vendredi 30 novembre 2007

DU CONCEPT DE CLASSE SOCIALE


Dans la plupart des théories sociologiques, il est admis que la société contemporaine est caractérisée par des différences et/ou des inégalités. Ainsi, peut-on parler d’une certaine unanimité quant au principe de l’existence des classes sociales. Cependant de grandes divergences opposent les sociologues.

Elles se manifestent, principalement, à trois niveaux :

-d’abord au niveau de l’acception même du concept de classe : suivant leur orientation théorique, les auteurs tendent à privilégier le culturel ou l’économique, le psychologique, le social ou le politique;

-ensuite, au niveau de l’importance des classes en tant que réalité sociale : nombre de penseurs les considèrent comme un phénomène secondaire -voire isolé- alors que d’autres y voient l’armature même de la société;

-enfin, au niveau de la nature des rapports liant les différentes classes : les dits rapports sont conçus en termes ou bien de conflits sérieux, sinon antagoniques, ou bien d’alternance et/ou de concomitance d’une harmonie quasi-totale et de conflits mineurs(1) ou bien d’harmonie totale(2).

Après une revue de ces trois types de divergences, nous tenterons d’élaborer un cadre d’analyse.

I- L’ESSENTIEL DES THEORIES SE RAPPORTANT
AUX CLASSES SOCIALES


Que ce soit sur le plan de l’importance des classes, de leur définition, de leur structure et de leur interaction, les théories sociologiques se ramènent généralement à deux catégories : le fonctionnalisme et le matérialisme historique.

A. De l’importance des classes sociales

Commençons par le fonctionnalisme. Nombreux sont les théoriciens qui postulent la nécessité fonctionnelle des classes. C’est notamment le cas de Davis et Moore(3). Pour eux, les classes sociales qui se caractérisent par leur éternité et leur ubiquité(4) reviennent en fin de compte à une différence de statut entre individus; et cette différence n’a pas plus de poids dans la balance sociale que les intérêts complémentaires communs auxdits individus; du reste, c’est le mérite personnel de chacun qui détermine sa place dans la hiérarchie sociale.

En revanche, les tenants du matérialisme historique considèrent que les classes sont intimement liées à la propriété des moyens de production et, à ce titre, constituent une catégorie historique découlant de l’évolution de la société, de l’état, des forces productives(5). Pour ces théoriciens, les classes sociales sont dynamiques; car, non seulement elles n’ont pas toujours existé, mais encore elles sont, au fil des temps, objet de modification, de développement et de remplacement(6). Plus : elles sont appelées à disparaître(7). Dans la théorie du matérialisme historique, les classes sont un des éléments essentiels de la structure sociale puisqu’elles constituent l’expression immédiate des rapports sociaux de production d’une société à une époque donnée. La combinaison de ces rapports avec les moyens de production constitue le mode de production.

Le mode de production capitaliste(8) présente les caractéristiques spécifiques suivantes :

-Premièrement, une unité dialectique entre celui qui possède les moyens de production et celui qui en est dépourvu(9). Le propriétaire des moyens de production est contraint d’engager des travailleurs pour la mise en œuvre du processus productif. Le travailleur, de son côté, pour faire face à ses besoins, doit vendre à celui-là sa force de travail.

-Deuxièmement, la force de travail est devenue une marchandise(10).

-Troisièmement : « Le Capital » doit produire « essentiellement du capital »(11). D’où la nécessité d’obtenir un profit(12). Profit réalisable à partir de la plus-value est, la plupart du temps, maximisée grâce à la prolongation de la durée du travail; à l’accélération de la cadence du travail; à l’augmentation de la productivité du travail(14).

B. De la définition des classes sociales

Il est clair que la façon d’aborder la division de la société en classes varie d’une catégorie de penseurs à l’autre. Cette divergence s’accentue quand on pénètre sur le terrain de la définition du concept de classe sociale. Aussi, même entre auteurs de même appartenance théorique, manque-t-il de consensus.

