mercredi 28 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 20e partie

Soumise aux contraintes historiques de la guerre, de l'exil, et de la réinstallation, la société vietnamienne (qui bien que traditionnelle n'en demeure pas moins une société complexe) s'est modifiée et réorganisée pour s'adapter aux exigences de la transplantation.  Désormais, l'espace social vietnamien au Canada ne se réduit plus aux seules valeurs traditionnelles, l'acculturation ayant fait son office on assiste à une "occidentalisation" des discours et des pratiques.  La persistance des traditions s'estompent semble-t-il chez les plus jeunes, au grand désespoir des plus âgés.  Toutefois en dépit de ces changements, les réseaux familiaux et collectifs qui fondent la structure traditionnelle vietnamienne se maintiennent dans l'exil, et coexistent avec une organisation sociale géographiquement plus ouverte et éclatée.  Cette prégnance d'un "noyau" traditionnel se manifeste plus volontiers dans les situations concrètes, dans les expériences individuelles et collectives, plutôt que dans les discours généraux, le plus souvent désabusés, que les Vietnamiens tiennent sur leurs compatriotes au Canada.  À ce titre, il est d'ailleurs singulier de constater que, dans cette population soumise à tant de drames, brutalement déplacée (alors que les Vietnamiens n'avaient pas l'habitude de changer de pays) et exposée par là-même à un risque psychopathologie sévère, c'est précisément autour des expressions "pathologiques" liées à ces drames qu'émergent les expériences et les validations collectives d'expériences qui ressortissent, au-delà du temps et du lieu, à l'univers Vietnamien traditionnel.  Sans doute, le rapport du sujet à la conception du monde de sa culture est plus tenace que les autres éléments culturels.  Toutefois, ce n'est la persistance de "croyances" ou de "superstitions" "désuètes" qui caractérise la spécificité vietnamienne de cet espace social, mais bien plutôt la relation singulière qui unit le sujet aux conceptions du monde que sa culture véhicule.  La maladie, l'affliction, sont sans doute les moments privilégiés au cours desquels cette relation s'exprime avec la force de "l'évidence" et se présente pour le malade et pour ses proches comme la réalité elle-même, attestant ainsi de la nature sociale de "l'évidence" qui unit l'expérience à son explication.

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