lundi 23 avril 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 68e partie

COMPULSIF VS JOUEUR PATHOLOGIQUE

Il est peut-être utile maintenant d’établir certaines distinctions terminologiques. La première concerne les désordres obsessifs-compulsifs et le caractère obsessif-compulsif. Dans la tradition clinique le terme « caractère obsessif-compulsif » identifie les personnes affichant une rigidité, une conscience, une culpabilité, un doute et un conformisme excessifs. Le comportement rituel ou les idées obsessionnelles ne sont pas nécessairement présents. Par ailleurs, les désordres obsessifs-compulsifs se définissent obligatoirement par l’existence d’idées persistantes ou répétitives (obsessions) et/ou de comportements rituels (compulsions). Même si ces idées obsessives et ces comportements compulsifs ne font par partie intégrante du caractère obsessif-compulsif, ils constituent les deux composantes principales des désordres obsessifs-compulsifs.

Bien que la co-existence d’obsessions et de compulsions constitue la caractéristique la plus commune du désordre, il est possible d’observer des obsessions sans comportement compulsif et vice versa. Les termes « désordres obsessifs » et « désordres compulsif » désignent donc l’apparition d’une composante en l’absence de l’autre alors que le terme « désordre obsessif-compulsif » est réservé à la combinaison des deux.

La définition la plus répandue des désordres obsessifs-compulsifs est celle de Schneider (1925). Ces désordres impliquent « des éléments de la conscience (pensées, sentiments, impulsions, actions) qui, lorsqu’ils se manifestent, sont accompagnés de compulsions subjectives et dont on ne peut se défaire même si, après mûre réflexion, on les juge insensés ». Lewis (1936) précise que le fait de reconnaître une obsession comme insensée ne constitue pas une caractéristique immuable ; par contre le sentiment de devoir résister à l’obsession est essentiel.

Mayer-Gross (1955) donne une description semblable. Il affirme que « la nature essentielle du symptôme obsessif ou compulsif réside dans sa manifestation comme un élément mental, une idée, une image, un affect, une pulsion ou un mouvement, caractérisés par une sensation subjective de compulsion, l’emportant sur une résistance interne. Cette résistance est la caractéristique essentielle distinguant les phénomènes compulsifs réels des autres phénomènes apparentés ».

Teasdale (1974) présente un ensemble de caractéristiques permettant de mieux distinguer les rituels obsessifs-compulsifs de ce qu’il nomme « les autres formes de comportements d’évitement ». Ces caractéristiques sont :
1) la fréquence élevée d’apparition du comportement, sa persistance et sa répétition,
2) sa forme stéréotypée,
3) le sentiment subjectif de compulsion à réaliser ce comportement plus fort que la résistance du sujet à l’accomplir,
4) le fait que le comportement apparaît insensé aux autres et est embarrassant pour le sujet.

Donc, le désordre obsessif-compulsif est caractérisé par l’apparition d’événements internes envahissants, habituellement anxiogènes, et involontaires. Ceci s’accompagne de rituels manifestes, souvent de nature stéréotypée, que l’individu se sent obligé d’accomplir , en dépit de sa résistance, que ces idées ou ces comportements aient une signification ou non pour lui.

Tout clinicien familier avec ce groupe de malades ne peut qu’être conscient de la nature complexe de ce désordre et du degré d’incapacité et de souffrances qu’il peut causer. On s’accordera donc pour reconnaître le besoin urgent de trouver des modèles adéquats et des traitements efficaces. Pour Beech et Perigault les patients obsessifs compulsifs sont prédisposés à des états pathologiques d’activation et que, par un mécanisme mal défini, cette excitation produirait l’apparition de pensées morbides et de comportements aberrants. Les idées et les comportements obsessifs-compulsifs seraient donc le résultat final de réactions en chaîne dans lesquelles les états d’activation excessive serait la cause première.

Acheteurs compulsifs dites-vous ?

Le docteur Donald Black, professeur de psychiatrie à l’Université de l’Iowa, précise que personne ne sait combien de gens se comportent de cette façon, mais on estime que leur nombre varie de 1 à 6% de la population. Les personnes affligées de cette affection psychique sont naturellement bien accueillies par les commerçants, mais leurs excès peuvent dangereusement grever le budget familial. Le docteur Black rapporte entre autres le cas d’une femme qui dépensait en moyenne 500$ par semaine en vêtements, ce que son mari n’appréciait pas particulièrement. Ce comportement compulsif commence à se manifester généralement à la fin de l’adolescence ou au début de la vingtaine et 90% de ces personnes sont des femmes.