C’est le cas principalement pour les sociologues non marxistes(15). En effet, de Weber à Coser and Rosenberg en passant par Lipset and Zetterberg, Reissman, Kriesberg, Laroque, etc(16), les principaux critères retenus peuvent être, indifféremment, le genre de vie ou la profession, l’instruction ou la richesse, le prestige ou l’hérédité, les valeurs ou le pouvoir… La proposition de Mack and Pease selon laquelle les critères de classes sont vagues et changeants(17) constitue-t-elle une circonstance atténuante à ce manque de consensus entre les auteurs?

Dans tous les cas, cette diversification n’est-elle pas, à posteriori, une garantie de cohérence théorique?

D’après Gurvitch, elle constitue, au contraire, un obstacle à l’avancement de la théorie des classes sociales(18). Cet obstacle ne viendrait-il pas en premier lieu du fait de la confusion par beaucoup de sociologues, entre classes (« éléments d’un système de contradiction » ou groupes déterminés par leur place dans le procès de production ») et strate ou couche (« ensemble des individus comparables du point de vue d’un ou plusieurs critères de classement »)?
Telle que relevée ici par Alain Touraine(19), une telle confusion est néanmoins absente chez les tenants du matérialisme historique.

Gurvitch dira qu’ils « ont donné des définitions variées et nuancées des classes sociales tout en se soumettant réciproquement à des critiques souvent justifiées »(20). Mais, à la suite de Marx, ils privilégient, tous, un critère unique : les rapports avec la propriété des moyens de production.

Il est généralement admis que le concept de classe, peu importe le facteur privilégié dans sa définition, doit beaucoup à Marx. En effet, tout en ne prétendant pas avoir inventé ledit concept, Marx affirme avoir contribué à la compréhension des rapports entre les classes(21). Cependant, bien qu’il ait à plusieurs reprises parlé du mot classe, Marx n’en a jamais donné une définition formelle
-Apparemment, il allait le faire dans le dernier chapître du Capital quand la mort le surprit(22). Il reste cependant qu’une définition (ou même des définitions) des classes sociales apparaît en filigrane dans plusieurs de ses écrits(23). Mais la définition la plus couramment utilisée est celle de Lénine(24) dans laquelle tout se passe comme si le politique reflétait le social, le social l’économique et que ce dernier fut un système de rapports découlant du statut de propriété(25).
Sur la définition du concept de classe, d’importantes différences séparent fonctionnalistes et marxistes. Ces différences ne sont pas moins sérieuses quand il s’agit de déterminer le nombre des classes sociales, leur devenir et la nature des rapports qui les unissent.
C. Nombre et dynamisme des classes sociales

Dans la plupart des analyses fonctionnalistes, la société est présentée comme une hiérarchie objective composée de strates(26). Des auteurs comme Davis et Moore postulent que la stratification est une nécessité fonctionnelle(27) puisqu’elle sert à motiver les individus dans le sens du progrès économique et social. Plus on lutte pour s’élever dans l’échelle sociale mieux c’est pour le bien-être de la collectivité. Tout en reconnaissant une certaine valeur à cette approche, Maurice Duverger qualifie de simpliste la terminologie qui lui donne forme(28) : classes supérieure-supérieure, supérieure, supérieure-inférieure, moyenne, etc.

La sociologie fonctionnaliste accorde une aussi grande importance à la mobilité sociale qu’à la hiérarchie sociale.

Des variations intervenues dans la pyramide sociale – grâce à des facteurs internes et des facteurs externes(29) – permettent à l’individu de changer facilement de classe. Ainsi même si persistent certaines inégalités, les contradictions de classes, et voire même le concept de classe, sont frappées de caducité(30).

La théorie de la mobilité sociale réfère surtout à des individus, rarement à des strates et jamais à des classes. Par ailleurs, elle s’intéresse plus particulièrement au moment vertical ascendant. Dans des sociétés aussi mouvantes que les nôtres, la mobilité verticale est-elle concevable sans l’horizontale et l’ascendante sans la descendante?

Tout en reconnaissant les inégalités qui divisent les différentes classes de la société contemporaine, sur le plan du prestige, de la fortune, du mode de vie et du pouvoir, les tenants de cette approche prétendent que de telles inégalités disparaissent de plus en plus. C’est pourquoi d’après eux les rapports sociaux n’ont aucun caractère antagonique ni aucune portée déterminante dans l’évolution historique.

