lundi 18 avril 2011

LA NOTION DU DÉSIR CHEZ LE COUPLE 80 partie

LES FEMMES, LE SEXE ET L’IMAGE DU CORPS

Notre culture nous enfermant dans l’obsession de la beauté, de la jeunesse et de la minceur, il n’est pas surprenant que tant de femmes ne soient pas satisfaites de leur apparence. Dès qu’apparaissent sur leur visage et leurs corps les premiers signes de la maturité, elles en sont désespérées.

Mais quel effet cela a-t-il sur leur sexualité ? Pour le savoir, j’ai demandé à un groupe de femmes de venir discuter de sexe et de l’image du corps. Voici quelques bribes de cette conversation :
- Moi : « Quelles sont celles d’entre vous qui ont, à un moment donné, réellement aimé leur corps et trouvé qu’il était sexy, et à quel moment de leur vie ? »
- Sandrine : « Devons-nous vraiment parler de ça ? » (Rires)
- Hélène : « Il m’est arrivé d’aimer mon corps. J’avais été malade, j’avais eu de fortes diarrhées pendant trois semaines et j’étais descendue à 58 kilos. Je pouvais enfiler les petites culottes en dentelle rouge de ma compagne de chambre, à l’université, et je me sentais très sexy. Avoir bonne allure dans une minuscule culotte en dentelle, c’est ça, être sexy. »
- Marguerite : « J’ai toujours été mince mais ce n’est pas pour ça que je me suis jamais sentie sexy. Je me sentais dépourvue de féminité et ne me sentais pas attirante du fait de cet aspect androgyne. »
- Betty : « Tu me sidères ! J’ai toujours trouvé que tu ressemblais à Grace Kelly ! »
- Marguerite : « Ne sois pas absurde. Je me suis toujours sentie très masculine. J’ai eu des complexes toute ma vie à cause de mes petits seins. Quand j’étais adolescente, les garçons se moquaient de moi en disant que j’avais des jambes de moineau. »
- Annie : « Moi, c’est le contraire. Ils se sont toujours moqués de mes gros seins. Ma cousine et moi, on nous appelait ‘les sœurs Robelots’. »
- Marguerite : « Quand on me dit que j’ai quoi ce que soit de joli, je pense que les gens mentent. Quand nos parents nous comparaient ma cousine et moi, étant enfants, c’était la ‘jolie’ et moi ‘l’intelligente’. On me disait souvent : ‘Quand tu auras 18 ans, tu seras très jolie’. Et moi j’interpretais cela comme n’étant pas jolie alors. Je suis finalement arrivée à ces 18 ans tant attendus, mais rien ne s’est produit. Aucun changement radical d’aucune sorte. Je ne me sentais pas attirante, et par conséquent, je ne l’étais pas. »
- Élodie : « J’étais en train de me dire que les sujets sur lesquels on vous taquine quand vous êtes enfant restent en mémoire toute votre vie. Vous ne pouvez jamais vous en débarrasser. Moi, j’étais très mince. Je ne pesais jamais plus de cinquante kilos. Les garçons me disaient ‘Quand tu tires la langue et te mets de côté, tu ressembles à une fermeture Éclair’, et autres commentaires du même ordre. J’ai voulu leur prouver le contraire. Maintenant, je suis grosse. » (Rires)
- Nadine : « Les seuls moments où j’aie aimé mon corps ont été quand j’allaitais mes enfants. À aucun autre moment je n’ai eu de seins. »
- Denise : « Je déteste les grosses rides qui traversent mon front. J’ai essayé toutes sortes de crèmes pour les faire disparaître, et les nouvelles méthodes au laser. La nuit, je porte un bandeau très serré sur le front pour les faire remonter. J’ai même failli faire appel à la chirurgie esthétique. Je voulais qu’on me tire la peau du front pour effacer mes rides et qu’on me ‘clippe’ les nerfs frontaux pour que je perde la mauvaise habitude de froncer les sourcils. Mais le chirurgien ne pouvait m’assurer que j’aimerais la texture de ma peau une fois l’opération faite. De plus, mes rides ne gênaient pas mon compagnon. Il m’a dit : ‘Je ne veux pas que tu aies un visage en plastique’. »
- Sandrine : « J’aime mes jambes, mais je trouve que mes genoux tombent. J’ai envisagé de les faire remonter grâce aux miracles de la chirurgie. »
- Moi : « Voilà ce que je veux savoir : votre aptitude à être sexuelle, détendue et entièrement prise dans l’acte sexuel, est-elle affectée par l’image de votre corps ? »
- Ensemble : « Absolument ! »
- Ensemble : « C’est certain ! »
- Hélène : « Quand j’ai tellement perdu de poids, je me sentais sexy. »
- Nelly : « Le fait que je sois si grosse bloque ma sexualité. Je ne veux pas faire l’amour dans certaines positions. Quand mon mari veut me caresser, je lui dis :’Ne me touche pas !’. Je déteste ce que je ressens dans ces moments-là. »
- Nadine : « Te sens-tu à l’aise quand ton mari te regarde alors que tu es toute nue ? »
- Nelly : « Non !Absolument pas ! Ce matin, en me levant, bien qu’ayant une chemise de nuit sur moi, je me suis enroulée dans une grande robe de chambre. Mon mari m’a regardée et m’a dit : ‘Tu sais, tu n’as pas besoin de faire ça.’ Mais je ne peux m’en empêcher. Au moins pour moi. Voilà la piètre opinion que j’ai de moi-même. Même s’il est avec moi d’une gentillesse extrême. L’autre nuit, il m’a dit en plaisantant : « Je veux faire l’amour avec toi, mais je promets de ne pas te toucher. Je laisserai mes deux mains derrière la tête » (Rires). Lui et moi pouvons plaisanter sur le sujet, mais je me sens toujours très mal à l’aise quand il me touche.

