samedi 27 décembre 2008

RAPPORTS ENTRE LA VOLONTÉ ET L'HABITUDE 5e

En effet, il n'est nullement nécessaire pourqu'un acte mérite le qualificatif de volontaire, qu'il soit difficile. Sans doute, la difficulté vaincue peut montrer qu'il y a eu volonté et non activité automatique: ainsi l'effort que je dois faire pour me lever le matin me confirme que c'est pour un motif rationnel et non par abandon à mon penchant naturel que je sors de mon lit. Mais un acte n'en est pas moins volontaire pour être fait sans effort; ainsi, bien souvent, c'est sans effort que le juge porte son verdict et personne ne songera à déclarer son acte involontaire. Bien plus, la difficulté éprouvée montre les efforts possibles, je ne voudrai jamais autant de bien à un ennemi qu'à celui qui m'est naturellement sympathique; la volonté n'est totale que lorsque l'objet vers lequel elle se porte nous paraît totalement bon. L'acte volontaire n'est donc pas le résultat d'une activité intellectuelle crispée sur elle-même, sans facilité et sans aisance, sans rien de l'habitude.


Réciproquement, il serait erroné de concevoir l'habitude comme un mode d'être totalement passif ou un mode d'agir purement mécanique, bref comme l'antithèse de la volonté.


L'action habituelle ne se réduit pas à de purs réflexes, sans la moindre pensée, sans l'intention la plus vague.


Prenez l'opération qui vous paraît la plus mécanique, par exemple la récitation d'une prière dite des milliers de fois ou les mouvements de la tricoteuse. Si vous essayez d'éxécuter, tout en vous livrant à un calcul mental difficile, un de ces actes qui paraissent se dérouler machinalement, vous commettez, ici ou là, quelque erreur: il n'y a de bon fonctionnement de l'automatisme psychologique que grâce à une attention diffuse et au contrôle inconscient de l'esprit. D'ailleurs, si les mouvements élémentaires que l'analyse discerne dans les opérations habituelles sont, dans une grande mesure, stéréotypés, il n'en est pas de même de leur groupement. Nous utilisons toujours les mêmes mots, et la plupart de nos formules ne sont que des clichés: Mais ces clichés sont groupés différemment suivant les circonstances, et on pourrait faire consister l'art ou l'habitude d'écrire dans le talent d'utiliser opportunément le mot ou le cliché connus de tous. Ainsi l'apprentissage consiste bien à multiplier les automatismes, mais encore plus à celui que la réflexion nous ferait choisir. Bref, la perfection de l'habitude serait, non pas de se passer d'intelligence, mais, au contraire, d'en pénétrer si intimement notre activité spontanée que nous n'ayons plus besoin d'y faire appel; de rendre son exercice si aisé qu'il devienne inconscient.


* à suivre *

0 Comments: