’équilibre et de justice absolue
Les enfants de presque tous les âges vont essayer de rendre les choses égales entre les deux parents. Ils pensent devoir garder la paix entre les deux parents et partager également des concessions entre les deux. Ils cherchent ainsi à éviter le conflit.

7 – Stratégie pour protéger l’estime de soi des enfants
Les enfants sont souvent des cibles faciles pour exprimer la rancœur des parents. L’enfant trouvera une façon de prendre une distance vis-à-vis el parent qui lui cause ce malaise. Par exemple : espacer les visites au père pour éviter les critiques de ce dernier; développer une maladie psychosomatique pour éviter la visite.

8 – Stratégie pour protéger l’estime de soi des parents
Les enfants sont souvent conscients de la fragilité de l’estime de soi des parents, surtout après la séparation. Les enfants plus sensibles aux sentiments de leurs parents feront des efforts pour les soutenir (par exemple : un enfant peut dire à chacun de ses parents qu’il veut vivre ave chacun d’eux). Au fond, l’enfant a peur de vivre un abandon émotif et veut les renforcer pour qu’ils prennent soin de lui.

9 – Stratégie pour encourager un style de vie permissif
Un médiateur peut rencontrer des adolescents et des enfants plus âgés qui manipulent le divorce à leur avantage immédiat. Ces enfants semblent manifester peu de détresse émotionnelle. Ceci peut exprimer un manque de lien particulier avec un parent ou un degré exceptionnel de manipulation ou qu’ils savent se retirer du piège du conflit parental. Par exemple : l’enfant qui choisit de vivre avec le conjoint dont la vie est plus confortable. (Saposnek).

Finalement, Saposnek est clair sur ce sujet : les enfants participent activement au divorce des parents. Ils peuvent, sans le vouloir, contribuer activement au conflit par des comportements qui sèment la confusion et provoquent les parents de façon non intentionnelle. Pourtant ce qu’ils expriment par-dessus tout, c’est leur besoin de garder l’amour des deux enfants.

Face à ces stratégies, le médiateur qui analyse et intervient de manière systémique a un rôle très important à jouer auprès des familles.

« Le médiateur est dans une position pour utiliser cette information afin de
réduire l’aigreur entre les parents. En offrant une explication détaillée de la
nature générale des stratégies des enfants et en discutant celle utilisée
particulièrement par leur enfant, le médiateur peut aider les parents à démêler
la séquence des événements qui conduisent à la dispute sur la garde ou la
visite. » (Saposnek, traduction libre).



* à suivre *

mercredi 10 novembre 2010

ENFANTS ET LE DIVORCE - 3e partie

L’expression des besoins de l’enfant – stratégies utilisées

Les enfants ont souvent des façons très confuses, détournées et limitées d’exprimer leurs besoins, compte tenu de leur âge et de la qualité de communication de la famille. Ceci rend difficile pour les parents de comprendre et de satisfaire ces besoins. Par exemple, un enfant me dit qu’il travaille plus fort à l’école et il ajoute : « Mon cadeau, c’est que papa revienne à la maison ». Face aux bons résultats scolaires, les parents peuvent déduire à tort que leur enfant n’est pas affecté par leur divorce.

Dans une perspective systémique, tous les membres de la famille sont vus comme des collaborateurs du processus interactif. Le comportement de l’enfant a pour fonction d’exprimer ses propres besoins mais vise aussi à communiquer la détresse de la famille, à élever le conflit pour provoquer sa résolution.

Dans les familles intactes, il y a certaines occasions où l’enfant provoque volontairement un conflit avec l’un de ses parents. À d’autres moments, il est la victime innocente des disputes de ses parents. Toutefois, il y a une troisième situation plus commune, en accord avec la théorie des systèmes familiaux, où l’enfant participe au conflit entre ses parents. Saposnek le nomme : « un collaborateur innocent mais fonctionnel ». Par exemple, l’enfant dit à chacun de ses parents qu’il veut demeurer avec lui. Chacun croira que l’autre lui monte la tête alors que l’enfant exprime sa peur de les perdre. Il est en plein conflit de loyauté.

« De ce point de vue, il appert que l’enfant, en essayant de combler ses besoins, initie et participe dans une séquence comportementale qui résulte dans un conflit parental déclaré. » (Saposnek, traduction libre).

Ces stratégies sont pour l’enfant des tentatives d’adaptation et il les choisira en fonction de ses besoins émotifs, de ses habiletés sociales, de son tempérament, de son niveau de conscience et aussi de ce qui risque de toucher émotivement ses parents. Les stratégies sont fonctionnelles mais non rationnelles. Plus jeune est l’enfant et plus ambiguës sont les significations de ses comportements, plus le champ des interprétations est ouvert et vulnérable au climat de méfiance des parents.


* à suivre *

mardi 9 novembre 2010

ENFANTS ET LE DIVORCE - 2e partie

Besoin des enfants

Notre réflexion sur ce thème provient de notre pratique ne thérapie familiale et de notre expérience en médiation. Les écrits de Françoise Dolto nous ont également inspiré, entre autres Quand les parents se séparent, paru en 1988.

Dolto parle de la nécessité de maintenir trois continuums dans la vie du jeune enfant (0 – 8 ans) lors du divorce de ses parents :
- Le continuum du corps, ce qui correspond à son être intime. La maison fait partie de ce continuum dans le sens où le corps de l’enfant s’identifie à la maison dans laquelle il vit. Son corps s’est construit dans un certain espace avec ses parents qui étaient là. Si l’espace change, l’enfant ne s’y retrouve plus dans ses repaires spatiaux et temporels.

- Le continuum de l’affectivité, c’est-à-dire pouvoir maintenir des liens avec ses deux parents. Ce n’est pas l’enfant qui divorce mais bien les parents. Il a besoin de sentir qu’il a le droit d’aimer et d’être aimé de ses deux parents. Les parents peuvent dire à l’enfant qu’ils ne regrettent pas leur mariage à cause de sa naissance et surtout qu’ils continueront à l’aimer, entièrement, même dans sa partie qu’il a hérité de l’autre conjoint.

L’enfant a aussi besoin d’avoir accès à ses deux lignées parentales même lorsqu’un des parents a disparu. L’enfant a besoin de plusieurs modèles d’identification féminine et masculine présentés par ses parents, grands-parents, oncles et tantes. L’enfant est issu de ses deux lignées et il a besoin de ses racines pour continuer à grandir.

- Le continuum de la vie sociale, ce qui correspond à son être social – les amis, l’école, le quartier. Plus l’enfant a investi son être social, plus le parent devra être attentif à l’impact sur l’enfant d’une trop grande demande d’adaptation sociale, surtout dans une période de crise où le jeune a justement besoin du soutien de ses amis. (Dolto).

D’autres besoins peuvent aussi être invoqués : celui d’informer les enfants des projets de séparation de leurs parents, y compris les tout-petits. Il est aussi nécessaire que cette annonce se fasse dans une situation triangulée, c’est-à-dire conjointement par le père et par la mère. L’enfant a besoin pour se déculpabiliser d’entendre les raisons de la séparation de ses parents. Il n’a pas besoin de réentendre les blâmes mutuels. Ce qui est motif de divorce, c’est que chacun veut retrouver sa liberté, soit sa liberté sexuelle, soit sa liberté d’action, soit sa liberté pécuniaire, parce qu’il n’y a plus d’amour, qu’il n’y a plus de désir de rester ensemble.

Françoise Dolto insiste par-dessus tout pour que l’enfant soit entendu, ce qui n’implique nullement qu’on fasse ensuite tout ce qu’il demande. Il est nécessaire pour que l’enfant humanise son vécu qu’il passe par l’expression verbale de ses sentiments.

« Il faut soutenir chez un jeune la liberté de penser et de s’exprimer sur
la situation qui lui est faite. Comme il aura pu en parler, il sera reconnu
comme quelqu’un qui a le droit de penser et il ne sera plus dans le désespoir de
la solitude. »


* à suivre *

lundi 8 novembre 2010

ENFANTS ET LE DIVORCE - 1e partie

Le divorce n’est pas obligatoirement traumatisant pour l’enfant. Il peut souffrir, avoir de la peine, vivre de la colère, avoir peur, ce sont des sentiments humains. Dans la mesure où il peut s’exprimer sur ses propres sentiments et ses besoins, où il voit que ses parents règlent leurs différends avec une attitude de collaboration et maintiennent tous deux des liens aimants envers leur enfant, ce dernier pourra vivre le divorce de ses parents comme une expérience de maturation sociale et personnelle et poursuivre son développement normal.

La médiation nous apparaît comme un lieu privilégié pour aider les familles à vivre cette étape dans l’esprit d’une expérience de maturation.

Ce texte apporte une réflexion sur certains éléments présents dans le processus de divorce : la difficulté d’assumer le rôle de parents lors d’un divorce, les besoins des enfants et les stratégies qu’ils utilisent pour exprimer leurs besoins et leur détresse. Finalement, nous aborderons la place nécessaire qu’on doit faire aux enfants dans le processus de médiation afin de les aider à verbaliser et humaniser en eux cette expérience cruciale du divorce de leurs parents.

La difficulté d’assumer le rôle de parents au moment du divorce

Plusieurs auteurs, tels Wallerstein et Kelly, Saposnek et Dolto, s’accordent à dire que les parents, en période de conflit et de divorce, voient diminuer temporairement leur capacité parentale de veiller au meilleur intérêt de leurs enfants.

En effet, le conflit conjugal et la crise menant à l’éclatement du couple submergent les parents d’émotions puissantes. Chacun se retrouve souvent en position de survie affective où les besoins de l’enfant en peuvent trouver une écoute satisfaisante.

Selon Saposnek, le stress du divorce rétrécit la perception parentale des besoins de leurs enfants. L’intensité de la colère et de la peine peut limiter leurs capacités de séparer leurs propres besoins de ceux des enfants. Par exemple : un père qui s’oppose à la demande de divorce de sa femme et qui n’avait pas revu sa fille depuis un mois nous dit : « Je ne suis pas ne train de me rapprocher de ma fille mais plutôt d’essayer de me séparer de ma femme ».

En médiation, les parents ont besoin d’être sensibilisés et confrontés lorsque des situations de négligence affective des enfants sont évidentes. Songeons à la situation où l’enfant est triangulé dans le conflit parental, porte-parole des messages et des règlements de comptes de ses parents (pension non payée, droit de visite non respecté). Les parents ne saisissent souvent pas toute l’importance du conflit de loyauté dans lequel un enfant se retrouve lors du divorce de ses parents. Ils ignorent totalement ce conflit lorsqu’ils demandent à l’enfant de choisir entre papa et maman.

Les enfants ressentent la détresse des parents et vivent souvent leur propre détresse dans l’isolement. Les expériences de groupes par des intervenants sociaux auprès d’enfants de parents divorcés témoignent de ce silence qui leur est imposé. Comme ils n’ont pas de lieu où parler de ce qu’ils vivent, ils s’expriment en « acting out », en régression ou en maladie psychosomatique, en troubles de comportement de toutes sortes.

