vendredi 30 janvier 2009

Toxicomanie et la Femme 9e partie

Au plan économique, sa famille se situait dans la classe moyenne inférieure (cf. 2em partie, p.38, 2e paragraphe). Nous entendons par là, la classe dans laquelle les besoins matériels primaires sont satisfaits et assurés ; il n’y a pas de place pour les superflus, sauf aux grandes fêtes. La famille arrivait habituellement à boucler le budget mais non sans devoir imposer des contraintes parfois pénibles. Ainsi les dépenses subites encourues par l’achat d’un vêtement neuf, d’une sortie un peu coûteuse, d’une maladie, d’un voyage impromptu, d’un décès, etc… ces dépenses donc menaçaient la sécurité matérielle du foyer. Il en résulta que souvent les désirs et les attentes, même les plus légitimes, ne pouvaient être comblés. Il est sans doute bon de se rappeler ici que c’est en octobre 1929 que débuta la période de la grande crise économique.

La famille comptait six enfants avec part égale de garçons et de filles (cf. 2e partie, p.43, 2e paragraphe). Madame A. occupait un rang privilégié c’est-à-dire à l’un des extrêmes (aînée ou cadette).

Ces données factuelles déterminent de façon globale la position d’un individu socialement. Elles permettent indirectement de situer les milieux d’appartenance et/ou de référence auxquels un individu se rattache. L’influence de ces milieux dans le processus de socialisation d’un individu a été reconnu par plusieurs auteurs.

Quant à la dynamique parentale nous entendons par là le mode de fonctionnement des parents à l’intérieur de la famille et conséquemment les répercussions sur les enfants.

Il n’est pas facile au niveau des rôles parentaux de préciser les devoirs spécifiques du père et de la mère. Ce qu’il faut retenir c’est l’interdépendance des rôles du père et de la mère et les conséquences indissociables de ces rôles sur le comportement des enfants.

Le père qu’a connu Madame A. remplissait son rôle de pourvoyeur. L’accomplissement de ce rôle était la source première de gratification, d’admiration et même de tolérance tant de la part de la mère que des enfants à l’égard du père. Fort de cet appui, le père se permettait d’exiger la satisfaction de certains besoins même au détriment d’autres membres de la famille. Ainsi c’est la mère qui devait s’occuper d’administrer les gains de façon équilibrée. Les reproches qu’elle devait encourir si un déséquilibre budgétaire survenait, l’obligeait le plus souvent à taire cet état de fait, et à tenter d’y remédier par des privations personnelles ou en s’imposant un surplus de travail : couture, tricot, etc. Même si monsieur remarquait et reconnaissait parfois ouvertement les efforts de la mère, il ne semble pas qu’il en ait connu les motifs.

Monsieur Philippe Garrigue corrobore ces affirmations lorsqu’il dit :

« Dans notre société canadienne-française, on accepte l’autorité du père lorsqu’il est capable de satisfaire les besoins de la famille. Et le rôle de l’épouse est de comprendre le comportement de son mari, d’être toujours prête à recevoir ses confidences, à satisfaire ses besoins émotifs et sexuels. Le rôle de la femme c’est d’être l’influence affective dans la famille, d’être responsable des activités quotidiennes et d’être la médiatrice dans les rapports familiaux ».

Dans la famille de madame A. la mère ne pouvait jouer son rôle de médiatrice que lorsque le père n’était pas encore intervenu directement. Cela signifie que face aux permissions et restrictions concernant les diverses activités, les décisions et déterminations du père ne pouvaient être ouvertement et directement discutées ni par la mère, ni par les autres membres de la cellule familiale. Cependant, dans leur concret et leur résiliation la mère se permettait de les interpréter mais habituellement à l’insu du père. Nous pouvons dire que, dans la mesure du possible, la mère évitait de demander l’opinion de son époux, ou de lui fournir des informations afin de diminuer les interprétations, les conflits, et les disputes inutiles.

La mère demeurait peu disponible pour offrir à Madame A. l’affection dont elle avait besoin. C’est Porot qui affirme « qu’une femme heureuse, sans soucis majeurs pour son foyer a toutes les chances de donner à son enfant une affection saine, sereine et équilibrée, ce que ne peut offrir celle qui souffre de la rigidité, de l’indifférence ou du caractère trop faible de son marie ».

Une telle dynamique nous présente l’image d’un père faible qui a pour caractéristiques « d’obliger l’épouse à se substituer à lui. Cette faiblesse a comme conséquence directe chez l’enfant de créer l’insécurité et l’anxiété ».

Cet état d’insécurité et d’anxiété se trouvait accru dans la famille de madame A. par l’alcoolisme du père (cf. 2e partie, p.63, tableau XIV). La mère se trouvait constamment tiraillée entre les besoins de son époux et de ses enfants. Tantôt elle surprotège son mari, tantôt elle surprotège ses enfants. Les besoins de chaque membre sont de plus en plus ignorés. Les jeunes enfants ne savent plus comment se comporter. Ils sont, devant un père sobre ou en état d’ivresse, tour à tour plus confiants, terrorisés, désespérés. Cette interaction influence la mère qui essaie de s’ajuster tant bien que mal mais de façon tendue et anxieuse ; elle devient à son tour plus facilement impulsive et irritable. Jackson confirme cette attitude en rappelant que la pitié et la force protectrice manifestées par la mère au début de l’alcoolisme du père ne tardait pas à être remplacé par du ressentiment et de l’hostilité. C’est Porot qui écrivait « qu’un certain sadisme parental a souvent l’alcool pour partenaire ». (cf. 2e partie, pé53 et 55 parents sévères).

De toute façon « dans une famille où le père est alcoolique, les changements constants d’atmosphère ont des répercussions négatives sur les enfants, de même que sur l’attitude de la mère ».

…niveau moyen de scolarisation était la 7e année, terme de l’enseignement élémentaire. Une étude faite à la C.E.C.M. « démontre qu’en 1940 la fréquentation scolaire accusait une baisse rapide après la 5e année ; mais qu’en 1948-49 un changement s’était accompli et qu’alors 87% des élèves se rendaient à la fin de la 7e année. L’étude ajoute : les effectifs scolaires de la province ont suivi la même courbe ». On sait fort bien que dans les milieux ruraux ce niveau ne fut dépassé que beaucoup plus tard. En cela, la femme dont nous suivons l’évolution répond aux normes de son milieu rural.

Son niveau de réalisation était conforme au niveau d’expectation de ses parents et de son milieu social. Elle avait réussi ses 7 années avec succès. Ses parents s’intéressaient négativement aux résultats scolaires en ce sens qu’on punissait les échecs. Quant au niveau d’aspiration il semble avoir été légèrement plus élevé, mais la limite des possibilités offertes par le milieu l’a vite noyé. Il ne lui était pas permis de penser à plus pour une fille de son milieu. Il est rapporté d’ailleurs « que la famille du milieu rural offre en général à l’enfant moins de possibilités de développement mental que la famille de milieu urbain. Non que les premiers naissent moins intelligents que les seconds, mais leur milieu de vie est moins favorable à l’épanouissement de leurs aptitudes intellectuelles ».

* à suivre *

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