dimanche 30 décembre 2007

VOYAGE D'EUROPE 3e partie




VIRAGE AMBULATOIRE


AUX PETITS SOINS A DOMICILE

L’institution biomédicale est en déclin en ce qui a trait à la « gestion » des événements normaux de l’existence que sont la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort

Johanne Tremblay

Eddy Pierre

Intervenants psycho-socio-culturels et chercheurs en développement social au Groupe ISA


Les changements opérés actuellement dans les services de santé définissent un nouveau partage des responsabilités entre les citoyens et l’État. La stratégie adoptée par l’État pour rendre effectif ce nouveau partage est celle de ramener à la maison les événements du cycle de vie ce sont la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort, en écourtant le séjour a l’hôpital. Toutefois, la population québécoise se retrouve à l’égard de ces changements face à ce vide social, culturel et technique dans son rapport à ces événements. Il y a vide parce que, depuis près de 50 ans, la population québécoise est totalement prise en charge par le milieu hospitalier lorsqu’elle doit vivre ces événements du cycle de vie.

Aujourd’hui, l’État fait appel à la famille pour prendre soin de ses membres lorsqu’ils sont malades, naissent, vieillissent et meurent. Cependant, la médicalisation des conduites à l’égard de ces événements a été fondée exclusivement, jusqu'à maintenant, sur la responsabilisation individuelle. A cette contradiction se superpose l’appropriation des familles de leur art de donner les sens à la maison. Cette perte de savoir est un effet produit par le processus historique de médicalisation des événements du cycle de vie, tel qu’il a été mené au Québec. Les soins à domicile représentent une occasion formidable de réappropriation par les familles de leur savoir faire propre à ces événements. Cette réappropriation peut permettre de reconsolider les liens familiaux, comme elle peut permettre aussi de mettre en place les conditions de production d’une sécurité socio-affective plus grande et plus forte chez les Québécois.

ETHIQUE SOCIALE ET POLITIQUE

Naître, grandir, vieillir, être malade et mourir sont des événements privilégiés pour intégrer une personne au sein de son groupe familial et social. Dans la société québécoise, ces événements ont perdu leur potentialité intégratrice des personnes au sein de leur groupe familial et social. « Lorsque le Québec a médicalisé ces événements, il a oublié qu’il est nécessaire a une société de les ritualiser, voire de les théâtraliser. Des événements tels que la naissance, la croissance, la maladie, la vieillesse et la mort permettent aux acteurs de rejouer, pour eux-mêmes et leur société, des mythes fondateurs qui les projettent vers des temps souffrant, aimant, jouissant, libérant, mourant. Et ce théâtre est au fondement des relations sociales signifiantes. Toutefois, au nom du biologique, la médecine moderne s’est dissociée du fonctionnement des relations sociales et symboliques qui sont en jeu dans ces événements. Les effets d’une telle exclusion, dans la pratique historique de médicalisation, sont aujourd’hui plus facilement repérables. L’appauvrissement socio-symbolique du Québec est intimement lié a sa façon de traiter ces événements de marquage du temps ». Le « virage ambulatoire » nous conduit à la question de l’éthique pour interroger notre usage social des technologies biomédicales performantes. En effet, il peut y avoir une multitude de façons d’utiliser et de dire les technologies, et une société, au moment où elle repense ses politiques, doit se demander comment elle veut construire les discours et les pratiqués pour servir la vie sociale qu’elle désire. Nous oublions trop facilement que nos institutions sont des constructions historiques, sociales et politiques. Les systèmes sociaux que l’on met en place, à une époque donnée, permettent à une forme particulière de relation savoir-pouvoir de s’institutionnaliser et de s’exercer comme autorité. Notre société a donné une place d’autorité au savoir médical qui, au fil du temps, s’est imposé dans la gouverne de nos conduites et de nos conceptions face à la vie, la maladie, la vieillesse et la mort. Nous vivons présentement une période historique particulièrement marquée par la déclinaison des profils de nos systèmes sociaux, mis en place depuis les années 40. Toute période de déclin des institutions ouvre la voie à la création de nouvelles formes de discours et de pratiques. Pour profiter pleinement de cette occasion d’ouverture, nous devons, avec plus de puissance, nous poser la question de l’éthique dans le développement social et politique de notre société. Le « virage ambulatoire » révèle le déclin de l’institution biomédicale et nous donne la possibilité d’évaluer nos façons de dire et de faire ce changement en rapport au mode d’existence qu’elles impliquent.

