dimanche 19 mai 2013

RAPPORTS SOCIAUX ET SIDA DANS LA COMMUNAUTÉ HAÏTIENNE - SUITE


Résumons-nous
L’enquête avait pour objectifs de définir la distribution et les déterminants socio-culturels des facteurs de risque pour la transmission du VIH chez les Montréalais d’origine haïtienne et de mesurer l’évolution de ces facteurs, afin d’être en mesure de mieux diriger les interventions de prévention.  De plus, l’enquête permet de fournir des données concernant les sources d’information sur la maladie.

Ainsi, pour réaliser cette enquête, nous avons associé deux démarches: la première est une démarche quantitative de type épidémiologique appliquée dans une perspective psychosociale et la deuxième est une démarche qualitative qui a permis de compléter les différentes données d’ordre culturel.

Connaissance sur le sida
L’enquête révèle que 94,5% des répondants ont établi un rapport entre la maladie et les contacts sexuels.  Entre la première phase (1988) et la troisième phase (1900), le degré de connaissances sur le sida a progressé.  La moyenne sur l’échelle des connaissances est passée de 8,38/11 à la phase I, à 8,94 à la phase II et à 9,75 à la phase III.

Cependant, nous avons encore noté des lacunes, particulièrement sur la question qui concerne la transmission du VIH par l’utilisation d’ustensiles appartenant à un sidéen ou par une piqûre de moustique.

Nous avons également montré que c’est parmi les répondants âgés de 15 à 24 ans que nous avons observé la plus forte augmentation du degré de connaissances.  Nous avons remarqué, en outre, une relation significative entre le niveau de scolarité et le degré de connaissances.  Plus les personnes ont un niveau de scolarité élevé, meilleur est leur résultat sur l’échelle des connaissances.

Enfin, l’utilisation du condom et la fidélité sont les comportements que les répondants ont le plus mentionnés, pour se protéger du sida.  Pour les personnes interrogées, les individus les plus susceptibles d’être infectés par le VIH sont les homosexuels (74,5%), les personnes ayant plusieurs partenaires sexuels (63,0%) et les toxicomanes (59,6%).

Sources d’information sur le sida
Il est certain que les médias constituent les principales sources d’information sur le sida.  La télévision atteint la majorité de la population (88,4%).  Cependant, lorsqu’on s’informe auprès de la population sur les sources d’informatoin au sujet du sida qu’elle privilégierait, celle-ci ne cite les médias que dans une très faible proportion (11,6%).  Par contre, les médecins et les infirmières ont la confiance de 77,7% des répondants.

Attitudes et croyances.
À chaque phase, nous avons observé une progression des attitudes positives envers les sidéens.  Nous avons noté la progression la plus importante du nombre de répondants ayant une attitude très positive parmi les jeunes âgés de 15 à 25 ans.  Par contre, la population de l’enquête reste très partagée quant à l’idée de rendre obligatoire un test de dépistage.

La majorité des personnes se dit très inquiète à l’effet de contracter le sida.  Cependant, seulement 13% des personnes interrogées évaluent leur risque personnel d’être infecté par le VIH comme étant très élevé.  Par ailleurs, il est inquiétant de constater la progression du nombre de personnes qui estiment ce risque comme peu élevé ou nul, entre la première et la troisième phase.

Près de 20% des répondants de l’enquête déclarent avoir déjà passé un test de dépistage du VIH.  Cette proportion est assez élevée, étant donnée que, pour l’ensemble du Québec, cette proportion se situerait entre 1% et 4%.

Il est par ailleurs opportun de souligner que la proportion des personnes qui ont accepté de se soumettre au test de dépistage du VIH, dans le cadre de notre enquête, a diminué à chaque phase.  Nous avons relevé la plus forte baisse chez les répondants âgé de 15 à 19 ans.

Les comportements sexuels associés au risque de transmission de la maladie
L’écart entre la proportion des hommes et des femmes ayant des comportements sexuels à risque est considérable à chaque des phases.  Ce sont les jeunes âgés de 14 à 24 ans qui sont les plus nombreux à avoir des comportements sexuels à risque.  Durant la dernière phase de l’enquête, 10 des 126 femmes actives interrogées et actives sexuellement, soit, 7,9%, avaient en plus d’un partenaire sexuel au cours de l’année qui avait précédé l’entrevue, comparativement à 27 des 92 hommes interrogés, soit 29,3%.

Nous avons observé que le risque relatif d’avoir des comportements sexuels peu sécuritaires est plus élevé chez les personnes en union légale ou de fait.  Les analyses multivariées montrent également que le risque relatif d’avoir des comportements sexuels à risque élevé est plus grand chez les hommes, les personnes qui connaissent une personne infectée par rapport à celles qui n’en connaissent pas et les personnes interrogées à la phase I par rapport à celles qui ont été interrogées aux phases II et III.

Signalons à ce propos que les perosnnes les plus scolarisées sont généralement plus nombreuses à présenter des comportements sexuels à risque.