Quand une femme ne se sent pas bien dans son corps, pour quelque raison que ce soit ( elle se trouve trop grosse, trop maigre, trop flasque, les jambes trop petites, la taille trop épaisse, les seins trop gros ou trop petits), cela peut avoir un effet terrible sur sa sexualité. Lors d’une étude portant sur cent vingt-trois femmes, les chercheurs ont révélé une étroite corrélation entre l’image du corps et le désir sexuel. Les femmes qui avaient une vision négative de leur apparence physique non seulement s’intéresseraient moins que les autres aux joies du sexe, mais elles avaient aussi un éventail d’activités sexuelles plus limité et avaient plus de difficultés à être excitées et à atteindre l’orgasme.

L’année dernière, j’ai travaillé avec une jeune femme, prénommée Marion, qui était l’exemple typique de la façon dont une mauvaise image de soi peut altérer tous les aspects de la sexualité. Quand Marion a analysé les résultats de son questionnaire sur son Style sexuel, elle a réalisé que l’image négative qu’elle avait de son propre corps diminuait ses scores dans toues les autres catégories. Elle a obtenu un score bas dans le domaine de la sensualité car, selon ses propres termes : « Je ne vais pas le laisser promener ses mains sur CE corps ! » Idem dans le domaine de la technique car : « Je ne me sens plus aussi libre qu’avant de prendre tous ces kilos. Par exemple, quand je suis au-dessus, je me dis qu’il peut facilement voir tous mes bourrelets. » Là où elle a obtenu les résultats les plus bas, c’est dans le domaine du romanesque : « Le problème de l’amour romantique, pour moi, c’est que je ne pense pas mériter l’amour que mon marie me porte. L’autre jour, je lui ai dit : ‘Je ne serais pas étonnée si, me trouvant tellement grosse, tu allais chercher l’amour ailleurs’. »

Malheureusement, non seulement l’image négative qu’elle avait d’elle-même l’inhibait sexuellement, mais elle lui donnait aussi la sensation de ne pas être digne d’amour.

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