mardi 7 août 2007

QUI EST L'HOMME VIOLENT? (C.H.O.C.)


Le premier élément à retenir est que l'homme batteur ne présente aucune caractéristique démographique ou professionnelle particulière. L'associer à une classe sociale précise entre autres à la pauvreté ou au manque d'éducation, représente une erreur. Le portrait de la grosse brute mal équarrie et qui fait peur est une intervention populaire qui nous empêche de voir la réalité. L'homme violent se retrouve dans toutes les couches de la société et ce proportionnellement à la distribution des divers groupes et sous-groupes sociaux.


Deuxième élément: l'homme batteur n'appartient pas à la catégorie de ceux qu'on classe habituellement comme "malades mentaux" ni davantage à celle des sociopathes" ou des "psychopathes". Non, hormis le 10 à 15 p. cent d'hommes qui de toute façon ont des problèmes sérieux de violence généralisée ou de santé mentale, la masse des hommes violents est composée d'individus dits "normaux". Si on fait abstraction de l'abus physique dont ils font montre à l'égard de leur partenaire, on les trouvera bien adaptés à leur milieu, sans trait distinctif marquant par rapport à la norme. Il s'agit là d'un aspect trompeur qui peut nous faire sous-estimer la gravité des agressions commises ainsi que le besoin d'aide réel de ces hommes.


La caractéristique la plus fréquemment rencontrée chez les hommes violents est d'avoir été pour la très grande majorité, victimes eux-mêmes de violence physique dans leur enfance, sinon de violence verbale ou émotive, ou à tout le moins fréquemment exposés à des scènes de violence physique entre leurs parents ou auprès de leurs frères et soeurs. De nombreux chercheurs mentionnent l'existence de l'expérience de la violence durant l'enfance. D'autres soulignent que certains hommes violents ont été abusés physiquement ou sexuellement.


Un trait marquant des hommes agresseurs est leur tendance à faire porter le poids de la responsabilité de leurs gestes sur les autres. En général, l'homme violent sera porté à nier sinon à minimiser sa participation dans les actes qu'il a posés. Il cherchera à blâmer les autres pour ses actions, accusant entre autres sa victime de l'avoir provoqué. Ce trait accentue son insensibilité. L'homme est centré sur lui-même et un peu conscient des effets de ses actions sur les autres.


Les hommes violents ont beaucoup de peurs reliées à ce qu'il est convenu d'appeler la "fusion" et la "dépendance". Ils sont dans beaucoup de cas possessifs et craignent par-dessus tout la perte de l'être aimé. Peu sécures dans leurs univers émotifs, ils ont peine à accepter la "distance", "l'autonomie" de l'autre, et vont chercher par tous les moyens à raffermir leur contrôle sur la personne aimée. Leurs besoins émotifs sont ramenés à cette partenaire qui se retrouve ainsi sur-investie et vue tantôt comme un ange, tantôt comme une sorcière.



Les hommes batteurs ont une définition rigide et une conception traditionnelle des rôles de l'homme et de la femme. Ils sont pris dans une conception étroite de ce qu'est un homme et de ce qu'est une femme. Plusieurs voient la femme comme un être inférieur, comme quelqu'un à posséder. Ils sont coincés dans une définition étroite du rôle d'homme qui leur est enseigné. Ils se sentent directement menacés par toute modification de cette image traditionnelle à laquelle ils cherchent à s'accrocher à tout prix pour maintenir leur estime d'eux-mêmes. Les hommes violents sont aux prises avec une éducation qui a renforcé d'une manière rigide des comportements stéréotypes qui incitent à la coercition (Purdy et Nickle, 1981). Leur relation de couple est établie sur un mode de domination car comme le soulignait Larouche (1985), les stéréotypes reproduisent les rapports dominants/dominés entre les hommes et les femmes.


Une faible estime de soi est aussi une caractéristique qu'on retrouve chez la plupart de ces hommes. La majorité des hommes agresseurs ne se sentent pas bien par rapport à eux-mêmes et à leurs comportements. Ils vivent beaucoup du culpabilité et un fort sentiment de dévalorisation quant à leur personne. Cela seul ne suffit cependant pas à modifier leur comportement, au contraire. En effet, selon Elbow (1977), plusieurs hommes deviennent violents lorsqu'une image peu favorable d'eux-mêmes leur est projetée.


Un élément qu'on relève chez l'homme violent à un degré encore plus marqué que chez la majorité des hommes est sa très grande difficulté à percevoir ses émotions et à les verbaliser. Selon Larouche (1985), le manque d'habileté de l'abuseur à exprimer ses états émotifs est la caractéristique dominante qui émerge de son profil. L'intégration du rôle masculin associé à la force, à la cesure des états émotifs et à la domination favorise l'emploi de la violence comme solution aux conflits conjugaux (Strauss et al., 1980).


Notons enfin que lorsqu'il sent basculer son ménage ou encore lorsque sa conjointe menace de le quitter, il devient un sujet de prédilection pour le suicide ou l'homicide. Cette tendance au suicide ou à l'homicide est fréquente chez ces hommes et doit être considérée avec beaucoup de sérieux.





LES FACTEURS SOCIAUX RELIÉS À LA VIOLENCE CONJUGALE


Les facteurs sociaux ne sont pas à sous-estimer. La violence a beau se vivre au niveau interpsonnel, elle trouve son prolongement dans la société. Selon Dobash et Dobash (1978), notre société patriarcale a accordé à l'homme un droit de contrôle et de domination vis-à-vis sa femme. De plus, l'existence de normes sociales implicites acceptant la violence de la part des hommes contribue à attiser l'expression de cette violence sous toutes ses formes. (Wardell, 1983). Les sentences dérisoires (Hodgins et Larouche, 1980), imposées aux hommes qui battent leur femme constituent en soi une acceptation tacite de cette violence de la part de la société. Mentionnons enfin l'acceptation généralisée de la violence dans notre société comme mode de rapport jugé admissible dans les conflits politiques, les sports, les films, la télévision, la musique, etc.


