vendredi 13 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 6e partie

Si l’on considère la femme violentée qui retourne comme le chaperon rouge qui s’en va se jeter encore dans la gueule du loup, le risque de sombrer nous-mêmes dans un état d’impuissante détresse s’accroît et c’est ce dont elle n’a pas besoin. Il est cependant bien légitime d’avoir peur pour elle, et nous sommes parfois effleurés par la peur de la perdre! Après lui avoir fourni toutes les informations nécessaires, notre inquiétude peut lui être communiquée en espérant que notre préoccupation pour sa sécurité saura aiguiser la conscience des risques qu’elle peut encourir. Ensuite, que faire d’autre que d’accepter ce sourire parfois presque condescendant qu’elle nous retourne en guise de réponse : « Non, ne t’inquiète pas pour moi… » Elle a tout fait l’air de savoir des choses qu’on ne sait pas, elle à l’air d’avoir oublié tout à coup le motif pour lequel elle est venue nous consulter. On dirait qu’elle a laissé à la maison un ouvrage qu’elle est brusquement empressée de terminer!

C’est pourquoi j’ai souvent fait la constatation que pour aider efficacement une femme violentée, il faut surtout s’intéresser à son entourage : ses pouvoirs réels ou idéalisés, ses projets, ses relations sociales, son travail, mais aussi au sens que prend pour elle la relation avec son partenaire. Étonnamment, les femmes violentées minimisent souvent leurs pouvoirs réels pour les substituer à l’idéalisation d’un pouvoir magique : celui de changer leur partenaire et de le rendre, par la force de leur amour, désintéressé, attentif et sincère, un homme plus doux et moins contrôlant.

En effet, les femmes violentées surestiment fréquemment leur capacité à modifier le comportement du partenaire et à agir en fonction de la réaction qu’elles espèrent susciter (pouvoir magique). Simultanément, elles éprouvent de grandes difficultés à prendre des décisions pour elles-mêmes et font souvent une estimation négative de leurs capacités à agir pour leur propre compte (pouvoirs réels). Cette attitude vient de façon paradoxale, mais combien complémentaire, confirmer la perception de l’homme qui croit que sa femme a le pouvoir de le rendre violent.


* à suivre *

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