La culpabilité des parents qui divorcent est grande à l’égard de l’enfant et ce sentiment peut limiter la capacité du parent à entendre la souffrance de l’enfant.

À notre sens, le médiateur joue un rôle important pour favoriser un dialogue entre parents et enfants et suggérer à la famille une aide thérapeutique complémentaire si nécessaire. Dans notre expérience en médiation, les parents ont exprimé un grand besoin d’être aidés à comprendre le vécu et les besoins de leurs enfants au moment de la séparation et du divorce.

* à suivre *

vendredi 5 novembre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 12e partie

Conclusion

Le conflit interpersonnel existe toujours en médiation puisque deux parties poursuivent des objectifs opposés. La question est de savoir ce que l’on fait avec le conflit. Comment le gère-t-on? Comment l’utilise-t-on? Les conflits font partie de la vie et sont des occasions de façonner de nouveaux rapports entre les individus et d’inventer de nouveaux moyens de gérer les problèmes quotidiens. Le défi est de savoir comment les utiliser d’une façon productive. Les individus trouvent des nouvelles avenues lorsque l’on cesse de voir le conflit comme une bataille à gagner mais plutôt comme un problème à régler. Une conception positive des conflits et l’utilisation de la médiation pour les gérer sont les éléments de la médiation pour les gérer sont les éléments-clés d’une intervention qui vise à promouvoir le bien-être individuel et social.

De plus en plus, la médiation s’impose dans le champ des relations humaines. Des expériences de médiation ont été tentées avec succès dans les écoles pour minimiser l’impact négatif des conflits interpersonnels et permettre des relations harmonieuses entre les différents groupes. Les conflits entre les parents et les enfants peuvent également bénéficier des mécanismes de collaboration suggérés par la médiation. Elle favorise l’utilisation formelle ou informelle d’une tierce personne pour gérer efficacement les différends interpersonnels. Elle présuppose des habiletés de communication, un contrôle du processus et une transformation des éléments du conflit. Le recours à une tierce personne pour gérer les litiges n’est pas la seule solution possible. Cependant, lorsque les ponts sont brisés et que la communication interpersonnelle est inefficace, la médiation offre des possibilités d’une gestion constructive des conflits.

jeudi 4 novembre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 11e partie

Le médiateur doit aussi diriger activement l’entrevue. Il assume le contrôle de la structure et du processus; il crée l’atmosphère, donne le rythme, facilite les échanges interpersonnels, interrompt un discours inapproprié et permet aux individus de se sentir à l’aise pour exprimer leurs points de vue. Son questionnement direct et précis fera surgir les informations manquantes et contribuera à générer les informations et les clarifications essentielles à la compréhension de la situation.

Une autre technique importante à la portée du médiateur est le recadrage. Elle consiste à changer la signification ou la charge émotive d’une interaction. Cette technique consiste à rediriger l’action dans un contexte « normalisé » et positif et à resituer une interaction dans un contexte où le changement devient possible. Changer le blâme en requête est une technique très efficace. Cette reformulation permet de s’éloigner d’un comportement répétitif basé sur la désapprobation et d’identifier les changements susceptibles de faire disparaître les causes du conflit.

Donald Saposnek a développé une technique qu’on peut appeler le désamorçage. Elle consiste à verbaliser les comportements destructifs et les nommer de façon à les décourager. En d’autres termes, il s’agit d’identifier un comportement indésirable en prédisant son avènement et en suggérant des façons plus efficaces de gérer la difficulté.

L’utilisation des métaphores est une autre technique à la disposition du médiateur. Elle lui permet de persuader indirectement par une anecdote ou un récit dramatisé. En faisant allusion d’une façon subtile aux changements possibles ou réalisés ou en décrivant une choses en utilisant des termes qui s’appliquent à une autre, le médiateur permet de sensibiliser les individus à une réalité différente et à un comportement plus constructif.

Prescrire des tâches et donner des informations précises ont pour but d’identifier les « devoirs à faire » et de clarifier ainsi les possibilités d’action. Le médiateur fournira les renseignements ignorés par le client et lui facilitera l’utilisation d’une ressource méconnue.

Enfin, le médiateur saura utiliser à bon escient les techniques de confrontation. Elles consistent à amener les individus à faire face au décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait; c’est une invitation à examiner sa propre conduite et la modifier selon la situation.

Cette liste des techniques n’est pas exhaustive mais elle représente des outils efficaces pour gérer les conflits interpersonnels. Ces habiletés doivent demeurer congruentes avec les principes de base de la médiation qui sont de redonner le pouvoir aux personnes et leur permettre de prendre elles-mêmes les décisions qui les concernent. Elles doivent permettre d’utiliser les compétences individuelles au maximum.


* à suivre *

mercredi 3 novembre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 10e partie

Les techniques de la programmation neurolinguistique suggèrent des outils de communication efficaces. Elles permettent aux individus de comprendre le système de représentation de l’autre. Ces techniques mettent l’accent sur le déroulement de la communication et non sur le contenu. Elles permettent de développer une acuité sensorielle, une flexibilité de comportement et une congruence. Elles visent à aider les individus à utiliser à fond leurs compétences personnelles plutôt que de se limiter à des comportements répétitifs qui restreignent leur liberté d’expression. Soulager l’individu des obstacles à une vision objective de la difficulté à surmonter, le mettre en contact avec ses désirs les plus profonds et lui permettre d’être à l’écoute de lui-même et des autres sont les objectifs de ces techniques.

Le médiateur utilisera également d’autres techniques d’entrevue qui sont susceptibles de faire progresser la négociation des conflits interpersonnels. Les techniques énumérées ici pourraient être utiles.

La première est l’écoute active. Le médiateur saura non seulement démontrer une compréhension empathique de l’expérience des participants mais il fera ressortir la démarche concrète qui s’impose; il utilisera les techniques de reflet, de paraphrases, du maintien du contact, etc. Ici la connotation positive, l’acceptation et le respect de la personne humaine sont des éléments essentiels. L’observation des comportements permettra une compréhension du vécu émotif des personnes. Par l’utilisation appropriée des questions ouvertes et fermées, le médiateur pourra reconnaître les enjeux importants d’une situation.


* à suivre *

mardi 2 novembre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 9e partie

Les techniques de communication

La communication est le véhicule de l’expression du conflit. La reconnaissance du conflit et l’expression de celui-ci sont les premiers pas vers sa gestion. On sait que les conflits non exprimés sont impossibles à gérer et résultent en des frustrations qui conduisent à la rupture de la relation interpersonnelle. En plus d’une capacité à évaluer les éléments d’un conflit, à identifier les intérêts en jeu et à susciter la motivation à une meilleure gestion des conflits, le médiateur se doit d’être un communicateur habile qui sait utiliser le processus et le contenu de l’échange pour favoriser une interaction constructive. Sans craindre le conflit, il doit naviguer dans des eaux troubles et utiliser toutes ses ressources pour permettre aux parties de dépasser le désir de vengeance et d’agressivité pour les centrer sur la tâche à accomplir. Les principes exprimés précédemment seront précieux. Le rôle du médiateur n’est pas de manipuler les individus ou de réduire le conflit mais bien d’en faciliter la gestion immédiate et d’établir des procédures pour la gestion de tels conflits dans le futur. La tâche du médiateur est de favoriser un climat où les parties seront dans une disposition d’esprit qui leur permettra de s’ouvrir aux possibilités qui s’offrent à eux. Les techniques de communication doivent être utilisées pour réduire les obstacles à une compréhension des enjeux et à une recherche des intérêts mutuels. Il existe plusieurs approches et techniques de communication qui peuvent susciter cette coopération. Le défi est de concilier les intérêts personnels et les intérêts communs. Le médiateur doit être en mesure d’influencer le processus pour faire avancer le débat et promouvoir une gestion des conflits qui tiendra compte des besoins, des valeurs et des intérêts de tous les acteurs concernés.


* à suivre *

lundi 1 novembre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 8e partie

Le cheminement d’une négociation

Le graphique 2 illustre le mode d’établissement d’une position au moment d’un conflit ou d’une négociation. La personne émet une prise de position basée sur ses perceptions de ce qui est réalisable. Cette perception s’est développée à partir de l’hypothèse ou des hypothèses que l’on a identifiées comme susceptibles de répondre d’une manière satisfaisante à ses besoins, de tenir compte de ses valeurs ou d’être à la mesure de ses intérêts. En d’autres termes, on bâtit sa position en partant, par exemple, d’une valeur ou d’un besoin suivi par une hypothèse sur la façon de satisfaire ce besoin; cette hypothèse conduit à une perception qui à son tour se convertit en position. Comme les positions sont trop polarisées et impossibles à changer et que les besoins, les valeurs et les intérêts sont difficilement changeables, le négociateur ou le médiateur se concentrera sur les hypothèses émises et créera des doutes sur la valeur d’une seule hypothèse pour rencontrer les besoins identifiés. Il existe d’autres hypothèses qui peuvent également être envisagées et qui comporteront une capacité d’incorporer les besoins mutuels des parties. Le médiateur devient un générateur d’idées capable de présenter des options nouvelles de façon à agrandir la gamme des possibilités.


Le médiateur doit connaître les besoins, les intérêts et les valeurs qui se cachent derrière les positions rigides des individus et travailler à identifier les intérêts qui pourront faciliter le compromis et la collaboration. Le principal outil à la disposition du médiateur est la communication.

vendredi 29 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 7e partie

La négociation raisonnée

Dans « Comment réussir une négociation », Fisher et Ury présentent quatre principes d’une négociation basée sur les intérêts qu’ils appellent une négociation raisonnée. Les mots-clés sont les individus, les intérêts, les options et les critères.

Le premier principe est de « traiter séparément les questions de personnes et le différend ». Trop souvent, dans un conflit, on est davantage motivé par la peur et la colère ou encore par le désir de vengeance plutôt que par le désir de trouver une solution au problème à résoudre. Les difficultés de communication peuvent se résumer en trois points : on ne se parle plus; on n’écoute pas ce que l’autre dit; ou encore on interprète faussement les propos de l’autre. De là l’importance d’une reprise du dialogue, d’une communication claire et précise et d’une clarification des malentendus. L’accent est mis ici sur la création d’un climat de coopération plutôt que sur un règlement de compte basé sur les différences individuelles; c’est de susciter un intérêt vers un problème à résoudre et de travailler ensemble vers un but commun plutôt que de tenter d’augmenter son pouvoir personnel. De plus, les individus sont aussi motivés par l’intérêt de préserver des relations positives avec l’autre partie. En matière de divorce, par exemple, les individus savent qu’ils continueront d’être des parents et qu’ils ont avantage à maintenir des liens opérationnels avec l’autre parent. S’ils sont convaincus de cela, ils seront motivés à trouver un terrain d’entente et des solutions qui seront mutuellement acceptables.

