mardi 13 juillet 2010

L'HOMME FACE À LA SÉPARATION : 7e partie

Le lien du père avec la mère de ses enfants

Durant cette période souvent chaotique qui suit la séparation, les rapports avec la mère jouent pour beaucoup. Premièrement, reconnaître la valeur de l’autre parent et vice versa légitime leur autorité et leurs compétences parentales respectives.


Je lui reparle toujours positivement puis c’est vrai, ça va être agréable avec
maman, puis tu vas aimer ça, puis elle a de bonnes idées, ta maman. Je pense que
T. (ex-conjointe) fait la même chose. (Benoît).
Il y a une décision importante : papa et maman se parlent. Alors, ça évite à un enfant de jouer sur deux tableaux et le problème de la séparation amène ça, un moment donné, (…) papa veut, maman veut pas, c’est pas évident, elle peut jouer à l’intérieur de ça. Là, c’est papa et maman qui se parlent (…). (Benoît).

Dans ce contexte, l’enfant n’a pas besoin de protéger un des deux parents en lui laissant croire que c’est moins agréable d’aller chez l’autre. L’enfant peut alors se permettre de n’être qu’un enfant et non un parent pour sécuriser son ou ses parents. Également, cette attitude parentale libère l’enfant d’un conflit de loyauté.

Par contre, dans d’autres situations : « Elle a pris le parti de sa mère, puis pendant beaucoup d’années, ça a été dur. » (Antoine). Parfois, les choses prennent une tournure dramatique. Sans nous prononcer sur la responsabilité d’Antoine et de son ex-conjoint, il y a lieu de se poser la question suivante : Est-il possible qu’un père puisse être écarté de la vie de son enfant par sa conjointe, au moins momentanément, et que les rapports avec ses enfants soient très difficiles malgré son attachement pour eux? Il est troublant de constater que la réponse est oui.


Sa mère, elle m’a noirci aussi bien gros, bien gros. Elle avait noirci son père
avant moi. Elle l’a tellement noirci que pour moi c’était le démon en personne.
C’est épouvantable, puis quand je l’ai vu, je voulais lui sauter dessus. Ça fait
que là, moi je pense qu’elle a fait la même chose qu’avec moi. (Antoine).
Cette situation pourrait être associée au syndrome d’aliénation parental documenté récemment, décrivant de quelle façon l’enfant est pris en otage pour blesser l’autre parent (Coulborn, 1998), car elle ressemble aux situations citées dans la littérature. Le concept réfère « aux tentatives et actions d’un parent (habituellement le parent gardien et plus souvent la mère) qui se comporte de façon telle qu’il rend l’enfant hostile à son autre parent, celui qui n’a pas la garde » (Robitaille). Rendre difficile les contacts est souvent utilisé dans les situations où ce délicat diagnostic est posé.

Ça m’a nui, ça m’a empêché de la voir. D’abord au début, elle m’a fait
beaucoup d’histoires pour que j’aille la chercher. (Quand j’y allais), elle
n’était pas là. Elle était partie. (Antoine).

Le projet d’éliminer l’ennemi est motivé par une conviction profonde que
l’autre parent doit à tout prix disparaître pour que tous les membres de la
famille retrouvent la paix. Dans ces circonstances, l’enfant en vient
quelque fois à haïr son autre parent et fait tout en son pouvoir pour que ce
dernier s’en aille. Dans l’esprit de l’enfant, le parent à éliminer devient
le seul responsable de son angoisse. L’enfant veut éliminer le parent pour
que la chicane cesse (Couture).

Le parent aliénant peut aller jusqu’à accuser l’autre d’abus sexuel, ce qui peut constituer un puissant moyen d’écarter un conjoint lors d’une séparation (Van Gijseghem). Ce phénomène est tabou et délicat, parce qu’il touche la sécurité des enfants et il est difficile à identifier pour les professionnels du système sociojudiciaire. Il s’agit sans doute de l’aspect le plus obscur de tous les facteurs qui influencent les liens du père avec ses enfants.


* à suivre *

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