mercredi 13 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 7e partie

Pour les féministes

La violence conjugale ne se limite donc pas à mettre en danger les femmes elles-mêmes; elle atteint également les enfants qui voient leur risque d’être abusés s’accroître, comparativement à ceux qui vivent dans un milieu familial où la violence est absente.

Ainsi, Hart cite plusieurs études mentionnant chacune à leur façon cet état soulignent que 50% des hommes violents abusent physiquement de leurs enfants. Enfin, les risques pour une fille d’être abusée sexuellement par un homme qui agresse sa conjointe sont 6,5 fois plus élevés que ceux d’une fille évoluant dans un milieu où la violence est absente (Hilberman et Munson dans Hart).

D’autres faits viennent souligner l’importance de cette situation de danger. Ainsi, d’une part, il appert que la violence envers les femmes et les enfants précède généralement les homicides d’enfants; ces derniers sont dans une proportion de 80% le fait d’hommes (Bergman, Larsen et Mueller, dans Hart). D’autre part, Finkelhor, HOtaling et Seldak (dans Hart) mettent en évidence que la plupart des enlèvements sérieux sont faits par des pères et qu’ils se produisent pendant le délai existant entre la séparation et le divorce des parents. Trois enfants sur dix souffrent de problèmes mentaux consécutifs à leur enlèvement.

Sans devoir vivre tous ces traumatismes, la plupart des enfants, suite à leur vécu de victimes et témoins de violence, subissent des conséquences, importantes sur le plan psychosocial. Qu’il nous suffise de mentionner, à titre d’exemples, les problèmes comportementaux, somatiques ou émotionnels (Jaffe, Wolfe et Wilson, dans Hart). De façon générale, on remarque plus particulièrement chez les garçons âgés de 6 à 12 ans des problèmes reliés à l’agressivité envers sa fratrie et ses pairs (Jaffe et al.,) alors que chez les filles, on observe des comportements de retrait, de passivité et de dépendance (Hilberman et Munson, dans Hart).

Connaissant le vécu des femmes et des enfants qui vivent dans un climat de violence, il apparaît douteux que la garde partagée, solution souvent mise de l’avant par les médiateurs, apparaisse comme très adéquate (Kline et al., dans Hart). En effet, ce type de garde, tout en étant un moyen de contrôler la vie de l’ex-conjointe, peut même causer des préjudices importants aux enfants : les modes de fonctionnement inadéquats du père (projections, critiques de la mère, report de ses responsabilités, etc.) peuvent détériorer la perception que les enfants ont de leur mère, de même que la relation qu’ils ont avec elle (Hart).

Dans ce contexte, la médiation apparaît comme un processus inéquitable en ce sens où il y a déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple au profit du conjoint qui utilise la violence comme moyen de contrôle. Les solutions proposées le sont dans un contexte de coercition où la coopération est impossible. Elles représentent donc difficilement un compromis négocié dans le respect et le meilleur intérêt des enfants.

Selon les féministes, la médiation vient remettre en question les acquis réalisés jusqu’à présent par les femmes violentées en menaçant leur sécurité, en maintenant le déséquilibre de pouvoir entre les parties, en reprivatisant les relations de couple et familiales. Elles sont conséquemment opposées à toute politique qui inscrirait l’obligation à la médiation.


* à suivre *

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