Les écrits d’auteurs comme Marx ou Lukacs présentent des divergences remarquables avec une telle conception.

Pour Marx, et ses successeurs, une classe n’est jamais isolée, mais fait toujours partie d’un système renfermant deux classes fondamentales; suivant la loi de l’unité des contraires, ces classes s’unissent et s’opposent en même temps. Dans la société contemporaine, elles s’appellent la Bourgeoisie et le Prolétariat(31)

Interprétant ce point de vue, Ossowski parle d’une « dichotomie fondamentale » dans la théorie de Marx(32). Mais, il y décèle aussi une « double conception trichotomique »(33). A juste titre, car : premièrement, dans Les luttes de classes en France, Marx parle de « la masse de la nation placée entre le prolétariat et la bourgeoisie »(34); deuxièmement, dans le dernier chapitre du Capital, il présente « les salariés, les capitalistes et les propriétaires fonciers » comme « les trois grandes classes de la société moderne »(35). Néanmoins, ce que Ossowski qualifie de schéma trichotomique fonctionnel(36) – en référence à la dernière classification – ne constitue en fait, pour les tenants du matérialisme historique, qu’une dichotomie entre la totalité des propriétaires des moyens de production et d’échange et la totalité des propriétaires de la simple force du travail. Cette dichotomie prend son importance surtout dans le cadre du procès de production où, suivant Marx, se développent « un rapport économique de domination et de subordination…, une grande continuité et une intensité accrue du travail… »(37). Cette situation créerait des intérêts communs entre les travailleurs qui constituent une « classe en soi »; mais, ces intérêts ne deviendront des « intérêts de classe » qu’ à partir du moment où les travailleurs prendront collectivement conscience de leurs conditions. Alors, ils constitueront une « classe pour soi »(38).

L’approche marxiste des classes sociales a été critiquée à plusieurs reprises par des sociologues comme Maurice Duverger, Ralf Darendorf, Georges Gurvitch, Raymond Aron, entre autres(39).
Somme toute, peut-on dire avec Maurice Duverger que les conceptions marxiste et non marxiste des classes sociales ne sont pas contradictoires(40)?

Assez souvent, des regroupements accessoires se font entre les deux approches. Cependant, que ce soit sur le plan de la définition du concept de classe, sur celui des rapports entre les classes ou du rôle des classes dans l’évolution sociale, les deux conceptions s’entrechoquent à tout moment. Cette situation nous permet de comprendre que, malgré l’optimisme de penseurs comme Daniel Bell(41), l’idéologie (partie intégrante de la réalité socio-économico-politico-historique) est bien vivante. Pourrait-il en être autrement? Dans toute société les rapports sociaux n’influent-ils pas sur les comportements cognitifs des hommes et des femmes? C’est ce que Maurice Duverger appelle le « coefficient de déformation personnelle »(42). Mais, une telle influence ne s’exerce-t-elle pas en tout premier lieu sur la pensée des individus dont la profession est d’étudier lesdits rapports?

Tout de même, cet « enracinement social » du sociologue(43) ne saurait réduire la sociologie à une pratique idéologique. En effet, le sociologue ne peut-il pas, tout en prenant la défense d’une classe, faire avancer la science? Karl Jaspers ira plus loin. Il écrit, en effet :
« Elle (la science) peut me montrer que, si je veux vivre, je ne peux éviter de prendre réellement parti dans l’affrontement des forces, si je ne veux pas être entraîné au néant et au désordre ». Car, « … quiconque veut vivre dans la liberté doit mettre de la clarté dans la lutte des puissances existentielles qui s’opposent »(44).

Ainsi, la « désubjectivisation » complète préconisée par Bachelard ne sera-t-elle jamais applicable à la sociologie?

II- NOTRE CADRE D’ANALYSE

A partir des précédentes considérations sur les classes sociales, nous allons essayer de mettre en œuvre un cadre d’analyse. Il comportera les propositions suivantes :

1- Reconnaissant avec Maurice Duverger «la supériorité des théories objectivistes»(45), nous postulons que la division de la société en classes distinctes référe avant tout aux rapports sociaux de production, d’échange et de distribution. D’où, pour nous, l’importance des sources de revenu des individus, de leur rôle dans la division du travail, de leur degré de maîtrise du processus de travail, de leurs rapports aux institutions et de leur famille. Autant de facteurs qui, la plupart du temps, conditionnent le degré de fortune, le pouvoir politique et les pratiques culturelles.

