vendredi 15 juillet 2011

VIOLENCE FAMILIALE 18e partie



Les facteurs sociaux dans l’étiologie de la maltraitance

L’une des difficultés que comporte l’identification de la maltraitance réside dans la capacité de définir les mauvais traitements. En effet, la maltraitance se définit par rapport aux normes culturelles retenues pour la socialisation des enfants. Quel geste devient un abus physique ou une négligence, et par rapport à quelle norme? Laisser pleurer un nourrisson pour le former, est-ce de la négligence? Laisser de jeunes enfants sous la surveillance d’un enfant de 10 ans, est-ce encore de la négligence? Utiliser la fessée comme principe d’éducation, est-ce une agression physique? Où s’arrête le respect de la diversité culturelle et sociale, et où commence le droit à l’intégrité corporelle et psychologique des enfants?

Cette question vaut autant pour les communautés ethniques que pour les sous-groupes sociaux et religieux. Il semble que, dans la définition de la maltraitance, il y ait deux écueils à éviter : l’ethnocentrique des valeurs occidentales – qui sont les valeurs servant de mesure de comparaison pour les spécialistes des institutions – et le relativisme culturel, qui met en péril l’intégrité des enfants. Par exemple, certaines pratiques culturelles qui sont adaptées à la société d’origine peuvent être sources de réel danger une fois transposées dans un autre contexte social. Mais l’application étroite des normes du groupe dominant crée aussi des traumatismes inutiles. La recherche de la maltraitance à tout prix en fait parfois voir de toutes les couleurs à des parents bien intentionnés. Comme pour la violence conjugale, les facteurs sociaux et les facteurs individuels se combinent pour expliquer les comportements de maltraitance des adultes-parents à l’égard des enfants. Les causes de ces problèmes sont nombreuses et complexes.

Les normes culturelles de la violence

Parmi les facteurs sociaux, nous trouvons au premier plan les normes culturelles face à la violence et à son usage dans l’éducation des enfants. À plusieurs égards, certaines institutions sociales cautionnent son adoption en tant que moyen efficace de résoudre les conflits. D’abord, les médias fournissent maintes occasions d’observer des scènes de violence qui, de manière régulière, présentent un schème de conduite agressive dans les relations interpersonnelles. On sait que les médias constituent un puissant agent transmetteur des valeurs et des conduites auprès des jeunes.

Les enfants côtoient la violence tous les jours à la télévision, dans la programmation régulière ou dans les films vidéo qui sont loués. Les jeunes Américains auront été témoins de 18 000 meurtres et de 800 suicides avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans (Bouchard, 1991). Camil Bouchard estime que cette omniprésence de la violence télévisuelle ne prépare pas les enfants et les jeunes à résoudre les conflits par le biais de conduites pacifiques et par la négociation.

Des chercheurs américains ont mis en évidence les effets à long terme de la violence télévisée sur les comportements d’agressivité des adolescents une fois arrivés à l’âge adulte (Le Devoir, 2002). Ils ont suivi 700 jeunes sur une période de 18 ans, allant de l’adolescence à l’âge adulte, en fonction de leur écoute quotidienne de la télévision, compte tenu du nombre d’actes violents auxquels ils avaient été exposés (de 20 à 25 actes violents/heure dans les programmes destinés aux enfants). Qu’ont-ils découvert? Que seulement 5,7% des adolescents qui passaient moins d’une heure par jour devant la télévision commettaient des actes violents à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte, contre 22,5% de ceux qui regardaient la télévision entre une et trois heures, et 28,8% de ceux qui la regardaient plus de trois heures. D’après les chercheurs, cette étude contredit l’hypothèse selon laquelle la violence télévisuelle n’affecte que les enfants. La violence dans les médias contribue réellement à produire une société plus violente.

D’autre part, il existe une norme implicite qui veut que le parent doive exercer un contrôle sur son enfant parce qu’il en est le « propriétaire ». Dans le prolongement de cette norme, on tolère que le parent puisse user de châtiments ou de punitions pour se faire obéir. Cette acceptation ouvre la voie à des sanctions disciplinaires abusives. La plupart des parents qui maltraitent leur enfant prétendront avoir voulu le corriger parce qu’il était désobéissant ou turbulent. Certaines études ont mis en évidence la popularité du châtiment corporel en tant que moyen de contrôler l’enfant (Chamberland, 1992), spécialement le jeune garçon qui est plus susceptible d’être la victime des abus physiques.

L’étude sur la violence dans la vie familiale des enfants, effectuée en 1999 auprès de femmes vivant avec au moins un enfant âgé de moins de 18 ans, montre que, plus un parent est d’accord, avec l’utilisation de punitions corporelles pour résoudre un conflit avec un enfant, plus le risque augmente que l’enfant subisse des épisodes de maltraitance (Jetté et al., 2001).

L’environnement social
La précarité économique est une des composantes majeures du problème de la maltraitance, spécifiquement dans les cas d’abus physique et de négligence – les agressions sexuelles se répartissent davantage dans tous les milieux sociaux.

Dans le rapport Un Québec fou de ses enfants, Camil Bouchard insiste sur l’importance de la pauvreté dans la genèse des problèmes de tous ordres qui menacent le bien-être des enfants et des familles. La pauvreté et l’isolement social sont étroitement liés aux diverses formes de maltraitance (Éthier et al., 1992).

Les conditions de vie subies par les familles pauvres augmentent de six à sept fois le risque d’abus et de négligence des enfants, en comparaison avec les conditions de vie des milieux nantis. Pourquoi? Essentiellement parce que les ressources – celles du parent, celles de l’enfant et celles du milieu – qui servent d’assises au parent pour exercer son rôle sont déficientes : les parents pauvres sont plus souvent malades, démobilisés, préoccupés, isolés. Ils vivent dans des lieux souvent inadéquats, trop petits, mal équipés, qu’ils n’ont pas choisi d’habiter. Il arrive souvent aussi que les enfants pauvres soient eux-mêmes plus malades, davantage sujets à des infections ou à des maladies du système respiratoire. La santé altérée de ces enfants peut nuire à la formation des liens d’attachement parents-enfants qui sont nécessaires dans une relation affective positive. Le stress élevé qu’éprouvent jour après jour les familles pauvres met la compétence parentale à rude épreuve, et les ressources parentales déjà précaires s’épuisent plus vite.

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