jeudi 16 décembre 2010

LA NOTION D'ASSUÉTUDE CHEZ LES COUPLES ALCOOLIQUES 1e partie

ALCOOLISME ET CO-ALCOOLISME : À PROPOS DU COUPLE ALCOOLIQUE

Un des traits les plus frappants dans la clinique de l’alcoolisme, c’est l’intrication des comportements des partenaires, tous deux acteurs actifs de l’assuétude. En fait, le partenaire pose une série d’actes pour aider l’alcoolique à s’en sortir, et précisément ces interventions protègent non pas l’alcoolique, mais, paradoxalement l’alcoolisme. Des actes tels que appeler le patron pour excuser une absence ou faire la chasse aux bouteilles dans la maison ont un effet inverse de l’effet visé consciemment : elles permettent en réalité à l’alcoolique de continuer dans la même direction sans trop de conséquences fâcheuses et introduisent une sorte d’ « état-tampon » entre l’alcoolique et la société. Cette situation, que nous considérons comme typique pour l’alcoolisme de l’âge adulte, nous a amenés à utiliser le terme de co-alcoolique pour désigner la personne du proche entourage de l’alcoolique qui exerce cette fonction spécifique et sans laquelle, nous semble-t-il, un alcoolisme ne peut atteindre son plein développement. Nous parlons de l’alcoolisme dans sa phase de l’adulte, entre 35 et 50 ans, qui entraîne peu à peu des pertes considérables au niveau de l’emploi, des finances, de la famille et sur le plan personnel.

La notion de co-alcoolique

Quand, dans la littérature française, anglaise et allemande, certains auteurs tentent de cerner le rôle de l’entourage de l’alcoolique, ils font en général une description phénoménologique d’un point de vue individuel qu’il est utile de résumer. Ces descriptions font souvent largement référence à l’observation clinique.

L’alcoolisme de l’âge adulte, pour atteindre son plein développement, exige au moins deux personnes : l’alcoolique et le co-alcoolique. Pour l’alcoolique et le co-alcoolique. Pour l’alcoolique, nous reprendrons une description liée à l’expérience de chacun, mais qui se trouve aussi de façon très explicite dans le D.S.M. III (Abus d’alcool, 303-90) : alcoolique est une personne qui fait usage d’alcool et en subit des inconvénients graves. Cette définition minimale suffit amplement.

Le co-alcoolique c’est celui ou celle qui permet, le plus souvent tout à fait involontairement, que l’alcoolique continue à vivre sa vie personnelle, conjugale et professionnelle sur le même mode; la plupart du temps, le co-alcoolique est le conjoint, un ascendant ou un descendant, parfois un supérieur hiérarchique ou un collègue. Cette personne proche tente de « limiter des dégâts » et montre beaucoup de compréhension pour ce qu’elle désigne souvent comme la « dépression » de l’alcoolique. Celle-ci nous rapporte que le comportement de l’alcoolique est certes très difficile à supporter, mais que son travail est exigeant, qu’il a eu une enfance difficile, qu’il a eu une mère impossible, qu’il est l’objet continuel d’injustices à son travail, ou plus simplement que chacun a tout de même le droit de se détendre, et qu’il vaut mieux le faire à la maison (où on peut le tenir à l’œil). Le comportement agressif accompagnant l’ingestion d’alcool est minimisé systématiquement : il n’était pas conscient de ce qu’il faisait, il ne croyait pas ce qu’il disait, il n’avait pas voulu vraiment frapper, ce n’était pas lui, etc. « C’est d’ailleurs ma faute », entend-on souvent dire par le conjoint; « Si j’avais réagi autrement, ça ne serait pas arrivé ». Parallèlement aux « regrets » de l’alcoolique vient le pardon du co-alcoolique : chaque fois, le partenaire pardonne les excès de la veille. L’alcoolique fait serment que de telles choses ne se reproduiront plus et l’incident est effacé. On n’en parle plus, on recommence, selon le phantasme de l’ardoise nette, de la table rase : « On oublie tout, on recommence à zéro », etc. Et ce scénario se reproduit, immuablement, indéfiniment, entraînant une aggravation de la situation sociale, familiale, et somatique…


* à suivre *

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