POUVOIR ET SAVOIR BIOMEDICAUX

La prise en charge élabore historiquement par l’institution biomédicale des événements du cycle de vie est un fait culturel total. Elle a circonscrit et codifie l’ensemble des pratiques culturelles liées à ces événements. Une pratique culturelle médicalisée signifie que la mise en scène de ces événements est régie par un pouvoir et un savoir biomédicaux. Une pratique culturelle concerne une façon particulière de percevoir, de parler et de faire un usage social de la naissance, par exemple. Au fil du temps, le schéma perceptif a été pénétré, le langage modelé, les techniques choisies, les valeurs normalisées, la hiérarchie des pratiques ordonnés, les échanges déterminés, les stratégies d’action organisées suivant le registre d’interprétation et d’intervention de la médecine, et suivant aussi les espaces institutionnels (hôpital, CLSC, clinique privée, etc.) dans lesquels la codification biomédicale des conduites s’est définie.

Le « virage ambulatoire » est un projet de développement de notre société qui ne peut être pensé qu’à l’intérieur des transformations sociales et culturelles qu’il induit. C’est plus qu’une simple redistribution des soins, c’est un projet social et culturel qui ne peut fonder sa réussite que sur la transformation des pratiques individuelles, conjugales, familiales et de voisinage (les alliés par amitié, par partenariat, par amour…) à l’égard des événements du cycle de vie. Le « virage ambulatoire » pourrait être vécu socialement de façon positive si on s’en servait pour renforcer l’autonomie, le pouvoir et le savoir des familles et revitaliser les échanges lorsque l’un de ses membres naît, est malade, vieillit ou meurt. Un tel contexte sociopolitique qui poserait les conditions de possibilité d’une réappropriation par les familles de ses événements de vie permettrait enfin de nous interroger sur notre façon d’user socialement des technologies biomédicales, et ceci, en rapport au mode d’existence que nous désirons pour nous-mêmes et nos enfants.

samedi 8 décembre 2007

SOMMAIRE D'EXPÉRIENCE

Spécialisé dans les problématiques de développement liées à la santé mentale, aux groupes ethniques, à l’éducation, à la migration. Ses expériences vécues sur le terrain au Mexique, au Maroc, au Vénézuela dans un projet 213 Del PROGRAMA de la Oficina De Deserrallo Regional de la Organizacion de los estados Americanos en cooperacion con el Gobierno De Venezuela y la universidad de los Andes. Ses expériences se poursuivent au Guatemala, au Zaïre, la Côte d’Ivoire, en Haïti, en France et ses voyages en Europe lui ont permis de parfaire ses connaissances de diverses cultures représentées au Québec.

Intervient comme chercheur, professeur, planificateur et évaluateur de projets autant au niveau international que québécois. A développé des outils d’analyse permettant d’évaluer l’impact des projets de développement en santé mentale et en éducation sur les pratiques des groupes ethniques, ainsi que des outils permettant aux intervenants d’évaluer leurs interventions sur le terrain. A acquis plusieurs années d’expérience dans les domaines de la recherche, de la consultation, de l’organisation, de l’intervention, de l’enseignement et de la formation.

Parmi ses forces on peut compter :
Au niveau du développement international, la formation des coopérants, la conceptualisation et le renouvellement des stratégies d’intervention.
Au niveau des relations multiethniques, la résolution des tensions dans les relations interethniques en milieu scolaire, la formation des enseignants pour favoriser le développement d’un point de vue ethnoculturel et critique sur leur propre culture et fournir un ensemble de repères pour la compréhension de la culture des différents groupes ethniques.
Au niveau du secteur de la santé mentale, le développement d’une compréhension de la culture médicale des immigrants qui peut être différente de celle des québécois, ainsi que le développement d’une compréhension des explications causales des maladies que peuvent formuler les immigrants.
Le renouvellement de l’éthique appliquée dans le développement international et national à l’usage et au transfert des technologies biomédicales.

LITTÉRATURE

À PARAÎTRE
Dieux
Vodou
Guérissez-moi
Et Donnez-moi
le Salut
Par Pierre Eddy Constant
La Rencontre
du Maître et de l'athée (Roman)
Par Pierre Eddy Constant
L'Angoisse du Gardien de Prison
Gangs et Marginalisation
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DÉJÀ PARUS
Le Salut dans le Vodou
Thèse de doctorat de l'auteur
Education et Pouvoir
dans les pays dépendants
Comment comprendre le burn-out en milieu carcéral

dimanche 2 décembre 2007

VOYAGE D'EUROPE 2e partie