Si le premier principe considère les aspects relationnels, le deuxième s’adresse à l’objet du litige. Il suggère de « se concentrer sur les intérêts et non les positions ». Le conflit s’exprime habituellement par une prise de position radicale et non équivoque. « Les enfants resteront avec moi et ils ne seront pas soumis à la présence de ta nouvelle partenaire » dira l’épouse trahie qui craint d’être remplacée par cette nouvelle partenaire dans le cœur de ses enfants. Plus on clarifie la prise de position, plus on la défend. Le danger est de mettre toutes ses énergies à gagner une position plutôt que de rechercher à satisfaire ses besoins ou intérêts. Les prises de position distancient les parties et se limitent aux intérêts individuels aux dépens des intérêts mutuels et conciliables. Le graphique 1 illustre bien la différence entre les intérêts et les positions. Lorsque les parties présentent leurs positions, l’écart qui les sépare est insurmontable et les positions sont nettement incompatibles. Par ailleurs, lorsqu’on examine les intérêts en jeu, on constate une certaine mutualité d’intérêts qui représente un espoir d’en arriver à une solution négociée. La position représente les intérêts d’une seule partie et masque des préoccupations, des désirs, des peurs sous-jacents. Les positions sont l’expression de la perception d’une solution unique pour un intérêt donné, alors qu’il existe beaucoup d’autres solutions qui pourraient être envisagées. De là l’avantage de mettre l’accent sur les intérêts qui rapprochent les individus plutôt que sur les positions qui les divisent.
Le troisième principe est « d’inventer des solutions procurant un bénéfice mutuel ». Suggérer des solutions différentes, créer des options et des scénarios qui n’avaient pas encore été considérés, semer des doutes sur la validité de la position avancée amènent les parties à élargir le champ des possibilités et à considérer autre chose que la position avancée. Lorsque l’on tente de résoudre un conflit et de rivaliser avec un adversaire, on se limite à une vision très limitée de la réalité. Pour résoudre le conflit, il faut agrandir la sphère des possibilités.

Enfin le dernier principe concerne « l’utilisation de critères objectifs ». Les critères et procédures doivent être identifiés au préalable. Les parties doivent s’entendre sur les procédures à suivre pour régler le litige. La procédure doit garantir l’équité. Les critères peuvent être basés sur des standards tels que le coût, l’efficacité, les précédents, la réciprocité, etc. Pour un couple en instance de divorce, par exemple, on peut s’entendre sur les modalités des contacts avec les enfants et sur la contribution financière avant de décider de l’endroit de la résidence.

Ces quatre principes de collaboration peuvent guider les individus dans la poursuite d’une gestion efficace de leur différend.


* à suivre *

jeudi 28 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 6e partie

Implications pour l’intervention

Le conflit est une lutte concernant des objectifs qui sont perçus comme étant incompatibles. Il importe de bien connaître les objectifs poursuivis et les enjeux qui sous-tendent le conflit. Quand les objectifs poursuivis sont clairs, ils sont plus facilement atteints ou modifiables. Plusieurs instruments d’évaluation ont été développés pour assurer une meilleure compréhension d’un litige. L’analyse de la situation est le premier pas vers une action réfléchie. Cette analyse se fait conjointement avec les différents acteurs du conflit.

Pour une gestion efficace du conflit, le médiateur devra tenir compte des éléments suivants dans ses interventions auprès des parties en conflit :
- présenter des choix et options qui sont à l’intérieur des possibilités des parties impliquées;
- traiter les conflits comme une expérience interpersonnelle, non pas comme des choses à régler;
- prendre la responsabilité pour que la communication soit claire et précise;
- se rappeler que les conflits se composent d’un contenu et de relations interpersonnelles;
- inclure les éléments émotionnels et les données objectives dans la formulation des objectifs à poursuivre;
- éviter d’atteindre un accord prématuré;
- commencer la négociation par les points les plus faciles à résoudre;
- éviter de faire prendre position et de céder trop facilement;
- éviter d’énoncer les buts en termes de gagnant et de perdant : parler en termes de ce qui est mutuellement désirable pour les deux parties;
- partager les sentiments positifs et montrer de la compréhension pour les points de vue des autres.


* à suivre *

mercredi 27 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 5e partie

La médiation comme processus de gestion des conflits

La médiation est une approche qui a émergé au cours de la dernière décennie comme moyen efficace de gérer les conflits interpersonnels. Appliquée au domaine des conflits familiaux et conjugaux, elle offre les possibilités d’une intervention constructive auprès des individus et des familles. Elle leur permet de garder la mainmise sur les décisions à prendre et de conserver ainsi l’intégrité de leur autonomie individuelle ou familiale. (Lévesque).

La médiation comme processus de résolution des conflits, ou mieux encore comme processus de gestion des conflits, vise à enlever les obstacles à une utilisation positive des conflits et à favoriser les opportunités de croissance. Le médiateur a la responsabilité du processus; il est un guide qui permet aux individus de ne pas éviter les conflits et de traiter de leurs différences et divergences sans couper les ponts d’une façon définitive. En d’autres termes, la médiation veut s’attarder au côté « opportunité » du conflit. Contrairement à l’intervention thérapeutique qui explore en profondeur le sens des relations interpersonnelles conflictuelles, la médiation est une façon de gérer les conflits tout en gardant le contrôle sur la décision à prendre et sans pour autant effectuer un changement profond de la personnalité.
* à suivre *

mardi 26 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 4e partie

Les réactions personnelles au conflit

Face à un conflit, les individus ont différents choix qui s’offrent à eux. Selon leurs expériences de vie, leur personnalité, leur pouvoir politique et personnel, les enjeux, leurs croyances et intérêts, ils réagissent différemment lorsque confrontés à une situation conflictuelle. Ils développent un style personnel et une approche caractéristique qui ont une signification pour eux. Il n’y a pas nécessairement un style meilleur qu’un autre. L’adaptabilité du style et la flexibilité de l’individu face aux exigences de la situation sont des atouts importants.

Pour les uns, l’évitement du conflit est la première façon de réagir. Tout est mis en œuvre pour l’ignorer et agir comme si le conflit n’existait pas. La confrontation doit être évitée à tout prix. Le problème à résoudre est balayé en dessous du tapis. Certaines personnes voient le conflit comme l’indication d’un problème profond et veulent l’éviter ou le reporter à plus tard. Satir a identifié des modes de communication dysfonctionnels qu’on pourrait utiliser ici pour faire le parallèle avec la réaction personnelle face à un conflit. La personne ne cherche qu’à plaire pour éviter la confrontation. Elle s’excuse d’une façon excessive et tente de disparaître pour ne pas déplaire. Elle est prête à tout même à ses propres dépens pour ne pas amorcer une confrontation. Satir fait le lien ici avec une estime de soi faible.

Une autre façon de répondre au conflit est d’en causer l’escalade, de l’élargir et de l’envenimer pour enfin percer l’abcès. Profiter du conflit pour tenter de gérer l’ensemble de la relation. Le type « blâmant » décrit par Satir correspond bien à ce type de réponse.

On peut aussi minimiser le conflit et le réduire à sa plus simple expression. Au lieu de le gérer, on lui donne une importance moindre. « Tu t’en fais toujours pour rien ». « Tu vois des problèmes partout ». Le type « hors propos » de Satir convient bien à cette description.

Enfin, le maintien du conflit est une stratégie souvent choisie par les individus. Cette décision est habituellement liée à des gains anticipés résultant du maintien du conflit.

Selon Hart and Burks, la flexibilité du comportement, c’est-à-dire la possibilité de changer son comportement en fonction des situations, est une des qualités importantes à développer pour le facilitateur ou le médiateur dans un conflit interpersonnel. Ne pas avoir un style unique de communication, mais plutôt un style qui va s’adapter aux besoins des parties en litige. La capacité de ne pas céder sous la pression et de fonctionner malgré l’ambiguïté de certaines situations est essentielle à une gestion efficace des conflits.

En définitive, il est important d’altérer la structure d’un conflit et de la restructurer pour en assurer la gestion. Il faut observer les comportements, identifier les options possibles et finalement faire ressortir les avantages à une solution qui tiendra compte des intérêts en jeu. La médiation comme processus de gestion des conflits doit considérer ces trois éléments.


* à suivre *

lundi 25 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 3e partie

Les sortes de conflits

La reconnaissance du conflit est le premier pas vers une gestion efficace de celui-ci. Les conflits peuvent se catégoriser de diverses façons. Pour le médiateur, il importe de bien évaluer les causes du conflit avant de choisir la méthode d’intervention appropriée. Wehr a identifié six causes principales et suggéré des procédures d’intervention. La première tâche du médiateur est de bien comprendre les causes du conflit et de diriger l’énergie des participants à trouver une solution.

Le litige peut être dû à un problème d’information. Il y a alors conflit sur les données. Les informations peuvent être insuffisantes, fausses et tout simplement être l’objet d’une évaluation ou d’une interprétation différente de la part des parties, soit qu’on ne donne pas la même importance aux mêmes choses ou qu’une interprétation personnelle des données empêche les individus de gérer le différend. Le médiateur doit alors s’assurer que toutes les données soient disponibles et clairement comprises, que l’on s’entende sur les priorités et que des critères communs soient développés pour débloquer l’impasse.

Les conflits de valeurs divisent fréquemment les individus. On utilise, par exemple, des critères différents pour évaluer ce qui est acceptable ou non dans un comportement. Les styles de vie diffèrent considérablement d’une culture à l’autre et à l’intérieur de la même culture. Les idéologies et les religions donnent naissance à des croyances et à des attitudes qui sont déterminantes pour la conduite et le comportement. Face aux conflits de valeurs, le médiateur évitera de définir les problèmes en termes de valeurs; il laissera les accords et les désaccords s’exprimer et tentera de trouver les points qui seront mutuellement acceptables pour les parties en litige.

Les conflits d’intérêts se rencontrent fréquemment dans les rapports entre les individus. Ils sont basés sur la compétition réelle ou perçue , ou encore sur des divergences basées sur le contenu ou sur les procédures. Ces conflits donnent lieu à des positions rigides de la part des acteurs. Le médiateur mettra l’accent sur les intérêts mutuels qui se cachent derrière les positions. Il cherchera à créer des options et à développer des solutions qui permettront la satisfaction des besoins. Il soulignera les forces en jeu et tentera d’ébranler les positions qui ne font qu’accentuer les différences.

Les conflits peuvent aussi être de type relationnel. Ces conflits se rencontrent souvent là où les individus ont été liés par des relations intimes. Les émotions négatives sont grandes et empêchent de voir les éléments de solution du litige. Les émotions ont besoin d’être contrôlées et la communication améliorée. Le médiateur favorisera la communication directe et tentera de créer un climat de confiance propice au développement de perceptions réciproques plus positives.

Enfin, au autre type de conflits est le conflit structurel. Il est souvent causé par une distribution inégale des ressources ou encore par un déséquilibre dans les pouvoirs que détiennent les parties. Les contraintes de temps ou les contraintes géographiques sont aussi génératrices de conflits structurels. Dans ce type de conflits, les modes de comportement et d’interaction sont souvent destructeurs. Le médiateur tentera d’établir une façon plus juste et plus démocratique de prendre les décisions, d’atténuer les modes de comportement négatifs et de favoriser une meilleure distribution des ressources.