2- Nous établissons une nette différence entre couche (strate) et classe, tout en privilégiant la deuxième à la fois en tant que concept et comme réalité objective. C’est pourquoi nous n’adoptons qu’accessoirement le concept de stratification sociale. A notre avis, il est vraiment opératoire non pas dans la délimitation des classes mais dans celle de certaines couches sociales. Il remplit cette fonction notamment dans la différenciation entre diverses couches moyennes qu’il est souvent malaisé de ranger dans une seule et même classe. Nous estimons que la stratification en tant que réalité sociale renvoie surtout au degré de prestige lié au statut socio-professionnel qu’aux rapports sociaux. Nous admettons, cependant, qu’elle est le reflet (psychologique, juridique, social…) de ces rapports. A ce titre, elle est dynamique.

3- Ni les classes ni les couches (ou strates) ne sont statiques. Elles peuvent, toutes, se modifier, se diversifier, voire même disparaître. N’empêche que des oppositions peuvent naître à tout moment entre couches, entre classes, ou entre couche(s) et classe(s).

4- L’état moderne assure la reproduction des rapports sociaux ; mais, il n’est pas au-dessus des classes : sa neutralité n’est qu’apparente.


REFERENCES

(1) A ce sujet, voir – entre autres- Gerhard and Jean Lenski, Human Society, Mcgraw-Hill, 1974, p. 384-385.

(2) C’est notamment le point de vue d’un auteur comme Talcott Parsons dans Social Systems and Evolution of Action Theory, The Free Press and Collar Macmillan, New York-London, 1977, p. 327 et 332.

(3) Davis and Moore, “Some Principales of Stratification” in Lewis A. Coser and Bernard Rosenberg, Sociological theory: a book of readings, 3rd edition, the Macmillan Company, 1969, p. 403.
A ce sujet, voir aussi la critique qu’a fait Melvin W. Tumin de ces auteurs in « Some Principles of Stratification : a critical analysis », in Lewis and Rosenberg, Ibid, p. 515-426.

(4) Critiquant cette approche, Jarvie déplore que « les sociologues soient eux-mêmes prisonniers des mythes naturalistes de la sociologie spontanée ». cf. I.C. Jarvie, Concepts and Society, Routledge and Kegan Paul, London and Boston, 1972, p. 93 et 94.

(5) Dans l’Introduction a la critique de l’économie politique, Marx écrit : « La population est une abstraction si l’on néglige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont à leur tour un mot creux si l’on ignore les éléments sur lesquels elles se reposent, par exemple le travail salarie, le capital, etc. Ceux-ci supposent l’échange, la division du travail, les prix, etc. Si donc on commençait ainsi par la population, on aurait une représentation chaotique du tout (mais …) par l’analyse, on aboutirait a des concepts de plus en plus simples ». (Éditions sociales, Paris, 1969, p. 164-165).

(6) Voir a ce sujet Karl Marx, « Lettre a J. Weydemeyer » in Marx et Engels Lettres sur le capital, Éditions sociales, Paris, 1969, p.58-59.
Voir aussi Marx et Engels, L’idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1982, p. 155.

(7) Dans Misère de la philosophie, Marx écrit : « La classe laborieuse substituera, dans le cours de son développement, a l’ancienne société civile une association qui exclura les classes … » (Cf. K. Marx, Oeuvres I, Gallimard, 1965, p. 135).

(8) L’épithète capitaliste servant a designer les sociétés contemporaines n’est pas pleinement acceptée par certains auteurs. C’est le cas, par exemple, de R. Darendorf. Selon lui, « parler de société capitaliste revient en somme à extrapoler des relations économiques aux relations sociales. C’est, sinon admettre la thèse qui fait des institutions et valeurs sociales une simple superstructure sur la base réelle des conditions économiques, du moins accorder aux structures économiques un certain pouvoir sur la formation des structures sociales » (Ralf Darendorf, Classes et conflits de classes dans la société industrielle, Mouton, Paris-La Haye, 1972, p.38).

