mercredi 1 août 2007

PROGRAMME : Violence Conjugale - Femme Agressée


"La démocratie n'est vigoureuse que si elle est portée par un désir de libération qui se donne constamment de nouvelles frontières, à la fois plus lointaines et plus proches, car il se tourne contre les formes d'autorité et de répression qui touchent l'expérience la plus personnelle." Alain Touraine

L'organisation du programme d'intervention de groupe pour les femmes violentées tient compte de la dynamique propre aux groupes et des différentes composantes personnelles qui sont liées à l'expérience des participantes. Le programme qui est présenté peut donc être modifié suivant les caractéristiques du groupe afin de favoriser l'atteinte des objectifs.

Pendant 25 semaines, le travail qui est fait sur Soi en groupe est redoublé d'un travail individuel hebdomadaire réalisé à la maison. À chaque semaine les participantes seront amenées à faire le compte rendu au groupe de leur travail d'auto-analyse de diverses composantes qui sont liées à leur problématique.

Chaque séance est d'une durée de 4 heures et elle est préparée et planifiée soigneusement afin de rentabiliser au maximum le travail fait en groupe. Les intervenants se doteront d'outils d'animation diversifiés (vidéos, échanges, jeux de rôles, etc.) afin d'enrichir de façon dynamique et féconde les échanges, les prises de conscience et la production des conditions de leur transformation.

VINGT CINQ SEMAINES DE TRAVAIL EXIGEANT POUR SOI ET SUR SOI.

VINGT CINQ SEMAINES POUR ÉLABORER UNE POSITION ACTIVE D'INDIVIDU QUI CONSTRUIT LA VIE.


CONJUGALE/FAMILIALE/SOCIALE

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OBJECTIFS SPÉCIFIQUES : Violence Conjugale - Femme

Partager avec d'autres femmes l'expérience de la violence conjugale et se libérer de la honte, de la peur et de l'impuissance.

Se déculpabiliser vis-à-vis de la violence verbale et physique vécue.

Connaître le fonctionnement des abus de pouvoir dans le couple et la famille à partir de sa propre expérience.

Comprendre comment fonctionnent les relations complémentaires de type dominant\dominé, maître\esclave, comment se construisent la reproduction et la régulation de ces formes primaires de relations. Saisir comment de telles relations contraignent le développement de la démocratie dans notre société.

Évaluer la distance prise par la femme violentée vis-à-vis de la culture patriarcale et vis-à-vis de la prescription des rôles sociaux fondée sur le sexe.

Apprendre un nouveau mode de communication fondée sur le respect de Soi, sur le respect de la liberté et de l'autonomie des personnes avec qui la femme vit.

Apprendre à interpréter et à surmonter les limites affectives liées à l'histoire personnelle.
Restaurer et renforcer une estime de soi-même et une confiance en soi suffisamment forte pour se distancer des comportements primaires de soumission et de victime.

Construire une affirmation de soi-même qui permet de renouveler son rapport au Monde.

Apprendre à contrôler son stress et connaître le lien interactif entre le corps et la vie psychique.

Instruire sur les pratiques historiques de démocratie et de modernité avec les transformations qu'elles ont produites dans le fonctionnement des relations de couples, familiales et sociales.

Apprendre à exprimer et à vivre sa colère dans le respect des personnes avec qui la femme vit.

Reprendre du pouvoir sur sa vie en s'appropriant ses émotions, en se distançant de la plainte et en prenant en charge ses propres besoins de réparation.

Repérer ses formes de résistance aux changements sociaux et culturels qu'amène la démocratisation des relations intimes, familiales et sociales.

Responsabiliser la femme vis-à-vis de l'organisation de sa vie personnelle, conjugale, familiale et sociale.
Mettre en place un nouveau réseau de relations sociales fondées sur l'entraide et le soutien.


Première série de séances: Je me libère de la honte, de la peur et de l'impuissance.

  • Je partage avec d'autres femmes mon expérience de la violence et j'exprime ce que je ressens.

  • Je caractérise la violence reçue et ses composantes relationnelles.

  • Je me déculpabilise vis-à-vis de la violence verbale et physique que j'ai vécue.

  • Je comprends comment le dominé et l'esclave participent à la régulation et à la reproduction des relations dominant\dominé et maître\esclave.

  • J'examine les limites de mon expérience de violence par rapport à l'organisation de ma vie personnelle\familiale\sociale.
Deuxième série de séances: Ma famille et ses relations

  • La famille se définissant dans ses relations avec des pères et des mères venant de quatre lignées parentales:
  1. mon père
  2. le père de mon père; la mère de mon père
  3. ma mère
  4. le père de ma mère; la mère de ma mère
  • J'examine comment ma famille m'a transmis des schémas de représentations et de comportements qui m'amènent dans des pratiques relationnelles dans lesquelles je suis violentée.
  • J'apprends à interpréter et à surmonter les limites affectives liées à mon histoire personnelle.
  • Je situe mes pratiques relationnelles dans le contexte historique de la famille et des relations homme-femme au Québec. J'examine mes façons de résister aux transformations sociales qui s'opèrent au Québec depuis les années 50.
  • Je me positionne en tant que Sujet face à l'histoire des femmes et face à la révolution sociale et culturelle qu'amène leur affirmation comme Sujet-Acteur dans la société.