* à suivre *

vendredi 22 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 2e partie

La nature des conflits

La conception des conflits a varié à travers les époques. Robbins a identifié trois façons différentes de considérer les conflits dans les organisations : la conception traditionnelle, la conception behavioriste et la conception moderne. La conception traditionnelle a prédominé durant les années 1930 et 1940, à savoir que les conflits étaient indésirables et devaient être évités à tout prix. La conception behavioriste qui caractérisait les années 1950 et 1960 définissait les conflits comme étant inévitables mais ne devant pas être encouragés. Et enfin, la conception moderne des conflits préconise la nécessité du conflit comme un élément de la qualité de vie de l’organisation. Dans cette perspective, le conflit ne doit pas être évité ou supprimé mais plutôt géré avec efficacité.

Coser, Deutsch et Wehr sont parmi les auteurs qui ont étudié la nature des conflits et qui ont suggéré l’importance d’une conception positive de ceux-ci. Le but de cet article n’est pas de reprendre cette thèse mais plutôt de considérer l’application concrète d’une méthode de gestion de conflits. La médiation offre cette possibilité de transposer en principes d’intervention des éléments théoriques qui ont émergé durant les dernières années dans le domaine de la résolution des conflits.

Deutsch, par ses travaux, a élaboré une base théorique pour la résolution des conflits. Selon cet auteur, il y a conflit lorsque des activités incompatibles existent. Selon que ces activités sont à l’intérieur de la personne, à l’intérieur d’un groupe ou d’une collectivité, le conflit aura une connotation de conflit personnel, de conflit de groupe ou encore de conflit national ou international. L’auteur offre également une typologie des conflits. Il présente six sortes de conflits : le « vrai conflit » ou deux activités sont nettement en opposition et où un moyen terme ne peut être trouvé à moins d’un compromis entre les parties; le « conflit contingent » qui est dépendant de certaines circonstances pas encore reconnues par les belligérants; le « conflit déplacé » où les deux parties se disputent sur des points qui ne sont pas les vrais points de discorde; le « conflit exprimé » qui est le conflit manifeste alors qu’il existe aussi un conflit caché; le « conflit mal attribué » qui est un litige entre les mauvaises personnes; le conflit « latent » où l’objet du conflit n’a pas encore été identifié; et le « faux conflit » ou celui qu’aucune raison objective ne justifie : l’information erronée ou la mauvaise interprétation en sont souvent la cause. Ces différents types de conflits ne sont pas mutuellement exclusifs. Deutsch identifie les principaux éléments qui se retrouvent presque toujours dans un conflit. Ils sont le contrôle des ressources, soit l’espace, le temps, l’argent, le pouvoir, etc., les préférences personnelles, les valeurs, les croyances et la nature de la relation entre les parties.

Alors qu’il est important d’examiner la nature intrapersonnelle des conflits, le présent article se préoccupe davantage des conflits pour les gérer. Il est important de noter que les conflits n’originent pas nécessairement de la poursuite d’objectifs différents. Par exemple, les parents peuvent avoir le même objectif, soit le bien-être de leurs enfants, mais différer sur la façon d’atteindre cet objectif. Le défi du médiateur est d’aider les individus à dépasser leur désir de vengeance et de diminuer leur agressivité pour en arriver à concilier des objectifs ou la poursuite d’objectifs qui sont à première vue différents.


* à suivre *

jeudi 21 octobre 2010

CONFLITS ET MÉDIATION - 1e partie

L’utilisation positive des conflits et la médiation

Les conflits font peur. La tendance ou le réflexe est de croire que le conflit est mauvais en soi et qu’il doit être évité à tout prix. La plupart des individus associent le mot « conflit » avec querelle, bataille, bagarre, dispute, guerre et violence. Il suffit de demander à un groupe d’individus de faire une association d’idées sur le mot « conflit » pour se rendre compte de la connotation négative qu’on lui donne. Par ailleurs, un conflit peut être également source de changement et occasion de dépassement. Il ébranle les croyances, interpelle le statu quo et exige la remise en question continuelle des règles de conduite. Le conflit, dans ce sens, a une double nature : il est créatif et source de changement ou encore source de malheur et souvent de catastrophe lorsque non résolu. Le caractère chinois pour le mot conflit est composé de deux signes superposés : l’un veut dire danger et l’autre opportunité. Le danger est de demeurer dans une impasse qui draine les énergies individuelles; l’opportunité est d’envisager des options et de s’ouvrir à des possibilités qui vont permettre de façonner de nouveaux rapports entre les individus et d’inventer de nouveaux moyens de gérer les problèmes quotidiens. Quand les conflits interpersonnels ne sont pas résolus, les individus ont tendance à épouser le conflit au lieu de le dépasser.

Le conflit interpersonnel a déjà été défini comme un événement joué par des acteurs interdépendants qui poursuivent ou se perçoivent comme poursuivant des buts différents. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi; c’est une communication entre des individus. Dans ce sens, les conflits sont inévitables dans les rapports humains. Ils permettent des rapports sains entre les individus. Dans ce sens, les conflits sont inévitables dans les rapports sains entre les individus et doivent être vus comme faisant partie de la vie de tous les jours et résolus d’une façon positive. Lorsque les individus ne peuvent résoudre leurs conflits eux-mêmes, ils peuvent recourir à une tierce personne pour les aider. Il existe plusieurs méthodes de résolution des conflits. La conciliation, la négociation et l’arbitrage sont des moyens connus et utilisés par les parties qui ont des litiges à solutionner. Quant à la médiation, elle implique l’intervention demandée et acceptée d’une tierce personne impartiale et n’ayant pas l’autorité de prendre la décision, dans le but d’aider les parties à s’entendre sur une solution mutuellement acceptable.

Pour Justin Lévesque, son interprétation est de suggérer une opérationnalisation des concepts théoriques réelles à l’utilisation positive des conflits. En d’autres termes, comment peut-on en arriver à une application concrète ou à un modèle de gestion efficace des conflits interpersonnels? La médiation offre des éléments de réponse qu’il convient de considérer. Dans un premier temps, la nature des conflits, les différents types de conflits interpersonnels et les réactions à ces conflits seront explorés. Dans un deuxième temps, la médiation et les stratégies de résolution des conflits seront exposées et les techniques de négociation utilisées par le médiateur dans la gestion des conflits interpersonnels seront discutées. Les propos et techniques suggérés dépassent le champ de la médiation familiale même si celle-ci sera l’objet principal de référence.


* à suivre *

mercredi 20 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 12e partie

La neutralité mise de l’avant par les médiateurs va à l’encontre d’une intervention judicieuse dans un contexte de violence conjugale. S’il n’y a pas reconnaissance claire de la violence par le ou les médiateurs au cours du processus ou encore un appui certain à la victime, l’inégalité de pouvoir dans le couple s’en trouvera confortée et la femme battue se sentira désavouée. Le médiateur, en ne dénonçant pas la violence, s’alliera de façon inconsciente à l’agresseur et à la société qui ne reconnaissent encore que difficilement la violence conjugale comme un problème grave.

Chez-nous, malgré un processus de médiation modifié dans lequel les médiateurs adopteraient une position contre la violence, il n’en demeure pas moins que les femmes vivraient la même difficulté à dire non, ne voudraient pas être perçues comme étant de mauvaise volonté en exprimant leur refus d’une telle intervention et craindraient les répercussions d’un tel refus. De plus, ce processus ne pourrait éliminer la peur vécue par les femmes et le danger auquel elles font face. Il ne pourrait également rendre l’homme violent apte à négocier de bonne fois et capable de discuter dans un contexte d’égalité.

Par ailleurs, il nous apparaît peu réaliste dans un processus de médiation, de travailler avec un agresseur qui ne reconnaît pas le problème de violence. Les principes mis de l’avant dans un processus modifié nous semblent donc difficiles d’actualisation. Ils relèvent davantage d’un espoir qui peut s’avérer loin de la réalité.

« Aller en médiation, c’est se remettre encore dans une situation qui n’est pas
égalitaire. Se remettre dans la même situation où il y a le contrôle de l’autre
qui veut toujours être là plus fort que toi, toujours te culpabiliser, toujours
te diminuer, toujours être au-dessus. Et ça, c’est insupportable.


C’est comme si on se plaçait dans la situation où on donne la chance à l’autre de nous agresser encore, d’être encore violent. » (INTER’ELLES).

Dans les situations de divorce ou de séparation où il y a violence conjugale, le système légal, malgré ses limites, est encore le plus approprié (Ellis; Ellis et Wight-Peasley dans Hart). Il assure aux femmes la présence de quelqu’un qui défendra leurs droits et intérêts, ainsi que ceux de leurs enfants. Il évite de mettre directement les femmes en situation de négociation avec leur agresseur. Il permet également de limiter les contacts négatifs père-enfants.

Malgré des améliorations souhaitables, le système légal est à privilégier. Les femmes doivent être soutenues dans une démarche personnelle et légale et des mesures de protection doivent leur être assurées à elles et leurs enfants. Aussi, compte tenu de la pratique actuelle de la médiation au Québec, nous croyons que celle-ci devrait demeurer un processus volontaire et ne jamais devenir obligatoire.

mardi 19 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 11e partie

4. Critique de la médiation dans les situations de violence conjugale

« Une femme dont le couple se brise à cause de la violence conjugale est assez
déprimée et a peu d’estime d’elle-même. J’étais à me reconstruire. Je n’étais
pas encore capable de me tenir debout devant lui. Il me faisait très peur!
D’ailleurs, la preuve c’est qu’en médiation, j’avais très peur de lui.
J’essayais bien de lui donner la réplique, de prendre la place que j’avais le
droit de prendre et qu’il était nécessaire que je prenne. Mais je ne pouvais le
faire. Et je ne sentais pas l’appui de la médiatrice même si elle disait : ‘Oui,
mais monsieur, vous prenez trop de place, madame a sûrement des choses à dire’.
Je ne me sentais pas appuyée. J’aurais eu besoin de plus que ça. D’abord
peut-être d’être plus reconstruite…C’était évident qu’il n’y avait pas de
communication possible. C’était juste de l’écrasement, de la peur…La médiation
nous a permis de se parler à nouveau. Mais à partir du moment où j’ai dit non à
certaines de ses demandes, les menaces ont recommencé. » (INTER’ELLES).

Nous trouvons inapproprié le processus de médiation dans les cas de violence conjugale. Dans un tel contexte, les critères de la médiation, tels que la volonté de coopération, le respect de l’autre dans la recherche de solutions et la croyance d’une possibilité réelle pour chacun de trouver des solutions valables et mutuellement acceptables dans l’intérêt de la famille et des enfants, deviennent difficilement applicables. Ces critères réfèrent à un état d’esprit absent chez les conjoints violents, à un contexte de liberté de pensée et d’expression impossible pour les femmes violentées, de même qu’à une égalité de pouvoir inexistante dans ces couples.

Dans un contexte de violence, les femmes sont en danger et ont peur.

« Quand il y a séparation, c’est parce que la vie de la femme est en danger.

