vendredi 10 juin 2011

LA NOTION DU DÉSIR CHEZ LE COUPLE 117 partie

Le mystère nommé Désir peut se conjuguer au masculin et au féminin.

Nous allons retrouver au niveau du désir sexuel ce même appel, cette même invitation où s’inscrit infailliblement l’angoisse interrogative du double mesage reçu ou refusé.

Qu’est-ce que le désir sexuel sinon l’anticipation de l’acte? Qu’est-ce que le désir, sinon la préconstruction imaginative de la rencontre sexuelle? En quoi l’ëtre de l’homme et l’être de la femme sont-ils mis en question par leur désir?

L’homme (vir) est consacré par son désir. Le désir donne à l’homme sa marque d’homme : le mouvement, le dynamisme extérieur, l’acceptation du risque.

La femme se reconnaît en tant que femme par le désir masculin. Elle est saluée par ce désir. Tout hommage qui n’est pas sous-entendu par le désir participe de la courtoisie. Celle-ci s’adresse à la personnalité, non à la femme.

La femme, fréquemment, se moque du désir, mais elle l’allume. C’est sa façon à elle de se rassurer sur son être, sur sa vitalité, sur sa pérennité. Lorsqu’une femme se veut, avant tout, désirable, c’est une « coquette ». Lorsqu’elle se fait objet aliéné du désir, on dit qu’elle est une « cocotte ». Lorsqu’elle n’est plus désirable, elle est éteinte, éteinte à ses propres yeux, donc « morte ».

Et voilà découvert le piège féminin du désir où la femme est aliénée et l’homme aliénateur. C’est le petit monde clos du chasseur et de sa proie. À lire la presse féminine, ce schéma simpliste n’est pas dénué de réalité.

À partir du moment où le désir masculin est affecté du signe + et le désir féminin du signe -, le résultat est une aliénation de + par -, il est marqué du signe -; la femme mystifiée est réduite à la condition de proie, avec son propre consentement.

C’est par un véritable renversement des signes que peut disparaître la double situation de l’aliénateur et de l’aliénée : changement de sens, disparition des signes -. La femme qui se veut libre se veut désirante. Le « je te désire » est également féminin.

Voici donc, parmi les nouveaux droits de la femme, le droit au désir, c’est-à-dire l’initiative sexuelle, l’invite sexuelle, l’activité sexuelle.

L’homme peut évidemment se vouloir play-boy et jouer dans la ruche des abeilles le rôle d’un bourdon luxueux et encombrant : il se fait objet de séduction et s’affecte du signe - . son sexe psychologique est mal différencié : il n’intéresse plus le désir féminin. Nous retombons dans la situation primordiale (- et + donnent - ) ou bien dans une situation neutre, c’est-à-dire asexuée.

La seule façon de sauver le désir en brisant l’aliénation est d’affecter du signe positif les deux désirs, celui de l’homme et celui de la femme. Je désire faire l’amour avec toi pour jouir de la chaleur du monde, ensemble. Ce mot ensemble préface le « nous » qui est l’unité du toi et du moi. Je te désire parce que tu es un homme libre, vrai et sexué et je te désire encore parce que tu es l’homme que je cherche. Je te désire parce que tu est une femme véritable, libre et sexuée et parce que tu es cette femme-là et non une autre.

Chacun est ici, tout à la fois, désirant et désiré, simultanément, dans le but de réaliser l’un avec l’autre un peu plus que la simple additon de deux personnes. Ce qu’il y a d’émouvant dans le désir c’est cette volonté mutuelle de croître et de s’accroître. Ce « plus être » est la perspective du désir adulte. Il se peut que le plaisir ne tienne pas les promesses du désir, mais il y a dans le désir une volonté confuse de se multiplier en soi-même qui reste l’un des moyens les mieux éprouvés pour élargir les limites de l’humaine condition.

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