samedi 2 août 2008

VODOU ET CATHOLICISME FONT BON MÉNAGE À HAÏTI

Le Vodou se rattache aux religions initiatiques africaines dont il est en quelque sorte la synthèse. C’est un culte des esprits ou « loas » qui sont des intermédiaires entre Dieu et les hommes. Car, quoique profondément panthéistes, les vodouisants croient en un dieu unique.


Importé du Dahomey par les premiers esclaves africains, le vodou est omniprésent en Haïti. Religion chantée et dansée, c’est une occasion de fêtes multiples visant à entrer en relation avec les ancêtres. Elle apporte à ses fidèles une telle source de bonheur que la plupart des prêtres catholiques d’Haïti se refusent aujourd’hui à lutter contre elle. Même si Rome condamne le vodou.

Nombreux pèlerinages

Il fait somme toute bon ménage avec la religion catholique en Haïti, comme le montrent les nombreux pèlerinages qui commencent là-bas avec l’arrivée du printemps et continuent tout l’été. Officiellement, le pèlerinage de Saut d’Eau est une fête catholique qui rappelle l’apparition de la Vierge au sommet d’un palmier le 16 juillet 1843 et le 16 juillet 1881, non loin de Port-au-Prince. Par groupes, des paysans costumés en Zaka (le dieu des campagnes) s’entassent dans la petite église du village. Les prostituées, qu’on appelle dans l’île les « jeunesses », arrivent par voitures entières. Chaque pèlerin tient à la main des bougies dites « blancs de baleine » pour prier.

À l’extérieur, c’est une cour des miracles avec ses vrais ou faux estropiés, ses colporteurs qui proposent des ti baton, des longues cannes oranges sur lesquelles sont dessinés des serpents Damballa. On y vend aussi des croix de Baron Samedi (on appelle ainsi les gardiens de cimetières), des cordelettes pour Erzulie (la déesse de l’amour) et des médailles de la Vierge et de l’enfant Jésus.

Mais il ne suffit pas de prier à Ville Bonheur quand on est Haïtien et l’on ne saurait être complètement exaucé de ses vœux, sans compléter ce salut à la Vierge par une visite à la cascade de Saut d’Eau, deux kilomètres plus haut dans la montagne. On y vient « laver la déveine » auprès des « loas ». On se baigne en maillot de bain ou tout habillé tout en dansant et en chantant. Les forces invisibles, qui tordent les corps comme des vrilles, entrent en action. De nombreux pèlerins connaissent l’état de transes : tremblant de tous leurs membres, les yeux révulsés, s’effondrant sur les rochers sans se blesser, jusqu’à ce qu’un vodouisant sorte de la foule et leur mette les bras en croix. Peu à peu, leur visage se décrispe, sourit. C’est fini. Les esprits possesseurs ont fui.

Les adeptes du vodou se sentent parfaitement « innocents » et ne se considèrent pas en faute de se laisser aller ainsi à leurs instincts. Ils pensent même que c’est une condition à leur équilibre physique et psychique, étant entendu que les mécanismes de la transe ne ressemblent en rien à l’hystérie ou à une quelconque « comédie » que se donneraient à eux-mêmes des peuples entiers.

Cet état limite, ce spasme qui au même titre que l’orgasme sexuel, intéresse le système nerveux, les muscles et les couches les plus profondes de l’inconscient, les Haïtiens ont aussi l’occasion de l’exercer à la Plaine du Nord, un autre lieu de pèlerinage près du cap haïtien. Le curé, ce jour-là, ferme son église, car « il ne veut pas voir ça ! ». Ce jour-là, invariablement en effet, la pluie tombe du ciel et remplit une mare qui, habituellement, est sèche.

Ils sont chrétiens, puisqu’ils portent une croix d’or autour du cou. Mais en cette veille de la Saint-Jacques, hommes et femmes se roulent dans la boue de la mare, possédés par les « loas ». La foule qui les entoure veille sur leur pudeur et leur sécurité, car, lorsqu’ils sont chevauchés par les esprits, ils peuvent perdre le contrôle de leurs gestes.

Un jeune mari arrive avec un chevreau sur les épaules. Il lui tranche la tête et sa femme recueille dans ses mains le sang et en duit leurs corps à tous les deux. C’est le sacrifice à Ogun, le dieu vodou homologue de saint Jacques.

Le jour suivant, fête du saint, les pèlerins aimeraient bien entrer dans l’église du lieu. Mais les grilles sont toujours fermées. Le curé est parti, sans laisser d’adresse.


Conclusions avec Sterling C. ;

Il faut être conscient du danger de trahir l’originalité du système cosmologique haïtien quand on tente de le décrire à partir des catégories mentales et sémantiques occidentales. Car, en dépit de l’importance du processus d’acculturation en cour en Haïti même (migrations, missions religieuses, éducatives, techniques, etc…), ce système de référence conserve encore une vitalité et une originalité étonnantes même dans les centres urbains. J’ai proposé l’appellation théo-énergético-politique pour désigner ce système (vodun) dans lequel l’hygiène de la circulation de l’énergie est préservée par des négociations permanentes multilatérales impliquant les « esprits » (« loas », dans le sens d’archétypes énergétiques), les humains et l’environnement. L’organisation de la communauté est caractérisée par l’importance et la complexité du réseau social et la libre circulation des individus à l’intérieur de ce réseau.



Malaise social et maladie sont des signes de dysfonctionnement de cette énergie et commandent des transactions particulières entre les humains et les dieux ou entre humains « par l’intermédiaire des dieux ». Ces fonctions de médiation relèvent d’initiés particuliers (houngans/mambos) oeuvrant à des fins d’harmonie (vodun guinin) ou à des fins d’exploitation et de destruction (vodun macaya).

L’art et la science de la manipulation de l’énergie relèvent de pouvoirs secrets et permettent – avec ou sans pharmacopée – d’opérer des processus de cure ou de morbidification non explicables par la science médicale mécaniste occidentale.

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