(9) Voir a cet égard Karl Marx, Le Capital, Livre III, Tome III, Éditions sociales, Paris, 1974, p.252-253.

(10) Ibid, p.254.

(11) Ibid, p.255.

(12) Ibid, p.257.

(13) Ibid, p.255-256.

(14) Karl Marx, Le Capital, Tome II, Éditions sociales, Paris, 1973, p.192-201.

(15) A cet égard Darendorf parle de « dilution du concept de classe » et note que « l’histoire de ce concept (…) en sociologie est assurément une des illustrations les plus brillantes de l’incapacité des sociologues a se mettre d’accord sur un simple point de terminologie » (Ralf Darendorf, op. cit., p.76).

(16) « On peut parler de classe, écrit Weber, lorsque (1) un certain nombre d’individus ont en commun une composante causale spécifique quant a leur chance de vie (2) composante se manifestant d’une part exclusivement par des intérêts économiques concernant la possession de biens et les possibilités d’obtention de revenus (3) et se manifestant d’autre part sur le marche des biens ou sur le marche du travail » (Max Weber, « Class, status and party » in Gerth and Mills, From Max Weber, Oxford University Press, 1958, p.181).

Quant à Coser et Rosenberg, ils postulent que le concept de « classe refere à une certaine position dans la hiérarchie sociale et un certain degré de prestige base sur cette position ». (A. Coser and Bernard Rosenberg, Sociological Theory 3rd edition, The Macmillan Company, 1969, p.377).

Pour Reissman, les trios facteurs déterminants sont la profession, le revenu et l’instruction. (L. Reissman, Class, Leisure and Participation, « AS.R », 1954, p.69).

Kriesberg, lui, établissant sa définition sur des critères objectifs, se refere a des différences basées sur la possession des biens matériels : revenu, propiete et/ou contrôle des moyens de production. (Louis Kriesberg, Social Ineguality, Prentice Hall Inc., Englewood Cliffs, N.J., 1979, p.24).
Ces critères, on le verra, rappellent partiellement ceux retenus par les penseurs du matérialisme historique.

Enfin, Laroque est d’avis que « Les distinctions entre les classes s’expriment par une inégalité. Cette inégalité parait se trouver dans a conjonction d’éléments multiples et dont les principaux sont : 1. Le rôle joue dans la société, 2. le style de vie, 3. le comportement psychologique et la conscience collective ». (Pierre Laroque, Les classes sociales, P.U.F., Paris, 1970, p.9).

(17) Raymond W. Mack and John Pease, Sociology and Social Life, D. Van Nostrand Company, 1973, p.279).

(18) Georges Gurvitch, La vocation actuelle de la sociologie, Tome I, P.U.F., 1968, p.359).
Mais, les définitions (« préalable » et exhaustive ») de Gurvitch lui-même ne nous paraissent pas satisfaisantes non plus en raison de leur caractère abstrait et trop limitatif. (Voir ces définitions in George Gurvitch, Ibid, p.401-402).
(19) Voir Alain Touraine in « Communication », Association Internationale de Sociologie, Congres de Liege, 1953, p.1 et 25.
Une telle confusion a été relevée aussi par Bottomore, notamment chez des sociologues comme W.L. Warner et P.S. Lunt (cf. T.B. Bottomore, Sociology, George Allen and Unwin LTD, 1972, p.196).

(20) George Gurvitch, op. cit., p.359.

(21) Karl Marx, « Lettre a J. Weydemeyer », op. cit., p.59.

(22) Karl Marx, Le Capital, op. cit., p.259-260.

(23) Ibid, p.259-260, voir aussi Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Éditions sociales, Paris, 1969, p.126-127, Les luttes de classes en France, Éditions sociales, 1970, p.51.

(24) « On appelle classes sociales, écrit Lénine, de vastes groupements d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixe par des lois) vis-à-vis des moyens de production par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc, par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d’hommes dont l’un peut s’approprier le travail de l’autre, à cause de la place différente qu’ils occupent dans une structure déterminée, l’économie sociale. » (V.I. Lénine, « La grande initiative » in Oeuvres, Tome 29, Éditions sociales, Paris, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1961, p.425.)

