lundi 16 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 7e partie

Le changement des attitudes

Toutes les attitudes relatives à la dépendance affective, la dévalorisation de soi, les sentiments d’omnipotence dans la gestion des désirs et besoins de l’autre contribuent à maintenir la femme dans une manière d’être en relation qui devient intensément frustrante et blessante. C’est bien souvent le degré de frustrations rendu intolérable qui génère la motivation au changement, tout autant sinon davantage que la nature du geste violent.

Le processus de changement de ces attitudes est long et se compose d’étapes où les femmes peuvent ressentir un regain d’énergie et de vigueur, suivies d’impressions de recul, de stagnation ou de douloureuses prises de conscience : perte des illusions, sentiment d’échec, d’insécurité affective et matérielle. Si, comme le soulignait Ginette Larouche :


« La mobilisation occasionnée par la situation de crise peut permettre à la
cliente d’amorcer des changements importants qui auraient nécessité, en d’autres
temps, une longue démarche. Il faut donc utiliser cette énergie pour mobiliser
la victime et l’inciter à agir."


Mais la continuité du soutien thérapeutique individuel et de groupe doit être disponible pour ces femmes bien au-delà de l’étape de crise.

Ce n’est pas parce qu’une femme retourne ou continue de vivre avec l’homme qui la violente qu’il faille conclure qu’il n’y a pas de changement. Inversement, ce n’est pas forcément parce qu’une femme battue quitte son conjoint qu’il y a un changement conséquent. En effet, on a parfois constaté que la violence peut resurgir, même après une rupture. Outre les menaces ou le harcèlement éventuels de l’ex-conjoint, la violence peut se manifester chez les enfants ou les adolescents, chez la femme elle-même à leur endroit ou de la part du nouveau partenaire. Même après une rupture, elles peuvent ressentir des états de tension et d’anxiété importants venant s’ajoutant à des difficultés d’adaptation. Chénard et al. Soulignaient dans le cadre de leur recherche que :


« (…) la peur des représailles, la désorganisation matérielle et affective
s’ajoutent aux problèmes déjà vécus par ces femmes et peuvent constituer en soi
des sources supplémentaires de stress et d’anxiété affectant notamment leurs
habitudes de vie. »
Les plus pénibles étapes du changement ne peuvent s’assumer de façon significativement positive si la femme peut en même temps expérimenter concrètement le développement de ses potentialités affectives, sociales, professionnelles ou financières. En d’autres termes c’est ce que d’aucuns appellent la réappropriation du pouvoir vers soi, en soi et non plus celui qui se centre vers le contrôle du comportement de l’autre.

Sans ses expériences concrètes qui viennent renforcer l’estime de soi et l’épanouissement de l’intégrité et de la créativité, le changement ne peut se réaliser et sera même pressenti aussi insupportable sinon davantage que le statu quo, voire inutilement pénible!


* à suivre *

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