mercredi 8 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 5e partie

DIALOGUE

L David : Vos écrits passionnants m’ont toujours plu, ils sont d’actualité et m’aident à vivre. Aussi, je vais essayer de profiter de votre expérience pour vos poser quelques questions :

Tout comme vos confrères ethnoculturelles, vous avez souvent rappelé que les zones aveugles de la culture québécoise nous empêchent de comprendre la culture de l’autre. Quels seraient ces zones aveugles?

Pierre E Constant : Celle qui m’apparaît primordiale, c’est la difficulté de prendre conscience de notre ethnocentrisme.

L David : C'est-à-dire la tendance à présumer que l’autre est comme soi?

Pierre E Constant : Tout à fait si l’autre n’est pas comme moi, c’est qu’il lui manque quelque chose et ce quelque chose il a intérêt à l’adopter au plus vite…c’est lui qui n’est pas correct. Cela peut se traduire de manière particulièrement éloquente dans la notion qu’on se fait du corps dans une culture donnée. Ainsi, du pont de vue de ma culture d’origine, on a l’impression que la culture nord-américaine souffre d’un « blocage négation » dans ses rapports au corps énergétique par exemple. Mais il y a aussi certains aspects troublants de « votre » réalité qu’un regard transculturel aiderait à éclairer : la phobie de la mort (qui nous coûte une fortune) l’approche de suicide, la violence indicible des rapports mère-fille, les rapports famille-société, le contexte particulier de l’inceste et des abus sexuels, le détournement de la pulsion artistique etc.

L David : Vous parlez de la convivialité un peu comme d’un remède à l’ethnocentrisme d’un mode d’enrichissement mutuel.

Pierre E Constant : En effet, si nous sommes réunis autour de la même table à partager le même repas, l’immigrant y transmettra sa ressemblance et sa différence….

L David : Mais certains pourront se dire de façon primaire « je ne l’ai pas invité, je ne suis pas allé le chercher, qu’il s’adapte! »

Pierre E Constant : C’est exact. Mais là aussi il est urgent que média et hommes politiques soient honnêtes et « systémiques »…Cessons de nous raconter des balivernes : s’il est vrai que le Canada et le Québec sont exceptionnellement généreux envers les réfugiés, il n’en demeure pas moins que la vérité pure et dure de l’immigration est que nous écrémons les jeunes élites des pays en voie de développement pour qu’elles payent nos pensions de vieillesse – surtout depuis que nous sommes devenus incapables de nous reproduire nous-mêmes…cela les médias ne le disent pas! Pas plus d’ailleurs qu’ils n’indiquent que l’état des « pays sous-développés » « est lié » à un ordre mondial dont les pays riches tirent les ficelles.

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