Séance synthèse: J'élabore une synthèse de mon travail accompli depuis le début des séances: les limites et les seuils.



Troisième série de séances: Je restaure et renforce mon estime et ma confiance de moi-même.


* L'insécurité affective et sociale comme cause et effet de la violence.
* Comment on peut se tromper sur soi-même et tromper les autres par crainte d'identifier clairement ses insécurités.
* Les composantes de la sécurité et de l'insécurité liées au développement de la personne. L'importance de la sécurité pour le développement de la démocratie.
* Les causes de mon insécurité et les façons de développer ma propre sécurité et de produire de la sécurité chez les autres.
* Je travaille à développer une estime de moî-même et une confiance en moi.
* J'examine mon arrimage entre Soi (individu-conscience) et le Monde (l'Autre-Société).
* Je comprends la configuration des besoins de développement de la personne propre aux exigences sociales d'une société qui s'est historiquement inscrite dans la modernité (savoir) et dans la démocratie (système politique):
  • La connaissance et la mise en acte des composantes d'une démarche d'autonomie et des composantes d'une démarche de responsabilisation.
  • La compréhension d'une structuration de la personnalité libérée des rôles sociaux prescrits sur la base du sexe.
  • Le respect des interdits fondamentaux qui assurent l'organisation de toute société humaine: interdit de l'inceste\interdit du meurtre.
  • Le respect de la règle sociale qui assure la formation de relations de réciprocité: le don et le contre don.
  • L'intériorisation du principe fondamental de la démocratie: la reconnaissance de l'Autre en tant que personne à part entière...Le principe de l'égalité entre les êtres et le respect de leur intégrité physique et mentale.
  • La compréhension des conditions biologiques, sociales et culturelles d'existence, de croissance et de reproduction propres à l'humain en tant qu'Espèce: Homo Sapiens Sapiens.
*À partir de ma propre expérience de vie, j'évalue mes pratiques relationnelles en rapport aux besoins de développement de la personne, tels que mentionnés ci-haut.

* Les traits de ma culture féminine que je refuse et les traits de cette culture que j'affirme: par rapport à mes comportements de soumission et de victime\par rapport aux transformations que je veux opérer.


Séance synthèse: J'élabore une synthèse critique de mon travail accompli dpuis le début des séances: les limites et les seuils.

Quatrième série de séances: J'explore un nouveau mode de communication

* Je refuse la violence comme procédure de communication et je m'éprouve dans un nouveau modèle de communication.

* J'apprends à dire ce que je ressens, à réfléchir mes contradictions et à solutionner les tensions relationnelles qui en résultent avec le plus de liberté possible, et ceci dans le respect de l'autre.

* J'apprends à donner la possibilité à l'autre de dire ce qu'il ressent, à exprimer ses contradictions et à soutenir la résolution des tensions qui en résultent avec le plus de liberté possible.


Cinquième série de séances: J'élabore une synthèse critique de mon travail fait en groupe.

* J'éprouve les limites de ma synthèse et je clarifie les conditions de production de mes transformations.

* J'élabore mon propre programme de transformation de mes comportements.

* J'examine comment je peux participer au développement de la démocratie et de la modernité dans ma société.

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VIOLENCE ET SAVOIR

Notre volonté de penser autrement la vie sociale doit nécessairement passer par la remise en question de nos évidences actuelles. Percevons-nous le lieux commun dans lequel nous logeons tous? Voyons-nous nos propres difficultés à nous arrimer au Monde, avec toutes ces transformations technologiques, politiques et économiques qui ébranlent notre société actuellement. Voyons-nous comment l'organisation de la vie individuelle en relatioin à la vie sociale, telle que nous l'avons construite, produit des conditions d'existence de plus en plus impossible pour la vie. Ne nous posons-nous pas actuellement la même question, à savoir: dans quel sens le développement de notre société se fait-il? Dans quel sens allons-nous?

Cette errance, qui n'est pas que québécoise, marque subtilement nos pratiques. Nous nous taisons sur nos incertitudes, nous heurtant plutôt quotidiennement, dans nos relations de travail, à la compétition entre nos savoirs. Efficacité, rendement et rentabilité sont proclamés haut et fort. On appelle à l'excellence et à la qualité des services à travers des budgets serrés, la précarité des emplois et le déclin des institutions. Toute cette déconfiture se pratique sur fond d'un durcissement des relations de pouvoir technocratique. Le panoptique n'a jamais été aussi puissant et aussi totalisant.

