jeudi 29 janvier 2009

Toxicomanie et la Femme 8e partie

ÉTAT ACTUEL

Ces femmes qui connurent une désorganisation progressive tentent de se réhabiliter lentement. Nous leur avons demandé comment elles en étaient venues à se faire traiter à la clinique Domrémy. Sauf dans un cas, toutes les autres subirent une pression extérieure venant de diverses personnes.

Quand on demande aux femmes d’apprécier le traitement reçu à la clinique, la majorité retiennent la valeur psychologique du traitement : revalorisation des individus et remise en contact avec la réalité. Toutes se disent satisfaites.

Quels sentiments furent provoqués par cette satisfaction ? Onze patients éprouvèrent le désir d’un retour à la vie normale, et le moyen prôné était l’abstinence totale et la participation aux A.A. Quatre affirment avoir toujours soif et se sentent incapables de ne plus boire. Deux demeurent passives et n’expriment aucune opinion à ce sujet. Lorsque nous voulons résumer, un sentiment commun joint ces femmes après leur cure : la culpabilité. Que ce soit exprimé en terme de honte, de gêne ou de malaise, peu importe, elles se sentent coupables. Pourront-elles résister à ce nouveau stress que crée la culpabilité ? Ont-elles un égo assez fort ? Les déficiences et influences antérieures sont-elles à jamais effacées et sans forces.

Seule une étude contrôlée après quelques années pourrait permettre de le vérifier. Cependant dans la troisième partie nous élaborerons une image type de l’histoire sociale de la femme alcoolique tirée des données compilées dans cette partie. Cette synthèse permettra de mieux saisir la relation entre les influences antérieures et la déviation sociale telle que l’alcoolisme.

… il a été prouvé que l’hérédité de l’alcoolisme n’existe pas. Cependant, l’environnement peut être considéré comme un facteur, de même que les pressions sociales auxquelles doivent s’ajuster les individus. Nous partageons la prise de position de ces auteurs et en conséquence nous percevons l’alcoolisme plutôt comme un symptôme de la personnalité d’un individu.

Il est donc absolument nécessaire de saisir la relation entre tous les facteurs de l’environnement et même la dynamique de leurs actions sur la personne. En d’autres termes, nous nous référons à deux pôles d’influences à travers l’expérience vécue de la femme alcoolique : les situations et les personnes.

« La théorie nous enseigne que le rôle social constitue le lien entre la personnalité et le milieu social, qu’il représente la manière dont chaque personne exprime l’intégration en elle des tendances biologiques et psychiques, et des exigences de la société. »

Pour Moreno le rôle social implique : l’ajustement au réel social, la capacité de choisir le rôle adéquat, de changer le rôle, d’inventer le rôle qui convient. L’impossibilité de remplir ce rôle social conduit inévitablement à l’inadaptation sociale.

Une étude a montré que le développement de la sociabilité est retardé chez l’enfant rural par suite du retard dans l’apprentissage du langage, des restrictions imposées aux jeux collectifs, de la carence de contacts culturels et par plus de périodes de solitude. L’enfant de milieu rural réussit beaucoup plus tard et de façon moins complète sa conquête de l’autonomie.

Or n’étant pas suffisamment préparé à vivre en milieu urbain, il nous semble qu’il était plus facile pour Madame A. de dévier aux normes établies en cherchant un palliatif en vue d’une meilleure intégration. Même si cette intégration ne devait être que partielle.

* à suivre *

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