Bien que recoupant la définition de Lénine, celle de Boukharine est plus limitée : « …Par classe on entend un ensemble de personnes jouant un rôle analogue dans la production des rapports identiques avec d’autres personnes, ces rapports étant exprimes aussi dans les choses (moyens de travail) » (Nicolas Boukharine, La théorie du matérialisme historique, Anthropos, 1971, p.300).

Ces acceptions du concept de classe ont été sévèrement critiquées par des auteurs comme Bottomore, Darendorf et Gurvitch. Ce dernier leur reproche « l’excès d’importance » qu’y prend le rôle joue dans la production…, le peu d’attention accorde au fait que les classes sociales sont distinctes de tous les autres groupes uni-fonctionnels et multi-fonctionnels » (G. Gurvitch, op. cit., p.361-362). Bottomore, quant a lui, considère que Marx néglige des relations sociales importantes, telles celles entre individus dans la communauté nationale » (T.B. Bottomore, Class in Modern Society, George Allen and Unwin LTD, 1965, p.22).

(25) Au sujet du rapport entre le social et le politique, Marx écrit : « Il n’y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en même temps. Ce n’est que dans un ordre de chose où il n’y aura plus de classes et d’antagonismes, que les évolutions sociales cesseront d’être des révolutions politiques. » (Karl Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p.135). Dans le même ordre d’idée, Althusser parle d’instance économique, politique et idéologique (Louis Althusser, Pour Marx, Maspero, 1965, p.238). Quant a Poulantzas, il écrit : « Les analyses de Marx concernant les classes sociales se rapportent toujours, non pas simplement a la structure économique – rapports de production-, mais a l’ensemble des structures d’un mode de production et d’une formation sociale, et aux rapports qu’y entretiennent les divers niveaux … une classe sociale peut bien être identifiée soit au niveau économique, soit au niveau politique, soit au niveau idéologique, elle peut donc bien être localisée par rapport a une instance particulière. Cependant, la définition d’une classe en tant que telle et sa saisie en son concept se rapporte à l’ensemble des niveaux dont elle constitue l’effet. » (Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, François Maspero, 1982, p.64-65).

(26) Néanmoins un sociologue comme Arsons considère qu’un système social consiste en une pluralité d’individus en interaction. Cette importance attribuée a l’entité (unit) individuelle reflète bien le psychologisme qui caractérise la plupart des écrits de Parsons dont le système d’action fait la part belle aux sous-systèmes culturel, biologique et psychologique. (A cet égard, voir notamment, Talcott Parsons, The social system, Glencoe, The Free Press, New York, 1951, p.17 et 332).

(27) Davis and Moore in Coser and Rosenberg, op. cit., p.404.

(28) Maurice Duverger, Sociologie Politique, P.U.F., 1968, p. 197.

(29) Voir à ce sujet Davis and Moore, in Coser and Rosenberg, op. cit., p. 412-414.

(30) Que des auteurs adoptent une telle approche, rien d’étonnant : certaines populations ne tendent-elles pas en fait a accréditer l’idée d’un nivellement progressif des situations sociales? Or, privilégiant le facteur subjectifs, ces mêmes auteurs de réduisent-ils pas les classes a des ensembles d’entités (units) individuelles qui, d’après elles-mêmes et aussi d’après les autres membres de la communauté, occupent telle ou telle position dans la hiérarchie sociale? Et cette position correspond approximativement au statut social de chacun. A propos des status, Maurice Halbuwachs dira qu’une « classe doit occuper un rang d’autant plus élevé que ses membres participent davantage a la vie sociale ». (M. Halbwachs, La classe ouvrière et le niveau de vie, Alcan, Paris, 1913, p.VIII).

A ce sujet, Ossowski critiquera : « Les études de terrain consacrées a la structure des classes aux Etat-Unis, surtout celles qui admettent au départ comme hypothèse de travail l’existence du critère psychologique de la classe sociale, et qui se proposent d’étudier l’opinion des individus sur le système de classes auxquelles ils participent ». (Stanislaw Ossowski, La structure de classe dans la conscience sociale, Anthropos, 1971, p.170).

De plus, en s’en tenant a l’opinion du sujet, a celle d’autrui et a la sienne propre, le sociologue ne s’aliene-t-il pas la possibilité de vraiment saisir l’essence de cette réalité complexe que constituent les classes sociales? Peut-on en effet étudier efficacement ladite réalité sans prendre en compte les rapports qu’entretiennent les groupes d’une part entre eux et, d’autre part, avec l’ensemble de la société?

(31) Karl Marx et Friederich Engelo, Le manifeste du parti communiste, 10118, Paris, 1962, p. 19.
Gurvitch note que le nombre des classes sociales a toujours constitue un problème pour Marx et les marxistes. D’après lui, l’auteur du Capital conçoit la société parfois comme une unité contradictoire « entre deux classes, ou au moins entre deux blocs de classes », parfois comme le siège d’une multiplicité de classes… (cf George Gurvitch, op. cit., p. 364).

Ossowski est, en revanche, d’un avis différent. Il postule, en effet que, malgré leur différence, les schémas construits par Marx quant au nombre des classes sociales ne sont pas contradictoires. (Voir à ce sujet, Stanislaw Ossowski, op. cit., p. 139).

(32) Ibid, p. 134.

(34) Karl Marx, Les luttes de classes en France, Éditions sociales, Paris, 1970, p. 51.

(35) Karl Marx, Le Capital, tome III, livre III, op cit., p. 259.

Le classement effectue dans Le Capital inspirera des sociologues comme Bottomore. (Cf T.B. Bottomore, Sociology, op. cit., p. 194-195).

(36) Stanislaw Ossowski, op cit., p. 134.

(37) Karl Marx, Un chapitre inédit du capital, Union générale d’édition, 10/18, Paris, 1971, p.203.

(38) Voir a ce sujet Karl Marx « Misère de la philosophie », Oeuvres I, op. cit., p. 134-136.
Quoiqu’il en soit, Gurvitch pourra écrire : « Le problème de la conscience de classe n’a jamais été éclaire » dans le marxisme, en raison de « l’absence de psychologie de classes ». (George Gurvitch, op cit., p. 363.

(39) Après avoir vante le mérite de Marx qui, selon lui est « de montrer que la lutte de classe est un facteur essentiel des antagonismes politiques, Duverger déplore que « ce facteur » soit « toujours et partout prédominant ». (Maurice Duverger, op. cit., p. 204).

Quant a Darendorf, tout en concevant que « les concepts de classe et de lutte de classes sont inséparablement lies », il déplore que les postulats de Marx sur les conflits entre classes manquent de subtilité et ne s’appuient pas suffisamment sur des études empiriques. (Voir Ralf Darendorf, op. cit., p. 135-137).

Gurvitch, lui, reproche a Marx et aux marxistes d’avoir « néglige d’étudier le fait frappant des rapports inverses qu’on peut observer entre la lutte de classes et la lutte de groupements a l’intérieur des classes ». (George Gurvitch, op. cit., p. 362).

Enfin, de l’analyse marxiste de la lutte de classe, Raymond Aron tire la conclusion suivante : «… la lutte réformiste pour l’amélioration des conditions d’existence est inséparable de la société capitaliste, mais (…) la lutte politico-revolutionnaire pour la transformation de la société, possible en fonction de la structure de la société capitaliste, n’est pas inévitable ». (Raymond Aron, La lutte des classes, Gallimard/Idées, Paris, 1964, p. 125).

(40) Voir, à cet égard, Maurice Duverger, op cit., p. 197-198.

(41) Dans son ouvrage The end of Ideology, The Free Press, New York, collier Macmillan, London, 1965, p. 370-372, Daniel Bell proclame la disparition des ideologies.

(42) Maurice Duverger, op. cit., p.12.

(43) Nous avons emprunte l’expression entre guillemets a Bourdieu. Voir a ce sujet : Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron et Jean-Claude Chamborderon, Le métier de sociologie, Mouton, La Haye, Paris, 1968, p. 107.

(44) Karl Jaspers, Initiation à la méthode philosophique, Payot, Paris, 1966, p. 76 et 81.

(45) Maurice Duverger, op. cit., p. 197.

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