dimanche 9 août 2009

Émotion - 5e partie

Si la conception de W. James nous a fait pénétrer un peu plus loin dans le domaine mystérieux de l’affectivité, la clef qu’il en propose n’ouvre pas toutes les portes. Trouverons-nous l’explication adéquate dans la théorie sociologique formulée en particulier par M. Charles Blondel?
Les formes supérieures de l’affectivité, celles qui manquent à l’animal – en particulier, les sentiments altruistes, les sentiments esthétiques et les sentiments religieux – dépendent étroitement de la société. Nous l’avons bien reconnu : l’amour filial et même le besoin d’émotions qui rend le risque hallucinant, nous en avons attribué l’apparition l’influence de la collectivité. Encore faut-il que l’individu ait le pouvoir naturel d’acquérir ces formes d’affectivité que la société développe et qu’elle ne fera jamais apparaître chez l’animal.
Mais c’est dans toutes les émotions, dans celles-là même qui dépendent du vouloir-vivre, que ‘. Ch. Blondel discerne l’influence de la société. Vivant en groupe, nous devons manifester nos sentiments, et la mimique par laquelle nous les extériorisons nous est imposée par notre milieu. Nous trouvant ensuite seuls, nous continuons, par suite de l’habitude, à produire ces signes de nos états intérieurs, et en les produisant nous les renforçons, provoquant ainsi de véritables émotions. Ainsi lorsque, dans mon lit, je me faisais ce récit affolant des exploits du cambrioleur, je me comportais comme je l’aurais fait en présence de mes parents à qui je racontais mes espoirs et mes craintes; si, après la mort de mon grand-père, j’avais une allure lasse, c’est qu’un pas guilleret eût choqué mon milieu. La collectivité impose une attitude et l’affectivité n’est que la conscience de cette attitude. On explique ainsi nombre de sentiments. On n’explique pas la véritable émotion et la passion qui nous amènent à faire fi du code social. La théorie sociologique ne nous donne pas, plus que les autres, le dernier mot de l’affectivité.

* à suivre *

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