mardi 6 octobre 2009

Punkitude - 10e partie

Contre-cultures et cultures des jeunes de 1960 à 1980.

Nous parlerons de ces contre-cultures telles que nous les avons connues en France. Pourtant, ni la France ni l’Europe ne vivent dans un isolat en ce qui concerne les cultures des jeunes. En particulier l’influence des États-Unis s’est manifestée à plusieurs reprises durant les vingt dernières années, et donc, pour une part, les cultures juvéniles sont internationales, même si leur réalisation est toujours un rapport à une société donnée.

À la fin des années 50 et au début des années 60 en France on parle beaucoup des blousons noirs, bandes d’adolescents issus de la périphérie urbaine, qui sont vilipendés par la presse unanime. En jeans, blousons et bottes de cowboy, montés sur leur moto, bien réelle ou fantasmatique selon leur pouvoir d’achat, ils sèment la terreur dans les banlieues en s’affrontant à coups de chaînes de vélos dans les bals du samedi soir. Le reste du temps, ils traînent dans leur banlieue, devant leur H.L.M. (habitations à loyer modéré, construites par les municipalités pour résoudre rapidement les problèmes de logement, écoutent du rock’n’roll et vivent en bandes. Refusant leur destin de prolétaires, ils se lancent dans les coups douteux et se consacrent à la défense de leur territoire contre les incursions des autres bandes, s’appliquant à respecter un code de l’honneur et de la virilité qui implique avant tout la solidarité du groupe.

L’avant et l’immédiat après 68 sont l’époque des groupuscules et du militantisme – diverses tendances trotskystes, pro-chinoises, anarchistes….Petit à petit l’éclatement des diverses tendances du gauchisme, et surtout, du militantisme, laissent place à un mouvement « gauchiste » au sens large.

Dès la fin des années 60 les influences du mouvement hippy issu des campus américains, de la « beat generation », se font sentir en France. À cette époque les services européens d’immigration enregistrent un niveau annuel constant de quelque 10000 hippies en route pour le Proche-Orient et l’Inde (Roszak 1980 : 50). Un des attraits majeurs de ces pays est la légalité et le prix modique de la drogue, qui est un élément important de la culture hippy. Le voyage est donc non seulement réel et exotique, mais aussi intérieur et tourné vers une exploration du psychisme et de l’imaginaire. En même temps qu’on réfute le matérialisme de l’Occident, on se tourne vers les philosophies orientales : bouddhisme et hindouisme plus ou moins authentiques ou mysticisme syncrétique absorbant diverses influences.

En France, d’anciens militants déçus par la politique et l’échec de la révolution de mai 68 tentent de miner la société de l’intérieur plutôt que de la détruire par la violence. Aucun domaine n’échappe à cette voie alternative, parallèle, qui, par réaction à l’absolue prévalence de la raison en Occident, s’intéresse au corps et à la nature, à toutes les médecines et thérapies parallèles : massages, santé par les plantes, acupuncture, homéopathie…Le mouvement écologiste se fait l’apôtre du retour à la nature, des énergies non polluantes et naturelles (éoliennes, solaires). On consomme naturel : nourriture végétarienne ou même macrobiotique avec l’omniprésence du « complet » (riz, pain, farine…). Les vêtements sont à base de matériaux naturels : coton, lin, laine filée à la maison. On cultive sans engrais chimiques et on se fait l’écho de la lutte des paysans du Larzac chassés de leur terre pour une base militaire (« Gardarem lou Larzac » dit-on en occitan). En réaction à la sophistication et à la complexité du réseau de distribution dans notre société, on vise le retour à une économie autarcique, ce qui entraîne en corollaire la simplicité. À l’ère du « do it yourself », les femmes portent jupes paysannes froncées à la taille, blouses et robes à l’emmanchure large et carrée tombant en plis souples. La coupe, directement issue des modes paysannes (Europe de l’Est, Mexique) et ethniques (africaines ou asiatiques), fait fi de notre couture complexe ajustée à pinces et soufflets. Elle vise aussi à laisser le corps de la femme, à l’inverse de l’image de la vamp accentuant seins et taille, est plutôt celle de la mère, aux formes généreuses. Les hommes portent chemise indienne, pulls tricotés, ou tuniques tissées d’allure rustique. Ils adoptent aussi les vestes noires en gros drap qui présentent l’avantage d’évoquer à la fois la veste « mao » et celle des paysans français.

À la même époque, on exprime son opposition aux pratiques en place, perçues comme exerçant une violence envers l’individu, par des appellations frondeuses : anti-psychiatrie, anti-gymnastique, contre-culture. On fait aussi référence à la douceur en prônant l’avènement de la technologie douce, qui remet à l’honneur toutes les techniques artisanales : teinture végétale, tissage, poterie, travail du bois, du cuir….

Enfin, libération et autogestion sont des thèmes récurrents de cette révolution tranquille : libération de la sexualité (avec le corollaire « t’es pas libéré! »), des enfants (Libres enfants de Summerhill), écoles et crèches autogérées par les parents, des femmes, boutiques autogérées de santé, de droit….Toute une société parallèle se met à fonctionner en dehors des institutions.

* à suivre *

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