On le regarde, parce qu’il faut le regarder pour jaser avec, pour ‘médiatiser’. Mais on sait ce qui se passe. On sait le danger qu’on coure. On ne veut pas partir en même temps que lui. Il faut rester après ou partir avant. Quand je suis partie, parce que je suis partie avant, je savais que je risquais quelque chose. J’avais peur de lui.

Dès le départ de la rencontre, on pense déjà comment on va sortir… »
(INTER’ELLES).


Et le danger réel est accentué au moment de la séparation. Tous les médiateurs n’ont pas une connaissance de la problématique de violence conjugale ainsi que du dépistage. Ils ne sont alors pas conscients que la médiation peut constituer une arme supplémentaire pour le conjoint violent (Kingston Interval House), un outil lui permettant à la fois de raffermir son pouvoir et son contrôle et de se soustraire au processus judiciaire. Loin de solutionner les problèmes liés au divorce, la médiation associée à une méconnaissance de la problématique et à l’absence de dépistage peut même augmenter le niveau de dangerosité (Kingston Interval House).



* à suivre *

lundi 18 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 10e partie

Des modifications à la médiation

Quoique ce courant de pensée arrive difficilement à établir un consensus sur les changements à apporter, il suggère bon nombre de modifications qui s’articulent autour de quelques principes. Ainsi, selon cette perspective, nous assistons à une importante remise en question du rôle et de la place du médiateur.

Tout d’abord, c’est le principe de la neutralité du médiateur qui est contesté. Plusieurs auteurs, dont Erikson, McKnight et Girdner, prétendent ainsi que le médiateur doit prendre parti de façon générale contre les agressions.

Puis, compte tenu de la difficulté à dépister ces situations qui constituent souvent un secret, ces auteurs réclament, d’une part, une formation accrue des intervenants en matière de violence conjugale (connaissance de la dynamique et des ressources). D’autre part, ils suggèrent que le médiateur joue un rôle proactif en tentant de dépister la violence, en donnant de l’information, en aidant à l’établissement de scénarios de protection, en référant aux ressources appropriées, etc. (Haynes dans Corcoran et Melamed).

L’égalité de pouvoir et des habiletés à négocier de chacune des parties dans le couple n’est plus essentielle à la tenue de la médiation (Girdner; Erickson et McKnight; Chandler) et ce, même si les deux parties doivent être motivées à adopter de la communication et des habiletés à résoudre des conflits sans menaces (Corcoran et Melamed).

Le médiateur devra au départ tenir compte de ce déséquilibre et favoriser par tous les moyens possibles une augmentation de pouvoir au profit de la victime. Corcoran et Melamed suggèrent certaines stratégies, dont la réalisation d’entrevues individuelles ou encore la présence d’une personne aidante pour l’une et ou l’autre des parties. C’est ainsi que les femmes battues se voient invitées à requérir les services d’un avocat pour défendre leurs droits.

Girdner, pour sa part, pose comme condition préalable essentielle à la tenue de séances de médiation l’acceptation de la part de chacun des membres du couple de certaines mesures visant à assurer la sécurité de la victime et des enfants.

Ainsi Erickson, McKnight et Chandler proposent, pour assurer la protection de la victime, une certaine structure dans les contacts entre les conjoints : par exemple, il peut être suggéré qu’il y ait interdiction de contact en dehors des séances de médiation, que les deux parties arrivent et quittent les sessions à des moments différents, etc. La question de la garde partagée est également limitée par une série de conditions qui visent la sécurité de la femme battue et des enfants. Ainsi, il y aura structuration des contacts père-enfants de telle sorte qu’ils minimiseront les risques d’agressions et restreindront le contrôle de la vie de l’ex-conjointe (Girdner). Ces ententes peuvent donner lieu à des contrats écrits (Erickson et McKnight).

Enfin, à l’orientation vers le présent et le futur grandement favorisée par les médiateurs s’ajoute la prise en compte du passé qui se traduit par un accent mis sur le dépistage de la violence comme première intervention. Cette préoccupation donne lieu au développement d’instruments plus ou moins sophistiqués (grille d’observation, questionnaires, etc.) visant à l’évaluation de la dynamique de violence conjugale et l’établissement de critères de sélection des couples capables de bénéficier du processus de médiation, (Girdner; Chandler).

Toutefois, la majorité des auteurs, dont Erickson et McKnight, considèrent qu’il n’est pas essentiel, pour participer à la médiation, que le conjoint reconnaisse les agressions qu’il a commises ainsi que la responsabilité de ces agressions.

Ce courant de pensée cherche à adapter le processus de médiation à la réalité de la violence conjugale. C’est en ce sens qu’il propose une médiation altérée où les grands principes sont remis en question.


* à suivre *

vendredi 15 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 9e partie

c) Les réformistes

Sous cette appellation se retrouvent ceux qui récusent des prises de position aussi radicales que celles énoncées précédemment. Les tenants de cette troisième voie suggèrent plutôt, en matière de séparation ou de divorce des couples où le conjoint est violent, un processus modifié de médiation. Deux grands principes viennent teinter ces pratiques de médiation. Le premier en est un qui met de l’avant une complémentarité certaine des services alors que le deuxième propose des modifications plus ou moins importantes à la pratique de médiation.

Avant de présenter plus explicitement ce point de vue, il faut souligner qu’il s’est plus particulièrement développé aux Etats-Unis et qu’il est peu connu des intervenants au Québec.

La complémentarité des services

Selon cette perspective, la médiation est perçue comme s’inscrivant en complémentarité avec les autres services rendus aux couples où il y a présence de violence conjugale.

Corcoran et Melamed affirment que les victimes de violence domestique doivent profiter d’un système de protection intégré faisant appel à la fois au système légal, à la médiation ainsi qu’à d’autres services psychosociaux. Ainsi, comme le proposent Erickson, McKnight et Girdner, selon les particularités de chacune des situations, la médiation peut venir renforcer les procédures légales déjà entreprises ou encore favoriser la prise de mesures légales que ce soit à la cour criminelle ou civile. La médiation peut également s’inscrire parmi d’autres services psychosociaux dispensés aux clients (thérapie pour hommes violents et pour femmes violentées, maisons d’hébergement, etc.).

*à suivre *

jeudi 14 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 8e partie

b) Les médiateurs

À l’opposé de cette première perspective se retrouvent les médiateurs qui se montrent éminemment critiques des pratiques actuelles en matière de séparation et de divorce dans les cas de violence conjugale. Leur analyse repose sur deux assises soit, d’une part, une remise en question radicale du système légal (judiciaire et policier) et, d’autre part, une acceptation sans réserve des prémisses de la médiation.

Ainsi, les tenants de cette approche constatent que le système légal n’offre jusqu’à présent que bien peu d’aide aux femmes violentées; ils le décrivent comme inefficace et ce, à plusieurs niveaux.

Le système de justice, reposant sur des bases où les parties sont considérées comme adversaires, suscite souvent des rapports conflictuels et peut ainsi exacerber les tensions entre conjoints (Brown dans Hart). Un tel fonctionnement incite l’accusé à nier toute culpabilité, recommande fortement la référence à des avocats qui deviennent les porte-parole de chacune des parties, qui décident du sort de chacune des parties, qui décident du sort de chacun et plus particulièrement de celui de la victime (Mederer et Gelles; Dobash et Dobash dans Corcoran et Melamed), rapportent que l’arrestation, quoique permettant la cessation des agressions à court terme, peut parallèlement engendrer un potentiel de violence accru du fait que le coupable voit son estime de soi rabaissée.

À cette caractéristique inhérente au système de justice vient s’ajouter le fait que la grande majorité des acteurs impliqués sont victimes de préjugés sociaux sur la violence conjugale et qu’ils méconnaissent la problématique. Ces lacunes peuvent facilement constituer un désavantage pour les femmes et les enfants témoins d’agressions (Saposnek, dans Corcoran et Melamed).

Le système légal marquera, d’une part, sa répugnance à intervenir et aura souvent tendance à juger les victimes pour leurs comportements déviants de la norme exemple déménagements fréquents afin d’assurer leur protection ou encore réconciliations avec l’agresseur, hésitations des femmes à poursuivre leur conjoint (Jackson dans Corcoran et Melamed). Dans ce contexte les plaintes des femmes battes (Fields dans Corcoran et Melamed).

D’autre part, Erickson et McKnight mettent en lumière de nombreux faits qui démontrent la faveur que le système légal accorde à l’accusé en mettant l’emphase sur les droits de ce dernier et ce, au détriment de ceux des victimes. Il a aussi tendance à rendre des sentences inappropriées parce que trop légères. Il faut souligner que le système de justice ne possède pas toujours les moyens d’assurer le respect de ses ordonnances. En effet, le principal problème rencontré par les femmes est celui du respect du jugement, entre autres en ce qui a trait aux contacts : interdit de contact entre les conjoints, encadrement des contacts entre le père et les enfants. Il s’agit d’un vécu difficile. En cas de non-respect du justement, c’est la femme qui porte l’odieux de retourner devant la cour.

Compte tenu d’une telle critique du système légal, la médiation est perçue par plusieurs comme une alternative intéressante pour réduire la violence suite à la séparation, pour arriver à une entente satisfaisante pour toues les parties, pour redonner du pouvoir à la victime et réhabiliter l’agresseur (Corcoran et Melamed).

Malgré l’inégalité de pouvoir inhérente à la relation de violence conjugale, les médiateurs croient qu’ils peuvent, par leur intervention, actualiser les principes d’une médiation classique. Ils considèrent également que la médiation permet le développement de la communication entre les deux parties, l’apprentissage d’habiletés sociales ainsi que l’établissement de frontières claires (Erikson et McKnight; Chandler; Girdner), acquisitions suffisantes pour mettre fin à la violence et permettre aux femmes de reprendre du pouvoir sur leur vie



* à suivre *

mercredi 13 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 7e partie

Pour les féministes

La violence conjugale ne se limite donc pas à mettre en danger les femmes elles-mêmes; elle atteint également les enfants qui voient leur risque d’être abusés s’accroître, comparativement à ceux qui vivent dans un milieu familial où la violence est absente.

Ainsi, Hart cite plusieurs études mentionnant chacune à leur façon cet état soulignent que 50% des hommes violents abusent physiquement de leurs enfants. Enfin, les risques pour une fille d’être abusée sexuellement par un homme qui agresse sa conjointe sont 6,5 fois plus élevés que ceux d’une fille évoluant dans un milieu où la violence est absente (Hilberman et Munson dans Hart).

D’autres faits viennent souligner l’importance de cette situation de danger. Ainsi, d’une part, il appert que la violence envers les femmes et les enfants précède généralement les homicides d’enfants; ces derniers sont dans une proportion de 80% le fait d’hommes (Bergman, Larsen et Mueller, dans Hart). D’autre part, Finkelhor, HOtaling et Seldak (dans Hart) mettent en évidence que la plupart des enlèvements sérieux sont faits par des pères et qu’ils se produisent pendant le délai existant entre la séparation et le divorce des parents. Trois enfants sur dix souffrent de problèmes mentaux consécutifs à leur enlèvement.

Sans devoir vivre tous ces traumatismes, la plupart des enfants, suite à leur vécu de victimes et témoins de violence, subissent des conséquences, importantes sur le plan psychosocial. Qu’il nous suffise de mentionner, à titre d’exemples, les problèmes comportementaux, somatiques ou émotionnels (Jaffe, Wolfe et Wilson, dans Hart). De façon générale, on remarque plus particulièrement chez les garçons âgés de 6 à 12 ans des problèmes reliés à l’agressivité envers sa fratrie et ses pairs (Jaffe et al.,) alors que chez les filles, on observe des comportements de retrait, de passivité et de dépendance (Hilberman et Munson, dans Hart).

Connaissant le vécu des femmes et des enfants qui vivent dans un climat de violence, il apparaît douteux que la garde partagée, solution souvent mise de l’avant par les médiateurs, apparaisse comme très adéquate (Kline et al., dans Hart). En effet, ce type de garde, tout en étant un moyen de contrôler la vie de l’ex-conjointe, peut même causer des préjudices importants aux enfants : les modes de fonctionnement inadéquats du père (projections, critiques de la mère, report de ses responsabilités, etc.) peuvent détériorer la perception que les enfants ont de leur mère, de même que la relation qu’ils ont avec elle (Hart).

Dans ce contexte, la médiation apparaît comme un processus inéquitable en ce sens où il y a déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple au profit du conjoint qui utilise la violence comme moyen de contrôle. Les solutions proposées le sont dans un contexte de coercition où la coopération est impossible. Elles représentent donc difficilement un compromis négocié dans le respect et le meilleur intérêt des enfants.

Selon les féministes, la médiation vient remettre en question les acquis réalisés jusqu’à présent par les femmes violentées en menaçant leur sécurité, en maintenant le déséquilibre de pouvoir entre les parties, en reprivatisant les relations de couple et familiales. Elles sont conséquemment opposées à toute politique qui inscrirait l’obligation à la médiation.


* à suivre *

mardi 12 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 6e partie

a) Les féministes
Les féministes trouvent inapproprié le processus de médiation tel qu’il est généralement présenté dans les cas de violence (Kingston Interval House; Pagelow, dans Hart). Elles préconisent plutôt l’utilisation d’une démarche légale qui, criminalisant les actes violents du conjoint, tente de protéger du moins en partie les femmes violentées.

Elles remettent donc en question la valeur de la médiation. Elles trouvent incompatibles les prémisses du processus de médiation et la réalité inhérente aux situations de violence conjugale où il y a toujours déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple, au profit du conjoint (Yllo et Bograd, dans Hart; Stark et Flitcraft, dans Hart).

Pour rendre compte de ce déséquilibre, elles rappellent la peur ressentie par les femmes face à leur conjoint (Hard). Cette situation ne cesse pas du fait de la séparation, mais va plutôt en s’amplifiant (Ellis; Wight-Peasley dans Hart). Qu’il nous suffise de rappeler ici les risques importants de « féminicide » (Browne et Williams, dans Hart) et de viol des femmes violentées par leur ex-partenaire (Russell, dans Corcoran et Melamed).

Ce déséquilibre de pouvoir au sein du couple se traduit également de façon plus subtile lorsqu’on connaît les effets du syndrome de Stockholm (Graham, Rawlings et Rimini, dans Hart; Okun) : à l’instar des otages en captivité, les femmes ont peur, paralysent et sont même reconnaissantes envers leur agresseur. Ces comportements et attitudes se poursuivent longtemps après la fin de la captivité.

Dans ce contexte, les femmes ne sont pas libres d’accepter la médiation, de l’arrêter, de faire entendre leurs besoins (Sun et Woods, dans Chandler). De plus, mises en contact avec leur agresseur pour des fins de médiation, ces femmes sont placées en situation de danger avant, pendant et après les séances de médiation.

On peut également parler d’investissements inégaux dans le processus de médiation, d’enjeux différents pour les deux parties. Les femmes cherchent la sécurité, le bien-être, la survie pour elles-mêmes et leurs enfants. Les agresseurs perçoivent la médiation comme un moyen de maintenir ou accentuer le contrôle sur leur conjointe, par le biais des enfants lors de la séparation (Bowker, Arbitell et McFerron, dans Hart).


* à suivre *

lundi 11 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 5e partie

2. La médiation

La médiation est un processus par lequel une personne neutre aide deux autres personnes à résoudre leurs conflits. Elle est un processus volontaire d’orientation. À cet effet, le couple qui désire procéder à une rupture en utilisant la médiation doit répondre à certains critères :
- Chacun doit croire qu’il sera possible de trouver des solutions valables et mutuellement acceptables et avoir le désir de rechercher de telles solutions.
- La coopération, de même que le respect de l’autre et l’écoute, sont des valeurs à la base de la médiation.
- L’intérêt de la famille et donc des enfants prévaut sur les intérêts personnels.
Chacun doit croire à l’impartialité et l’intégrité du médiateur ainsi qu’à la valeur de la médiation comme processus de résolution des conflits (Brown).

3. Trois grands courants de pensée

En Amérique, malgré un développement récent, il existe une grande diversité de pensées à l’égard de la médiation en matière de divorce dans les situations de violence conjugale. Pour ajouter à la clarté de l’analyse, nous regrouperons ces prises de position sous trois grandes catégories.

La première catégorie propose la mise en valeur de la perspective légale, thèse principalement défendue par les féministes. En deuxième lieu et à l’opposé, s’inscrivent les médiateurs qui s’appuient sur les principes de la médiation telle que définie précédemment. En troisième lieu se retrouvent ceux que nous nommerons les réformistes : proposant un compromis, ils préconisent l’utilisation du processus de médiation plus ou moins profondément modifié.

* à suivre *

vendredi 8 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 4e partie

Conséquences de la violence pour les femmes

Pour les femmes, les conséquences du vécu de violence sont fort importantes. En plus de problèmes de santé et de troubles d’ordre psychosomatique reliés au vécu de violence, la femme violentée présente des comportements qui sont liés aux sentiments de peur, de honte et de culpabilité. Il est important d’en saisir la portée car la médiation, bien que pouvant être acceptée par la femme, le sera dans un contexte d’aliénation.

« S’il y avait eu un service de médiation à cette époque-là, sûrement qu’on me
l’aurait proposé et sûrement que je l’aurais accepté. Parce que, de un, tu ne
veux pas faire mal à l’autre. Je ne voulais pas le traîner en cour. Je voulais
juste avoir la paix. » (INTER’ELLES).


La femme violentée vivra constamment dans la peur d’être poursuivie par son agresseur (Hodgins, Larouche). Elle est en constant état d’alerte, sursaute au moindre bruit et manque de concentration (Hilberman). Elle a de la difficulté à prendre des décisions (Sinclair) et n’a plus confiance en elle (Walker). Si elle travaille à l’extérieur, elle s’absentera plus fréquemment. Les zones de dépendance augmentent chez les femmes en situation de violence.
Certaines femmes dénieront la violence ou ses impacts (Sinclair). Dans certains cas, la femme sera atteinte du syndrome de Stockholm en se faisant compréhensive pour l’agresseur et en lui devenant même reconnaissante de ne pas l’avoir blessée davantage alors qu’il pouvait la tuer. Physiquement et psychologiquement isolées, certaines femmes présenteront des comportements d’autodestruction, tels que le suicide, la consommation de drogue, d’alcool (Pfouts). Ainsi, la femme qui subit de la violence conjugale se retrouve dans une situation aliénante. Elle devient une personne dont les besoins, l’environnement, la vie, sont définis par un autre individu.


* à suivre *

jeudi 7 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 3e partie

La période de séparation

La séparation constitue un moment crucial. Lorsque les femmes en arrivent à la décision d’une rupture définitive, c’est le plus souvent après avoir vécu beaucoup d’agressions et plusieurs ruptures antérieures. Elles ne peuvent plus croire aux paroles et promesses de cet homme. Il s’agit alors de la seule issue possible pour elles et leurs enfants. Pourtant, la plupart vivront beaucoup de culpabilité et de peur (Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes de violence; Nicarthy).

C’est une période où la femme battue tente de diminuer le contrôle que son agresseur exerce sur elle. Elle pose alors des gestes qui vont à l’encontre de l’intérêt de l’agresseur et met celui-ci devant le fait qu’elle envisage sa vie sans lui (Ellis). Dans le contexte de la séparation, la garde partagée peut devenir un enjeu important, tout comme la médiation d’ailleurs. L’homme peut utiliser ces moyens dans le but de maintenir son contrôle sur la femme. La présence d’enfants augmente la vulnérabilité de la femme et l’emprise de l’homme sur elle.

La séparation est le moment où les femmes ont l e plus grand risque d’être agressées ou tuées (Ellis; Wight-Peasley, dans Hart). Selon les études, de 25 à 50% des femmes tuées par leur conjoint le sont après la séparation (Cazenave et Zahn, dans Hart). Donc, contrairement à la croyance populaire, la violence ne cesse pas du fait de la séparation. Souvent, elle augmente. Le conjoint se voit justifié d’agresser, pour contraindre sa partenaire à revenir ou encore pour la punir de sa décision de séparation (Dutton, dans Hart).


* à suivre *

mercredi 6 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 2e partie

1. La problématique de la violence conjugale
La violence conjugale est définie comme toute forme d’abus physiques, psychologiques ou sexuels de la part d’un homme envers sa conjointe, afin de contrôler son comportement par la peur. Ces abus sont directement ou indirectement renforcés par les traditions, les lois et les attitudes prévalant dans la société, et sous-tendent un rapport de pouvoir entre la victime et l’agresseur (McLeod; Commonwealth Secretariat; Sinclair).

Caractéristiques des conjoints violents

Certaines caractéristiques sont souvent associées aux hommes violents envers leur conjointe. Ils ont bien intégré les stéréotypes en fonction des sexes. Ils ont une perception rigide du rôle de la femme et de l’homme (Yllo et Bograd, dans Hart; Davidson). Ils considèrent que la soumission de leur partenaire leur est due et n’ont donc pas la volonté de négocier et d’en arriver à un compromis (Hart). Ils dénient la violence dont ils font preuve (Walker, dans Hart) et peuvent être d’habiles manipulateurs.


« Même avec les avocats, au début quand j’ai fait ma demande de divorce, ce
n’était pas évident pour eux, que c’était de la violence conjugale. Quand mon
mari leur parlait, il avait un discours bien étoffé. Et moi, à leurs yeux, je
devenais la dépressive. » (INTER’ELLES).

Les hommes violents présentent souvent deux types de comportements, deux personnalités. À l’extérieur du foyer, ils peuvent donner l’image d’un homme qui répond bien aux besoins de sa famille; la violence se produisant uniquement à la maison, il devient difficile de connaître le contrôle et les abus subis par la femme. Ils sont aussi capables d’utiliser des agressions qui ne peuvent être reconnues que par leur conjointe (Pagelow, dans Hart). Comme l’exprimait une femme qui relatait son expérience de médiation :


« À cette époque-là, il n’avait qu’à me regarder et ça me rappelait les mauvais
coups que j’avais eus.


