mardi 12 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 6e partie

a) Les féministes
Les féministes trouvent inapproprié le processus de médiation tel qu’il est généralement présenté dans les cas de violence (Kingston Interval House; Pagelow, dans Hart). Elles préconisent plutôt l’utilisation d’une démarche légale qui, criminalisant les actes violents du conjoint, tente de protéger du moins en partie les femmes violentées.

Elles remettent donc en question la valeur de la médiation. Elles trouvent incompatibles les prémisses du processus de médiation et la réalité inhérente aux situations de violence conjugale où il y a toujours déséquilibre de pouvoir dans la relation de couple, au profit du conjoint (Yllo et Bograd, dans Hart; Stark et Flitcraft, dans Hart).

Pour rendre compte de ce déséquilibre, elles rappellent la peur ressentie par les femmes face à leur conjoint (Hard). Cette situation ne cesse pas du fait de la séparation, mais va plutôt en s’amplifiant (Ellis; Wight-Peasley dans Hart). Qu’il nous suffise de rappeler ici les risques importants de « féminicide » (Browne et Williams, dans Hart) et de viol des femmes violentées par leur ex-partenaire (Russell, dans Corcoran et Melamed).

Ce déséquilibre de pouvoir au sein du couple se traduit également de façon plus subtile lorsqu’on connaît les effets du syndrome de Stockholm (Graham, Rawlings et Rimini, dans Hart; Okun) : à l’instar des otages en captivité, les femmes ont peur, paralysent et sont même reconnaissantes envers leur agresseur. Ces comportements et attitudes se poursuivent longtemps après la fin de la captivité.

Dans ce contexte, les femmes ne sont pas libres d’accepter la médiation, de l’arrêter, de faire entendre leurs besoins (Sun et Woods, dans Chandler). De plus, mises en contact avec leur agresseur pour des fins de médiation, ces femmes sont placées en situation de danger avant, pendant et après les séances de médiation.

On peut également parler d’investissements inégaux dans le processus de médiation, d’enjeux différents pour les deux parties. Les femmes cherchent la sécurité, le bien-être, la survie pour elles-mêmes et leurs enfants. Les agresseurs perçoivent la médiation comme un moyen de maintenir ou accentuer le contrôle sur leur conjointe, par le biais des enfants lors de la séparation (Bowker, Arbitell et McFerron, dans Hart).


* à suivre *

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