mardi 26 janvier 2010

LA PERSONNALITÉ -- 73e partie

LA THÉORIE DES CONFLITS

Les théories psychosociales présentées jusqu’ici remontent à la période s’étendant de 1950 à 1970, alors que la présente théorie des conflits est beaucoup plus récente. Élaborée durant la dernière décennie, elle veut expliquer le comportement des retraités eu égard essentiellement aux variables socio-économiques. Elle regroupe les trois modèles suivants.

Le handicap économique

Le premier modèle s’articule autour de la baisse de revenu considérable que subit le retraité à partir de 65 ans, ce qui le placerait dans une situation conflictuelle. Ce modèle, tel que présenté par Guillemard et Lenoir (1974) en France et Carette, Plamondon et Plamondon (1984), de même que par Carette (1987), au Québec, s’articule autour d’un constat. Les conduites des retraités sont très largement déterminées par le niveau et la nature des ressources matérielles et intellectuelles héritées de la vie active.


…c’est que le processus de dévalorisation sociale, dont on a analysé une des
formes à travers l’évolution de la valeur de la force de travail selon l’âge et
plus généralement de la valeur sociale sur le marché du travail, est plus rapide
chez ceux qui ne disposent pas comme monnaie d’échanges sociaux aucune des
formes de ce que nous avons appelé capital économique ou culturel. Ce qui
est au fondement de l’échange des relations sociales et de l’existence de ces
relations, est donc la valeur sociale des protagonistes de l’échange
(Guillemard, A.M. et Lenoir, R., 1974, p.41).


Au Québec, comme partout au Canada, de même qu’aux Etats-Unis, la mise à la retraite signifie une baisse substantielle des revenus. C’est pourquoi les travailleurs les moins favorisés financièrement seront les plus durement touchés par la retraite, puisque la vie sociale du retraité repose sur le principe de l’échange et de la réciprocité. Concrètement, cela signifie que pour avoir une vie sociale intense et être en mesure de répondre aux exigences de la société, il faut un minimum d’argent. À cet égard, les statistiques (Statistiques Canada, 1986, Stone et Fletcher) indiquent clairement que 60% des retraités canadiens ont un revenu se situant sous le seuil de la pauvreté. Par conséquent, ils ne peuvent que très difficilement répondre aux exigences qu’une société axée sur la consommation, d’où la situation conflictuelle.

Sur le plan économique, la situation précaire des retraités équivaut à une sorte de sous-développement social qui s’accompagne d’une discrimination toujours grandissante avec l’avance en âge. Il n’est pas étonnant que cette situation de défavorisé, consacrée par une perte du pouvoir économique, se traduise par une rupture avec le reste de la société. C’est ce que Guillemard (1974) appellera la mort sociale.

Pour prévenir cette mort sociale il faut intervenir en amont, c’est-à-dire durant la période qui précède la mise à la retraite. Intervenir en amont, c’est travailler à introduire des formules de retraite plus souples, plus flexibles comme la retraite facultative (ce qui est maintenant possible au Québec dès l’âge de soixante ans avec la nouvelle loi 15) et aussi laisser à l’individu une marge de liberté et de choix qui lui donne la possibilité de décider du moment le plus approprié pour prendre sa retraite, sans qu’il sente la menace d’une échéance fatidique. Dans une société capitaliste marchande où l’individu n’a de valeur qu’en fonction de son travail et de son avoir, on écarte et dévalorise les retraités parce que leur pouvoir d’échanges économiques est réduit (Carette, Plamondon et Plamondon, 1984).

Évidemment, cette approche est fortement contestée pour plusieurs raisons. La première est qu’elle repose sur du oui-dire et non sur des résultats de recherches scientifiques; la seconde est qu’il existe de nombreuses façons de déterminer le seuil de pauvreté (Aumond et Bourdages, 1985) et enfin, dans le contexte canadien, les personnes âgées, pour la plus grande part, semblent mieux actuellement qu’elles ne l’ont jamais été.

* à suivre *

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