J’avais peur de lui ! Parce que je savais comment il était au moment où il
parlait. Ça ne paraissait pas. La médiatrice ne pouvait pas savoir ce qu’il y
avait. Mais je le voyais, je le ressentais. » (INTER’ELLES).
* à suivre *

mardi 5 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 1e partie

Introduction

Au Canada comme aux Etats-Unis, l’application de la médiation dans le champ spécifique du divorce est très récente. Avant 1981, peu d’écrits font mention de cette approche. Aujourd’hui, l’utilisation de la médiation est une pratique de plus en plus courante. De plus, l’engorgement actuel du système judiciaire et ses limites posent le débat concernant l’obligation ou non de référer en médiation tous les couples en situation de séparation ou de divorce.

De telles discussions prennent une importance particulière lorsqu’il y a incidence de violence conjugale. Toutefois, la médiation dans un contexte de violence conjugale est un sujet qui n’a pas été tellement exploré jusqu’à maintenant. Il existe peu de recherches disponibles et ces recherches sont souvent critiquables au plan méthodologique (Corcoran, Melamed). Quelques écrits fondés sur l’expérience clinique ont par ailleurs alimenté le débat, mais ils demeurent relativement peu connus.

Le présent texte se veut une contribution à la réflexion sur le sujet. Il est le résultat d’une revue de littérature, mais aussi d’entrevues réalisées avec des intervenants concernés, de même qu’avec des femmes d’un réseau pour femmes violentées. Dans un premier temps, nous présenterons certaines notions inhérentes à la violence conjugale et au processus de médiation. Nous relèverons ensuite trois courants qui prévalent aujourd’hui concernant l’utilisation de la médiation dans des situations de violence conjugale : soit celui des féministes, celui des médiateurs et enfin, le courant des réformistes. Nous conclurons en prenant position face à ces différentes tendances.

* à suivre *

lundi 4 octobre 2010

LE DEUIL - 7e partie

CONCLUSION

Nous avons élaboré un questionnaire sur les comportements et symptômes de deuil sur les aspects physiques, émotionnels, mentaux et sociaux et sur les besoins de support psychologique de la famille, avant et après le décès du patient.

Les réactions de deuil, en terme de dépression réactionnelle, sont plus intenses dans les trois premières semaines chez tous les sujets. Certains ont répondu que la période où ils ressentaient le plus grand besoin d’aide se situe avant le décès. C’est chez les conjoints que le besoin s’est manifesté avec le plus d’acuité en termes de durée et d’intensité.

L’observation de ces paramètres devrait nous permettre de prévoir que certains individus à haut risque de deuil intense ou même pathologique devraient être aidés dans le cadre de l’Unité de Soins Palliatifs à vivre leur deuil pendant les semaines et les mois qui précèdent et qui suivent le décès.

L’étude nous suggère que les personnes qui travaillent auprès des mourants sont les plus susceptibles de répondre adéquatement aux besoins des personnes en deuil et doivent avoir, en plus d’une disponibilité et d’une capacité d’écoute, une connaissance de la dynamique familiale et de la phénoménologie de deuil.

Nous reconnaissons le caractère incomplet de cette recherche faut de groupe témoin. Cependant, nous pouvons présumer qu’en raison du travail fait à l’unité de Soins Palliatifs avant le décès, les parents ont été capables d’amorcer l’étape suivante du deuil et de la vivre avec une plus grande sérénité.

Chaque rencontre avec les parents comportait une implication émotionnelle certaine de la part des praticiens, aussi certains parents ont partagé avec nous la difficulté que ces entrevues présentaient pur eux. Le temps accordé et la qualité de l’implication des parents témoignent d’un grand besoin de support thérapeutique. Très souvent nous avons eu l’impression d’ouvrir une porte et de devoir la refermer aussitôt, à cause des limites de notre étude. Nous avons souvent été aux prises avec un malaise fait de remords d’avoir soulevé des émotions difficiles, et le regret de ne pouvoir offrir un service adéquat au moment même où les parents nous accordaient leur collaboration.

Aussi nous croyons que cette expérience montre bien qu’une tâche professionnelle qui ne comporterait que le travail du deuil pourrait devenir très lourde en raison précisément du grand besoin de revivre une à une chacune des étapes du décès, « cette activité de compromis, si extraordinairement douloureuse, où s’accomplit en détail le commandement de la réalité ». (Freud).

« L’expérience des dernières années nous a appris que, dans certains cas, le deuil peut être une étape également difficile à traverser, et que certaines personnes peuvent avoir besoin de partager avec quelqu’un, pour un bout de temps, leurs sentiments, leurs inquiétudes et leurs interrogations.

Nous croyons être en mesure de vous offrir cette aide et nous vous invitons à ne pas vous gêner pour en profiter; il nous semble que comme nous vous connaissons et que vous nous connaissez aussi, il vous serait plus simple de vous adresser à nous si vous en avez besoin dans les prochaines semaines ».

vendredi 1 octobre 2010

LE DEUIL - 6e partie

LE VÉCU DES FAMILLES À L’UNITÉ DE SOINS PALLIATIFS
Nous avons tenté d’évaluer les besoins des personnes en deuil et d’identifier les formes d’aide qu’elles ont reçues ou qu’elles auraient souhaité recevoir à l’Unité de Soins Palliatifs au moment du décès et pendant la période qui l’a suivi.

Notre questionnaire voulait aussi évaluer notre système de support thérapeutique, sa structure, les moyens utilisés et son efficacité (annexe c).

RÉSULTATS
A) L’intensité du deuil
- Le tableau 1 indique que ce sont les conjoints en deuil qui se sont présentés en plus grand nombre à l’entrevue, suggérant que ce sont les veufs et veuves qui éprouvent la difficulté à vivre le deuil et expriment ainsi une demande d’aide.
Même si la personne survivante du couple n’a pas perdu une partie corporelle d’elle-même, il existe un sentiment de mutilation et de fragmentation de tout ce qui s’est développé entre eux êtres qui ont vécu ensemble, en harmonie ou non, pendant une plus ou moins longue période de vie et voilà que la réplique quelle qu’elle soit ne vient plus. L’absence de « feedback » peut amener des perturbations psychologiques importantes.

Parkes a étudié les effets somatiques du deuil et a comparé les dossiers médicaux de veuves avant et pendant le deuil : pendant les six premiers mois du deuil, le taux de consultations médicales a augmenté de 63%.

C.M. Parkes et al. Publiaient dans le British Medical Journal les résultats d’une recherche effectuée auprès de veufs de 55 ans ou plus. Leurs résultats indiquent que pendant les six premiers mois du deuil le taux de mortalité des veufs est de 40% plus élevé que le taux de mortalité chez les hommes mariés du même groupe d’âge.

- Il semble bien que la période active du deuil ou de la douleur se termine à l’intérieur de l’année. Cependant, le moment le plus difficile se trouve entre le premier et le troisième mois.
- Les personnes qui n’ont pas réagi au moment du décès semblent témoigner d’un équilibre précaire à la fin de ces trois mois. Toutes les personnes impliquées dans un processus actif de deuil sont dans un état physiologique fragile.
- Vingt pour cent des personnes ont présenté des symptômes de deuil pathologique.

B) Valeur de l’Unité de Soins Palliatifs
- En premier lieu, c’est à la famille que l’on adresse pour recevoir de l’aide dans ces moments difficiles de deuil.
- En second lieu c’est à l’équipe de Soins Palliatifs que l’on se référerait autant qu’à un ami et c’est pour nous significatif. C’est révélateur du type d’image que donne l’équipe et de la qualité de la relation qu’elle a réussi à établir au moment de l’hospitalisation.

Les personnes qui ont voulu collaborer à notre recherche ont exprimé leur très grand besoin de support notamment en nous retenant en entrevue pendant un temps qui dépassait de beaucoup le temps prévu. On assistait à ce que certains auteurs appellent « la compulsion au témoignage ». Ils ont revécu par le menu détail toutes les étapes qui ont précédé et suivi le décès avec une abondance de détails et une étonnante précision.



* à suivre *

jeudi 30 septembre 2010

LE DEUIL - 5e partie

LES SUJETS

Afin de faciliter notre démarche, nous avons choisi cent quarante-sept familles qui habitaient Montréal et la périphérie et qui y ont vécu un deuil se situant entre quelques semaines et deux ans. Chacune reçut une lettre demandant une collaboration volontaire, l’invitant à nous rencontrer.

Neuf pour cent des lettres nous sont revenues en raison des déménagements, situation souvent provoquée par la désorganisation familiale et sociale suivant un décès; ceci constitue un deuil supplémentaire et alourdit le travail à faire.

Cinq familles ont demandé à recevoir le questionnaire par la poste; c’est avec hésitation et inquiétude que nous avons accédé à leur demande parce que notre expérience des premières entrevues nous a fait réaliser tout l’impact émotionnel que pouvait susciter ce questionnaire. Il nous apparaît essentiel d’utiliser ce questionnaire uniquement dans le cadre d’une relation thérapeutique où un support peut être apporté sur le champ.

Deux pour cent des familles sollicitées ont expliqué leur refus à cette collaboration par l’incapacité émotionnelle de faire face à cette rencontre; elles croyaient devoir revivre le décès, ce qui exacerberait une douleur encore trop présente. Cette crainte traduit à nos yeux un très grand besoin d’aide.

Quarante-huit pour cent des lettres sont restées sans réponse. Par ailleurs, nous avons reçu la collaboration de 41.8% des familles, ce qui amena soixante personnes à accepter le rendez-vous. Cinquante-cinq entrevues ont été réalisées dont trente-trois, à l’hôpital et vingt-deux à domicile. Deux praticiens ayant une expérience clinique auprès des patients en phase terminale ont mené ces entrevues; elles avaient participé étroitement à l’élaboration du questionnaire avec l’équipe de l’unité de Soins Palliatifs.


DISCUSSION

I. Parmi les manifestations de deuil que Freud appelle le travail de deuil, nous avons retenu les comportements symptômatiques de dépression réactionnelle pour lesquels les médecins sont souvent consultés; les troubles de sommeil, l’inappétence, les maux de têtes, la fatigue, l’épuisement inexplicable, la perte de mémoire, la tristesse, le retrait, l’isolement, l’irritabilité et la colère (annexe a).

II. l’expérience de deuil nous ramène à une constatation fondamentale : l’anxiété de séparation provoque occasionnellement une réaction pathologique; nous en avons donc étudié les manifestations.

Intellectuellement, on peut accepter le décès puisque l’on participe au rituel social mais émotionnellement il n’est pas nécessairement intégré. Dès 1917, Freud insistait sur l’ambivalence et l’identification comme facteurs primordiaux du deuil non résolu.

La négation peut se présenter par l’incorporation du défunt en imitant ses manières, ses façons d’agir, son langage en s’identifiant ainsi au disparu, on le retient. La négation se manifeste par l’identification, en s’appropriant les malaises qu’a subis le défunt : on éprouve les mêmes symptômes et les mêmes effets secondaires de la douleur. (annexe b).

