vendredi 30 juillet 2010

AGRESSIVITÉ - 5e partie

ÉCHECS DE L’INTÉGRATION DES PULSIONS AGRESSIVES CHEZ L’ENFANT

Lorsqu’il est question du problème posé par l’agressivité, c’est d’abord au problème de l’excès d’agressivité en tant qu’acte destructeur dirigé vers l’extérieur auquel nous pensons.

Nous avons mentionné plus haut la tendance anti-sociale, agressivité dirigée de façon indifférenciée vers le monde extérieur, prenant pour cible l’ensemble de la société à qui l’individu réclame ultimement ce qui lui a été refusé au début de la vie. Les pulsions agressives se déchargent alors de façon violente, en réponse à la violence du manque affectif auquel l’individu s’est senti soumis.

Les problèmes liés à l’agressivité sont le motif de consultation le plus souvent mis de l’avant en consultation pédo-psychiatrique. Et cela ne doit pas nous surprendre, à partir du moment où nous avons réalisé que l’une des tâches développementales principales de l’enfance consiste à reconnaître en soi les pulsions agressives, à apprendre à les utiliser de façon constructive.

Première Vignette clinique

Un garçon âgé de six ans nous est référé en consultation par l’entremise de l’école parce qu’il a fait de violentes explosions de rage, surgissant à l’improviste, sans motif apparent. Ses agressions ont entraîné sa suspension de l’école à quelques reprises. Son rendement académique est fluctuant, il se sent souvent incapable de répondre aux demandes du professeur, se plaint d’être abandonné à lui-même. L’histoire de son développement affectif précoce révèle un contrôle pulsionnel excessif exigé par la mère, elle-même obsédée par l’ordre et la propreté; la mère a épousé un homme sujet à des colères explosives le garçon a donc dû se chercher à contenir seul ses pulsions ; il a développé une constipation chronique sévère, son jeu est demeuré pauvre et dévitalisé et il n’a pu accéder progressivement à l’indépendance et à la sécurité intérieure. Ici, l’environnement parental n’a pas pu jouer le rôle de contenant et de métabolisateur des pulsions agressives du jeune enfant; celui-ci a dû s’en charger seul, ce qui a entraîné une rétention excessive entrecoupée de décharges excessives et entravé son développement.

Il paraît nécessaire d’attirer l’attention sur les effets négatifs de l’agressivité internalisée mais non neutralisée, non sublimée, car on en parle beaucoup plus rarement. Les manifestations cliniques reliées au problème de l’agressivité « muette » sont moins visibles; cette agressivité emprisonnée à l’intérieur de soi et non utilisée n’en cause pas moins des ravages internes. L’échec scolaire signe souvent l’incapacité d’utiliser à des fins de sublimation l’énergie provenant des pulsions agressives et libidinales fusionnées, dirigées vers le monde extérieur, vers la connaissance et qui alimentent normalement la curiosité intellectuelle. Ne dit-on pas qu’on s’attaque à une tâche, qu’on maîtrise la connaissance, qu’on a vaincu telle difficulté? Vocabulaire à connotation agressive qui nous enseigne déjà à lui seul où se trouve le moteur de la connaissance.


* à suivre *

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