samedi 21 juin 2008

ZOMBI VODOU ENTREVUE

Herwitz W. (anthropologue) :
- Dans votre recherche sur le vodou, il y a un point qui demeure à mon sens très éclairant, c’est votre façon magistrale de vulgariser le sujet qui m’épate. Votre interprétation du phénomène zombi est magistralement menée. On voit bien que vous connaissez le phénomène et vous avez essayé de percer le mystère de l’étrange sorcellerie qui règne en Haïti. Une sorcellerie dont la lointaine origine africaine a traversé l’Atlantique avec les bateaux d’esclaves et dont on dit qu’elle est sans doute la plus dangereuse au monde dépassant de loin certains rites repoussant des aborigènes de l’Afrique du Sud. Que pensez-vous de tout ça ?

Pierre Eddy C. :
- Je tiens d’abord à balayer certaines légendes. Pour la plupart, d’ailleurs, elles sont le fait non des haïtiens eux-mêmes mais de notre littérature exotique, de ragots mal digérés colportés par des Blancs qui ne connaissaient à peu près rien de l’île magique… et par notre cinéma fantastique. Ce dernier en effet s’est complu, depuis que la mode est aux films d’épouvante à répondre une image tout à fait fausse du zombi. Il le présente comme assez proche de notre vampire occidental où de ces morts vivants qui existent à peu près dans toutes les légendes.
Pour beaucoup, le zombi est un cadavre que le sorcier vodou anime grâce à une nécromancie particulière qui en fait son esclave. Même s’il est en putréfaction ou presque réduit à l’état de squelette, on pense que l’opération est possible. Notons qu’alors elle est d’autant plus spectaculaire pour une mise en scène cinématographique. Or, rien ne se passe de la sorte comme je l’ai noté dans ma recherche. Les sorciers d’Haïti sont capables, comme les autres, d’animer durant quelques instants des cadavres et même d’intervenir auprès de restes humains vieux de plusieurs années. Mais c’est à l’occasion d’une expérience nécromatique ponctuelle. Ils désirent alors tirer un renseignement du mort. Le plus souvent, c’est aux fins de prédire l’avenir selon une technique d’évocation qui est d’ailleurs universellement répandue. On en trouve d’à peu près identique dans les vieux grimoires européens de magie noire.
Un zombi, c’est toute autre chose. Un sorcier d’Haïti qui désire le fabriquer procédera bien différemment. Il commence à opérer du vivant même de la personne. Sans qu’elle s’en doute, c’est lui qui provoque sa mort, ou plus exactement un état curieux que notre médecine et le sens commun attribuent au trépas physiologique. Il obtient cet état grâce à des drogues secrètes dont je prétends avoir découvert la composition. Le faux cadavre est inhumé, il peut rester en terre pendant quelques heures ou plusieurs jours. Certains initiés seraient même capables de conserver aussi des zombis en puissance durant plusieurs années.

Herwitz W. (anthropologue) :
- Vous serez d’accord avec moi que l’occultiste Jean-Louis Bernard avait donné une explication « ésotérique » de cette démarche qui correspond tout à fait à votre recherche scientifique.

Pierre Eddy C. :
- Le futur zombi, dans ses annales de l’insolite, est d’abord soumis à l’envoûtement, cela afin de l’immobiliser au lit et de l’épuiser nerveusement ; des drogues végétales sont ajoutées, par complicité, aux médicaments prescrits. Il s’agit de conditionner son ombre et, surtout, son élémental physique, et de commencer de dissolution de son double. Spirituellement mort, le zombi ne survivra que par ces deux « âmes » élémentaires. Le stade de la fausse mort biologique (ou demi mort) se manifestera sous la forme d’un somnambulisme téléguidé, après une période de coma pris pour la mort par l’entourage. Il faudra ensuite réveiller ce « mort » par une série de rites purement magiques et, en parallèle, une médication secrète appropriée. Il faut pour cela l’accord du Baron Samedi, génie de la mort. Une fois chez lui, face à face avec son sujet, le sorcier va le tirer progressivement de son coma. Mais par injection de poisons végétaux, il attaquera à la fois les chakras, certaines glandes endoctrines et les centres nerveux. L’amputation spirituelle sera peu à peu compensée par une force musculaire décuplée. Et le magicien aura bientôt un parfait esclave à sa disposition. Fort, infatigable car il ne dort pratiquement jamais, obéissant à n’importe qu’elle injonction de son maître, le zombi travaillera sans exiger d’autre salaire qu’une décoction d’herbes spéciales à dates fixes et quelques autres pratiques magiques.

