mardi 23 septembre 2008

CAPSULE - Suicide à Tempérament

SUICIDE (L.SUI, DE SOI, ET COEDES, MEURTRE) la décision d’un individu de mettre fin à ses souffrances physiques ou psychologiques. Le geste lui-même doit cependant être distingué des simples idées ou tentatives suicidaires. Il est le résultat d’un processus complexe dans lequel interviennent le milieu social et des évènements marquants.

LE SUICIDE À TEMPÉRAMENT

Pourquoi des milliers de personnes se suicident-elles chaque année ? Le célèbre psychiatre Karl Meninger se plaisait à dire qu’ « en fin de compte, tous les êtres humains se tuent d’une façon qu’ils ont eux-mêmes choisie, certains rapidement, d’autres lentement, certains de bonne heure, d’autres plus tard ». Nous parlerons de la manière lente et tardive de se tuer, le « microsuicide ».

Robert Firestone et Richard Seiden, deux psychologues de Los Angeles, font remarquer que le suicide n’implique pas toujours un comportement évident, tel le fait de se tirer une balle dans la tête. Il peut aussi prendre la forme d’un « suicide à tempérament », dans lequel s’associe une série de comportements qui sont rarement considérés comme constituant un suicide à proprement parler.

Ils prétendent que les gens ont tous des tendances autodestructrices, ou « microsuicidaires ». Ces habitudes agissent à l’encontre du bien-être physique et émotionnel de l’individu, et peuvent aboutir ou non au suicide.

Les deux spécialistes affirment que le fantasme du suicide est si commun qu’il est considéré comme normal pour les adolescents. Comme disait le philosophe allemand Nietzsche : « La pensée du suicide constitue un puissant réconfort, qui aide bien des gens à survivre à d’horribles nuits ».

Ils soulignent qu’à l’instar du condamné à mort, nous sommes tous conscients du fait que tôt ou tard nous mourrons, et pour supporter cette angoisse, nous commettons tous, de façons différentes, un « microsuicide ».

Selon eux, tous les êtres humains sont suicidaires, et ce n’est que le degré d’autodestruction qui varie d’une personne à une autre. Mais cette tendance, loin de trahir un vœu de suicide, constitue au contraire une défense puissante contre l’angoisse de la mort.

L’homme ne veut pas mourir, mais il veut se protéger contre le spectre de la mort. Ainsi, par un processus de renoncement, la peur de mourir se transforme en une peur de vivre ou de trop s’attacher à la vie.

Le grand sociologue français Durkheim fut l’un des premiers chercheurs à reconnaître les comportements autodestructeurs. « Le suicide, écrivait-il, n’est pas un phénomène monstrueux sans aucun lien avec les autres formes de comportement. Au contraire, il leur est relié par une série continue de causes intermédiaires. Ce n’est qu’une forme exagérée de pratiques communes à tous ».

Durkheim donne de nombreux exemples de ce qu’il appelle le suicide « embryonnaire » : le casse-cou qui joue avec la mort ; l’individu qui met sa santé en péril en la négligeant ; celui qui se tue au travail. Pour lui il existe d’autres types de suicide qui sont ; le suicide égoïste qui se définit par une non intégration dans un groupe social donné. Puis il y a le suicide altruiste qui résulte d’une intégration trop forte de l’individu aux impératifs du groupe, puis le suicide anomique qui est la désintégration sociale et l’affaiblissement des liens entre l’individu et le groupe.

Mais quelle est la cause du suicide à tempérament ? Firestone et Seiden prétendent que les comportements autodestructeurs sont le fruit d’un sentiment profond de haine envers soi-même, et que les enfants l’incorporent à leur psyché de très bonne heure. Selon eux, nous possédons tous une « voix intérieure » qui inculque ces pensées destructrices, et dans certaines circonstances, cette voix peut l’emporter sur l’intérêt rationnel.

Cette pensée punitive peut par exemple se manifester par le sentiment que l’on ne peut jamais rien faire comme il faut, qu’on n’a aucune valeur.

Les recherches de Firestone et Seiden leur ont permis de conclure que même les individus dits « normaux » entretiennent de temps en temps de brèves pensées suicidaires. L’idée, par exemple, de jeter sa voiture sur un pilier, ou de s’avancer au bord d’un précipice en se disant : « Encore un petit pas et tout sera fini… ».

Et même si la chose est difficile à croire, les deux chercheurs auraient établi que de nombreux parents sont parfois pris du désir de se débarrasser de leurs enfants…

Quant aux gens qui ratent leur suicide, leurs proches, dans un nombre de cas étonnamment élevé, n’hésitent pas à leur dire : « La prochaine fois, choisis un pont plus élevé »…

Conclusion

Bien que le suicide soit un geste individuel, les causes du suicide sont d’après Durkheim, essentiellement sociales et résident dans une brisure du lien entre l’individu et la société.

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