Selon le docteur Black, ces femmes achètent surtout des vêtements, des bijoux, des souliers et des produits de beauté. Les hommes achètent plutôt des voitures et des appareils électroniques tels que des lecteurs de disques compacts et des appareils stéréophoniques. Les alcooliques compulsifs boivent par période. Mais les acheteurs compulsifs sont actifs pendant toute l’année. Et quand ils ne dépensent pas, ils planifient habituellement leur prochaine tournée des magasins.

Comme on peut l’imaginer, cela crée des grandes tensions au sein du ménage. Il y a de fréquentes disputes au sujet des questions financières. L’argent est continuellement viré d’un compte à un autre pour couvrir les dettes… et la faillite n’est jamais bien loin. Le docteur Black fait remarquer que les acheteurs et les joueurs compulsifs ont des caractéristiques communes. Ils planifient minutieusement leurs sorties, ils dépensent tous les deux l’argent sans compter, ils sont soumis à une impulsion psychologique et ils éprouvent ensuite un sentiment de culpabilité.

Les acheteurs compulsifs manifestent une obsession de dépenser mais il ne faut pas les comparer aux personnes affligées d’une maladie obsessive. Ces dernières se préoccupent d’une façon maladive des microbes. Howard Hughes en était un bel exemple. Il prenait mille précautions pour se protéger des microbes, ce qui lui faisait perdre des heures chaque jour. Une femme souffrant de cette affection sortait les meubles de sa chambre et en lavait les murs tous les samedis matin. Cela lui prenait deux heures et elle savait que c’était insensé. D’autres personnes se lavent les mains des dizaines de fois par jour ou éprouvent le besoin de se regarder dans un miroir plusieurs heures par jour pour voir si elles n’ont pas de nouvelles rides.

C’est une affection terrible et les gens qui en souffrent se rendent compte que tous ces gestes répétitifs sont absurdes et totalement illogiques, mais ils ne peuvent pas en parler aux autres. À l’inverse, les acheteurs compulsifs aiment ce qu’ils font. Ils regardent les magazines pour voir ce qu’il y a à acheter, ils font de lèche-vitrines. Le docteur Black a révélé qu’il existe désormais des médicaments pour soigner les acheteurs compulsifs. La « Fluvoxamine » a donné des résultats étonnants pour enrayer ce désordre psychologique. Dix femmes souffrant de cette maladie ont reçu ce traitement et neuf d’entre elles ont réagi favorablement. Ces personnes ont dit passer moins de temps à penser à acheter.

Malheureusement, quelques semaines après avoir cessé de prendre le médicament en question, ces personnes ont recommencé lentement à avoir leurs impulsions d’achat et un mois, après l’arrêt du traitement elles ont recommencé à dépenser. Le docteur Black a précisé que cette affection a été reconnue comme un dérèglement psychiatrique seulement récemment et son expérience est probablement la première du genre visant à le guérir.

En ce qui a trait aux méthodes de traitement pour les malades compulsifs, plusieurs pistes ont été envisagées d’après les spécialistes ;
1- il peut s’agir de la méthode de traitement par imagination c’est-à-dire « si en présence de stimuli anxiogènes, on peut présenter une réponse contraire produisant une disparition complète ou partielle de cette anxiété, le lien entre ces stimuli et l’anxiété sera diminué
2- par sensibilisation imaginée ; le traitement consiste essentiellement à amener le sujet à imaginer les stimuli conduisant à des comportements anormaux ou des comportements eux-mêmes, et à les associer à des expériences désagréables présentées en imagination
3- auto-instruction et réidentification, Taylor propose un modèle de comportement obsessif-compulsif qui veut que les compulsions soient maintenues par renforcement positif.

Le modèle de Beech et Périgault propose donc, en résumé, qu’un état d’activation pathologique est le facteur principal dans le développement des comportements obsessifs-compulsifs. Quand ce niveau d’activation atteint un seuil critique, des associations se forment entre certains stimuli environnants et cette activation et entraînent l’émission de comportements aberrants (compulsions) et l’élaboration d’une explication post-hoc (obsessions) de l’état d’activation apparemment inexplicable autrement.

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