mardi 3 novembre 2009

FORUM DE DISCUSSION SUR LA PENSÉE DESCARTES

CONCLUSION AVEC DESCARTES

Les problèmes métaphysiques

– LE MONDE (DesCartes)

Quelles sont tes raisons qui peuvent conduire le philosophe à mettre en doute l’existence du monde extérieur?

Pyrrhon, à ce qu’on raconte, était parvenu à un tel degré de scepticisme que si ses disciples, plus confiants que lui dans les données de leurs sens, ne l’eussent accompagné, il se fût heurté aux arbres ou laissé choir dans quelque rivière. A de tels récits l’homme de la rue sourit de malice ou de pitié et se félicite de n’avoir pas, à l’école des philosophes, perdu le sens commun.

Pour le sens commun, en effet, la question de l’existence du monde extérieur ne se pose même pas, et le monde extérieur est la réalité la plus certaine qui puisse être : nous sommes renseignés sur lui de tant de façons par nos organes sensoriels, par les yeux en particulier, et les sensations, surtout les sensations tactiles, nous donnent un sentiment si incoercible d’atteindre le réel! Au contraire, dès que nous nous éloignons de ce qui se voit ou de ce qui se touche, quand on nous parle d’esprit ou de pensée, nous perdons notre belle assurance et souvent terminons notre enquête par un point d’interrogation. Que si, parfois, dans ce domaine de l’immatériel, nous ne trouvons rien de mieux, pour montrer qu’il ne saurait y avoir le moindre doute, que de comparer cette vue de l’esprit à une perception sensible : « cela crève les yeux », disons-nous : « C’est palpable »; « on le touche du doigt »…L’idéal de la certitude est donc celle que donne la sensation, celle de l’existence du monde extérieur.

Cette existence du monde extérieur, si évidente pour le sens commun, comment le philosophe peut-il être amené à la mettre en doute et sur quelles raisons se fondent sa négation ou son scepticisme?

I. La philosophie n’est, dans une grande mesure, qu’un approfondissement du sens commun. Aussi pendant longtemps les philosophes ont-ils eu, dans la question qui nous occupe, une attitude peu différente de celle de l’homme de la rue : il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour qu’une école philosophique, l’école écossaise, adoptait la dénomination de « philosophie du sens commun », mais de tout temps des penseurs, comme l’homme de la rue, firent de la certitude de la perception sensible l’idéal de toute certitude. La conception opposée ne remonte qu’à Descartes.

Sans doute, avec Socrate, la philosophie, occupée jusque là à des recherches cosmologiques comme l’origine du monde et la nature de la matière, s’intériorisera : la connaissance de soi-même, c’est-à-dire de son âme, passa au premier plan des préoccupations du penseur. Platon va plus loin : il demande au sage de détourner les yeux du monde sensible pour s’élever à la contemplation du monde intelligible, des Idées. Mais ni Socrate ni Platon n’ont le moindre doute sur l’existence du monde extérieur. Au contraire, c’est parce qu’ils savent combien ce monde s’impose à nos sens qu’ils demandent à leurs disciples un long effort et même toute une ascèse, pour arriver à comprendre que ce que voient les yeux du corps n’est pas tout.

Comment donc, dans un esprit en qui est ancrée une si forte tendance à ne tenir compte que de ce qui se voit et de ce qui se touche, peut germer le moindre doute sur l’existence du monde extérieur?

Sans doute – les sceptiques se sont complu à les relever - , il y a de nombreuses illusions des sens. Le même objet produit sur différents individus des impressions différentes. Chez le même individu, les impressions varient suivant les circonstances. Enfin, les impressions dépendent toujours de l’organe impressionné : l’univers visible des daltonistes paraîtrait étrange à celui dont la vision est normale, et là où nous jouissons du silence le plus absolu, celui dont l’oreille serait sensible aux ondes hertziennes percevrait une horrible cacophonie. Pouvons-nous prétendre, nous fondant sur ces seules impressions sensibles, connaître vraiment le monde tel qu’il est?

Nous ne connaissons pas le monde extérieur tel qu’il est : ces observations le montrent bien. Nous n’en connaissons, peut-être, que des apparences, et des êtres constitués autrement que nous se feraient de ce monde des représentations bien différentes des nôtres. Mais on ne prouve nullement par là que le monde extérieur n’existe pas. Notre connaissance du monde peut n’avoir qu’une valeur relative, nous n’en atteignons pas moins quelque chose de réel, une existence distincte de notre propre existence.

Comment le philosophe a-t-il pu donc être amené à douter de l’existence même du monde extérieur?

II. Pour que ce doute pût germer, il fallait se faire de la nature humaine une conception nouvelle différente de la conception du sens commun pour qui l’homme est, non pas un pur esprit, mais aussi, et peut-être même avant tout, un corps. Cette conception fut élaborée par Descartes.

On sait le jugement que Descartes, à la fin de ses études, porta sur la philosophie ; « Il ne s’y trouve encore, écrit-il, aucune chose dont on ne dispute, et par conséquent qui n’y soit douteuse »? Et comme il prétend mettre en toutes ses idées cette rigueur qu’il a appréciée dans les mathématiques. Descartes se résout, dans le dessein de rebâtir plus tard sur des fondements d’une solidité éprouvée, à mettre bas tout l’ensemble des vérités qu’il a admises jusqu’ici. Il considérera « comme absolument faux » non seulement ce qui lui paraît douteux, mais encore ce en quoi il pourraît « imaginer quelque doute ». Et ainsi, comme nos sens nous trompent souvent, il décide de ne plus leur accorder le moindre crédit; comme on est parfois induit en erreur par de faux raisonnements.

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