Herwitz W. (anthropologue) :
- La raison occidentale répugne à admettre la réalité du phénomène.

Pierre Eddy C. :
- Pourtant, c’est bien ainsi que tout se passe. Et à travers les Antilles, en Haïti particulièrement. Je vais très loin dans mes enquêtes. J’ai reconstitué les rites et les potions de sorciers haïtiens. Je les ai expérimentés sur les animaux, des souris et des chiens en particulier. L’état comateux proche de la mort a été facilement obtenu. Je suis en suite parvenu à en faire de parfaits automates. Je reconnais qu’il me manque encore beaucoup d’éléments. C’est en eux que réside la clé ultime du mystère. On comprend que les sorciers ne soient pas bavards à ce propos.

Herwitz W. (anthropologue) :
Partagez-vous le même regard de M. Beauvoir sur les Zombis?

Pierre Eddy C. :
On partage le même regard qui voit dans la « zombification » la peine capitale, sentence prononcée par une parodie de justice traditionnelle à l’endroit de ceux qui commettent un crime anti-social (y compris le riche qui ne prend pas un pauvre en auto-stop).

Herwitz W. (anthropologue) :
Pourquoi l’haïtien zombifie-t-il son ennemi.

Pierre Eddy C. :
C’est dans l’intention de l’humilier.

Herwitz W. (anthropologue) :
La mentalité haïtienne a toujours eu recours au surnaturel, pourquoi?

Pierre Eddy C. :
Parce-qu’il le fait dans un but de vengeance ou de protection personnelle.

Herwitz W. (anthropologue) :
Dans le phénomène zombi est-ce que ça répond aussi à la transe vodouique?

Pierre Eddy C. :
Non, la transe permet de dépasser le réel et de transcender sa condition, mais elle apparaît aussi comme un bon révélateur d’une angoisse et d’une culpabilité difficile à déceler au niveau de certaines sous-cultures.

Herwitz W. (anthropologue) :
Bref, qui sont les marassa (jumeaux).

Pierre Eddy C. :
D’après Métraux : l’enfant qui, dans l’ordre des naissances, suit immédiatement les jumeaux, - le dossou si c’est un garçon, la dossa si c’est une fille – unit en sa seule personne la puissance des deux et possède donc un pouvoir plus étendu que le leur. « le dossou est plus fort que les marassa, plus fort que les loa ». C’est pourquoi, il est traité avec le plus grand respect et, lors de la présentation des offrandes, passe avant les jumeaux. Par contre, l’enfant qui est né avant ces derniers – le Choukèt ou dossou avant jouit de peu de considération.

Herwitz W. (anthropologue) :
Qu’est-ce que ça fait dans une famille la présence de jumeaux?

Pierre Eddy C. :
D’après Métraux, la présence de jumeaux dans une famille oblige ses membres à des égards constants et à mille précautions. Il suffit de peu de choses pourqu’un jumeau se tourne contre ses parents et que, selon habitude, il les « saisisse » au ventre, c’est-à-dire leur inflige des troubles intestinaux graves. Il est vrai que les jumeaux acceptent d’être punis pour une faute qu’ils ont réellement commise.

Herwitz W. (anthropologue) :
Est-ce qu’il existe des possessions chez les marassa?

Pierre Eddy C. :
Les possessions attribuées aux marassa sont rares. Ceux dont-ils s’emparent se conduisent en petits enfants « autoritaires et capricieux » ils se roulent à terre, se relèvent, marchent d’un pas hésitant et réclament de la nourriture. Certains jouissent d’un prestige particulier en vertu de leur étroite association avec les esprits Petro qui leur confèrent un certain pouvoir maléfique.

Herwitz W. (anthropologue) :
La notion de sacrifice dans la religion vodou, trouve-t-elle son écho dans les autres religions en Afrique ou en occident?