De la peur de la différence du savoir de l'Autre et de son langage sont imaginées toutes sortes de violences douces ou dures. De la peur de la qualification des problèmes humains parce que procédent d'un autre rapport à la mathématique, surgit une rationalisation coupée du sujet. De la peur de l'analytique et du langage émerge un rapport à la vérité assujetti à l'idée toute naïve que plus il y a des chiffres et de beaux schémas statistiques, plus nous avons la garantie d'être dans le vrai, c'est-à-dire scientifique.

En s'éloignant de la philosophie, les sciences sociales ont perdu de vue le droit fil de la science. Elles ont dérivé de leur position critique et de la recherche fondamentale pour devenir des producteurs de dispositifs de régulation du système social. Dans l'expérience historique de leur alliance avec l'institution médicale et juridique, elles ont au fil du temps réduit leur savoir à une instrumentation de contrôle social. Normaliser, discipliner et surveiller sont les lieux actuels de la recherche des sciences sociales. L'université est devenue bien ennuyante à cause de son pragmatisme régulateur qui relève du panoptique, mais pas de la science.

Foucault a bien montré quel était le matériel à penser de ce savoir-pouvoir technocratique. Ce matériel est fabriqué suivant deux procédures. Nous avons accès à une connaissance analytique de l'individu, laquelle est construite par l'interprétation que produt un expert à partir du récit de vie qu'une personne aux prises avec des problèmes lui confie. Le modèle interprétatif dominant s'organise à partir d'une mesure qualitative des problèmes confessés en rapport à la place qu'ils occupent entre le pôle de la santé et celui du pathologique. Dans cette perspective, la responsabilité des problèmes sociaux est toujours et pleinement imputable à l'histoire familiale de la personne et à sa déficience adaptative. À cette bio-psychomédicalisation de l'individu se superpose une connaissance cartographique du fait social. Cette dernière est construite par l'analyse probabiliste et statistique de la population. Cet outil de repérage cartographique sert à saisir la distribution des problèmes de santé et des problèmes sociaux, à calculer leur prévalence et à mettre en relation une multitude de facteurs.

Malheureusement, cette cartographie totalise nos interprétations de la vie sociale. Nous en sommes réduits à dire des pourcentages, à opposer des catégories statistiques et à figer la vie sociale dans des déterminismes. À chaque jour, les média nous renvoient au tableau statistique où sont figés dans des chiffres les problèmes psychologiques, sociaux, économiques, culturels et politiques. Cette fixation a comme effet d'extraire et d'aplanir la mobilité et la pluralité des événements qui affectent nos vies. Nos situations de vie ne sont plus que déterminées socialement, là où toute idée de liberté est exclue et surtout banalisée. Notre façon d'user socialement de cette forme de connaissance nous amène à construire un monde drabe, ennuyant, inodore, sans saveur, et comme dit si bien Beaudrillard, nous laissant comme seule passion, la haine avec sa violence. Population et individu sont les deux figures à partir desquelles nous appréhendons notre réel. Avec notre connaissance de la population, lieu anonyme par excellence, nous bâtissons nos politiques sociales. Avec notre connaissance des pathologies de l'individu, nous expliquons toute forme de désordre social. Mais, d'où nous est-il possible de penser, aujourd'hui même? Quelle question formidable de Foucault!

Notre connaissance du fait social est actuellement stérile et nous sommes en train de tuer la réflexion et d'appauvrir le langage. Avant d'être "post-moderne", intervenons dans le déclin de la modernité pour la reprendre dans ses lieux dynamiques, poétiques et générateurs de nouvelles formes. Comment interrompre un tel mouvement d'implosion si ce n'est qu'en nous remettant à l'étude de la philosophie et des sciences sociales au niveau de leurs écrits fondamentaux. Et pour se vivre en science, nous devrions nous inspirer de la physique. Elle est un gai savoir parce que ses théories prennent appui sur un principe d'incertitude, lequel rappelle à chaque instant de la recherche, que le monde et l'univers sont une invention humaine, que la façon d'expliquer l'origine et l'organisation de la vie et de la matière sont aussi et simplement une construction humaine. Le souci d'objectivité du physicien s'exerce dans l'effort de la non occultation de sa subjectivité, et le relativisme qu'il pratique lui permet de jeter un regard critique sur la vérité d'une théorie en jaugeant sa puissance à interpréter et ordonner le réel pour surgir hors du labyrinthe dans lequel nous nous agitons, construisons une pensée baroque et renouvelons le pragmatisme en y incorporant une substance éthique. Construisons un pragmatisme mobile qui danse avec les formes multiples du réel. Et faisons de la pensée une pratique s'ouvrant à l'aventure et s'éprouvant elle-même dans les enjeux fondamentaux de notre époque. Enfin, reprenons à notre compte ce que Michel Serres nous propose: "Détachez-vous des enjeux, moquez-vous de la victoire ou de la perte, vous entrerez en science, en observation, en découverte, en pensée."

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