Quant à l’ambivalence, elle suscite des sentiments contradictoires. Dans toutes relations humaines, même les plus tendres, il est normal de retrouver des moments d’ambivalence, d’amour et d’hostilité, voire même de rage pouvant aller jusqu’à souhaiter la mort de l’autre. Il nous apparaît important d’en encourager l’expression et ainsi aider au processus de déculpabilisation.

La culpabilité chez l’adulte peut se transformer en hostilité envers les gens qui viennent le réconforter, comme le médecin et le personnel soignant taxés d’incompétence et de négligence. Il peut être utile de permettre aux proches d’exprimer ce que cette mort peut avoir pour eux d’insupportable, d’odieux et de frustrant, en leur donnant la possibilité d’apaiser progressivement la violence de leur sentiment vis-à-vis la situation et arriver ainsi à une certaine sérénité dans le deuil avant le décès.


* à suivre *

mercredi 29 septembre 2010

LE DEUIL - 4e partie

IDENTIFICATION DU PROBLÈME

L’équipe de l’Unité de Soins Palliatifs, ayant identifié un problème concernant le suivi de deuil, a d’abord voulu l’étudier et a cherché à le solutionner. Nous avons donc regardé de plus près le vécu des personnes en deuil, les différences et les ressemblances de leur cheminement selon la nature et la qualité du lien avec la personne décédée.

MÉTHODOLOGIE

La première étape de cette recherche a été de constituer un questionnaire afin d’étudier les réactions de deuil et d’en évaluer les manifestations normales ou pathologiques, en décomposant les phénomènes décrits par divers auteurs dont évidemment Freud, Linderman, Parkes, Hanus, De M’Uzan, Pincus, et plus près de nous, J.F. Saucier.

Notre questionnaire comprend donc quarante-trois questions avec des choix gradués de réponses; il est présenté en trois volets qui couvrent les aspects suivants :

I. Symptômes de dépressions réactionnelles
A) Troubles d’ordre physique : Difficultés de sommeil
Inappétence
Fatigue
Maux de tête
Faiblesse
B) Troubles d’ordre social : Isolement
Indifférence
C) Troubles d’ordre émotionnel : Tristesse
Irritabilité
Colère
D) Troubles de la pensée : Mémoire
Difficultés de concentration
Distraction

II. Manifestations de deuil pathologique
Absence de deuil
Deuil anticipé
Prolongement de la nostalgie
Auto-punition
Tendances suicidaires

III. Perception de l’aide reçue à l’unité
A) Avant le décès : Support
Disponibilité du personnel
Respect de l’intimité
Évaluation de la présence
B) Après le décès : Aide psychologique
Maintien du contact
Besoin de suivi du deuil

Ces phénomènes ont été étudiés à trois moments du deuil :
1) pendant les trois premières semaines
2) six semaines plus tard
3) six mois après le décès


* à suivre *

mardi 28 septembre 2010

LE DEUIL - 3e partie

La symptômatologie du deuil normal a été décrite abondamment par plusieurs auteurs. Linderman a identifié cinq catégories de symptômes qui englobent ceux décrits par plusieurs auteurs :
1) les malaises somatiques : les maux de tête
les troubles du sommeil
l’inappétence
la faiblesse
la distraction
les tensions
le sentiment d’irréalité
l’état de choc
l’engourdissement de la conscience.

2) difficultés à composer avec l’image du défunt :
introjection temporaire de l’objet dans le but de prolonger la relation (Abraham), l’identification au défunt dans les aspects gratifiants de la relation qui peut amener le parent en deuil à s’engager dans des activités autrefois significatives pour le défunt, ou l’identification à la maladie du défunt qui peut favoriser la somatisation importante ou le désinvestissement. (Siggins).

3) la culpabilité qui se manifeste par un besoin d’être rassuré, de savoir que tout a été fait pour le défunt. La culpabilité entraîne aussi des comportements auto-punitifs de même que l’incapacité d’accepter d’être consolés.

4) l’hostilité, la colère, dont les manifestations sont l’irritabilité et l’humeur instable, ainsi que l’incapacité d’établir des rapports chaleureux avec l’entourage.

5) la perte de comportement habituel, la perte d’intérêt dans le monde extérieur, l’inhibition de l’activité, l’incapacité d’investir de nouveaux objets, l’isolement émotionnel et social, pleurs, tristesse et parfois une très grande détresse.


* à suivre *

lundi 27 septembre 2010

LE DEUIL - 2e partie

MANIFESTATIONS DU DEUIL, NORMALES ET PATHOLOGIQUES

À l’exception de certaines manifestations cliniques particulières, les indications d’un deuil normal et d’un deuil pathologique se ressemblent mais se différencient selon l’intensité des symptômes et selon leur durée.

Parmi les manifestations de deuil pathologique nous avons retenu tout d’abord l’absence de manifestations de deuil. À partir d’observations cliniques d’absence de réactions de deuil, Hélène Deutch maintient que le deuil doit s’exprimer tôt ou tard d’une manière ou d’une autre.

Deuxièmement, les deuils anticipés peuvent constituer les deuils pathologiques. Souvent avant le décès le deuil est déjà amorcé ou par la famille ou par le malade. Il faut bien distinguer cependant entre les sentiments de tristesse, d’abandon ou de désespoir éprouvés dans l’attente d’un décès prochain et le deuil anticipé qui peut conduire à un désinvestissement prématuré de la part de la famille ou de la part du malade. Ainsi, le patient peut se retirer prématurément de ses proches et augmenter ainsi son sentiment de solitude et d’isolement; la famille par ailleurs peut également s’éloigner émotionnellement du malade et arriver à croire que le processus du deuil se termine avant ou au moment du décès.

Troisièmement, Hélène Deutch dès 1937 a souligné que les deuils difficiles à résoudre ne sont pas les reflets de liens affectifs solides nécessairement mais plutôt le résultat de la présence d’ambivalence importante et de culpabilité. L’incapacité de faire face à des sentiments inavouables envers le défunt peuvent conduire à des états névrotiques de rumination compulsive, à la mélancolie et même au suicide.

Il y a plus d’éléments inconscients dans le deuil pathologique. L’ambivalence de la relation est une condition du deuil pathologique d’où tendances à la culpabilité, à l’auto-punition qui s’installent dans le temps et se manifestent de différentes manières. Freud a parlé de deuil mélancolique où on est en présence d’insomnie grave, de refus de nourriture, de perte de goût à la vie, de risques suicidaires, et d’incapacité prolongée d’investissement dans un nouvel objet.


* à suivre *

vendredi 24 septembre 2010

LE DEUIL - 1e partie

LE DEUIL

Le deuil est l’exercice de détachement qui doit nécessairement s’effectuer dans le temps, après la perte d’un proche. La mort d’un parent est la fin d’une relation intime. Que le deuil soit normal ou pathologique, la mort est une perte qui engendre de la souffrance plus ou moins intense, à différents niveaux de conscience, d’une durée plus ou moins longue selon la nature et l’intensité du lien, et il faut du temps et de l’énergie pour se détacher et investir de nouveau dans la vie.

Le deuil n’est pas un phénomène pathologique en soi, bien au contraire. John Bowlby, dit qu’il est nuisible à l’enfant de ne pas vivre la phase de protestation violente, d’accepter trop vite ou trop rationnellement la perte parentale; nous retrouvons chez certains adultes les mêmes réactions, l’effet d’un deuil mal engagé. On peut s’inquiéter d’un enfant sage devant la perte d’un parent mais également d’un adulte vite résigné.

Le syndrôme du deuil peut apparaître immédiatement après le décès, il peut même apparaître avant le décès (deuil anticipé), il peut être retardé, excessif ou inexistant. Mais le deuil ne peut pas être reporté indéfiniment. Plus l’inhibition des émotions est forte, plus les émotions seront intenses au moment où le deuil sera vécu (Parkes). Certains auteurs ont identifié différentes étapes dans le processus du deuil (Bowlby), mais les transitions d’une phase à l’autre ne sont pas toujours perceptibles.

La durée de la réaction de deuil dépend du succès du processus de résolution. Parmi les obstacles à la résolution du deuil, le refoulement de la douleur intense et l’inhibition des émotions associées sont importants.


* à suivre *

jeudi 23 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 11e partie

Bilan de l’expérience sur le plan professionnel et conclusion

L’observation de notre clientèle de personnes âgées de l’Hôpital de jour et notre expérience de groupe auprès de quelques clients nous ont enseigné que la menace venant du temps qui se rétrécit avec l’âge ne pouvait être ignorée dans l’intervention auprès des personnes du troisième âge. « Certains diront que la mort n’est pas le fait de la personne âgée; on peut mourir, en effet à tout âge. Pourtant, à la mort accidentelle ou de maladie s’ajoute celle, moins risquée et plus implacable encore, de la mort de vieillesse ».

En effet, une participante nous a dit en atelier qu’elle sent parfois la vie se retirer en elle, qu’elle n’est plus la même personne depuis qu’elle éprouve des déficits sensoriels. Elle se sent vaincue d’avance par cette atteinte perfide du temps.

À l’Hôpital de jour, la prise en charge de la clientèle s’effectue autour des atteintes fonctionnelles et de l’autonomie physique. Cette perception des besoins de la clientèle peut constituer, selon nous, un écran à la connaissance et à la compréhension des problèmes existentiels de ces personnes. Elle utilise une grille de lecture médicale des difficultés de la vie quotidienne en substitution à une grille de lecture sociale ou psychosociale. Dès lors, les difficultés de la vie quotidienne ne sont pas perçues comme des problèmes de morbidité individuelle et sont susceptibles d’être traitées comme telles. Cette grille de lecture médicale focalise les déficiences chez le client et encourage l’activisme thérapeutique.

La démarche que nous avons entreprise avec quelque personnes âgées de l’Hôpital de jour nous a démontré que celles-ci désiraient être acceptées dans la projection de leur être acceptées dans la projection des leur être et avec leurs problèmes existentiels. Elles vivent dans le regret du passé, lieu de leur identité perdue, et dans un présent destructuré par l’angoisse du futur. La prise en considération de toutes ces dimensions nécessite l’implication émotive de l’intervenant pour qu’il arrive à partager ces conflits avec la personne âgée.

Nous avons constaté par leurs propos que les clients avec qui nous avons vécu l’expérience faisaient semblant de se soumettre quand ils avaient le sentiment de ne pas être acceptés dans la projection de leur être. Ils adoptaient le stéréotype du bon patient, en demandant à l’intervenant d’oublier leur angoisse. C’était une façon pour eux de se maintenir dans le cadre du système social organisé, de continuer à jouer un rôle sans remettre en cause le savoir des intervenants. Ils se protégeaient contre ces derniers.

Cette attitude démontre qu’il ne peut y avoir de prise en charge en gérontologie sans que soient abordés les problèmes que posent la projection du vieillard et sa vulnérabilité au temps. À ce point de vue, nous pensons que notre démarche de groupe à l’Hôpital de jour devrait être systématisée.