mercredi 20 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 12e partie

La neutralité mise de l’avant par les médiateurs va à l’encontre d’une intervention judicieuse dans un contexte de violence conjugale. S’il n’y a pas reconnaissance claire de la violence par le ou les médiateurs au cours du processus ou encore un appui certain à la victime, l’inégalité de pouvoir dans le couple s’en trouvera confortée et la femme battue se sentira désavouée. Le médiateur, en ne dénonçant pas la violence, s’alliera de façon inconsciente à l’agresseur et à la société qui ne reconnaissent encore que difficilement la violence conjugale comme un problème grave.

Chez-nous, malgré un processus de médiation modifié dans lequel les médiateurs adopteraient une position contre la violence, il n’en demeure pas moins que les femmes vivraient la même difficulté à dire non, ne voudraient pas être perçues comme étant de mauvaise volonté en exprimant leur refus d’une telle intervention et craindraient les répercussions d’un tel refus. De plus, ce processus ne pourrait éliminer la peur vécue par les femmes et le danger auquel elles font face. Il ne pourrait également rendre l’homme violent apte à négocier de bonne fois et capable de discuter dans un contexte d’égalité.

Par ailleurs, il nous apparaît peu réaliste dans un processus de médiation, de travailler avec un agresseur qui ne reconnaît pas le problème de violence. Les principes mis de l’avant dans un processus modifié nous semblent donc difficiles d’actualisation. Ils relèvent davantage d’un espoir qui peut s’avérer loin de la réalité.

« Aller en médiation, c’est se remettre encore dans une situation qui n’est pas
égalitaire. Se remettre dans la même situation où il y a le contrôle de l’autre
qui veut toujours être là plus fort que toi, toujours te culpabiliser, toujours
te diminuer, toujours être au-dessus. Et ça, c’est insupportable.


C’est comme si on se plaçait dans la situation où on donne la chance à l’autre de nous agresser encore, d’être encore violent. » (INTER’ELLES).

Dans les situations de divorce ou de séparation où il y a violence conjugale, le système légal, malgré ses limites, est encore le plus approprié (Ellis; Ellis et Wight-Peasley dans Hart). Il assure aux femmes la présence de quelqu’un qui défendra leurs droits et intérêts, ainsi que ceux de leurs enfants. Il évite de mettre directement les femmes en situation de négociation avec leur agresseur. Il permet également de limiter les contacts négatifs père-enfants.

Malgré des améliorations souhaitables, le système légal est à privilégier. Les femmes doivent être soutenues dans une démarche personnelle et légale et des mesures de protection doivent leur être assurées à elles et leurs enfants. Aussi, compte tenu de la pratique actuelle de la médiation au Québec, nous croyons que celle-ci devrait demeurer un processus volontaire et ne jamais devenir obligatoire.

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