lundi 2 août 2010

AGRESSIVITÉ - 8e partie

VOIES DE CANALISATION ET DE SUBLIMATION DES PULSIONS AGRESSIVES : LE JEU, LA CRÉATION, LE TRAVAIL

C’est dans le jeu symbolique que nous voyons apparaître chez l’enfant les premières solutions adaptées en rapport avec l’agressivité. Winnicott a conceptualisé de façon très originale le phénomène du jeu qu’il situe dans un espace intermédiaire, entre le monde interne de l’enfant et la réalité extérieure. Le jeu absorbe des éléments du monde extérieur qui se mêlent aux éléments du monde intérieur de l’enfant, i.e. pulsions, désirs, fantasmes; il permet ainsi l’exploration de ces deux mondes et des conflits qui s’y trouvent. Le jeu est la pensée de l’enfant, son travail psychique. C’est sur l’élaboration du jeu personnel de l’enfant que s’établira la richesse de la personnalité adulte.

Des gens s’inquiètent du fait que les enfants jouent avec des armes-jouets et croient que pour prévenir la guerre, il faudrait interdire ces jouets. Si nous acceptons le fait que l’enfant ait besoin d’explorer l’agressivité qu’il est conscient de posséder en lui, nous comprenons alors la nécessité chez l’enfant d’exprimer ses sentiments agressifs dans le jeu qui est essentiellement sans danger réel puisqu’il est symbolique. Le jeu est une alternative à l’agressivité agie dans une crise de rage par exemple. On peut penser qu’on prépare mieux un enfant à devenir un citoyen responsable si on lui offre la possibilité d’explorer ses conflits internes, d’en prendre conscience grâce au jeu.

La création artistique, issue du développement du jeu et de l’espace intermédiaire tels que conçus par Winnicott, s’alimente de l’énergie pulsionnelle et du conflit interne surmonté. Ainsi est-il intéressant de penser que pour bâtir une statue, même une statue dédiée à la Paix, un sculpteur doit pouvoir utiliser une bonne dose d’agressivité s’il veut s’attaquer à son matériau, le façonner, le transformer. La réalisation de la statue elle-même témoigne de l’existence des pulsions agressives et de la sublimation.

Spitz a conceptualisé l’avènement des processus de pensée chez l’être humain comme une fonction adaptative dans l’évolution de l’espèce, fonction adaptative née de la pulsion agressive elle-même. C’est la pulsion agressive qui stimule l’évolution vers des niveaux adaptatifs supérieurs, par le biais de l’activité mentale et du travail intellectuel, eux-mêmes liés au principe de réalité.

Le travail intellectuel de l’élève, du chercheur, comme le travail qui engage le corps du sculpteur, impliquent donc des pulsions agressives canalisées, réorientées vers de nouveaux buts, sublimées


* à suivre *

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