samedi 11 octobre 2008

DOSSIER - VIOLENCE DANS LA RELATION DE COUPLE

On se demande pourquoi un homme, reste-il avec sa femme tout en la brutalisant et en l’humiliant ? La théorie de l’apprentissage social avance que cette violence est apprise et renforcée par ses conséquences sociales. Sonkin et coll. (1985) expliquent, d’après leur travail clinique, que les hommes violents continuent à battre leur femme parce que ce moyen leur paraît efficace pour rester maîtres de la situation et que cette brutalité sert d’exutoire à leurs sentiments de frustration (Walker, 1985). Bien sûr, il faut situer ces explications dans le contexte des rapports sociaux entre hommes et femmes.

Selon Walker (1985), l’interaction entre la socialisation à des rôles sexuels stéréotypées et l’apprentissage d’un comportement agressif peut expliquer pourquoi certains hommes témoins de violence dans leur enfance ne sont pas violents, tandis que d’autres qui n’ont pas subi de violence dans leur enfance l’exercent plus tard contre leur femme et leurs enfants. Une expérience contrôlée de l’utilisation de différentes stratégies par la police a démontré que l’arrestation et l’incarcération de l’homme violent (arrestation removal advice) ont un effet marqué sur le taux de récidive (Sherman et Benk, 1984). S’il y a des désavantages à la criminalisation de la violence conjugale, on y voit toutefois l’avantage d’enlever aux femmes le fardeau de prendre toute la responsabilité de mettre fin à la situation. De plus, la criminalisation met en évidence la responsabilité de l’État dans la protection des personnes. Selon Walker, une fois que le système judiciaire a accepté de punir les hommes pour leur comportement violent, on observe une réduction notable de la stigmatisation des femmes battues.

Les personnalités violentes se recrutent dans toutes les catégories sociales : « la violence concerne tous les milieux sociaux, ce qui change, c’est l’épaisseur des murs » constate une sociologue. Ces personnalités dangereuses existent dans les deux sexes mais dans de bien moindres proportions chez les femmes : 10% des victimes de violences sont des hommes… sans doute (c’est une première explication) parce que les réactions à la dépression varient d’un sexe à l’autre. En général, les hommes agressent, les femmes dépriment ou s’autodétruisent. Sans parler évidemment de la force physique inégale.

LA SPIRALE DE LA VIOLENCE

Intrinsèque, l’agressivité est palpable dès le début de la relation mais elle met du temps à devenir physique. Elle est d’abord psychologique et modeste, une exigence par-ci, une remarque par-là, le tout sur fond d’amour et de tendresse car, souvent, les hommes violents aiment « leur princesse ». Ils l’adorent, la défient, l’ont dans la peau, ils ne peuvent pas vivre sans elle. Ô Paradoxe!

La violence est une forme de spirale infernale dans laquelle la relation s’enfonce progressivement. Certains hommes ne se mettent à frapper qu’après deux, cinq, voire dix ans de mariage… « Pour partir à la première claque et prévoir ce qui va leur arriver, il faudrait que les femmes soient visionnaires », constate Maité Albagly. Il faudrait que les femmes aient la prescience du drame à venir, un drame qui se déroule généralement en trois phases souvent décrites par les psychologues. La violence a toujours existé dans la relation mais au début, elles n’ont pas voulu la voir. Très vite aussi, elles se sont crues coupables de ne pas être une bonne épouse, puis une bonne mère. Ne se sentent pas à la hauteur, elles ont intégré les causes de cette violence comme si elles étaient les coupables.

Les personnalités violentes s’accrochent aux soi-disant faiblesses que les femmes se reprochent. Ce sont ces armes là, celle qu’elles se sont elles mêmes fabriquées en elles se prenant pour des « nulles », qu’ils brandissent pour les rabaisser, les enfoncer et se donner l’illusion de leur propre supériorité.

La deuxième phase commence au moment où l’homme dépasse les limites tacites où les deux se sont fixées. Les femmes violentées veulent croire, elles aussi, qu’il existe une « bonne manière de prendre » un homme violent. Secrètement, elles s’accusent d’être responsables et parfois d’avoir provoqué en ne disant pas ou en ne faisant pas ce qu’il aurait fallu (et même si elles le provoquaient, cela justifierait-il une épaule démise, un œil au beurre noir, une brûlure de cigarettes sur la cuisse?).

Or, dans la majorité des cas, les faits et gestes de la victime sont hors de cause. La violence répond à des pulsions autonomes qui n’ont rien à voir avec la réalité. C’est après coup que bourreaux et victimes cherchent des « raisons », car donner un sens à ces actes (commis ou subis) est toujours plus rassurant qu’une confrontation insensée avec des forces inconscientes et obscures qu’on ne s’explique pas…C’est à S. Freud que nous devons la découverte de l’inconscient dans le psychisme humain, comme lieu où se logent les pulsions. Toute sa vie Freud a élaboré une théorie duelle des pulsions, en démontrant à la fois les tendances opposées et ses complémentaires des pulsions d’agressivité et des pulsions libidinales dans sa première théorie, ,il oppose aux pulsions sexuelles (libidinales) les pulsions d’auto-conservation (pulsions du Moi), les pulsions agressives sont vues comme originant dans le Moi et ayant un but défensif soit de luttes contre les menaces faites à l’intégrité du sujet. Dans la seconde théorie des pulsions (1920), Freud oppose cette fois, les pulsions de vie (éros) aux pulsions de mort (thanatos). Les pulsions de vie regroupent maintenant non seulement les pulsions sexuelles mais ce qui avait été identifié comme pulsions d’auto-conservation (pulsions du Moi libido narcissique) les pulsions de mort apparaissant dans la théorie de Freud avec la nécessité de reconnaître l’existence du masochisme primaire.

Ainsi, il n’existe pas de compagne (ou de compagnon) sur mesure pour des personnalités violentes. Elles sont mues par des pulsions irrépressibles qui les poussent à hurler, à cogner sans avoir besoin de contexte ou de prétexte.

Les hommes violents les plus dangereux sont sujets à des violences cycliques. Ils alternent brutalités et remords et ils ont deux visages, l’un est social et charmant, l’autre est terrifiant et réservée à la vie privée. Certaines femmes ont affaire à des hommes enragés dont la violence cyclique s’accumule comme l’eau derrière un barrage qui finit par céder. Ce sont par ailleurs d’excellents pères de famille, de bons collègues, de bons amis… Seule leur femme est victime de ces actes de fureur subite. Il faut qu’ils la contrôlent, la rabaissent, l’humilient. Sur fond de dénigrement, ces accès de rage subits s’expliqueraient par un fantasme d’abandon que ces hommes rumineraient dans leur coin.

Le problème des hommes violents est la distance affective, observe Donald Dutton. Dès qu’ils se trouvent dans une situation d’intimité; s’élève en eux la crainte d’être abandonnés qui le dispute à la crainte d’être engloutis. L’homme violent cherche à contrôler sa partenaire qu’il perçoit à la fois comme essentielle et répugnante.

Notre centre peut aider ces hommes à repérer les cycles de violence et à en reconnaître les signes avant-coureurs (c’est un minimum) afin d’apprendre à la contrôler. « Mais sans un remaniement complet de leur personnalité, grâce à une thérapie longue qui réduira les tensions psychiques à l’origine de ce symptôme qu’est la violence.

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