Pierre Eddy C. :
Je pourrais reprendre la pensée de François Marie L. En Afrique, le centre du culte bantou de Dieu est aussi le sacrifice. Ceci résulte tant de l’examen attentif du culte bantou de Dieu, que l’éducation qu’ils ont reçue dans leur enfance, dans la mesure où leurs grand-mères, elles n’étaient pas chrétiennes, s’en sont mêlées. Lorsqu’ils vont consulter le devin pour connaître la cause d’une maladie ou d’un malheur et que le devin déclare la découvrir dans le fait qu’un défunt est mécontent d’être oublié, ce qu’il recommande toujours comme moyen nécessaire et satisfaisant de réparer l’oubli, c’est un sacrifice en l’honneur de ce défunt. C’est pourquoi les sacrifices en l’honneur des défunts sont plus fréquents et plus apparents que les sacrifices offerts à Dieu directement.

Si le sacrifice n’était pas considéré en milieu bantou comme l’élément le plus important du culte, il serait inconcevable que le devin, quand il est consulté, songe spontanément à recommander un sacrifice.

Herwitz W. (anthropologue) :
C’est donc dire qu’il y a un caractère pré-chrétien des sacrifices en l’honneur de Dieu. Quand on examine le culte divin de l’Ancien Testament, et du Nouveau Testament, on constate que dans l’un comme dans l’autre, le sacrifice constitue vraiment le centre, non seulement du culte, mais de la religion elle-même.

Pierre Eddy C. :
Comme dans toutes les religions anciennes, dit Clamer, le sacrifice a sa place très importante dans la religion d’Israël; une partie considérable du lévitique renferme les ordonnances relatives au sacrifice…..si le sacrifice est chez les sémites, « l’action sainte par excellence, celle qui met le mieux en mouvement l’action divine et exprime le mieux le désir de l’homme de rendre à la divinité et qu’il lui doit combien plus chez les Hébreux apparaît-il dans le développement de ses rites sous l’influence de la révélation divine comme la manifestation variée des sentiments de l’âme envers Dieu : sentiments d’adoration, de reconnaissance, de regret, de supplication, qui s’expriment tour à tour d’une manière plus spéciale dans les différentes espèces de sacrifices…ce qui compte dans le sacrifice, ce n’est pas le prix de la victime immolée mais sa signification d’honneur rendu au Souverain Maître de tout l’univers.

Herwitz W. (anthropologue) :
Qu’est-ce qui dégage de la notion du sacrifice mosaïque?

Pierre Eddy C. :
La notion du sacrifice mosaïque, telle qu’elle se dégage de ses rites, est un élément essentiel de la religion aussi bien au temps d’Esdras qu’à celui des prophètes ou de Moïse, non seulement au point de vue du culte extérieur, mais encore à celui de la vie de l’âme. Toute offrande, simple oblation ou sacrifice, s’avère comme la reconnaissance du Souverain domaine de Dieu sur toutes choses : idée qui d’ailleurs se retrouve à l’origine de toutes les lois cérémoniales du lévitique.

Tout appartient à Yahvé, aussi bien le sol que ceux qui l’habitent et que le temps lui-même. Le sacrifice est donc au centre du culte et de toute la religion du peuple juif. Il est aussi au centre de la religion chrétienne. La messe nous dit donc Gaspard Lefèbvre est le sacrifice du Christ, perpétué sur nos autels. Depuis le péché originel, qui a séparé l’homme de Dieu, seul le sacrifice du Christ, Homme-Dieu, est capable d’offrir à la majesté divine avec la réparation du péché, l’hommage suprême de la créature à son créateur. Acte central de la religion, la messe est l’actualisation du Christ sur la croix, l’acte rédempteur une fois pour toutes accomplie au centre de l’histoire, la messe le rend présent, dans la succession du temps.


Herwitz W. (anthropologue) :
Quel lien faites-vous entre le vodou et les fêtes de Noël.

Pierre Eddy C. :
Les sanctuaires vodou mêlent leur voix la nuit de Noël, ils appellent à des cérémonies bien différentes. D’un côté, on célèbre la naissance du Christ et de l’autre, on prépare, sous l’œil des divinités africaines, des substances magiques destinées à se protéger des sorciers, des loups-garous et de toutes formes de malchance.

Herwitz W. (anthropologue) :
Dans notre livre, l’on peut remarquer que la coïncidence des dâtes n’est certainement pas fortuite?

Pierre Eddy C. :
Noël a couvert des rites jadis correspondant au solstice d’hiver ou la nouvelle année. On sait qu’un phénomène analogue s’est produit en Europe au début du Christianisme. Le vodou plus proche de ses origines ne s’est pas soucié d’établir un lien entre les deux fêtes. Celles-ci exigent de nombreux préparatifs. Ils sont entrepris longtemps à l’avance et sont eux-mêmes l’occasion de cérémonies. Quant à l’eau, la caverne souterraine d’où elle provient passe pour abriter de nombreux loa : damballahawuédo, Agoué, Maîtresse la sirène, Grande Bossine.

Herwitz W. (anthropologue) :
C’est quoi le Rituel de l’igname?

Pierre Eddy C. :
Chaque personne se présente dans l’ordre fixé par son rang dans la confrérie, est invitée à couper un tubercule en plusieurs morceaux. L’igname, avant d’être sectionné avec la machette, est « orienté »; on baise terre avant et après l’opération. Cette cérémonie est répétée dans les différents « Caye-mystère » du sanctuaire. Le soir de la fête des ignames, tout le monde se régale des ignames bouillis avec le poisson. La part des loa est enterrée dans un trou creusé devant l’autel.

Herwitz W. (anthropologue) :
Une dernière question : Dessalines le libérateur d’Haïti, qu’on considère comme un monument modèle la relation au pouvoir sous le signe du père libérateur, même si Dessalines a reproduit le système colonial en favorisant les généraux et les mulâtres dans la distribution des terres et en instituant la corvée pour les anciens esclaves. D’aucuns oublient ces détails. Mais au fait, qui est-il ce Jean-Jacques Dessalines?

Pierre Eddy C. :
Jean-Jacques Dessalines (1758-1806)

Général et homme d’État haïtien, né sur l’Habitation Cormier (Grande Rivière du Nord). Esclave, il devint un excellent tacticien, un chef militaire remarquable. Ses mérites nous apparaissent d’autant plus grands qu’il n’avait pas d’instruction. Il signait gauchement son nom, comme en témoigne, ci-dessous, le fac-similé de sa signature.
Lors de son passage à Léogâne (il était alors général), il rencontra Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur, Noir d’une beauté ravissante, « toujours vêtue de blanc », rapporte le docteur Augustin Mathurin (« Assistance sociale en Haïti », 1804-1972). Fille de Guillaume Bonheur et de Marie- Sainte-Lobelot, elle avait épousé en premières noces un certain Pierre Lunic, qui travaillait comme maître charron sur l’Habitation St.-Jean de Dieu. Dessalines épousa Marie-Claire en 1800; celle-ci avait alors 42 ans.

Témoin et victime lui-même des cruautés des colons français à l’égard des Noirs, l’homme de Cormier voua toute sa vie une haine implacable aux esclavagistes. Il les combattit avec acharnement. Du 4 au 22 mars 1802, au Fort de la Crête-à-Pierrot, il résista admirablement aux assauts de Debelle et de Rochambeau. Après la déportation de Toussaint Louverture, il fut placé à la tête des insurgés. Il mena si bien la guerre contre les troupes napoléonniennes qu’il les battit à plate couture à Vertières. Le 19 novembre 1803, le Cap lui fut livré; et le 4 décembre, l’armée indigène occupa le Môle St-Nicolas. L’Indépendance nationale fut proclamée aux Gonaïves, le 1er janvier 1804. Les lieutenants de Dessalines le nommèrent Gouverneur Général à vie d’Haïti.

Entre le 16 et le 25 mai 1804, donc peu de temps après la proclamation de l’Indépendance nationale, il entreprit le massacre des Français dans toutes les villes du pays. Il fit épargner cependant les prêtres, les pharmaciens, les médecins, les artisans…et aussi ceux des 4 787 Polonais, qui, envoyés à Saint Domingue pour, sous le commandement du général Jan Henryk Babrowski, porter les armes contre les Noirs, s’étaient mis du côté de l’armée indigène. Aussi, pour récompenser ces Polonais, Dessalines leur donna-t-il des terres dans la région de Cazale (petit village situé dans les contreforts de la chaîne des Matheux). Les Polonais du 3e Bataillon de la 3e demi-brigade s’y établirent. C’est ce qui explique peut-être, aujourd’hui encore, la présence, dans cette localité, de plusieurs Haïtiens d’origine polonaise.

Le 6 octobre 1804, Dessalines fut couronné Empereur, au Cap, sous le nom de Jacques 1er. Le Père Corneille Brelle, prêtre capucin français, qui sera, sous le règne de Christophe, condamnée à mourir de faim, dit-on, dans un cachot, procéda à la cérémonie.

Pour l’organisation du nouvel État, Dessalines distribua de grandes propriétés aux généraux qui avaient combattu dans l’armée révolutionnaire. Il jeta ainsi les bases d’un système féodal agraire où d’anciens esclaves étaient convertis en serfs, rivés à la terre. Il fallait, à l’époque, éviter la désertion. Aussi Dessalines instaura-t-il la loi sur le vagabondage, conçue pour retenir les paysans sur les propriétés de ceux qui formaient une nouvelle classe possédante.

L’époque de l’Indépendance a marqué le passage historique d’une société esclavagiste à une société féodale.

Les mesures prises par Dessalines entraînèrent la désaffection des masses pour son régime.

Selon Thomas Madiou (« Histoire d’Haïti », t.III p. 261), « le mécontentement était devenu tel qu’une révolte sur un point quelquonque de l’Empire devait produire une embrasement général… Les cultivateurs subissaient le travail forcé, et il arrivait quelquefois que le quart leur revenant dans les produits ne leur était pas distribué… Le soldat, de son côté, n’était ni payé, ni habillé, et très irrégulièrement rationné; cependant, il était caserné, soumis très sévèrement au Code pénal militaire, et n’ayant guère la faculté de se livrer à une industrie pour subvenir à son entretien ».

Cette situation faite aux masses populaires fut exploitée par des généraux, notamment Gérin, Pétion, Christophe, Magloire Ambroise, Yayou, Vaval, qui conspirèrent la perte de l’Empereur.

Le 17 octobre 1806, en avant du Pont-Rouge, non loin de Port-au-Prince, Dessalines tomba dans une embuscade. Il fut criblé de balles, puis poignardé par Yayou, par le chef de bataillon Hilaire Martin (de la 16e) et lapidé enfin par la foule.

Son cadavre, méconnaissable, abandonné sur la Place du Gouvernement, fut transporté au cimetière de la rue Trousse-Côtes par une folle, Défilée, aidée d’un clochard nommé Dauphin.

L’historien Beaubrun Ardouin, qui avait bien connu cette folle, rapporte que, longtemps après l’inhumation, elle continuait à jeter des fleurs sur la tombe de celui qu’elle appelait familièrement Jacquot et que l’on tient avec raison pour le principal fondateur de la Nation haïtienne.

Dessalines est l’une des plus glorieuses figures de notre histoire, une personnalité internationale.

Parmi ses descendants on compte Cincinnatus Leconte (chef d’État), Stephen Alexis (écrivain, fils de Mesmin Alexis et de Rosanna Jean Philippe Daut), Jacques S. Alexis (célèbre romancier, révolutionnaire).

Par ces temps de déliquescence où, dans l’optique de beaucoup de nos compatriotes, la notion de patrie ne veut rien dire qui vaille, où la politique, qui est une science, est devenue surtout un moyen d’embourgeoisement, où notre petite République, tant au point de vue économique et politique que culturel, est dominée par l’étranger, il importe à chacun de nous de faire de ces paroles de Dessalines le centre de ses méditations : « J’ai vécu, combattu, quelquefois seul, et si j’ai été assez heureux pour remettre en vos mains le dépôt sacré que vous m’avez confié, songez que c’est à vous maintenant à le conserver » (Proclamation de l’Indépendance du Général en chef, aux Gonaïves, 1804).

Il est déplorable que dans notre diaspora la plupart des petits Haïtiens ignorent nos héros, alors qu’ils savent presque tout de Washington (États-Unis) ou de Jacques Cartier (Canada)…
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POÈME
Mugabe ou Étoiles Métamorphosées

J’ai des mots en stock
Pour dire
L’infinie présence d’un peuple
Son chant de terre et de grands vents
Du plus lointain recul à l’immédiat
Soudain
Je marque les pas d’un rêve
où la charrue épelle les signes de
l’ardoise
et marie à la sueur l’épi mûr au Soleil
la plus petite note du travail quotidien
éclate en vagues de rumeurs
et tresse des berceaux
dont les feux ont déjà des promesses de
bras
Je prélude à la marche sereine
des têtes coopératives
et réclame le vote d’urgence
pour le passage à gué des quêtes
populaires.
lèvres innombrables
pour un combat commun
lignes de chance
où des mains se répondent
Mais des trous dans la nuit
ont détrôné le pays
Mis le silence en vogue
et cette manière de sang frais.

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