samedi 19 juillet 2008

CAPSULE 3


Magnétisme

On pouvait donc croire, surtout après la reconnaissance de la légalité des témoignages sous hypnose, que cette technique allait avoir droit de cité, C’était aller trop vite en besogne, car nul ne sait réellement ce qu’est l’état hypnotique. L’un des pionniers de l’étude de ce phénomène n’est autre que Paracelse. Ce célèbre médecin hermétiste, astrologue et alchimiste du XVIe siècle soutenait qu’il existait un fluide pénétrant les corps animés et leur conférant des propriétés particulières. Par la suite, on crut que le fluide était de nature semblable à celui produit par un aimant, d’où le nom de magnétisme, venant de Magnès, aimant en grec.
C’est l’autrichien François Auguste Mesmer qui, le premier, eu systématiquement recours au magnétisme dans un but thérapeutique. Venu à Paris en 1778, il acquit cette grande notoriété en recevant les malades dans d’immenses « baquets » dans lesquels ils étaient soumis au magnétisme animal. L’expérience de Mesmer tourna court par la faute d’une cabale de médecins. Néanmoins, ses disciples continuèrent à pratiquer le magnétisme. Mais la théorie du fluide magnétique battait de l’aile et, en 1841, l’Anglais James Braid inventa le mot d’hypnotisme, le jugeant plus approprié car il était persuadé que c’était uniquement à la suggestion qu’était dû l’effet recherché. L’hypnose devait acquérir en France ses lettres de noblesse à la fin du siècle dernier, quand le docteur Charcot décida de l’utiliser dans le traitement de l’hystérie. Certains de ses élèves devaient d’ailleurs devenir célèbres, parmi lesquels Janet, Richet et Freud le père de la psychanalyse. Charcot constatait l’effet bénéfique de l’hypnose sur ses malades, mais refusait de rechercher à expliquer pourquoi. En tout cas, il n’admettait pas qu’elle put avoir une origine psychologique. Elle était, pour lui, un phénomène uniquement psychique. L’école de Noucy, et en premier lieu son maître, le docteur Liébault, était d’une opinion diamétralement opposée. Pour eux, c’était seulement la suggestion qui était la cause du sommeil hypnotique, sans intervention de phénomènes physiques. Cette opinion a prévalu au terme d’une longue querelle. On admet donc aujourd’hui la théorie psychologique de l’hypnose, même si certains hypnotiseurs croient encore que leur réussite est à mettre sur le compte du magnétisme.


Mais, suggestion ou non, dans l’évocation de faits non mémorisables à l’état de veille, l’hypnose ne crée pas de souvenirs. Elle permet seulement de lever des barrages inconscients empêchant cette mémorisation. En d’autres termes, l’hypnose ne permet pas de « voir » une scène à laquelle l’hypnotisé n’aurait pas assisté personnellement. Elle peut seulement l’aider à revoir, à revivre cette scène.


On peut néanmoins se demander avec quelle fidélité. Le docteur Bernard Diamond, à la fois professeur de droit et de psychiatrie à l’Université Berkeley est formel; « Les personnes hypnotisées greffent sur leurs souvenirs imaginaires ou des suggestions faites délibérément ou inconsciemment par l’hypnotiseur ». Plusieurs affaires viennent à l’appui de ses dires. Ainsi, il y a peu, une petite fille de 9 ans à laquelle une amie plus âgée avait raconté ses expériences sexuelles accusa, à tort, sous l’hypnose un de ses voisins de l’avoir violée. Tout porte à croire qu’avant peu l’hypnose sera étroitement contrôlée et réduite à un rôle d’appoint.
On a également tendance, aux U.S.A. à ne plus retenir comme une circonstance atténuante l’argument selon lequel un inculpé aurait commis un crime sous hypnose. La littérature fantastique reprend souvent le thème de l’action délictueuse commise soit en état d’hypnose (le sujet reçoit l’ordre de commettre l’action quand il est endormi), soit en état post hypnotique (le sujet reçoit, quand il est endormi, l’ordre de commettre l’action après son réveil).
Or, pour la très grande majorité des spécialistes de l’hypnose, cela est impossible. Malgré sa puissance, l’hypnose est en effet contournée dans des limites relativement étroites. C’est là qu’intervient la notion de « Moi idéal »


« L’homme dans l’hypnose fait tout ce qui plaît à l’hypnotiseur, tout ce qu’il demande, tout… à l’exception d’une chose, écrivent à ce sujet les docteurs Stivkis, Montserrat, Estève et Guyonnaud dans leur introduction à l’hypnose et à la sophrologie. Et cela, c’est aller au-delà de ce qui est permis, ce en quoi le « Moi idéal » de l’individu continue sans cesse à assurer un contrôle de ses actions conscientes (et aussi inconscientes). Si l’hypnose va plus loin que ne lui permettent les normes éthiques, ce qui pourrait tout aussi bien se produire à l’état de veille, il est alors saisi par une angoisse profonde qui, le plus souvent, met une fin brutale à l’hypnose. Le « Moi idéal » de la conscience est cette instance de la personnalité qui a été formée sous l’influence de l’éducation. Sur le « Super-Moi » se construit un « Moi idéal » plus orienté et plus limité sous l’influence de l’identification et de l’action des commandements (idéaux). Ensemble, ils forment cette fonction appelée conscience. Les normes éthiques du « Moi idéal » exercent aussi leur influence sur les zones moins conscientes de la personnalité. Chaque être possède son « Moi idéal ». Ses normes sont différentes, suivant son caractère et son entourage, son action est également fonction de ces facteurs. Un criminel a lui aussi naturellement un « Moi idéal » bien qu’il ne se comporte autrement de celui d’un honnête homme.


Pensons seulement aux lois du milieu, aux hésitations d’un criminel à donner un complice.
« Le « Moi idéal » est ce qui contrôle la suggestion qu’elle soit faite en état d’hypnose ou non. Le « Moi idéal » reste toujours attentif et agissant même si le champ de la conscience se trouve anormalement abaissé et que le contact est perdu avec l’hypnose. Il arrive cependant que les normes éthiques se trouvent dépassées à la suite d’évocations particulièrement fortes. Toutefois, il faudrait vaincre ici des résistances considérables ».

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