mardi 1 juin 2010

L'HOMME IMMIGRANT - 7e partie

Conclusion

Loin de constituer une analyse exhaustive de la condition des hommes immigrants, Stéphane Hernandez présente quatre facteurs de vulnérabilité majeurs permettant de mieux comprendre leurs réalités lorsqu’ils viennent s’établir avec leur famille au Québec. En servant de guide à l’intervention, ces quatre points de repère peuvent outiller les intervenant(e)s qui travaillent avec les personnes provenant d’autres cultures. Néanmoins, ils ne s’adressent pas uniquement à l’intervention directe auprès des clientèles masculines immigrantes. L’homme immigrant étant le plus souvent considéré par sa famille comme le chef, l’intervention auprès des familles immigrante ne peut faire l’économie de se passer du père. En dépit d’une évidente nécessité d’effectuer des études qualitatives plus systématiques en ce qui concerne le point de vue et l’expérience intime des hommes immigrants, de la transformation des rôles familiaux en lien avec la migration, nous pouvons déjà dégager quelques pistes d’intervention :

Dans tout type d’intervention qui s’adresse aux familles immigrantes, considérer et tenter d’impliquer l’homme-chef de famille. Observer les processus de changements de rôles qui affectent les dynamiques familiales, ainsi que les stratégies utilisées par chacun des membres. Puis, les accompagner – en faisant abstraction de toute norme implicite – dans leur négociation de nouveaux rôles plus adaptés aux nouveaux contextes socioéconomique et socioculturel. Favoriser un climat propice aux échanges; utiliser l’approche systémique ouvrant sur le dialogue; intégrer, s’il y a lieu, les membres de la famille élargie, du réseau de voisinage et de la communauté ethnoculturelle. Reconnaître un certain pouvoir à l’homme dans sa famille, mais moins en tant que force coercitive qu’en tant que force mobilisatrice et constructive.

En approche clinique, partir d’où sont rendus les hommes immigrants dans leur remise en question, en lien avec leur milieu familial; reconnaître les affects négatifs liés aux différentes pertes de statut qu’ils vivent au cours du processus migratoire; les aider à cheminer dans le nouveau contexte socioculturel en tenant compte de leurs résistances avec un maximum de respect, d’ouverture et de flexibilité; les encourager à faire apprécier à leurs enfants leurs valeurs et leur fierté culturelles, tout en les amenant à s’ouvrir davantage à la culture québécoise.

Organiser des activités de prévention avec les pères immigrants pour valoriser leur rôles dans la société (aide reliée à l’emploi, projets collectifs, groupes d’entraide, jumelage…) et dans leur famille (trouver de bonnes manières d’exercer leur autorité).

Sensibiliser avec tact les familles immigrantes sur la réalité des jeunes québécois, sur les valeurs liées à l’éducation et sur le rôle du père tel qu’il est valorisé au Québec.

Pour la plupart de ces hommes qui ont décidé – ou on été contraints – d’abandonner leurs pays d’origine pour s’établir avec leur famille au Québec, l’immigration rime avec une multiple perte de statuts qui se traduit par des difficultés d’accès à l’espace socio-économique et la remise en question de l’autorité et du maintien d’une rigueur morale au sein de leur propre famille. On réalise encore à peine la complexité du processus qu’ils doivent vivre pour ajuster leurs repères symboliques et leur identité masculine à cette véritable révolution des mœurs qui s’est étalée au Québec sur plusieurs générations. Aux différents acteurs sociaux préoccupés par l’adaptation/intégration, les dynamiques interpersonnelles conflictuelles et la violence familiale vécues au sein des familles immigrantes, il est essentiel de tenir compte du père, de son état de vulnérabilité et de son étape de cheminement.


* à suivre *

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