mercredi 26 septembre 2012

LITTÉRATURE HAÏTIENNE - 7e partie


L’ÉCOLE ÉCLECTIQUE

GEORGES SYLVAIN (1866-1925)

INTRODUCTION

Élevé dans une famille pieuse, riche et aisée, frotté de culture ancienne qu’il puisa dans un des plus grands collèges puis à la faculté de Droit de Paris.  Georges Sylvain fut d’abord un joyeux étudiant et un homme de plaisir.  Rentré au pays, ses études achevées, il devient un animateur culturel de premier ordre.  Découragé par l’absence de liberté et de démocratie vraie dans le pays, il devient un indifférent.  Lorsque l’instabilité politique aboutit à l’occupation américaine de 1915, l’homme qui semblait se détacher de certaines réalités haïtienne se révéla un grand patriote qui lutta jusqu’à l’épuisement pour la libération de son pays.

Patriote tour à tour enthousiaste, indifférend et exalté, écrivain critique, journaliste, moraliste et poète, Sylvain a chevauché toute sa vie entre son amour pour la littérature française et les réalités de notre littérature nationale.

Il a réuni dans son oeuvre, plus vaste qu’on ne le souligne souvent, la somme des idées de son temps.  Et, par son art et son inspiration qui ont contribué à enrichir et à remplir notre patrimoine littéraire, il demeure l’un des écrivains les plus remarquables de sa génération.

Georges Sylvain naquit à Puerto Plata (Réplique Dominicaine) où ses parents s’étaient réfugiés après le bombardement du Cap par deux croiseurs anglais de “Bull Dog” et le Galathea (Le consulat du Cap fut violé par des opposants au gouvernement de Geffrard.  Les deux croiseurs bombardèrent la ville et Geffrard qui avait établi son quartier général à l’Acul pour combattre les révolutionnaires, en profita pour attaquer le Cap par terre et s’en emparer (novembre 1865).

Sylvain fit ses études primaires chez les frères de l’instruction Chrétienne de Port-de-Paix, ville d’origine de ses parents, ses études secondaires au Petit-Séminaire Collège St-Martial et après 1880, à Paris au Collège Stanislas. Il fit ses études supérieures, toujours à Paris à la faculté de droit.

Dès cette époque, il écrit des poèmes qui paraîtront dans CONFIDENCES ET MÉLANCOLIES.  Il fréquente des cercles culturels, fait provision de remarques et d’observation.  Rentré dans le pays il tenta d’instaurer une activité littéraire semblable à celle qui l’avait séduit à Paris.

Il fait du journalisme, fonde l’École de Droit, la Société de Législation et l’oeuvre des écrivains pour encourager les jeunes talents et donner un essor définitif à nos lettres.  Il ouvre des cercles culturels, organise des tournées de conférences en province, crée l’Alliance Française en Haïti tandis....qu’il commence la publication de son oeuvre.

En 1901, il donne CONFIDENCE ET MÉLANCOLIES (poèmes français) et CRIC CRAC (fables en langue créole). En 1904, en collaboration avec Solon Ménos, Dantès Bellegarde, il publie pour marquer le centenaire de notre indépendance une Anthologie en deux tomes des poètes et prosateurs haïtiens.  L’ouvrage est couronné par l’Académie Française. En 1908, il édita la LECTURE, recueil de dix causeries prononcées en tant que Délégué-Général de l’Alliance en Haïti.

Il collabore particulièrement à la Ronde, à l’Essor, à Haïti Littéraire et Sociale, Haïti Littéraire et Scientifique où il donne une série d’Articles critiques sur les ouvrages de Hannibal Price, Frédéric Marcelin, Etzer Vilaire, Solon Ménos etc.  Ces articles réunis en volume donneraient vraiment une idée du talent de notre premier grand critique littéraire : “insisive et élégante, sa prose se nuançait d’une certaine ironie souriante aussi exempte d’amertume que de méchanceté”.

Sylvain occupa avec compétence les fonctions les plus diverses : avocat militant, professeur à l’École de Droit, Juge au Tribunal de Cassation, Ministre Plénipotentiaire à Paris et auprès du St-Siège.

Puis vint l’occupation américaine d’Haïti en 1915.

Il lance dans l’arène le journal LA PATRIE, crée l’Union Patriotique, association de nationalistes intransigeants, qui groupe 41 filiales en province.  L’éminence de son talent, l’immensité de sa foi patriotique désignent Sylvain comme le premier administrateur délégué de l’Union Patriotique.  Sa vie se confondit désormais avec cette lutte pour la libération du territoire.  Et durant dix années (1915-1925) “ce fut un apostolat au service duquel Sylvain mit une constante ténacité, une belle énergie et une grande capacité de travail”.

“Il porta, nous dit Perceval Thoby, avec une virile et invicible fermeté la bataille partout où il pouvait atteindre l’ennemi, l’attaquant sans merci, mais loyalement, avec les armes courtoises du chevalier.  Georges Sylvain n’a rien négligé pour faire triompher la cause de la nation.  Conférences, Meetings populaires, manifestations nationales, poésies, chansons articles de journaux, discussions juridiques, controverses constitutionnelles, mémoires adressées au Sénat et au gouvernement des États-Unis...voyages, tournées patriotiques dans les départements, tel fut l’effort immense, l’effort surhumain que le patriotisme, désintéressé arracha à ce laborieux courbé du matin au soir, sur le problème angoissant de notre libération....” (Dix Années de Lutte pour la Liberté, Tome I, page XVII).

Épuisé, il mourut le 2 août 1925 sans la consolation d’assister au départ des troupes d’occupation qui devait avoir lieu neuf ans plus tard, en 1934.

Il est mort au service de la patrie, il eut des funérailles grandioses, imposantes.  Même les journaux américains firent le salut de l’épée en rendant hommage au nationalisme farouche de “l’adversaire du régime américain en Haïti.”

Trente ans après sa mort, ses héritiers réunirent en deux volumes, sous le titre de “Dix années de lutte pour la liberté 1915-1925” tous les textes (discours, conférences, articles de journaux) écrits par le leader pour combattre l’occupation.

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