Le modèle que nous employons est axé sur la reconnaissance, la responsabilité individuelle, l'arrêt du comportement de violence physique, l'apprentissage de nouveaux modes relationnels et l'acquisition de modèles masculins différents.




UNE INTERVENTION DE GROUPE



  1. de développer chez les hommes une sous-culture où la violence est désormais perçue comme néfaste et exclue; grâce à cette sous-culture, l'homme peut se sentir appuyé dans l'adoption d'un nouveau comportement non-violent;

  2. de contrer plus facilement les mécanismes de défense primaires que sont le déni et la minimisation. Il est plus facile de persister dans sa version des faits lorsque l'on a affaire à une seule personne qu'à six ou sept. Qui plus est, les abuseurs sont de beaucoup plus perspicaces que les thérapeutes pour ce qui est de dépister les faux-fuyants.

  3. de développer de nouveaux modèles pour l'acquisition des rôles. Les moniteurs ne sont plus les seuls à servir de modèles. Progressivement, les autres membres du groupe servent de modèles qui permettent de développer et de renforcer l'acquisition de nouvelles normes chez les hommes.

  4. d'expérimenter et d'adopter de nouvelles normes. Le groupe devient un lieu où il est possible aux hommes d'exprimer leurs sentiments et recevoir support et valorisation en retour.

  5. de combattre l'isolement social. Le partage des sentiments profonds avec d'autres aide à briser l'isolement social que plusieurs hommes ressentent. Les hommes sont par ailleurs encouragés à maintenir des liens entre eux en-dehors des rencontres de groupe.

  6. de pratiquer de nouveaux comportements. Plusieurs occasions sont offertes aux hommes dans les jeux de rôle, les mises en situation, les confrontations avec les pairs, de pratiquer des modes nouveaux de comportement.

  7. l'entraide et le support mutuel. Les hommes reçoivent l'appui des membres du groupe et donnent le leur. Ils découvrent aussi qu'en aidant les autres, ils améliorent considérablement leur estime d'eux-mêmes.

  8. d'atteindre une meilleure individuation. Les nouvelles relations qu'ils tissent avec les membres du groupe permettent aux hommes de prendre une certaine distance par rapport à leurs conjointes et de mieux se percevoir comme personnes distinctes d'elles.


En bref, regrouper les hommes entre eux représente un élément fondamental de la stratégie thérapeutique que nous employons. Les hommes ainsi regrouopés sont invités à s'entraider, à se supporter et à se solidariser sur d'autres bases que celles vécues antérieurement. Le partage de leur vécu d'abuseur favorise la prise de conscience de la violence faite aux femmes et la reconnaissance des origines de leurs comportements. Le groupe permet par ailleurs de percer plus facilement les mécanismes de défense tels le déni et la minimisation. Assez rapidement, les hommes deviennent davantage conscients de leur propre soufrance et de celle qu'ils infligent à leur conjointe et leurs enfants. Cette prise de conscience doit être utilisée non pas pour déculpabiliser l'agir violent mais plutôt pour confronter l'homme violent aux conséquences sur lui-même et les siens de son comportement. Les hommes sont alors dirigés vers l'apprentissage d'un meilleur contrôle de leur colère. Tout au long de leur démarche, les hommes sont invités à se confronter les uns aux autres et en même temps encouragés à se soutenir dans leur difficile intégration de nouveaux comportements.



L'IMPORTANCE DE TRAVAILLER À AMÉLIORER L'ESTIME DE SOI ET LA CAPACITÉ DE S'AFFIRMER.


L'intervention de groupe vise plusieurs objectifs dont un essentiel est celui d'améliorer l'estime de soi et la capacité de s'affirmer des individus. Travailler à augmenter l'estime de soi est vital car de nombreux hommes deviennent violents lorsqu'ils sont confrontés à une image peu favorable d'eux (Elbow, 1977). Un des moyens que nous utilisons consiste à renforcer l'homme violent dès qu'il adopte un comportement positif relativement au contrôle de sa violence. Il reçoit ainsi beaucoup de renforcement positif dès qu'il démontre qu'il a réussi à intégrer une des techniques de contrôle de la colère. Nous amenons aussi l'homme violent à explorer ce qui se cache derrière la piètre estime qu'il a de lui-même. Bien souvent, l'homme violent a durant son enfance été brutalisé, humilié, ridiculisé, ce qui lui fait perdre confiance en lui-même et l'a amené à douter de sa valeur personnelle. Il s'efforce de cacher cette image détériorée de lui-même. De surcroît, il lui manque les habiletés nécessaires pour exprimer adéquatement ses états émotifs (Larouche, 1985).


L'objectif d'enseigner à l'homme violent de nouveaux comportements affirmatifs non violents est fondamentalement à cause des comportements de colère, d'insécurité, de jalousie et de possessivité qui sont siens au départ (Hilberman, 1980).


Ces objectifs de consolider l'estime de soi et d'apprendre des comportements affirmatifs ne peuvent être réalisés que si les participants acceptent de vouloir mettre fin à leurs comportements de violence physique et choisissent de travailler à modifier leur mode de rapport avec leur conjointe (C.H.O.C.).

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