Enfin, près de la moitié des répondants sexuellement actifs de la phase III ont dit avoir changé de comportements sexuels pour se protéger du sida.  Les hommes sont nettement plus nombreux que les femmes à affirmer qu’ils ont modifié leurs comportements.  Les personnes dont les comportements sexuels ont été définis comme étant à risque élevé sont plus nombreuses à avoir adopté de nouveaux comportements.

Utilisation du condom
Nous savons que la majorité des femmes n’ont jamais utilisé de condom pour se prémunir contre les maladies transmissibles sexuellement, alors que plus de la moitié des hommes assurent qu’ils l’utilisent, toujours ou souvent, pour se protéger. Les personnes ayant 14 ans et plus de scolarité et celles qui prétendent avoir changé de comportements afin de se protéger contre le sida, sont plus nombreuses à avoir utilisé le condom, toujours ou souvent.

De surcroît, plus du tiers des individus interrogés ne connaissaient pas l’utilisation adéquate du condom.  Ainsi, près de 40% des répondants connaissaient mal le moment où le condom devait être placé.

Pour les perosnnes interrogées, la crainte de contrarier le partenaire régulier, un plaisir moindre lors des relations sexuelles et le prix constituent les principaux obstacles à l’utilisation du condom.

Conclusion
Cette enquête est la première à aborder le sujet dans cette communauté; il est donc maintenant essentiel que les résultats de cette enquête soient largement diffusés, commentés et discutés aussi bien dans les milieux communautaires que dans la population en général.

L’enquête a éaglement révélé la présence d’obstacles qui gênent la prévention du sida et qui sont spécifiques à certains sous-groupes de la population québécoise d’origine haïtienne. Il s’agit d’identifier ces différences et de les intégrer dans les acitvités destinées à ces groupes.  Les inégalités entre les hommes et femmes ont un impact considérable sur la définition des rôles dans la société, sur les comportements sexuels et sur la capacité de chaque individu à contrôler ses relations sexuelles; toute intervention auprès d’adultes ou de jeunes devrait permettre d’encourager la valorisation du statut de la femme.

Les jeunes ont un degré de connaissances assez élevé sur le sida.  Toutefois, c’est chez eux que l’on retrouve la plus forte proportion de personnes ayant des comportements sexuels à risque, bien qu’ils soient plus nombreux que leurs aînés à évaluer leur risque d’ëtre infecté comme faible. L’enquête a permis de constater les difficultés qui existent dans les relations parents-enfants.  La rupture avec la culture traditionnelle haïtienne est plus forte chez les jeunes nés au Québec et entraîne des conflits importants entre générations. Néanmoins, le milieu familial reste un lieu privilégié pour l’échange d’informations.

Par ailleurs, nous avons documenté le lieu de contrôle externe qui caractérise certains segments de la population immigrante haïtienne.  Il ne s’agit pas de soustraire la pensée magique et religieuse de l’interprétation de la maladie, mais de dynamiser le rapport de la pensée magique à la pensée scientifique, afin d’apprivoiser la maladie, tout en se donnant des moyens objectifs d’intervention.

L’enquête a de plus permis de constater une augmentation des voyages entre le Québec et Haïti attribuable, en grande partie, au changement de gouvernement en Haïti.  Aussi faut-il tenir compte de cette nouvelle donnée dans le cadre de la prévention du sida.

Par ailleurs, les Haïtiens font preuve d’ostracisme envers leurs compatriotes infectés ou atteints du sida.  Ces derniers, souvent par crainte de la rumeur, évitent d’avoir recours aux ressources qui existent dans la communauté.

Mentionnons en outre que le condom est encore peu utilisé  et son utilisation mal connue.  L’information à ce sujet devrait par conséquent être continuelle.

Le système de snaté et les médecins en particulier constituent l’une des sources préférées d’information sur le sida. Or les résultats de l’enquête montrent que ces professionnels donnent peu d’information sur le sida à leur clientèle.  Les médecins et les autres professionnels de la santé devraient assumer des responsabilités accrues dans ce domaine.

Pour conclure, l’enquête a permis de révéler qu’il était primordial de mieux connaître les facteurs psychosociaux qui déterminent l’adoption ou non d’un comportement donné dans certains sous-groupes de la population visée, notamment les individus ayant des comportements connus comme étant à risque.  Il serait également utile de mieux comprendre les déterminants qui influencent une évolution plus égalitaire en ce qu concerne les rapports hommes-femmes, l’influence de la pensée religieuse sur les attitudes, croyances et comportements face au sida.

À cause de la longue période de latence, il est important, en liant les facteurs de risque à l’état sérologique de la population, d’obtenir une image plus récente des groupes à risque chez les Québécois d’origine haïtienne.  De plus, la connaissance actuelle de la séroprévalence dans la population permettra de mesurer avec plus d’exactitude l’impact des campagnes d’éducation et de prévention.

Le sida est un problème de santé publique important pour les Québécois d’origine haÏtienne.  Les déterminants des comportements à risque pour la transmission du sida, comme cette enquête nous a permis de le montrer, sont complexes.  Il faut s’assurer d’un engagement à long terme de tous les éléments qui constituent la communauté, de l’individu jusqu’aux organismes communautaires haïtiens.



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